‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 76 sur 450 · LETTRE CVI · texte numérisé non relu

LETTRE CVI

Poar l« naurel id.

Ha très-chère mère , nous voici maintenant â la fin de l'année , et demain au commencement de la suivante. Faut-il pas louer Dieu de tant de grâces que nous avons reçues, et le supplier de répandre le sang de sa circoncision sur l'entrée de l'année prochaine , afin que l'ange exterminateur n'ait point d'accès en icellc sur nous ? Ainsi Hit-il) ma trèa<hËr» mère, et que, par ces

années paMsgèr» , non pubatoos hoonvsement arriver à l'année permanente de ia très-sain le éternité.

Employons donc bien ces petits moraens périssables à nous exercer en la sacrée douceur et humilité que l'enfant circoncis nons vient apprendre, afin que nous ayons part aux effets de son divin nom, lequel je ne cesse point d'invoquer sur votre dièreâme, ma très-chère et très-honorée mère , à ce qu'il la remplisse de l'odeur de son parfiim, et avec elle celles de toi tes les vôtres. Je suis, toutes les années de ma vie, votre, ete.

LETTRE CVU.

S. ra&Nçois db sales, a m. fbéxiot, paiai-

DENT DU PAaLBHKNT DE KniRCOanX.

Ttnal(ugM de Mn «BilU.

Monsieur,

n me semble que j'ai déjà trop mis de temps sans vous écrire pour me ramentevoir en votre bienveillance ; mon ame, qui est toute vouéeàla vâtre, me fait de grands reproches sur cette intermission , bien que je sais que vous ne jugerez pas de mes aflbctions par cette sorte de témoignage , et que ce soit le moindre effet de l'infini devoir que je vous ai.

Je passerai ce carême â faire résidence à ma cathédrale, et à r'babiller un peu mon ame , qui est presque toute décousue par tant de tracas qu'elle a soufi'crts depuis la chère consolation que j'eus auprès de vous en votre maison à Dijon : c'est une horlc^e détraquée ; il faut la démonter pièce à pièce, et après l'avoir nettoyée et enhuilée , la remonter pour la faire sonner plus juste.

Voilà, monsieur, ce que je m'essaierai de faire ; ce que je vous dis parce qu'étant si très-fort vôtre, comme je suis, vous devez savoir ce que je fais. Mon Dieu me fasse la grâce debien faire ce que je dois, pour vivre moins indigne des miséricordes avec lesquelles il supporte mes misères ! Je suis, sans fin , monsieur, voire , etc.

LErrRE CVIU.

DE S. frauçois be sales.

à MMjet disert eonseils, et approuvé pluiieiictpr«li<|uet qu'elle obMrvoiU

lirérrierl«07.

Mon Dieu ! que vous faites bien, ma Irèsebère ûlle, de mettre votre désir de sortir du inonde en dépôt ès-mains de la Providence céleste, afm qu'il n'occupe point votre ame inutilement, comme il feroil indubitablement , qu'il le laisseroit ménager et remuer à sa fnntaibie. J'y penserai bien fort, et présenterai plusieurs messes pour obtenir la clarté du Saint-Esprit pour m'en bien résoudre; car, voyez-vous , ma chère fdle, c'est un maître coup que celui-là , et qui doit ùlre pesé au poids du sanctuaire. Prions Dieu ; supplions sa volonté qu'elle se fasse connoitrc ; disposons la nôtre à no rien vouloir que par la sienne et pour la sienne, et demeurons en repos, sans empressement ni apn'tation de cœur. A notre première vue , Dieu nous sera miséricordieux, s'il lui plaît.

Or sus, croyez-moi, je vous prie : j'ai pensé, il y a plus de trois mois, à vous écrire que ce carême nous ferions bien de faire une défaite de la vanité de vos habits; iaisonsrla donc , puisque Dieu vous l'inspire ainsi : vous ne laisserez pas d'être assez brave sans cela aux yeux de votre époux et de votre abbesse. Il faut , à l'exemple de notre S. Bernard , être bien nets et bien propres , mais non pas curieux ni mixtes : la vraie simplicité est toujours bonne et agréable à Dieu.

Je vois que toutes les saisons de l'année se rencontrent en votre ame; que tantôt vous sentez l'hiver de maintes stérilités, distractions, dégoûtemens et ennuis ; tantôt des ro:>ées du mois de mai , avec l'odeur des saintes fleurettes; tantôt des chaleurs du désir de plaire à notre bon Dieu ; il ne reste que l'automne, duquel , comme vous dites, vous ne voyez pas beaucoup de fruits : mais il arrive bien souvent qu'en battant les blés et pressant les raisins , on trouve plus do bien que les moissons et les vendanges n'en promet toient pas.

