‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 61 sur 450 · LETTRE LXXXII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXII

s. FRANÇOIS DB SALES, A UNE DB:

Ce qae ffeit qae le eevrégê A#s el

Un

C'est avec ma fille , qui est boi laquelle Je sens le cœur inébranl sainte amitié qu'elle me porte , i donne tout le loisir de répondre aussi a été employé parmi des e semens que notre jubilé m'a ap puis. Vraiment, ma très-chère résolutions que vous me com étoient toutes telles que je voui vois désirer , et faites bien aini mordez nullement de la sainte h do Tamour de votre propre abje chez que le cœur qui veut aime doit être attaché qu'à l'amour d< ce même Dieu veut lui en donne à la bonne heure ; s'il ne lui cr donner (f autre , à la bonne heui Mais je pense bien pourtant bonne fille ne tiendra pas son o serois grandement marri , pou d'elle, qui commettroit une gra:

Uélas l ma chère fille, que mauvais langage d'appeler coura et la vanité 1 Les chrétiens app lâcheté et couardise; comme, traire , ils appellent courage la la douceur , la débonnaireté , i Tacc^ptation et l'amour du mé la propre abjection. Car tel a été

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de notre capitame, de sa mère , de ses apôtres , et des plue Tainafis soldats de cette milice céleste , courage avec lequel fls ont surmonté les tyrans , soumis les, rate, et gagné tout le monde à robéissanco du cmcifié. Soyez égale, ma trés-chère Ole, envers toutes ces bonnes filles; sakefc'les , honorez-les ; ne les fuyez point , M les suivez non plus qu*à mesure qu'elles témoigneront de le désirer. Ne parlez de iMit ceci qu'avec une extrême charité. Tâibet dé tirer cette ame que vous devez Tîsiter A quelques sortes d'excellentes réniutions. Je dis excellentes , parce que ces tiMites résolutions de ne faire pas mal ne «mt pas sufllsantes : il en faut encore de Mrs tout le bien qu*on pourra , et de retrancher non-seulement le mal , mais tout ce qui ne sera pas de Dieu et pour Dieu. Or sus , nous nous verrons , s'il platt ù Wett , avant Pâques. Vivez toute à celui qui est mort pour nous , et soyez crucifiée rfee lui. Qu'il soit béni éternellement par loui) , ma très-chère fille , et par moi qui sois sans fin Votre , etc.

LETThE LXXXIII.

s. PIIANÇOIS bn SALES, A BIAnAMB DE CHANTAL.

Pureté que doivent avoir les communications splrtluelles; régies qu'il faut observer etc

l0jaaTl«rlfO6.

Tétols à Sales le 22 do ce mois , pour obéir à ma bonne mère , qui dc^^iroit me voir avant mon départ , et j'y reçus votre Icltrc du premier jour de cette année, dont j'ai reçu beaucoup de consolation, laquelle se répandit sur toute la famille , qui vous est infiniment vôtre.

Le 25 , voici votre homme qui m'arriva, et me trouva environné d'affaires ; si que je n'ai pu le dépêcher qu'aujourd'hui

Dites-moi , ma fille , no m'cst-cc pas de falllfction de ne iwuvoir écrire qu'ainsi à la dérobée? Oh l voilù pourquoi il nous but acquérir le plus que nous i)ourron3 l'esprit de la sainte liberté et indilUVcnco : il est bon à tout , et m(>nic pour demeurer six semaines , et voire sept , sans qu'un l>^m , et un père do telle affection , comnio Je auià y et une ûlle telle que vous êtes , re^ {oiVént a\icitncs nouvelles l'un de l'autre.

Vous fûtes malade après la Conception, et je le fus aissi sept h huit jours durant ; et je craignois fort que ce fût pour bien plus , mais Dieu ne le voulut pas.

Je ne puis m'étenrlrc selon mon cœur , car voici le jour de mes adieux , devant •partir demain devant le jour , jx)ur aller à Chambéri , où le porc recteur des jésuites m'attend , pour me recevoir ces cinq ou six jours de carôrae-prcnanl , que j'ai réservés pour rasseoir mon pauvre esprit tout tempêté de tant d'affaires. Là , ma fille , je prétends de me revoir {vartout , et remettre toutes les pièces de mon cœur en leur place , à l'aide do ce bon ytàvo , qui est éperdumcnt amoureux de moi et do mon bien.

Et si ferai , ma fille ; je vous dirai quelque chose de moi , puisque vous le désirez tant , et que vous dites que cela vous sert; mais à vous seulement.

