‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 376 sur 450 · I. FUHÇOIS DE Si · texte numérisé non relu

I. FUHÇOIS DE Si

Sur raicenalcn d« aolra Seignaor.

Je vous donne la joio de quoi notre Sauveur est monté au ciel, où il vit et ri^gne, et veut qu'un jour nous vivions et régnions avec lui. Oquel triomphe au ciel, et qu'elle douceur en la terre I Que noi cours toUnt oit eil leur lréiar{i); et que nous vivions au ciel , puisque notre vie est au ciel. Mon Dieu I ma fille, que œ ciel est beau maintenant que le Sauveur y sert de soleil (3), et la poitrine d'icelui d'une source d'amour de laquelle les bienheureux boivent à souhait! Chacun se va regarder tà-dedans, et y voit son nom écrit d'un caractère d'a> mour, que le seul amour peut lire, et que le seul eraour a gravé.

Ah Dieu l ma chère Glle, les nôtres n'y seront-ils pas? Si seront sans doute, car bien que notre cœur n'a pas l'amour, il a néanmoins le di'sir de l'amour et le com- ■MDcement de l'amour ; et le nom sacré de iéaus n'est-il pas écrit en nos cœurs? Il m'est avis que rien ne le saurait oflacer. Il faut donc espérer que le nétre sera écrit réciproquement en l'osprit de Dieu. Quel contentement, quand nous verrons ces divins caractères marqués de notre bonheur éternel! Pour moi? je n'ai rien su penser ce matin qu'en cette éternité de biens qui nous attend, mais en laquelle tout me semblcroil peu ou rien, si ce n'étoit cet amour invariable et toujours actuel de ce grand Dieu qui y règne toujours.

Mon Dieu 1 ma chère mère, que j'admire la contrariété qui est en moi, d'avoir des sentimenla si purs et des actions si impures! car vraiment il m'est avis que le paradis serait parmi toutes les peines d'enrer, si l'amour de Dieu y pouvoit être ; et si le feu d'enfer é toit ua feu d'amour, il semble que ces lourmcns seroient iJésirables. Je voyois ce matin tous les contentomens célestes être un vrai rien auprèsde ce régnant amour. Mai.s d'où m'arrivc-t-il que je n'aime pas bien , puisque dès maintenant

je puis bien aimer ?0 ma filte, prioM, tt» veillons, humiliona-nous , invoquoM M amour sur nous.

Jamais la terrenevit le jonrâe réimitt sur son rond jusqu'à cette sainte ftte. qm notre Seigneur, glorifiantson corps, donâa, comme je pense, envie aux anges d'avoirda pareils corps, à la beauté desquU In cieux et le soleil ne sont paa compatablo. Ah I que nas corpe sont heureux d'attendn un jour la participation à tant de ^oin, pourvu qu'ils servent bien A l'eqirit • cette vie mortellel

LETTRE DCCXV.

Ole-loi d'ici autour, ô vent de MM;d vient, 6 vent du miii, etiouffle doMt mn jardin, et Itt parfum» emortiroitl akwdammenl (1 ). 0 ma très^hère fille , qua je souhaite ce gracieux vent quj vient dn midi de l'amour divin I ce Saint-Espritqoi nous donne la grâce d'aspirer à lui, etds respirer pour lui! Ah! que je voud rois bien vous faire quelque don, ma chère fille! mais outre qucjesuis si pauvre,^! n'est pu convenable qu'au jour auquel le Saint- Esprit failses présens, nous nous amusions à vouloir faire les nûtrea ; il ne faut entendre qu'à recevoir au jour de cette grande largesse.

Mon Dieu! que j'en ai voirement biw besoin, de l'esprit de force! carjeaiûs certes foi b le et infirme ; de quoinémtmoint je me giorifie, afin que la vertu de notre Seigneur habite en moi (8), J'aime mieux élre infirme que fortdevant Diea ; car lu infirmes , il les prend entre ses bras, et le forts, il les mène par la main.Lasapieoce éternelle soit à jamais dans notre cœur, afin qiienous savourions les b^Mrs de l'infinie douceur de Jésus-Christ crucifié.

