PAANÇOIS DE SALES, A DEUX DAMES QUI ÉTOIENT SOEURS
Le Saint les exhorte â la paix, à U doueeur et à
la concorde.
Non, certes, mes très-chères filles, il ne
faut qu'âne lettre pour deux loeure qui n*ont qu*un coBur et qu*une prétention.
Que cela vous e-^t salutaire, de vous tenir ainsi Tune à Tautre (4). Cette union^dêi âmes eêl comme l'onguent préeieuœ qu'on répandit iur 1$ grand Aaron , ainsi que dit le roi Psalmiste, auquel on méloit tellement plusieurs liqueurs odorantes, que toutes ne faisoient qu*une senteur et une suavité ! mais je ne veux pas m*arrètersur ce sujet.
Ce que Dieu a uni en sang et en sentfment est inséparable, tandis que ce même Dieu règne en nous, et il y régnera éternellement. Or sus, vivez donc ainsi , mes très-chères filles, douces et aimables à tous, humbles et courageuses, pures et sincères en tout. Quel meilleur souhait puis-je faire pour vous? Soyez comme des avettes spirituelles qui ne portent que miel et cire dans leurs ruches. Que vos maisons soient toutes remplies de douceur, de paix, de concorde, d*humilité, de piété par votre conversation.
Et croyez , je vous supplie , que la difl« tance des lieux ni du temps ne m*diera jamais cette tendre et forte affection que notre Seigneur m*a donnée pour vos âmes , que la mienne chérit très-parfaitement et invariabloment. Et parce que la diversité de vos conditions peut requérir que quelquefois je vous écrive difléremment, nonobstant Tunité de votre dessein, je le ferai une autre fois; mais pour le présent, je me contenterai de vous dire et conjurer de bien croire sans hésiter , mes très-cnèree filles, que je suis votre, etc.
LETTRE DCCCLXVM.
s. PRANÇ018 DB SALES , A UNE DAME.
Le Saint l'exhorte à la eonOanee en Dieo, 1 lao sainte Joie, et à la pureté d'inienUoo.
Madame ma très-chère fille (car je croU que vous voulez bien que je vous nomme ainsi ) , nourrissez votre chère ame en esprit de cordiale confiance en Dieu; et à mesure que vous vous trouverez environnée d'imperfections et misères, relevez votre courage à bien espérer.
Ayez beaucoup d'humilité ; car c'est la vertu des vertus ; mais humilité généreyna et paisible.
I (1) Pi. «uui, s.
Sofn ftMte à bien servir notre msttra ; mis gardei en son lervke la liberté Gliale M amouraïue , uns donDOr des Broerlumes dégoûtantes à votre cœur.
CoDaervBE un esprit d'une sainte joie , qui , modestement répandue eut vos actions et paroles , donne de la consolation aux gras de bien qui vous verront, aBo qu'ils en glorifient Dieu, qui est notre unique prétention.
Bt puisque voue ne saoriez plus exercer .votre corps en aucune mortiScation et 4preté de pénitence , et qu'il n'egt nullement expédient que vous y pensiez, ains que nous demeurâmes d'aocord ; tenei votre cœur bien rangé devant son Sauveur, «t bites , le plus que vous pourrez , ce que vous ferez pour plaire & Dieu; et ce que vous aurez à souffrir selon la condition de oeKe vie, souQrez-leà même intention.
Car ainsi Dieu vous pcneéfiera toute , et vous Tera la grâce que vous le posséderez , on jour élemellement, dont je le supplierai toute ma vie , ma très-chère fille, et serai .de tout laoD cœur, votre , etc.
LETTRE DCCCLlfvni.
t. nUKCOIS DE SALES , A UNE DBHOISELLB Qui itloit demeurât diat le grud ouDde.
Ua très-chère Bile, vous serez souvent parmi Icsenfansdecemondo, qui, selon leur coutume, se moqueront de tout ce qu'ils verront, ou penseront être en vous contre leurs mi.sérabieâ i ne li nu lions. Ne vous amu3L':E point ù disputer uvuc eux, ne témoignez nulle sorte (le tridtesse de leurs attuques ; mais avec joie riez de leurs risées, mépnaeï leurs mépris, jouez-vous de leurs remoulrances, muquez-vous modestement de leurs moqueries; et sans faire ullention à tout cela , marcliez toujours gaienienl au service Uc Dieu ; tt au (enips de l'oruison recommandez ces pauvre» eS{>rit>à la divine nvV'ni'orJe. Il - sont dignes Uecumpassionde n'avoir point d'intentiun d'Iionnéte entretien, qu'en riiinlct gsussiint sur des sujets dijjnas de respect et réïOi'cnce.
Je voiï que vous abondez on commodités de la vie présente ; prenez garde que votre oceuro'y demeure point engagé- Salomon,
le plu ngt
inénarrable malheur par la coinpiaiiiwi
qu'il prit es grandeurs, omemeDS et magniiiques appareils qu'il avtnt, bien qns tout cela fût selon sa qualité. CoDsidéran que tout ce que noua avma , oe nous Ut être rien de plus en effet que le reste da monde , ei que tout cela a est nea oetait Dieu et les anges.
Souvenez-vous , ma très-chère fille, di bien faire la volonté de Dieu es renconlni où vous aurez le plus de difficulté. C'cA peu de cfaoee de plaire i Dieu en ce qui nous idatt : la fidélité filiale requiert qw noua lui voulions plaire en ce qui non d^ plaît, nous remettant devant les yeux ce que le grand Fils bien-eimé diswt de soimême (1): J»n»Êuitpat9»nup<mrfain mavoltmté, mai» pow faire la votnU dt Cf toi qui m'a envoya. Car aussi n'êtesvous pas chrétienne pour faire votre volonté , mais pour (aire la volonté de oekii qui vous a adoptée pour être sa fille etsoa héritière étemelle T
Au ^te , vous vous en allés , et moi ja m'en vais aussi sans aucune espérance da vous revoir en ce monde. Prions bien Diea qu'il nous fasse la grâce de vivre tellement selon son bon plaisir en ce pèlerinage, qu'ébintarrivésen la céleste patrie , nonj nous puissions réjouir de nous être vus ici-bas, et d'y avoir parié des mystères da l'éteruilé. En cela seul nous devons prendre joie de nous être aimés en cette vie, que le tout a été pour tagiuiredeaadivias majesté , et notre snlul éternel,
Cunserveï la ^inte gaieté cordiale tpû nourrit les forces de l'esprit, et édifie le prochain, Alk'zainsi en paix, ma trèi^hèie filie,elDieusoit à jamais votre prolecteur; qu'à jamais il vous tienne de sa main, et vous conduise au chemin de sa sainte volonté. Ainsi soit-il , ma trëSHiliére fille. K je vous promets que lous les jours je renouvellerai CCS sacrés souhatU sur voira ame, que la mienne chérira à jamais inviolablemenl. Et à Dieu ïoit li jamais louange, action (le grâce, et bênédiclioas. Amen.
I>E S. PR\NÇ01S !>E SALKS.
LETTRE DCGCLXIX.