‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 99 sur 450 · LETTRE CXLIX · texte numérisé non relu

LETTRE CXLIX

a. FRANÇOIS DB SALES , A HADAMB DE GHANTAL.

Du repos de nos cœurs dans la volonté de Dlen.

La vaille da rlorleax Mlat anealu^ 5 décembre 1608.

Ma très-chère fille , depuis mon retour de la visite , j'ai eu quchiuo ressentiment de fièvre catarrhouso. Notre médecin n'a point voulu m'ordonner d'autre remède que lo repos , et je lui ai obéi. Vous savez, ma fille, que c'est aussi le rcmrde que j'ordonne volontiers , que la tranquillité , et que je défends toujours rcmprcssement. C'est pourquoi , en ce ropos cor[X)rel , j*ai pensé au reiïos spiriluol que nos cœurs doivent avoir en la volonté de Dieu , où qu'elle nous [iOito : mais il n'ebl pas possible d'étendre les considérations qui se doivent faire pour cela , qu'avec un pou de loisir bien franc et net.

Vivons, ma chère fille, vivons, tandis qu'il plaît ù Dieu, en cotte vallée do misère» . avec une entien* soumission à sa sainte volonté souveraine. Ah! que nous

DE S. FBAlfÇOn DE SALES.

sommes redevables â sa bonté , qui nous a fiait désirer avec tant de résolution de vi vro et mourir en sa dilection 1 Sans doute , ma fille y nous le désirons , nous y sommes résolus ; espérons encore que ce grand Sauveur, qui nous donne le vouloir^ nous donnera aussi la grâce de le parfaire (1).

Je eonsidérois Tautre jour ce que quelques auteurs disent des alcyons (9), petits oiselets qui pondent sur la rade de la mer. (Test qu'ils font des nids tout ronds, et si bien pressés, que l'eau de la mer ne pi'ut nullement les pénétrer; et seulement audessus il y a un petit trou par lequel ils peuvent respirer et aspirer. Là-dedans ils k^nt leurs petits , afin que , la mer les surprenant , ils puissent nager en assurance, et flotter sur les vagues sans se rem- Eir ni submerger ; et l'air qui se prend par petit trou sert de contre-poids , et bakmee tellement ces petits pelotons et ces petites barquettes, que jamais elles ne renversent.

0 ma fille I que je souhaite que nos cœurs soient comme cela bien pressés , bien calfeutrés de toutes parts ; afin que si les tourmentes et tempêtes du monde les saisissent, elles ne les pénètrent i)Ourtant point, et qu'il n'y ait aucune ouverture que du côté du ciel , pour respirer et aspirer à notre Sauveur I Et ce nid , pour qui seroit-il fait, ma chère fille? Pour les petits poussins de celui qui l'a fait pour l'amourde Dieu , i)our les afl^tions divines et célestes.

Mais pendant que les alcyons bâtissent leurs nids , et que leurs petits sont encore tendres pour supporter l'cfTct des secousses des vagues, hélas ! Dieu en a le soin, et leur est pitoyable , empêchant la mer de les enlever et saisir. 0 Dieu ! ma fille , et donc cette souveraine bonté assurera le nid de nos cœurs pour son saint amour, contre tous les assauts du monde , où il nous garantira d*étre assaillis. Ah 1 que j'aime ces oiseaux qui sont environnés d'eaux , et ne vivent que de l'air ; qui se cachent en mer, et ne voient que le ciell Ils nagent c^mme

(1) Qoi «pcntor In ▼•bit et Tellt et perOcere. Pmiup.

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