‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 432 sur 450 · PRANÇOIS DB SALES, A UNE DEMOISELLE. Sar M f ocatioD · texte numérisé non relu

PRANÇOIS DB SALES, A UNE DEMOISELLE. Sar M f ocatioD

Mademoiselle, je prie notre Seigneur d*avoir agréable que vous le serviez uniquement, parfaitement, et en l'état auquel vous n'ayez point nécessité de partager votre cœur. Je pense qu'enfin vous en viendrez là, et que cette résolution vous arrivera : mais je voudrois que ce fût bientôt , afin que vou& eussiez la consolation d'avoir fait vous-même l'élection en un temps auquel probablement vous en pourriez faire une autre.

Or sus , ma fille , me trouvant au fin bout de c^tte année avec cette commodité de vous écrire , je l'ai voulu employer pour vous témoigner que , commençant la prochaine année suivante, je supplierai sa divine majesté qu'elle vous la rende toute pleine de ses sacrées bénédictions.

Que les années sont courtes , ma chère fille 1 les voilà qu'elles s'enfuient toutes l'une après l'autre , et nous emportent avec elle^ à notre fin. Qu'elles sont néanmoins précieuses, puisque nous pouvons en la moindre partie d'icelles acquérir la trèssainte éternité.

Vivez joyeuse , ma fille , et conservez à

ce Sauveur votre cœur , pour lequel dès sa tendre enfance il a répandu son sang salutaire. Je persévère à prier notre Seigneur pour votre consolation , ou plutôt que luimême soit et votre consolât on et votre consolateur , et que lui seul possède votre cœur , et votre cœur son saint amour.

LETTRE DCCCLXXI.

s. FRANÇOIS DB SALES, A UN AMI

Qui lui avoit envoyé un livre qu'il avoît composa sar l'aulortié des deux puissances.

Monsieur , vos lettres , pleines d'amour et de confiance en mon endroit , exigent de moi avec une douce violence une réponse claire sur trois points.

Quant au premier , la bonne madame de N. vous dira tout ensemble son avis et le mien, de qui est requis pour l'entier établissement de votre fille en cette congrégation (de la Visitation ) : j'ai môme aussi prié cette même bonne dame de vous por^ ter de ma part l'assurance de ce qu'avec une faveur trop excessive vous m'avez par deux fois demandé : mais il faut pourtant que j'écrive ici de ma main , comme je le sens de tout mon cœur.

C'est la vraie vérité , monsieur, qu'encore que mes amis meurent, mon amitié ne meurt point : ains s'il s'y fait quelque changement, c'est pour une nouvelle naissance qui la rend plus vive et vigoureuse entre leurs cendres , comme un certain Phénix mystique ; car bien que les personnes que j'aime soient mortelles, ce que j'aime principalement en elles est immortel. Et j'ai toujours estimé cet axiome fondamental pour la connaissance des vraies amitiées , qu'Aristote , S. Jérôme et S. Augustin ont tant solennisé : Amicitia quœ deêinere potuit, nunquam vera fuit (4).

0 Dieu 1 le bon monsieur le président N. est toujours vivant en mon cœur , et il y tient le rang que tant de faveurs reçues de lui , et tant de dignes qualités reconnues en lui, lui avoient acquis. Mais, monsieur, la réciproque communication, qu'avec tant de confiance je ne faisois presque que commencer avec lui , est cessée , et se trouve convertie en l'exercice des mutuelles prié*

(I) L*amillé q«l t ira cesser ii*t itmals été vMiaMa» e«l« D^estiiuiUiearMUsaMnt qa« trop ntl,

LEnnRS

rw qœ nous faisons Tun pour Taulre; lof, comme sachant combien j*en ai besoin ; moi , comme doutant qu*il n*en ait besoin..

Et donc, puisqu'il vous platt, puisque TOUS le voulez , je vous dis de toute mon «fléotion , prenez la place, monsieur, en oetle communication , et mon coeur vous y regardera, vous y chérira, vous y enverra ses pensées avec un amour qui ne violera point les lois de respect, et un respect qui ne seséperera Jamais du devoir de Pamour. Hais commençons donc par ici à parler comme îl faut eatre las amis parfaits , et Tenons au troisième point à ce que je vous dois répondre.

