LETTRE LXX
8 PBANÇ0I8 DE SALES, A MADAME DE CUANTAL.
(Tlré« da nonatlèrt d« U VtoltaUoB d« la rtlto 4« ftooen.)
Il lui astigno un jour pour le fenir irourer cbex nadame sa mère, et lui faire la revue de sa conscience II lui découvre aussi le dessein qu'a madame sa mère de mettre sa jeune sœur en pension au monastère du Puits-d'Orbe, la priant de Taire secrètement des informations
pour cela.
tl mil 1601.
Madame ma très-chère sœur , voici une courte réponse à vos dernières lettres.
Puisque vous êtes résolue de me revoir entre ci et Pentecôte, et que vous en espérez tant do fruit , venez au nom de Dieu , et pour une bonne fois. Le lieu que je vous marquerai , c'est chez ma mère , à Torens, parce qu'en cette ville je ne saurois promettre un seul moment de mon temps.
Le jour sera le samedi suivant l'Ascension, afin que je vous puisse donner les quatre ou cinq jours suivans francs et libres, avant que la fête de la Pentecôte arrive , en laquelle il faut nécessairement que je vienne ici à Annecy pour faire i'ofiice et mon devoir Je ne puis dire si nous §urons besoin de beaucoup de jours pour la revue
(1) Ce umps o*étoii qoe da dix Jolis» paadiBi laniils <atott dam la s|io4#>
de tout votre état intérieur : peu plot , pm moins en fera la raison.
S'il vous arrivoit quelque incommodité pour laquelle il fallût différer votre venue , vous n'aurez pas pour cela besoin de m'a« vertir par homme exprès : mais seulement par la première commodité , puisque passé ce temps-là je serai à la visite , et ne m'arrêterai nulle part jusqu'à Notre-Dame de septembre , que je serai ici quinze jours seulement, si que entre cela vous auriez assez de loisir de m'avertir. Je dis cela en cas que le sujet même de la retardation de votre voyage ne méritât pas de soi-même de m'en avertir ; mais pour cela faites comme vous jugerez , pour m'avertir ou pour ne point m'avertir.
Préparez bien tout ce qui sera requis pour rendre ce voyage fructueux , et tel que cette entrevue puisse suffire pour plusieurs années. Recommandez le à notre Seigneur , fouillez tous les replis et voyez tous les ressorts de votre ame , et considérez tout ce qui aura besoin d'être ou rhabillé ou remis. De mon côté je présenterai à Dieu plusieurs sacrifices , pour obtenir de sa bonté la lumière et la grâce nécessaires pour vous servir en cette occasion. Je disois bien que vous préparassiez une grande , mais je dis très-grande et absolue confiance en la miséricorde de Dieu premièrement, puis en mon affection; mais je sais que de ce côté-là la provision en est toute faite. S'il vous semble qu'à mesure que votre souvenance et considération vous suggéreront quelque chose, il vous fût utile de le marquer avec la plume , je l'approuverois fort. Le plus que vous pourrez apporter d'abnégation ou d'indifférence de votre propre volonté , c*est-à dire , de désirs et résolutions de bien obéir aux inspirations et instructions que Dieu vous donnera , quelles qu'elles soient , ce sera le mieux , car notre Seigneur agit es âmes qui sont purement siennes , et non préoccupées d'affections et de propres volontés. Mais surtout gardez-vous de vous inquiéter en cette préparation ; faites-la doucement et en liberté d'esprit. En ce qui regarde les ennuis des tentations do la foi , ne vous y amusez pas ; mais attendez que vous soyiez ici , car ce sera assez tôt. Ne partez point sans le congé de votre confes- \aeur; je yeux croire que vous lui en avec
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communiqué vos délibérations avant que d'en résoudre.
Au demeurant, il faut que je vous supplie de me faire un bien. Ma mère désire infiniment d'envoyer ma jeune sœur au Puits-d'Orbe , afin de la dépayser , et de lui faire prendre le goût de la dévotion ; mais elle ne voudroit nullement que madame l'abbesse , ni sa maison , en reçut aucune incommodité que celle du soin de ses mcBurs. C'est pourquoi je désire qu'il TOUS plaise de m'appdrter assurance de tout ce qui sera requis de faire à cette intention , sans que madame l'abbesse le sache , afin que tout aille comme il faut , et que ma sosur ait ce bien de... (4).
Voilà de la peine que je vous donne , mais c'est encore pour un oflice de charité. U me reste seulement à prier notre Seigneur qu'il soit votre guide et conducteur en ce voyage et en tout le reste de vos actions : je l'en supplie de tout mon cœur, et vous , ma chère sœur , de venir joyeuse en lui, qui est votre joie et consolation. Si vous saviez comme je vous écris , vous eicuseriez bien l'indigestion de mes paroles et de mon style ; piais c'est tout un ; je vous écris sans entendement, mais je ne TOUS écris pas sans un cœur plein d'extraordinaire désir de votre bien : et prenez courage , ma sceur ; Dieu vous sera bon et propice. Je suis votre serviteur très-dédié en son nom. Amen.
De Saint-Claude votre chemin s'adresse droitàCrex, où je vous ferai trouver un homme qui vous accompagnera jusque chez ma mère. Vous viendrez de Gex à Genève, oô , si vous ne voulez pas , vous n'arrêterez point ; et , si vous voulez , vous pourrez arrêter, car il n'y a pas de danger ; et de là vous viendrez à Thorens. De Saint- Claude à Gex il n'y a que six lieues , et de Gex à Thorens sept. L'homme qui vous ira au rencontre vous conduira. Je vous attendrai plutôt la veille de l'Ascension (2) que le samedi suivant (3).
Je vous invitois à la veille de l'Ascen- 8Î0& ; mais comme je fermois la lettre, des pères chartreux me sont venus conjurer d'aller en un monastère voisin consacrer des filles : si que le jour auquel je vous
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attendrai sera le samedi suivant. Dieu vous aide 1