LETTRE LXXI
SAINT FRANÇOIS UE SALES , A MAOAME DB CBANTALg
Enroi d'uno image où étoit représenté le pp!i' Jésos aTee Noire-Dame et sainte Anne liofleiion sur celte image.
Le t9 mal 1808
VoUà , ma fille , l'image que je vous en voie : elle représente votre sainte abbesse pendant qu'elle étoit encore au monastère des mariées , et sa bonne mère qui étoit venue du couvent des veuves pour la visiter. Voyez la fille , comme elle se tient les yeux baissés ; c'est parce qu'elle ne peut regarder ceux do l'enfant : la mère au contraire les élève , parce qu'elle regarde son poupon. Les vierges ne lèvent les yeux que pour voir ceux de leur époux, et les veuves les baissent, si ce n'est pour avoir le même honneur. Votre abbesse est glorieusement ornée d'une couronne sur la tête, mais regarde en bas sur certaines petites fleurs éparsessur le marche-pied de son siège.
La bonne mère-grand a près de soi à terre un panier plein de fruits. Je pense que ce sont les actions de sainteté , des vertus humbles et basses qu'elle veut donner à son mignon , tout aussitôt qu'elle l'aura entre ses bras. Au demeurant , vous voyez que le doux Jésus se penche et se retourne du côté de sa mère-grand , toute veuve qu'elle est , mal coiffée , et simplement vêtue. Il tient un monde en ses mains, lequel il détourne doucement à gauche , parce qu'il sait bien qu'il n'est pas propre aux veuves ; mais de l'autre il lui présente sa sainte bénédiction.
Tenez-vous auprès de cette veuve , et comme elle ayez votre petit panier. Tendez les yeux et les bras à l'enfant ; sa mère votre abbesse vous le donnera à votre tour ; et lui très-volontiers s'inclinera à vous, et vous bénira glorieusement. Hél que je le désire , ma fille ! Ce souhait est répandu tout partout en mon ame , où il résidera éternellement. Vivez joyeuse en Dieu , et saluez très-humblement en mon nom madame votre abbesse et votre chère maltresse. Le doux Jésus soit assis sur votre cœur et sur le mien ensemblement I q;u'il y règne et vive à jamais 1 Âmen.
lOG
LETTtiES
LETTRE LXXn.
J. FRANÇOIS DE SALCS , A MADAME DE CIIAXTAL.
Ne jamais oublier le Jour où Ton est revenu à Dieu, et en célébrer I anniversaire par des exercices de piété extraordinaires.
10 jBlliai IIM.
J*ai oublié de vous dire , ma chère fille , que si lés ôrâisbriâ de S. Jean bide S. François , et les autres que vous dites , vous donnent plus dé goût en ifrançdië , je suis Uen cbiitent que vous les récitiez cOmme cela. Deîhelirez eh paix, ma Gile, avec Voire époux bien serré ehtre vos bras.
Oh i que monâiiie est satisfaite dé Texercicc de pénitence ique nous avons fait ces jours passés , jo'uts heureiix , et acxrepUiptes, et mémorables ! Job désire que le jaiir de sa naissance périsse (4) , et que jamais il n'en soit nlémoire ; mais moi , ma Fille, je soutiàite au contraire que ces jours , 'ésqîiels Dieu vous a faite loute sienne , vi- Vent à jamais en votre esprit, et que la souvenance cii soit perpétuelle. Oui-dâ, iiiâ fille , ce sont des jours desquels le sou- Ycniir vous sera éternëlleknent agréable él doux sans douté , j;)oiirvu que iios résolutions , prises aVéc tant dé force él de courage, déïneui*ent bien closes et à couvert sbùs lé précieux sceau que j*y ai mis dé lua main.
Je veux , hia fille , ique nous célébrions toutes les années les jours anniversaires de tcux-Ià , par l^addition de quelques pdrtituliei^ exercices à ceux qui nous sont Ordinaires. Je Veux que nous les appelions Jours de noire dédicace , puisqu'on ceux-ci vous avez si entièrement dédié votre esprit à Dieu. Que rien ne vous trouble ciiprès, hià fillfe ; dites, avec S. Paul : Ju âemeùrahï , que nul né se fâche,- car je êuis stigmatisé dés plaies de mon maître (î); c*est-û-dirc, je suis la servante vouée , dédiée , sacrifiétt.