Je vois en votre livre deux choses , les traits et la main de l'artisan d*un côté , et la matière et sujet de Tautre. En vérité^ je trouve votre main bonne, louablo, ains exquise et rare , mais la matière me déplaît, s'il feut dire le mot que j*ai dans le cœur : je dis, la matière me déplaît extrêmement. Plot à Dieu, dis-je , que mon Poiyeletus qui m'est si cher, n'eût point mis sa mattresse main sur un airain de si mauvais lostrel

Je hais, par iticUnation natm^tle; par la éondition de ma nature , par l'appréhension tirée de mes ordinaires considérations, et, comme je pense, par Tinspiration céleste, toutes les contentions et disputes qui se font entre les catholiques, desquelles la fin est inutile , et encore plus celles desquelles les effets ne peuvent être que dissensions et différends , mais surtout en ce temps plein d'esprits disposés aux médisances, aux censures et à la ruine de la charité.

Non, je n'ai pdsmème trouvé à mon goût certains écrits d'un saint et très^xcellcnt prélat, ès-quels il a touché du pouvoir indirect du papo sur les princes , non que j'aio ju^'^é si cela est, ous*il n'est pas, mais parco qu'en cet âge , où nous avons tant d'ennemis dehors , je crois que nous no devons rien émouvoir au-dedans du corps de l'Eglise. La pauvre mère poule, qui, comme ses petits poussins , nous tient dessous ses ailes, a bien asse^ de peine do nous défendre du milan , sans que nous nous entrebéquetions les uns les autres, et que nous lui donnions des entorses. EnGn , quand les rois et les princes auront une mauvaise impression de leur père spirituel » comme

s'il les voulolt surprendre, et Un/t amclier leur autorité que Dieu , «ouvernio pèrs, prince et roi de tous, leur a donnée en partage; qu'en adviendra-t-il qu'une trto»

dangereuse aversion des cosurs? Et quand ils croiront qu'il trahit son devoir , ne seront-ils paa grandunent tentés d'oidiUsr Is leur?

Je n'ai pas voulu remarquer tout pMa de choses qui me semblent devoir étie extrêmement adoucies , et me sais contenté de vous dire ainsi en gros et grossièrenieol mon petit sentiment, ains, pour parlsr naïvement, mon grand sentiment pour ce regard. Mais dites-moi maintenant , numsieur , si je m'excuse envers vons de voos parler ainsi franchement, répllqueres-foos point que c'est aussi trop franchement?

Voilà pourtant comme je traite avec cea qui veulent que je contracte nne entiers amitié avec eux 1 Ahl je sais, je crois, js jure partout que vous aimes l'Église, qae vous êtes constamment son enfant assuré; mais le zèle de rautnrité que vous avez a longuement et heureusement possédée, vous a poussé un peu trop avant. Vive Dieo, monsieur, je vous chéris avec tout cela de tout mon cœur.

Non sentîre bonos eadem de cebat Usdem loeolami licnit seroper amicitiA (i).

Que s'il vous semble que d'abord je devois user de plus de modération , je vous supplierai de croire que je n'en sais point en l'amitié, ni presque en rien qui en dépende. Et quand donc peut-elle user de ses droits qu'en la ferveur de ses commencemens? Au demeurant , Dieu sait combien \otro chère fille m'est précieuse comme une propre sœur , si je la vois en cette vocation. Aussi, comme j'ai toujours fait avec feu monsieur le président , je désire que partout vous m'advouyez votre fils et serviteur fidèle.

LETTRE DCCCLXXn.

s. FRANÇOIS DB 8ALB8, A M'*',

RrefiMsant la religion prHeodae réformée, qui lei avoit demandé une cooCdreoce.

Monsieur, mon dessein ne fut pas d'entrer en aucune conférence avec vous : \é prochaine nécessité de mon départ m'en

(1) Les fens de bien penrent aToir des opinions tft(MreBMs sor les néoMn càoaes , atM blami moar mit ki «•Tolrsfif raalUi.

ÔCoit •Btièrement PoccaeioD. Si les confé*

rences ne sont pas bien conditionnées et accompagnécd de loisirs et de commodités de les parachever, elles sont infructueuses. Je ne regarde qu*à la gloire do Dieu , et le salut du procliiiin. Où cela ne peut être procuré, je ne fais point de conférence.

