‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 44 sur 450 · LETTRE LX · texte numérisé non relu

LETTRE LX

UNÇOfS DE 8ÀLES, A MONSEIGNEUR

l'arghevâque de sources (4).

Sur U ¥rafe manière de pri^cher.

s octobre 1604.

PROŒMIUM.

trissîme ac reverendissime Domine , il impossibile amori. Ego nonnisi

àÊÊié Fitalel. Mrt 4#Badta6deCbtaUI.

vilis et miser sum praedicator : facitque ille ut audeam de verâ praedicandi ratione dicere sensa mea. Nescio equidem an sit amor in me tuus, qui hancaquam de petrâ elicit^ an verô in te meus , qui surgere facjt bas rosas de spinis. Hanc amoris vocem mihi indulge; christianum in morem loquor:

nec mirare me aquas et rosas promittere; epitheta enim sunt omni doctrinœ catho* licae convenientia , quantumvis hsec fuerit malè adornata. Rem aggredior ; Deus eajn modo secundet.

Ut verèordine procedam, praedicationem considère juxta quatuor ejus causas , effî» cientem , finalem , materialem , et formalem ; hoc est , quis prsedicare debeai , ob quem finem , quid , et quomodo (4)

Monseigneur ,

Il n'est rien d'imposable à l'amour : je ne suis qu'un chétif et malotru prédicateur, et il me fait entreprendre de vous dire mon avis de la vraie façon de prêcher. Je ne sais si c'est l'amour que vous me portez qui Ure cette eau de la pierre , ou si c'est celui que je vous porte qui fait sortir des roses de l'épine. Permettez - moi ce mot d'amour , car je parle à la chrétienne ; et ne trouvez pas étrange que je vous promette des eaux et des roses , car ce sont des épithètes qui conviennent à toute doctrine catholique, pour mal agencée qu'elle soit. Je vais commencer : Dieu y veuille mettre sa main.

Pour parler avec ordre , je considère la prédication en ses quatre causes , l'efficacité , la finale , la matérielle et la formellOi c'est-à-dire , qui doit prêcher , pour quelle fin on doit prêcher , que c'est que l'on doit prêcher , et la façon avec laquelle on doit prêcher.

LETTRE LXL

s. FRANÇOIS DE SALES, A MADAME ROSE ROURGEOIS, ARBESSE DU PUFTS-D'ORRE.

Conseils A une personne soafl^ante •* les doalenrt du corps sont des épreures favorables; jamais on ne rend plus de services A Dieu que dans cet état ; exercices spirituels A faire lorsqu'oo

s'y trouve.

Avant le • octobre IIM.

Ma très-chère sœur , notre Seigneur vous veuille donner son saint Esprit , pour faire et soufiErir toutes choses selon sa volonté 1 Votre homme N. me presse si fort de le

(1) VOfes poar la lulie , les tennons , pare n.

LETTltES

dépêcher, q\]e jone sais si je ponrrai vous repondre entièrement. Au moins vous diraije quelque chose , selon que Dieu m*en donnera la grâce. J'ai été consolé que N. arrivât si à propos avec mes lettres. Tous vos dégoûtcmens ne m'étonncnt point ; ils cesseront un jour , Dieu aidant : et si bien vous avez donné peu de satisfaction à ce bon père . je m*assure qu'il ne s'en troublera point ; car je te tiens pour capable de connoitre les divers accidens d'une ame qui commence à cheminer au chemin de Dieu. Pour moi , ma chère sœur et 61Ie , n'en doutez nullement , vous ne sauriez m'étre importune : et si notre Seigneur m'avbit autant donné de liberté et de commodité de vous assister , comme j'en ai de volonté et d'afleclion , vous ne me verriez jamais las de vous servir à la gloire de Dieu ; car je suis pleinement vôtre , et vous ne sauriez avoir trop d'assurance de moi pour cet égard.

Touchant la méditation , je vous prie de ne vous point afdiger , si parfois , et même bien souvent , vous n*y êtes pas consolée ; mais poursuivez doucement et avec humilité et patience , sans pour cela violenter votre esprit. Servez-vous du livre quand vous verrez votre esprit las ; c'est-à-dire , lisez un petit , et puis méditez jusqu'à la fin de votre demi-heure.