Dites à la grande fille, que, comme moi. elle se glorifie en la foiblessc qui est toute propre (wur rerevoir In force; car à qui donner la force qu'nirx fuibles'?

Bonsoir, ma très-chère fille. Ce feu sacré qui change tout en soi veuille bien transmuer notre cœur , afin qu*il ne soit plus qu*amour , et qu'ainsi nous ne soyons plus aimans, mais amour ; non plus deux, mais un seul nous-méme , puisque Tamour unit toutes choses en la souveraine unité. Adieu, ma chère fille ; persévérons au désir de cette unité , de laquelle Dieu nous ayant fiait jouir dès ici, autant que notre condition infirme le peut porter, il nous en fera plus parfaitement jouissance au ciel.

LETTRE DCCXVI.

s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE RELIGIEUSE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION.

EipHcation des deux prinripaux mystères de noire foi, la Trinité et l'Incarnation, par une comparaison tirée de la nature humaine.

Ma chère fille, le premier , principal et fondamental article de foi, c*est de croire qu'il n*y a qu'un très- unique et très-vrai Dieu. Le second article principal, c*estquo ce seul vrai Dieu est Père, Fils , et Saint- Bsprit, dont le Père est la première personne de la très-sainte Trinilé, le Fils la seconde, et le Saint-Esprit la troisième : en sorte que les trois personnes ne sont pas plusieurs Dieux , ains un seul vrai Dieu, bien que Tune des personnes ne soit pas Pautre ; car le Père n*esl pas le Fils, et le Fils n'est pas le Saint-Esprit ; d'autant qu'encore que le Père ne soit pas un autre Dieu que le Fils et le Saint-Esprit , il est néanmoins une autre personne ; et de même le Fils n'est pas un autre Dieu que le Père et le Saint-Esprit, ains seulement une autre personne ; et le Saint-Esprit n'est pas un autre Dieu que le Père et le Fils , ains seulement une autre personne.

Ladifficullé consiste à bien entendre ceci, et il se peut aucunement comprendre par cet exemple. Vous n'avez qu'une ame , ma dière fille ; et néanmoins cette ame est entendement , mémoire et volonté ; votre entendement n'est pas mémoire ; car il y a beaucoup de choses que vous entendez , desquelles vous ne vous ressouvenez pas quelque temps après : votre entendement et Totre mémoire ne sont pas votre volonté, car il y a beaucoup de choses que vous entendes et desquelles vous avez mémoire ,

lesquelles vous ne voulez pas , comme sont les péchés que vous détestez. Votre ame donc est une toute seule ; ses puissances sont trois, entendement, mémoire, volonté ; et bien que Tune des puissances ne soit pas l'autre , si est-ce que toutes trois ne sont qu'une seule ame! l'entendement étant ame la mémoire ame , la volonté ame , et non trois âmes, ains une ame; et bien que ce ne soit qu'une ame ,si est-ce que cette ame en tant qu'entendement n'est pas mémoire , en tant que mémoire n'est pas volonté.

Ainsi il n'y a qu'un seul Dieu en trois personnes , desquelles trois Tune n'est pas l'autre, et toutes trois ne sont qu'un seul Dieu : en sorte que le Père est Dieu, le Fils est Dieu , le Saint-Esprit est Dieu , et non trois Dieux , mais un seul Dieu ; parce que encore qu'il y ait trois personnes , toutes trois ensemble n'ont qu'une seule et unique divinité; comme encore qu'il y ait trois puissances en notre ame , toutes trois néanmoins ne sont qu'une seule ame.

Or, Dieu , qui n'est qu'un en divinité ou nature divine , après avoir créé le monde, et long-temps après , c'est-à-dire environ cinq mille ans après la création , prit la nature humaine , joignant l'humanité à sa divinité au ventre de la Vierge , et par ce moyen il se rendit homme : car, comme ayant la divinité , il est Dieu , aussi ayant l'humanité, il est homme. Mais il faut noter qu'encore que ce soit le seul unique vrai Dieu qui ait pris notre humanité , si est-ce qu'il ne l'a prise en la personne du Père« ni en la personne du Saint-Esprit , ains seulement en la personne du Fils.