Ce ne sont pas des eaux , ce sont des torrens que les ailiûres de ce diocèse. Je vous puis dire avec vérité que j'en ai eu du travail sans mesure , depuis que je me suis mis à la visite ; et , à mon retour , j'ai trouvé une besogne de laquelle il m'a fallu entreprendre ma part , et qui m'a infiniment occupé. Le bon est que c'est tout à la gloire do notre Dieu, à laquelle il m'a (lonné do très-grandes inclinations ; je le prie qu'il lui plaise de les convertir en résolutions.

Je me sens un peu plus amoureux des âmes que l'ordinaire ; c'est tout Pavancement que j'ai fait depuis vous ; mais , au demeurant, j*ai souffert de grandes sécheresses et dérélictions , non toutefois longues, car mon Dieu m'est si doux qu'il no se passe jour qu'il ne me flatte i)Our me gagner à lui. Misérable que je suis 1 jo ne corresponds point à la fidélité de l'amour qu'il me témoigne.

Le cœur de mon peuple est presque tout bien maintenant. 11 y a toujours quelque chose à dire ; car je fais des fautes par ignorance et imbécillité , parce que je no sais pas toujours rencontrer le bon biais. Sauveur du monde , que j'ai de bons désirs ! mais je ne sais les parfaire.

£st-[>as assez dit, ma bonne fille? Jo dis ma bonne fille , i>iircc (pie vous m'êtes fort bonne , et que vous me consolez plus que vous no «auriex croire. Il y a une ccr-

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taine bénédicUoii de Dieu ep cette affiliation sans doute.

Notre sœur a bien fait de restreindre sa conversation spirituelle au confessionnal. Je n*ai reçu nulle de ses nouvelles ; si j'en reçois , à mesure de ce qu'elle me dira , je lui en écrirai. Si les mouches qui ont gâté, ou au moins qui vouloient gâter la suavité de l'onguent , étoient fort pressantes et en grand nombre, ô Dieu ! en ce cas-là, il faut qu'elle se range aux exacts retranchemens de toutes paroles superflues , et de tous gestes , de toutes vues , et que le seul confessionnal pour tout demeure en liberté.

Mon Dieu I n'est-ce pas dommage que ces baumes des amitiés spirituelles soient exposés aux moucherons ! Cette liqueur si sainte, si sacrée, mérite un soin bien grand pour être conservée toute nette et toute pure ; mais bien , dit le Sage , Celui qui n'a point été lente y que sait-il (4) ? Tout va bien , et tout ira bien , Dieu aidant ; et , comme je dis ordinairement , si Dieu nous aide , nous ferons prou.

Parlons un peu de vous , c*en est bien la raison. Qui sont ces téméraires qui veulent rompre et briser cette blanche colonne de notre sacré tabernacle ? Ne craignent-ils point les chérubins, qui se tiennent deçà et delà , et le couvrent sous l'ombre do leurs ailes? lié bien , il s'e^t passé un peu dcvaniié, un peu de complaisance, un peu de je ne sais quoi. Or cela n'est rien à un ferme couraîje Nos colonnes sont , ce semble, bien fondées; un peu de vent ne les aura pas ébranlées (2).

C'e^t bien dit , ma fille , il faut couper court et trancher net en ces occasions : il ne faut point amuser les chalands , puisque nous n'avons pas la marchandise qu'ils demandent; il le leur faut dire dextrement, afin qu'ils aillent ailleurs. Vraiment, ce sont de braves gens : ne voient-ils pas que nous avons été l'enseigne , et que nous avons rompu le trafic que nous pouvions avoir avec le monde? 11 est vrai, notre corps n'est plus nôtre , de même que l'ivoire du trône de Salomon n'étoit plus aux élcphans qui l'avoient porté dans leur gueule. Lo grand roi Jésus l'a choi-i pour son siège ; qui l'en déplacera? Oh ! donc il faut élrc toute simple en ces endroits, et

(l)Qui noa Ml tentatot.quiUieUf Eculbs. c. xxxiy, t.I. (t) Maxlao* 4» CkêMitâ MéU vifMMM tolUcilé* é» m

ne point ou'i><tocapitalatioB. LateeBMiti Dieu gardera bien notre père (4) saut par» dre la fille*

Vraiment ce n'est pas mal parler : saiato Agathe , Ste Thècle , Ste Agnès , ont eovffert la mort pour ne point perdre le lyt de leur chasteté ; et on voudroit voub fiire peur avec des fantômes 1 Oni-dà, mafflle; lisez , lisez chèrement l'Imitation de toM abbesse , et les épitres de S. Jérôme ; Ymm y trouverez celle qu'il écrit à sa Fufia,el quelques autres qui sont bien belles.

