‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 75 sur 450 · LETTRE CIV · texte numérisé non relu

LETTRE CIV

a. FRANÇOIS ns SALES, A MADAME DE GHANTAL.

Soahaita de bénédIoUoB peur la nouvelle année.

tt déetmkre ISOt. «

' Voici, ma très-chère fille, cette année qui se va abîmer dans le gouffre où toutes * les autres se sont jusqu'à présent anéanties. 0 que l'éternité est désirable , au prix de ces misérables et périssables vicissitudes 1 Laissons couler le temps avec lequel nous nous écoulons petit à petit pour être transformés en la gloire des enfans de Dieu.

C'est la dernière fois de cette année que je vous écris , ma chère fille. Hé 1 que je vous souhaite de bénédictions, et avec quelle ardeur ! cela ne se peut dire. Hélas 1 Quand je pense que j'ai employé le temps de Dieu , je suis bien en peine qu'il ne me veuille point donner son éternité , puisqu'il ne la veut donner gu'à ceux qui useront bien de son temps.

Il y a trois mois que je suis sans vos lettres , mais je crois quo Dieu est avec vous, ce m'est assez . c'est lui que je vous désire uniquement. Je vous écris sans loisir , car ma chambre est pleine de gens qui me tirent : mais mon cœur est solitaire toutefois, et plein de désir de vivre à jamais tout pour ce saint amour, qui est l'unique prétention de ce même oœur.

Au moins parmi ces jours sacrés, mille désirs m'ont saisi de vous donner le digne contentement que tant vous souhaitez de mon ame comme de la vôtre môme, en m'avançant soigneusement à celte sainte per* fection à laquelle vous aspirez , et par laquelle vous respirez en la faveur do ce cœur, qui réciproquement vous souhaite sans fin toute la plus haute union avec Dieu qui peut se trouver ici-bas. C'est Tunique souniadt de celui que Dieu vous a donné.

f. nuncon <» salbs , a dkb dame iijUUÉb. SonbiiU poar l« dodtcI an.

Orsus,qii'iinporte-t>iI à votre chère sme, ma trèg^ère QUe , que je lui écrive d'un air ou d'un autre , puisqu'elle ne me demande rien que l'assurance de ma chétîve santé , de laquelle je ne mérite que l'on ait la moindre pensée du monde? mais je vous dirai qu'elle est bonne, grâces à notre Seigneur, et que j'espère qu'elle me servira ces bonnes fêtes pour prêcher, comme elle a fait le reste de l'avent; et qu'ainsi nous BchÈvcrons cette année pour en commenéer une nouvelle.

0 Dieul ma chëre fille , elles s'en vont, cesannées, et courentàla file impercepti* blement les unes après les autres ; et , en dévidant leur durée, elles dévident notre vie mortelle ; et, se Gnissant , elles finissent nos jours. 0 que l'éternité est incomparablement plus aimable, puisque ea durée est Eansfin,etque ses jours sont sans nuit, et ses contentements invariables 1

Que puissiez-vous , ma très-chère fille , posséder cet admirable bien de la sainte éternité en un si haut degré que je vous le souhaite t Que de bonheur pour mon ame , si Dieu, lui faisant miséricorde, lui faisoit voir cette douceur ! Mais en attendant de voir notre Seigneur glorlGé, voyons-le des yeux de la foi tout humilié dans son petit berceau. Dieu soit à jamais au milieu de votre cœur, ma très-chère fille. Amen. Vive Jésus.

Page 1