Vous voudriez bien que tout fût en printemps et été; mais non, ma chère fille, il faut de la vicissitude en l'intérieur aussi bien qu'en l'extérieur. Ce sera au ciel où toutsera printemps quant à la beauté, tout en autr)mne quant à la jouissance , tout en été Quant à l'amour; il n'y aura nul hiver : mak jd l'hiver y est requis pour l'exercice

de ^abnégation, et de mille petites belles vertus qui s'exercent au temps de la slérilîlé. Allons toujours notre petit pas; pourvu que nous ayons l'affection bonne et résolue, nous ne pouvons que bien aller.

Non , ma chère fille , il n'est pas besoin , pour l'exercice des vertus , de se tenir to^ijours actuellement attentive à toutes; cela, de vrai , entortilleroit et entreficheroit trop vos pensées et affections. L'humilité et la charité sont les maîtresses cordes , toutes les autres y sont attachées : il faut seulement se bien maintenir en ces deux-là, l'une est la plus basse, l'autre la plus haute. La conservation de tout l'édifice dépend du fondement et du toit. Tenant le cœur bandé à l'exercice do celles-ci , à la rencontre des autres on n'a pas grande diOiculté. (^sont les mères aux vertus, elles les suivent comme les petits poussins faut leurs mères poules. •

Oh! vraiment j'approuve fort que vous soyez maîtresse d'école : Dieu vous en saura bon gré, car il aime les petits enfjns ; et, comme je disois l'autre jour au catéchisme, pour inciter nos dames à prendre soin des fiilcs, les anges des petits enfans aiment d'un particulier amour ceux qui les élèvent en la crainte de Dieu , et qui instillent en leurs tendres âmes la sainte dévotion , comme, au contraire , notre Seigneur menace ceux qui les scandalisent de la vengeance de leurs anges.

Voilà donc qui va bien. Je loue Dieu que vous vouliez accorder vos procès. Depuis que je suis de retour de la visite , j'ai tant été pres&é et empressé à faire des iipîX)in temens, que mon logis étoit tout plein de plaideurs qui, par la grâce de Dieu, pour la plupart, s'en retournoiont en paix et repos. Cependant je confesse que cela me dissipoit mon temps ; mais il n'y a remède, il faut céder à la nécessité du prochain.

Que je suis consolé de la guérison de ce bon personnage atteint ci-devant d'amour indiscret, ou fausses amitiés! Ce sont dç^z maladiesqui sont commedesfièvres légères:

elles laissent après elles une grande santé.

Je m'en vais parler à notre Seigneur de nos affaires en son autel ; après cela j'écrirai le reste.

Non , vous ne contrevenez pas à l'ohéiv sance, n'élevant pas si souvent votre C(jeur à Dieu, et ne pratiquant pas si à souhait les

îêê

ïïm qm ja vom ai dormes. Ce toni avis bons et profwespDur vouS) mais non point eommandemens. Quand on commande , on 096 des termes qui se font bien entendre. Savez-vousco que les avis requièrent? ils requièrent qu'on ne les méprise pas, et qu*on les aime ; cela est bien assez } mais as n'obligent pas aucunement.

Courage , ma sœur , ma fille ; échaufTez bien votre cœur ce saint carôme. Vivez Joyeuse et courageuse , ma chère fille. Il n'en faut point douter, Jésud<€hrist est nôtre. Oui , ce m*a tantôt répondu une petite fille , il est plus mien que je suis sienne , et plus que je ne suis pas mienne à moi-môme.

Je m'en vais un petit le prendre entre mes bras , le doux Jésus, pour le porter en la procession de la confrérie du cordon (1) , et je ]ui dirai le Nuno âimiitis avec Siméon ; comme de vrai , pourvu qu'il soit avec moi, je ne me* soucie point en quel monde j'aille. Je lui parlerai de votre cœur, et, croyez, de tout le mien je le supplierai qu*il vous rende sa chère , sa bienaimée servante. Ah 1 mon Dieu, que je suis redevable ù ce sauveur, qui nous aime iant ! que je voudrois bien pour une fois le serrer et coller sur ma poitrine I

Adieu , ma fille - qu*à jamais ïésus soit en nos cœurs ! qu'il vive et règne éternellement! que toujours son saint nom soit béni , et celui de sa glorieuse mère ! Amen. Vive Jésus, et que le monde meure s'il ne veut vivre à Jésus.

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