Vous me demandez si j'irai en Bourgogne cette année ; Dieu seul le sait , je ne le sais pas. Je pense que non ; car mille liem me retiennent attaché si court et ai serré , que je ne puis remuer ni pieds ni mains, si Dieu de sa sainte main ne m'en délirre. Voilà ce que c'est ; je pense vous TaTOii déjà dit par une précédente. Pour ma pe^ sonne , je ferai tout pour donner satiafiie' tion , je ne dis pas à vous, mais au mohi> d re de tous mes enfnns que Dieu m'a donnés. Mais ma pauvre femme me fait compassion , et puisque je ne la puis laisser qa'eik ne souffre mille incommodités , et que Diei veut que je lui adhère , me voilà garolté. Je ne dis pas que mon absence de quel que peu de jours lui fût nuisible , car poui la privation de ma présence , ce n'est pa cela qui m'empôchc : mais c'est que la sai son est si sujette aux vents et orages , qu je ne suis pas à mon pouvoir d'aller et ve nir , mais faut que je vogue à leur merci M'en tendez-vous bien *^ Je crois que oui car vous savez ce que je vous dis un jou de mon voyage à Dijon , lequel je fis déj contre le commun avis de tous mes amis mais surtout de celui auquel je devois I plus déférer , qui est'lo même père rectei que je vais voir à ce carême-prenant , li quel , avec un grand zèle de mon bien, n pensa quasi arrêter , mais ce grand Diei en la face duquel je rcgardois droit , tire tellement mon ame à ce béni voyage , qi rien ne me put arrêter , et aussi il l'a rédu tout à bien et à sa gloire. Mais maintenai d'y retourner jusqu'à ce que tout soit bi< éclairci , je tenterois cette bonté , laque! me traite si doucement que je la dois bi< révérer. Je vous ai dit ceci au long, par qu'il m'est venu en l'amo de penser que le devois faire, à la charge que c'est

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TOUS fleuiement. Mon Dieu sait bien que si J'éto» en hberté , j'iroîs , je dis , je volerois souvent partout où j*ai du devoir. S. Paul fit à ses chers Romains , entre lesquels et far lesquels il devoit mourir : J* ai souvent froposé de venir avec vous , afin que fmsâe quelque fruit entre voun: mais fcrf été empêché jusqu* à présent (4). Mais qui l'empèchoit? L'ame de S. Paul; et S. Chrysostome dit que c'étoit le S.-Esprit. Quoique , parmi les traverses et les tribulations , votre ame va bien , à ce que vois, il reste de la tenir ferme, tout ce carême, tt vous m'écrivez par Lyon , vous en aurez me très-grande commodité : car de Lyon iChambéri, ce n'est pas comme dès ici ; or tous les jours les courriers arrivent. Pour moi , je pense bien , Dieu aidant, vous écrire tous les huit jours : alors vous me direz s'il est requis que nous nous voyions cette année; et s'il Test, je vous dirai quand, et je le puis dire dès maintenant. La semaine de Pentecôte, à commencer dès l'avant-veille , sera toute mienne, et ceDe de l'octave du Saint-Sacrement que je serai ici, où ma mère viendra en ce temps-là. Hors de là il faut que je coure troiscents paroisses , que j*ai encore à voir. Mais je dis cela en cas que vous et votre coafesseur jugiez qu'il soit expédient : car nos mentir , je plains votre peine ; et si die n'est contre - échangée de quelque grande utilité spirituelle , elle m'afflige.

Je ne sais si les carmélites reçoivent des religieuses des autres ordres; je crois que nenni. Bfais quand cela seroit , croyez-moi, c'est une tentation à ces bonnes dames d*y aspirer, sinon qu'elles puissent réduire toôs leurs monastères en carmélites. Ouidi, aux carmélites : nous ne pouvons pas Bons accommoder aux petites obédiences, et nous en ferons des extrêmes? A Dieu , ma chère fille , à Dieu donc soyez-vous à jamais ! je suis en lui plus vôtre que vous se sauriez estimer * il n'y a rien de semblable. Le doux Jésus repose à jamais sur lotre poitrine, et vous fasse reposer sur h sienne, ou du moins sur ses pieds !

d) Utpé propofol TMlrt ad tos (et prohibliuf lam t»- ^ ÊÊkm), M alifiMai rnictoB kabMm «t In TObU. Aoh.

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