Ck)mme si je disois que votre ame a pris la connoissance d'écrire , je ne dirois pas pour cela que c'est votre volonté qui a pris cette connoissance ; car ce n'est pas la volonté qui connolt, c'est l'entendement; et néanmoins l'entendement et la volonté ne sont qu'une seule ame. De même je dis vrai quand je dis que votre ame agit dedans votre cœur et dedans votre cerveau ; et néanmoins au cœur elle agit par la volonté et l'amour, et au cerveau elle agit par l'entendement et la connoissance. Et encore que ce nesoit qu'uneseulc ame , néanmoins l'une des facultés aj^it en un endroit, où * l'autre n'agit pas. Ainsi le seul Fils est incarné , et non le Père ni le Saint-Esprit}

UEITRES

bien que le Père , le Fils et le Saint-Esprit ne soient qu'un seul Dieu.

Il faut encore savoir que le Père , le Fils, %t le Saint-Esprit , un seul vrai Dieu , sont partout et totalement par tout le monde , comme votre ame est par tout votre corps ; mais parce qu'au ciel sa divine majesté se manifeste plus clairement , nous imaginons plus facilement sa présence au ciel. Maintenant donc, ma chère fille, quand vous vous représentiez notre Seigneur revenant d'Egypte , vous considériez Dieu le Fils , lequel, bien qu'il fût partout, selon qu'il est Dieu , étoit néanmoins par les chemins en travail, selon qu'il est homme. Quand vous vous représentiez Dieu le Père au ciel, vous le considériez selon la commune imagination qui le représente plutôt au ciel qu'en terre ; et quand vous vous représentiei que le Père et le Fils étoient deux , vous pensiez la vérité : car ce sont deux personnes, encore qu'ils no soient qu'un seul Dieu. Quand vous disiez qu'il n'étoit qu'un , vous disiez bien aussi ; car ils ne sont qu'un seul Dieu et très-wiique , bien qu'ilssoientdeux personnes.

Mais il y a de plus : c'est que vous con- •idériez fiotrc Seigneur en tant qu'homme : et, en cette {K)rtc , il est vraiment différent d'avec le Pôro en nature : car le Père n'est |>as homme , ains seulement Dieu , et le Fils est Dieu, et un même Dieu avec le Père et le Sainl-Esprit. Mais , outre cela , il est vrai homme, ayant deux natures, l'une divine qui est celle-là même du Père et du Saint-Esprit, l'autre humaine qu'il a prise au ventre de la Vierge ; comme nous avons deux natures , Tune spirituelle qui est notre ame , l'autre corporelle qui est la chair. Et comme le fer enflammé a la nature du fer et celle du feu , et peut être dit fer et feu tout ensemble ; ainsi notre Seigneur ayant saisi la nature humaine , comme le feu saisit le fer, il est vraiment Dieu à raison du feu de la divinité , et vraiment homme à t*aison du fer de Thumanité.

Et comme le fer ne laisse pas d'être fer, et pesant , et massif, et ferme , etdur pour être enflammé , et que le feu ne laisse pas d'être féu , chaud , lumineux , ardent pour être enferré ; ainsi l'humanité de notre Seigneur ne laissa pas d'èlre petite , et tendre, el gémissante , et frileuse en la crèche de Vethléem , encore qu'elle fût jointe à la di-

vinité; et la divinité m hiaia pasdUlra

toute paissante , toute glorimiae , pour êbe jointe à l'humanité.

Ma chère fille , je ne pense pas, loa, vous avoir déclaré Taibire; car cTestn abîme lequel il faut regarder aimpleoèai et humblement, sans se beauooap loa^ monter pour l'entendre. U suffit que votn méditation alloit bien , et que notre Seigneur a plus agréable votre simplicité qie la science de ceux qui pensent beaucoup être. Si vous n'entendez pas cette lettre, db vous fâchez pas : je l'ai seulement éoita pour vous donner un peu de jour, et nos pas le jour du midi que nous aurons en paradis. Bonsoir, ma très-chère fille ; isitis dévotement les fêtes auprès de ce vrai Diaa petit enfant , auquel je suis tout vôtre.

LETTRE DCCXVn.

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