Vous savez bien ce que je veux dire, quand je parleLdu livre des Machabées. Il y en a deux, et deux font un corps de livre. Je ne prendrai pas la peine d'en dire da* Tante, car je ne picote point.

11 est vrai que nous le disons et affirmons, et que vous le niez et rejet(». L'É* giise a toujours été combattue par cette même façon ; mais vos négatives doivent être prouvées par une mémo sorte de preuves , qu'est celle que vous exigez de nous ; car c'est à celui qui nie de prouver, quand il nie contre la possession et que sa néga» tivesert de fondement à son intention. Les jurisconsultes vous le témoignent, quisque c'est d'eux que la maxime est tirée ; vous Cl en refuserez pas l'explication.

La prière pour les trépassés a été faite par toute l'ancienne Église ; Calvin même le reconnoît, les Pèrc> l'ont prouvé par l'autorité du livre des Machabées, et l'u* sagegénéral de leurs prédL^ce?seurs. Voyez la fin et le commencement du livre de S. Augustin qu*il a fait sur ce sujet : nous marchons sur leurs pas , et suivons leurs traces.

Ni les livres des Machabées, ni l'Apocalypse, n'ont pas été sitôt reconnus que les autres : Tun et l'autre néanmoins le furent également au concile de Carthagc, où S. Augustin assista. On a douté loisiblement de quelques livres canoniques pour un temps, desquels il n'est pas loisible de douter maintenant : les passages que j'ai cités sont si exprès, qu'ils ne peuvent être divertis à autre sens. Je vous conjure, par les entrailles de Jésus-Christ , de vouloir meshui lire et l'Écriture et les anciens Pères, avec un esprit déchargé de préoccupations : vous verrez que les parties principales et essentielles de la face de TEglise ancienne sont entièrement conservées en celle qui est maintenant.

On m'a dit que Dieu a mis en vous beaucoup de dons de nature; n'en abusez pas pour forclore ceux de la grâce ; et considérez attentivement les qualités de la part en la-

quelle vous désirez confier. Si la commodité le permettait , croyez que je ne la refuserois pas , non plus que je ne la refuserois pas aux sieurs ministres de Genève mes voisins , quand ils la désireront ea bons termes (1).

CD PndAiit qm nlat Fmfolt dt Mm miantoit » eoQvert:r à la relifloa eaibollqaa la parllo d« la Saroto qol borde le lae de GenèTo appelée le Chablalt . n reçat ordre do pape de demaader eut confèreiire à TMoior» de Bèie, alors Agé de pins de tolxanie-dii ani . et qal avott toccédé d«ot Genève à la toprénatle de CalTln. Voici les détAlla de cette entréToe. telle qu'elle eut rap. portée par un des premiera bblOrienf da Saint, M. de Manpaa . é?êqo« do Poy.

Françeia , arrlré à aenéf*. fMidtt iTabovA tMI» à Théodore de B^ie. Après les premières honnêtetés rea* peotivfe , Bèie ajaat ironeeatl à la co^férMce i « Um^ » sleor . loi demanda Frangols de Sales, peot-oo se sauver » dans l*lÎKllse ronsine?» Ce ministre, fort surpris . demanda un pen de temps avisai que de répaadre. et s'élsnt retiré dans son rsbinet. on l'entendolt ««rrherà frand* pes . comme en hevraie fbrt airtté : Il en aorrfl m bnal d'an quiirt-d'henre, et lai déclara franrliement qaa c*étolt sans doDie que l'on se ponvolt sauver dans rifrllse roaialnc. pnisqi'elle étolt la mè«« tffllse. « Foetqnet » donc, répartit notre Saint. aTei-vois planté votue r». » lIlMon prétendue réformée dans la France et alllenrt ^ » a ver refhnion de tant de aanr t Fo«rqvof ««m embrai». » roents. ces deairartioas de feanples . ta rvine ém eaieUh » les séditions et la rnerre pour établir votre crésnref > A «es paroles. Bèxe. Jetant nn profond soupir, dit d'qne vql^ tremblante : « C*est que vous embmntllei les tmes daiyi votre relielon ; car vous rroyet qne les bonnes «Qvres sont néres<airesà saint, qne nons antres disons n*étre lem lement que de blensésoce ; et par cette néresslté qae vobi Imposai RDT peuples. Il en arrive de très-rranda maot. d*antAnt qu'Us croient être obligés de s*j exercer coipvf TOUS leur enseUmez : et ne les fiiUantpaa. Ils font conlri leur coosrif Bce et se damnent : pour cette rafaen noot avon« élubll la nétre . qnl rend le chemin du ciel facile. »