Gardez bieh la dôture de votre monastère , ne laissez point sortir vos desseins *à et là ; cat* cela n'est qu'une distraction ie'cœur. Obiervei bien la règle , et croyez,
(1) nrefet dlM In qnà niilai raa, et bax in qnà dleVtam CM : ConcR0tM esl huse. Jo». o. m. f . S.
(?) De esiero nemo miLi mule»liu sU; «foonin »l\smaia DméIbI l»Mà ta mm^tê MdS wtt»* Ak. Gàfe » H 1. 17.
mats croyez-le bien , que lehlsdé mâdàina votre abbesse sera tout vôtre (4).
Nourrissez , tant qu*il vous sera possible^ beaucoup d'union entre vous, madame du Puits-d'Orbe , et madame brulart ; car ii me semble que cela leur sera profitable.
Vous connoîtrez assez, à voir qiio je vous écHs à tout projK» , que je vous vois souvent en esprit, et ii est vrai. Non, il né sera jamais possible que chose aucune ine sépare de votre bsprit : le lien est trop fort. La mort môme n'aura pas de pôy vqir pour le dissoudre, puisqu'il est d'une étolTè qui dure éternellement.
Je suis fort consolé , ma chère fille , ao vous voit* plcinjB du désir d'obéissance : c'est un désir d'un prix incomparable . , çl qui vous appuiera en tous vos ennuis. Hélas l nenni , ma três-aimée fille , ne regardez point à qui , mais pour qui vous obéissez. Votre vœu est adressé à Dieu, quoiqu'il regarde un homme. Môil Dieu i né craignçz point que la providence de bien vous défaille ; non , s il étoit besoin , elle enverrqit plutôt un ange pour vous conduire , que de vous laisser sans guide, puisquWec tant de courage et de résolution vous vouiez obéir. Et donc, ma chère tille, reposezvous en cotte providence patetneîle , résignez-vous de tout en icelle : et cepen-: dant , tant que je pourrai , je m'épargnerai pour vous tenir parole, afin que, moyennant la grâce céleste , je vous serve longuement ; mais celte divine volonté soit toujours fuite 1 Amen.
Hier j'allois sur le lac en une petite barquette , pour visiter M. l'archevêque de Vienne ; etj'étois bien aise de n'avoir point d'appui, qu'un ais de trois doigts , sur le quoi je me puisse assurer , sinon la sainte providence : et si j'élois encore bien ai:se d'être là sous l'obéissance du nocher , qui nous faisoit asseoir et tenir formes sang
remuer, comme bon lui seinbloit; et vraiment je ne remuai point, ^lais, mafillo, ne prenez pas ces paroles pour des effets de grand pi*ix. Non, ce ne sont que de petites imaginations de vertu , que mon cœur fait pour se récréer , car quand c'est à boh escient , je ne suis pas si brave.
Je ne puis m*em|)écher de vous écrire avec une grâtido bUdité et sitiipliéité d^es-
0 } L*abl>ffM , c'Mt It saillis VMllS • tl SM ils» tMt^
DE S. fraIî^S Ve sales.
pR{. A Dteu , m ti«s-chSR) m, i^imé^o iKbu qild j'adbl-e^ et quÎTn'd r'èndu ii bhi- (|nonichl el Bl Intimeméht vôtre , 'qli'â jàm\s son noiil §bit béhi, et célut db èa âiiinllô îJefe, Je ittfe hîs»duvihâ encbtb hîelr ti'é Sic Rfhrthb ; D^pôs<5é dàbâ Unfe bclilb Barqîlie ïvec MagdlelcÎTiB : Dieu l'éttr servit Ai pifolé ik)ur lie§ faire bborder oi\ noire France. Â Dicii , dé k-ectief , ma chère fillé :
tiVçz tônté. jbyéiisé , toute coiislàntc en flSitifë ciier Jé§uâ. Âinen.
LETTRE LXint.
s. FRAlfÇOIS DE SALES ^ A SA SAU>nrET£ LE PAPE PAUL y.
