‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 55 sur 450 · LETTRE LXXV · texte numérisé non relu

LETTRE LXXV

d. PBANÇOIS DE SALES, A MADAME DE GHANTAL.

Ne pat raisonner arec les tentations, ni lesap« préhender, ni même y réfléchir; elles ne noas finit* pai de mal lorsqu'on n'y songe point

L« Joor de Saf nUAatiutf o , 80 tofit isos.

Vous aurez maintenant en main , je m'en assure , ma fille , les trois lettres que je TOUS ai écrites , et que vous n'aviez pas encore reçues quand vous m'écrivîtes le deuxième d'août. Il me reste à vous répondre à celle de cette date-là , puisque par les précédentes j'ai répondu à toutes les autres.

Vos tentations de la foi sont revenues ; et encore que vous ne leur répliquiez pas un seul mot , elles vous pressent. Vous ne leur répliquez pas : voilà bon , ma fille ; mais vous y pensez trop , mais vous les craignez trop , mais vous les appréhendez trop ; elles ne vous feroient nul mal sans cela. Vous êtes trop sensible aux tentations. Vous aimez la foi, et ne voudriez pas qu'une seule pensée vousy vînt au contraire ; et tout aussitôt qi^'dne seule vous touche , vous vous en attristez et troublez Vous êtes trop jalouse de cette pureté de foi ; il vous semble que tout la gâte. Non , non , ma fille , laissez courir le vent , et ne pensez que le frifilis des feuilles soit le cliquetis des armes.

Dernièrement j'étois auprès des ruches des abeilles , et quelques-unes se mirent sur mon visage : je voulus y porter la main, et les ôter. Non, ce me dit un paysan, n'ayez point peur, et ne les touchez point ; elles ne vous piqueront nullement; si vous les touchez, elles vous mordront. Je le crus ; pas une ne me mordit. Croyez-moi , ne craignez point ces tentations, ne les touchez point, elles ne vous offenseront point ; passez outre , et ne vous y amusez

point.

Je reviens du bout de mon diocèse qui est du côté des Suisses, où j'ai achevé rétablissement de trente-trois paroisses, èsqueiles il y a onze ans qu'il n'y avoît

que des ministres ; et y fus en ce temps-là trois ans tout seul prêcher la foi catholique : et Dieu m'a fait voir à ce voyage une consolation entière ; car en lieu que je n'y trouvai que cent catholiques , je n'y ai pas laissé maintenant cent hugenots. J'ai bien eu de la peine à ce voyage et un terrible embarrassement; et parce que c'étoit pour des choses temporelles et provisions des églises , j'y ai été fort empêché; mais Dieu y a mis une très-bonne fin par sa grâce , et encore s'y est-il fait quelque peu de fruit spirituel. Je dis ceci , parce que mon cœur ne sauroit rien celer au vôtre, et ne se tient point pour être divers ni autre , mais un seul avec le vôtre.

C'est aujourd'hui S. Augustin ; et vous pouvez penser si j'ai prié pour vous le maître , et le serviteur , et la mère du serviteur (4). Dieu soit notre cœur , ma fille ; et je suis , en lui et par sa volonté , tout vôtre. Vivez joyeuse, et soyez généreuse.

Dieu , que nous aimons , et à qui nous sommes voués, nous veut en cette sorte-là. C'est lui qui m'a donné à vous : il soit à jamais béni et loué !

P, S, Je fermois cette lettre , ainsi mal faite ; et voici qu'on m'en apporte deux autres, l'une du 46 , l'autre du 20 août, fermées en un seul paquet. Je n'y vois rien que ce que j'ai dit : vous appréhendez trop les tentations, il n'y a que ce mal. Soyez toute résolue que toutes les tentations d'enfer ne sauroient souiller un esprit qui ne les aime pas : laissez-les donc courir. L'apôtre S. Paul en soufi^re de terribles , et Dieu ne les lui veut pas ôter ; et le tout par amour. Sus , sus , ma fille , courage : que ce cœur soit toujours à son Jésus ; et laissez clabauder ce mâtin à la porte tant qu'il voudra. Vivez, ma chère fille, avec le doux Jésus et votre sainte abbesse (2) , parmi les ténèbres , les clous , les épines, les lances , les dérélictions , et avec votre maîtresse (3). Vivez long-temps en larmes sans rien obtenir : enfin Dieu vous ressuscitera , et vous réjouira , et vous fera voir le désir de votre cœur (4).

Je l'espère ainsi ; et , s'il ne le fait pas , encore ne laisserons-nous pas de le servir ; il ne laissera pas pour cela d'être notre

(I) Le maître c'est Dlea ; le serviteur est S. Ancastin, et le mère dn serviteor est sainte Moniqae. (t) La sainte Vierge. — (8) Sainte llonlqve. (4) Desléerlnm coftfis el» trilMlstl el. Pt. xx, y. %

Dieu; çac|'a?QC(ton qtfQ nous lui dcvqns rsl d'une nature innnprt^Ue et iiupéristable.

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