A quoi notre saint docteur répartit : « Monsl^r. voua » ne prenet pas rirde que. par celte créance, vona toahas » en des labyrinthes . dont vous aorex peine à sortir , car » nier la nécessité des bonnes œavres au aalut. n'est tnlM » chose que renverser toutes les lois natnrellea ,' ha- » naines et divines, qui menacent lea réfractalrea et let » mécréan« de très-crnels supplices, et proiaeueat daa Il lauriers immortel* h ceux qui les observent. Il est caiu » tain que la charité qnl n*opère point la» bonnes oauvrM '» conformes à la fol dont elle fait profeeaion . est norle, » étant Impossible qu'elle soit sans a|ir dtna nae toM qat » a celte suinte babitode. >

François loi cita eusnite une malUtude de preuves tirées de 1*Écriture Sainte et des Pères . sur la nécessité dea bonnes cauvres. Il termina par rapporter lea parolea da Jurement dernier, par lesqoellea lea nécbanta aeroal condamnée uniquement pour n'avoir pas fait de bonaaa «uTtes : J'ai eu faim^êt wu» «• m*aoes pca dommém VMtioer. ttCs etc.

m Cet homme endnrci . continue l'historien . sa trouvanl sans réponse , entra dans une telle colère, qnMl s'emporta à dire beaucoup d'Injures; le bienheureux qui savoitosénaper ses passions rnire le calme et la tempête . souf^il sas onirt^s avec autant de douceur qu'il avoil témoigné de constance et de fermeté à le combattre duraat trois aa quatre heures. ■ * Monsieur . lui dit-il . Je ne sois pa.4 vaov » Ici pour vous fâcher; è Dieu ne pisise . J'éio's saulereaat » venu pour conférer a* ec voa.«i de queique;* pointa, et voua a exposera la bonne fol et tout franchement aiesol^Jao^ » tiens : et Je me rëjouissois de pouvoir savoir vaira aaaa timent sur Icelles; mais puisque Je vois q«ia toos vo^ • fftchex et nettes en colère. Je tous pria de n'excasari » cela n'arrivera plua par ma faute , et Janals pins Ja aa » traiterai da naUères de ooatrovanaa avac vans. • iésa ayant oal cattaaioMa» aaaaai «1*11 atali fliiaH\tflA

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^ le continuer, sachant bien qu*il est îssable comme le motif duquel il ! sa source. Or sus, mais parmi tout je ne suis pas sans variété d'amer- \ intérieures, bien que je ne sache qii*étant ce que vous êtes à noire eur, votre amertume ne peut être paix, et que Tamour soulage votre iir; car vraiment j*ai un certain cœur "e , mais qui tient un peu du cœur de

me votre avancement en la solide ; et cet avancement requiert desdiflS* , afin que vous soyiez exercée à l'é»

e la croix, en laquelle seule nos âmes ivent perfectionner ; mais je ne mo •mpècher des tendreté? maternellos nt désirer les douceur» pour les en-

Soyez seulement courageuse, ma hère fille. 11 n'est pas des rosiers spi- \ comnje des corporels : en ceux-ci, incs durent et les roses passent ; en à les épines passeront , et les roses ireront.

"emercie infiniment mademoiselle N.

charité qu'elle me promet. 0 qu elle énéreuse, si elle s'unit à celui qui, »*unir à nous , descendit du ciel en

et pour nous tirer à sa gloire em- { notre abjection ! Ma très* chère fille, teur qui m'a apporté votre lettre, ne mne que des moments pour vous ; c*est pourquoi je finis, vous dédiant tre Seigneur tout mon cœur et mes DOS î votre, etc.

LETTRE DCCCLXXV.

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