OHMilU (^ftftiis nominibos Pâélo T; td 0oiitîfl- Mlom TDcens erecto ^ graïuUri teneatur. Diœotiàm Geb'ciinensem nobilium ejus curarum i^titém cûpli don ^ii\i ^bsirétiiAifa.
ADD0CX, le 16 JotHet leos.
BéAtfi»imét)atér,
tn làntâ sàlUlantiuni cbiitentiône , 'à^i , tbc t)onUficâlïïs inîllio , âd pod'é^ sancti.laUs to ven\?ràbun'di âcôiaëriint , nôii debui , crtdb, hi<^h\ ihgèrère tehuiiatelih , quaô èisi bbediehliâ , iidb ac pîdale (^rgà béatiteàihôhi Itfam nWli inferiOr est, hicrîtià tamen adeô depressa jacet , Ut vix îh ^oniparatione conjSpici ac nolari potuissot.
Sed nunc, béalissikhé p^te^, cùm majomm omnium ardor expletus dererbuil^ non rectô faciam , si tacuero , et nolucro nuntiare quàm boni nuntii (lies assumptionis tudô hicrît, eliâè tôlamquè hanc diœcesim ttakimd perfVrdherit lîiBtitiâ.
DiebSôto iiàmquè hoc gaudiî lesiimoiiium cathedrœ apostoUcœ, cui de tanti pontiûcis sessione congratulor : debeo et tibi pontifici maxime , qui tantam cathcclrani exorbas : debeo uirbis et orbis fîdelibus uniyersis , qui suavissimo virtùlum tuarum odoro recreantur : debeo liiiic provinciaî , quœ, unique Ilûclibùs àc jactiilionibus ha3reticorum quassatâ propemodiim ac contrita, ildurïmâm spem ex perspcclà Iwà providenlîâconcepît.
Debeo et mîhi, qui mirincam ilUim tuam benigmlatem jam'pridem sum expertus, diun tu , beatissinie pator , in ultime ilio et ad poDtificatum proximo card inalatûs gradu lântisper hœreres , et ego huic Ecclesiae prsepositus negolium de ecclesiis , hœretioorum longiMimà occupatHme dinitis | ca-
thoit'coruni iisui (*esuluendîs, é|pud sanctam sedpm'tractarcm nbttliumqûe grali-ssimuni dbferretn de multis hoihinum millibus ad Christ! taillis niiperrimè t'éductis ; ut mé nunc propitium liabiturunî potitiHcem et pïîtr|prii sperare parsit, qucm taih beneficbni jam indè nactuâ sum ciirdinalcm.
Et sànè cor , humnni corporis princeps j ih aflbcths partes niajore suoruih vitalium spiritUum fluxu bencficehliâm êuam denvare solet. Sol quoque c6 abuntldnliûs ac pressiûs radios sues eflbndit in hsnic nostrd infcHok^a , quô alUbs hôri^outi ihsidet ac dominatûr.
Tu autcm , blralissime \ml\î^ , colr es et sol totîus minîsléHl etcliesiastîd : iidh dubiilrii iciturquih, pnfetbrbrtiniurtîEcdoSia» rum sollicitudinem , singularem providentféiïi Imic dibècesi ih'stdiUiràhdiiD ^dhibèiJis , quae Omnium mâxiWè fet ])é§siM àb hèné- Wtiâ véxatur; idcju'e latttô uberiûs prsôstcà, qbô altiiàs nobis prtes él iiHThihIès.
Nam et Christus , fepiscopbruih [irihcepà^cujlis tû vices sustinés iii terril, ubi abun^ davii delictùin , s\it)^rdbundàiié fàcit gh|tiam. Sic sùmmùhï îh le àpAostolicœ dignttàtis splehdoreih Iselus et ghitbléburtduè Venéh)r , \^c demisso iri tSWràin vultu , ad peduni liibrum oscilla piDslratûS \ humil^ limé folo ; et si tùiee sanctitàtis solium hi inlbriOr\im vièstihienUs trî«*^ttdum essel , sicut de primû siHle Jehb docel Scrij;)iurà , festiharem utique , el tbllèns vesteés sùbskcrrtercm jMerlibus tuis, canereïA Uibà-, ùi^\ï^ dicerem : Regnel Pâului V î viviâik {)Ohtirex maximus queM utt^t Dominils super Israël Dei !