La mère Thérèse (4} en usa ainsi du commencement , et dit qu'elle s*en trouva fort bien. Et puisque nous parlons confidemment , j'ajouterai que je l'ai ainsi essayé, et m'en suis bien trouvé. Tenez pour régler que la grâce de la méditation ne peut gagner par aucun efibrt d'esprit ; mais il faut que ce soit une douce etafTection née persévérance, pleine d'humilité.

Tous vos autres exercices , vous les continuerez en la façon que je vous les ai marqués.

Pour le coucher , je ne changerai point d'opinion , s'il vous plait ; mais si le lit vous déplaît , et que vous n'y puissiez pas toDl demeurer que les autres , je vous permettrai bien de vous lever une heure plus malin : car , ma chère sœur , il n'est pas eroyaWe combien les longues veilles du soir sont dangereuses , et combien elles débilitent le cerveau. On ne le sent pas en la jeunesse ; mais on le ressent tant plus

(i) StInU TMrèM.

par après , et plosieiirB p0i9UiilM0 SB ni rendues inutiles par ce moyen.

Je viens à votre jambe malade , ^ qiA faut ouvrir. Ce ne serv pas sans des Am^ leurs extrêmes ; mais , mon Dieu ! quel sujet est-ce que sa bonté vous dowM de piebation en cescommandemens I OoamigSf ma chère sœur; nous sommes à lésas* Christ , voilà qu'il vous envoie ses llriées : fai tes état que le fer qui ouvrira toCre Jambe soit l'un des clous qui perga les pMi É notre Seigneur. 0 quel bonheur * il a dMM pour vous ces sortes de faveurs , et les a tant chéries , qu'il les a portées en parafis; et voilà qu'il vous en liait part : et toos vm dites que vous me laissez à pensif comme vous servirez Dieu pendant le temps que vous serez sur le lit ; et suis content d'y penser , ma bonne fille.

Savez- vous ce que je pense? A votfs avis , ma chère sœur , quand tatrCB qns notre Sauveur fit le plus grand service i son Père ? Sans doute que ce fat étant couché sur l'arbre de la croii , ayant pieds et mains percés : ce fut là le plus grand acte de son service. Et comme le servoîtpflt Bs souffrant , en oflhint : ses êodltMaei étoient une odeur de suavité à son Përe« Et voilà donc le service que vous ferez à Dieu sur votre lit ; vous souffrirez et ofiri* rez vos souffrances à sa majesté, tt sera sans doute avec vous en cette tribulatlon , et vous consolera.

Voilà votre croix qui vous arrive : em* brassez-là , et la caressez pour l'amour de celui qui vous l'envoie. David affligé disoit à notre Seigneur : J'ai fait le muet , et n'ai dit mot , parce que t'est vous , â mon Dieu, qui m'avez fait ee mat que Je souffte (4) , comme s'il disoit : Si an autrs que vous, à mon Dieu, m'avoit envoyé cette afiliction , je ne l'aimerois pas , Je la rejetterois ; mais puisque c'est vous , Je ne db plus mot , je TaccepCe , je la reçois , Je rhonore.

Ne doutez point que je prie fort notre Seigneur pour vous , afin qu'il vous fasse part de sa patience , puisqu'il lui platt de vous faire part de ses souffrances : je le dois , je le ferai , et serai en esprit près dp vous pendant tout votre mal ; non , je ne vous abandonnerai point.

(1) Ot— lii, «4 ctsU. P«. XXXVlll, T. ill

IfalsTdc! mi bmrne précieox poor tdottdr vos donlonn. Prenes loua les jours nne goutte aa deut du rang qui disUlIe d»

. plaies des pieds de notre Seigneur , et les i fiutes passer par la médit^lion ; et avec Imaginatioti trempez réréremment votre ■doigt en cette llquetir et l'appliquel sur iTotre mal , tvec l'tirvocatioa du doux nom de J4SUB , qui at ont huile répandut [t] , ' diaoit l'éiNnise au Cantique ; et voua verrez que votre douleur s'amoindrira.

Pendant Ce (emps-lâ, ma chère fille, dispenEez-TmiB dd l'olTtco pour tous les jours que les médecins votis le consetUerabt , encAre qu'il vous semblera que vous n'eh ayez pds besoin : je vous l'ordonne commecel&aU bomdoDÎeu.

