‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 43 sur 450 · LETTRE LIX · texte numérisé non relu

LETTRE LIX

i* rBAMÇOIS DE SALES, A UN ÉVÂQUE NOU- VKLLEUBNT CONSACRÉ.

friré* te Bonut. de It Tliiut. da faub. SalaWaeqoM,

à Parte.)

H lai rend compte des peines et des consolations qu'il éprouTe dans son épiscopat, ainsi qae de MS IraTaux apostoliques.

ABBoey, U Teille de rAteompUon, 14 août 1604.

Monsieur,

La dernière lettre que je reçus de vous fut celle par laquelle vous me fîtes Thonneur de m'avertir que vous aviez reçu la sainte consécration , et que vous vous retiriez auprès de votre troupeau. Ce me fut une bien grande consolation , laquelle je vous témoignai par la répofise que je vous fis ; car je n'eusse pas pu m'en empêcher, J'en étois touché très-vivement. Mais , à ce que M. Favier m'a fait savoir, vous n'aurez pas reçu ma lettre. Ne croyez jamais , je vous supplie , monsieur, que ni la mémoire ni la reconnoissance du devoir que^'ai à la bienveillance qu'il vous a plu de me promettre, me puisse défaillir. Non, sans doute , je suis partout le reste de mon ame fort imbécile et foible ; mais j'ai l'affection fort tenante et presque immuable à l'endroit de ceux qui me donnent le bonheur de leur amitié, comme je crois fermement que vous avez fait. Que si vous n'avez pas teçu de mes lettres si souvent que j'eusse souhaité , attribuez-le à toute autre sorte de manquement plutôt qu'à celui de l'affection. Mais non plus sur ce sujet; notre communication doit être franche , entière et fanûlière.

Je vous dirai donc , monsieur , que , depuis les dernières nouvelles que vous avez eues de moi, j'ai été perpétuellement parmi les travaux et traverses que le monde fait nattre en ma charge ; et me semble que cette année m'a été encore plus âpre que ^, eelle du noviciat : mais je puis dire aussi ; que notre bon maître m'a beieiucoup assisté de ses saintes consolations qui m'ont fortifié , en sorte que je puis dire d'avoir nagé parmi les eaux d'amertume sans en avoir avalé une seule goutte. Que Dieu est bon 1 il connoit bien mon infirmité et ma délicatesse ; c'est pourquoi il ne me pennet point de seulement goûter les eaux de Mara , que

premièrement il ne les ait adoucies par b bois sacré de son assistance et consolation. Voilà , monsieur , en général ce que j'ai fait. Ce carême j'ai prêché à Dijon, où j'avois de bonnes et importantes affaires pour cet évéché , lesquelles j'ai , par ce moyen, terminées avec tout l'heur que je pouvois désirer. Je ne rencontrai jamais un si bon et gracieux peuple , ni si doux à recevoir les saintes impressions. Il s'y est foit quelque fruit , nonobstant mon indignité, non* seulement pour ceux qui m'ont attentivement écouté , mais aussi pour moi , qui ai reconnu en plusieurs personnes tant de vraie piété que j'en ai été ému.

Quelques huguenots se sont convertis , quelques gens douteux et chancelans se sont affermis ; plusieurs ont fait des cou* fessions générales , même à moi , tant ils avoient de confiance en mon affection ; plusieurs ont pris nouvelle forme de vivre , tant ce peuple est bon. Encore vous dirai-Je ceci : j'y ai reconnu plusieurs centaines de personnes laïques et séculières qui font une vie fort parfaite , et parmi les tracas des affaires du monde , font tous les jours leur méditation et saints exercices de l'oraisoo mentale.

 mon retour , ensuite de ce que j*y avois traité , et qui avoit été le siyet qd m'avoit fait sortir de mon diocèse , je vins à Lux , où M le baron de Lux et quelquesuns de cette cour du parlement étoient ar« rivés , pour , de la part du roi , affermir l'établissement de l'exercice catholique que les huguenots avoient totalement ébranlé, et résoudre plusieurs difficultés que l'esprit chicaneur de l'hérétique y avoit fait naf tre. Plusieurs paroisses , à cette occasion , vinrent demander l'exercice de la sainte Église, qui jusqu'à l'heure n'avoientpasosé ; elle roi du depuis le leur a accordé , bien que l'exécution en soit un peu retardée pour des considérations que la malice du temps donne.

Le ministre La Paye , de Genève , a fisit un livre exprès contre moi : il n'épargne pas la calomnie ; il laisse à part la grande multitude de mes imperfections , qui sont sans doute blâmables , et ne me censure que de celles que je n'ai point , par la grâce de Dieu , d'ambition , d'oisiveti§ extérieure, luxe en chiens de chasse et écuries, et semblables folies , qui sont non-seulement éloi*

idemon affection, mais incompatibles la nécessité de mes affaires et la forme e que ma charge m'impose. Or béni Dieu qu'il ne sait pas mes maladies , [u'il ne les voudroit guérir que par la Bance. Je branle à savoir si je dois rére; et, n'étoit l'opinion de mes amis le combat , je serois résolu à la négamême que j'ai en main quelque petite ^e qui sera sans doute plus utile que là; et je suis si tourmenté de la mulité des sollicitudes, que je n'ai nul loiétudier.

nsieur, je pense que vous connoîtrez elte lettre combien est grande l'assu- I que je prends en votre amitié , puis- 3 suis si long et si libre à vous dire nenusailles de mon particulier , les- 38 ne vous peuvent être présentées 30US une extrême confiance de votre . Mais les anciens évêques n'en faii pas moins : et la communication que me permettez d'avoir avec vous m'est int plus douce, que nous sommes plus tés l'un de l'autre ; car je pense que le la largeur ou longueur du royaume aoce. Permettez-moi , je vous supque je désire de savoir presque aussi :ulièrement de vos nouvelles comme lis en dis des miennes , mais surtout js ne montez pas en chaire , ou au i si vous ne faites pas de sermons à I, et pardonnez-moi, monsieur, si

TOp.

ne réjouis que M. Soulfour soit notre Lun répondant ; cette entremise , à ivis , est fort agréable. Dieu , par sa , nous rende dignes de l'office au- 1 nous appelle ! Je ne suis jamais à 1 que je ne l'en supplie , et nommépeur vous , monsieur , de qui je me sis un riche contre-échange , à qui je tres-humblement les mains , et suis sblement , monsieur , etc.

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