Félicitation sur son exaltation au saint-siège;
Très-sùîhl Pé^ ,
Quoique je ne cède en rîch à qui que ce soit dans robéissahce , la fidiélilé et le respect qui sont dus à votre sainteté , Ci»pîehdanl , pour ce qui regarde les miTites , m? personne a si pou de relief , qu*él«ihl mis* en lyarailèle avec les autres, elle s*6vanouit eldisparoît. Ceslcequi fait qlie jeh*ai pâ^ cru pouvoir me môler parmi la multitude de ces grands j)orsonnages qui , à TenlriJe de voire i>ontilicat , se sont empiiôssi^s d'a^ 1er se jeter aux pieds de votre sainteté, pour lui rendre leurs devoirs
Mais maintenant , très-saint père , qile toute f .ette foule est passée , et que le zèle
LETTRES
des grands s'est satisfait , je pense que je ne puis me taire avec honneur , ni me dispenser raisonnablement de témoigner la joie dont la nouvelle de votre élection m'a comblé avec tout mon diocèse.
Je dois cette déférence au saint-siége apostolique en le congratulant du choix qu'il a fait d'un si grand pape , et à vous, très-saint père , qui illustrez la chaire de vos prédécesseurs. Je la dois aux fidèles , tant de la ville de Rome que de tout l'univers , qui sont embaumés de l'odeur de vos vertus ; je la dois en particulier à cette province , qui , battue de toutes parts , et presque brisée des flots et des orages excités par les hérétiques , a conçu de grandes espérances de votre sagesse et de votre charité.
Enfin , très-saint père , je dois me féliciter moi-même , ayant déjà éprouvé les effets merveilleux de votre bonté , lorsque vous n'étiez encore que cardinal , mais déjà si proche du souverain pontificat , et que je n'étois que prévôt de cette Église. Car vous m'aidâtes puissamment auprès du saint-père votre pnédécesseur pour faire réussir ma négociation touchant la réédification des égUises tombées en ruine et démolies par les hérétiques , et pour faire remettre les catholiques en possession de ces saints lieux si longtemps occupés par ces ennemis de la rehgion.
Ce fut alors que j'annonçai à sa sainteté l'heureuse nouvelle de la conversion de plusieurs milliers de personnes. Si j'eus le bonheur , très-saint père , de vous trouver si favorable dans un temps où je pouvois vous être plus indifférent, parce que vous n'étiez que cardinal , n'ai-je pas lieu d'attendre les meilleurs traitemens de votre sainteté , depuis que vous êtes devenu le père commun des fidèles et le premier de tous les pontifes ?
Le cœur , cette partie si noble du corps humain , a coutume de départir avec plus d'abondance ses esprits vitaux à celles qui lui sont les plus intimes ; et le soleil darde ses rayons avec plus de force , et répand sa lumière avec plus de profusion , à proportion qu'il s'élève et qu'il domine davantage sur notre horizon.
C'est ce que nous voyons arriver en vous , très-saint père ; vous êtes le cœur et le soleil de tout l'état ecclésiastique ,
c'est poorqud nous ne pouvons douter qu'outre le soin que vous prenez de toutes les Églises en général , vous ne vous appliquiez particulièrement à afferinir le bien qui a été commencé dans ce diocèse , qui est le plus exposé de tous aux persécutions des hérétiques; et qu'il ne se ressente d'autant plus de vos bienfaits , que vous êtes plus élevé au-dessus de nous.
Car Jésus-Christ même , le prince des évêques, que vous représentez sur la terre, répand une surabondance de graee oè le péché avoit abondé (4). C'est pour cela , très-saint-père , que je révère avec tant de joie le souverain degré de la dignité apos* tolique dont votre sainteté est revêtue , et que , les yeux baissés vers la terre , je me prosterne humblement à ses pieds pour les baiser ; et s'il falloit vous ériger un trône des vêtemens de vos inférieurs, comme l'Écriture nous l'apprend du premier trône de Jéhu (2) , je volerois sur-lechamp , j'étendrois mes habits sous vos pieds , je sonnerois de la trompette , et je crierois de toutes mes forces : Règne Paul cinquième ! vive le souverain pontife que le Seigneur a oint sur l'Israèfl de Dieul ayant l'honneur d'être avec le plus profond respect, etc.