Si ces lettres vous arrivent avant le cOup, bites chercher partout lo traité de C;turJaguerre , De ta iribulation ,el le lisez pour VOUS pT^parer : si moins , faites-vous le Gré pîdsioleroent par quelqu'une de vos dévotes, pendant quo vous serez au lit; et, croycz-moi.ccla vous soulagera ineroyablemem. lamaisje ne tus si touché d'aucun livre que de celui-là , en une mabdielrés-douloureuso que j'eus en llatic.

L'obéissancfl que vous rendreï au médecin Hra inrmimenl agréiible à Dieu, et mise en compte au jour du jugement.

le ne puis tous envoyer maintenanl l'écrit de b temmunioD, car voira homme me presse trop : je vous t'enverrai bienlél , car j'eDaiiraicommodité:maiscepen(]anlvons Inmvwea dans tirenade tout ce qui est T^qvia , et dans la Pratique tpirilueUe.

Ofa I qee j'ai été consolé de voir que vous araz frsBcfai lootmdiUîcBltés, pour faire iBBt ce qn9 je tons écrivis taucbanl vos mal ei la eonfeasim ' Ha chère aœnr , il te» tonjonra faire comme cela « et I>ie« wn» ^àSé n i<»s.

TooeatHW irtB>9Mventd«neBlettMf, MàlMMffeMhMi.

Pêfldffrt que je v«» pettsenî «ffli^ IbM )tf IH , je vous portera) ( mais c'est è hM ésclMrt que je p«rl«) , je votf» porterai «M rtvéreflce pitnicnlière et uH honneiif niMorditMtre , comme fr nne créalore visités Ht INea , htfbinéede ses babiO , et son éponse spéciale. QufRtd notre Seigneur fut il la croix , il fut déclaré roi , même par ses

n) OknB iAmb hbm tam. Cut- a. i. >■ t.

emtemfs , et les smes qui sont en croix sont déclarées reines.

Vous no savez pas de quoi les angea nous portent envie : certes de nulle autre chose que de ce que nous pouvons souffrir pour notre Seigneur, et ils n'ont jamais rien soufTort pour lui. S.Vav] , qniavoit élé au cfel (1) , et parmi les félicités du paradis , ne te tenoit pour heureux qu^en tes tnflrmilét , et en la croix de notre Seigneur (i). Quand vous aurez la jambe percée, dites à vos ennemis la parole du mémo apétre : jtu demeurant , que nul ne me vienne plut fâcher ni troubler; car je porte tel marques et signes de mon Seigneur «n mon corps (3). 0 jambo , la quelle étant bien employée vous portera plus avant au cid que si elle étoit la plu:i saine du monde ! Lo paradis est une montagne à laquelle on s'arbemine mieux avec les jambes rompues et blessées qu'avec les jambes entières et saines.

Il n'est pas bon de faire dire dos messes dans les chambres: adorez de votre lit notre Seigneur à l'autel , et contentez -vous. Daniel ne pouvant aller au temple, se ioutnoii de ce côté -là pour adorer Dieu [i] : faites-en do mémo. Slais je suw bien d'avis que vous communiiez tous les dimanches et bonnes féfcs au lit , aulant qne les médecins vous le permettront :

notre Sei"neur vous visitera volontiers au lit de l'aluiction

J'ai re^u le billet joint à votre lettre. No doutez nullement que je no l'oie très-agréable. Je l'accepte de tout mon cceur , et vous promets que j'aurai le soin de vous que vous désirez , autant que Dieu m'en donnera de force et de pouvoir. Je prie sa divine majesté qu'il vous comble doses bé-

InJÉnMfl itariikof I ma* •inoin al

LETTRES

nédictions, et toute votre maison. Dieu ?0)t éternellement béni et gloriûé sur vous, en vous et par vous ! Âmen. Je suis , ma très -chère fille , votre , etc.

Je vous supplie , qu'il vous plaise faire rccommaifdcr à Dieu une bonne œuvre que je souhaite voir accomplie , et surtout de la recommander vous-même pendant vos tourmens , car en ce temps-là vos prières , quoique courtes et de cœur , seront infiniment bhen reçues. Demandez en ce tempslà à Dieu les vertus qui vous seront les plus nécessaires.

LETTRE LXn.

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