‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 98 sur 450 · LETTRE CXLV · texte numérisé non relu

LETTRE CXLV

s. FRANÇOIS DE SALBS, A DHB DAMS MAUtI' BéOeiion* ta

on m'a dit que vous étiez bien avant en vos vendanges. Dieu soit loué. Il faut que mon cœur vous dise ce mot que iv dis l'autre jour à une vendangeuse , qui Cst bien de vos plus chères cousines.

Èj cantique des cantiques, l'épouse Bftcrce, parlant à son divin époux , dit que se» mamelles loni meilleurtt que U vin , odoronfeten ongwnU précieux (1J. Hais quelles mamelles a cet époux? Co eont sa i^race et sa promesse ; car il a sa poitrine amoureuse de notre salut, pleine de grâces, qu'il distille d'heure à heure , ains de momuns en momens , dedans nos esprits; et si nous voulons bien y penser , nous treuveruns qu'il est ainsi : et de l'autre côté, il a lu promesse de la vie étemelle , avec laquelle , comme avec un saint et aimable lait, il nourrit notre espérance, comme avec sa grace il repaît noire unour.

Cette liqueur précieuse est bien plus délicieuse que le vin. Or, comme on fait vendante eo pressenties raisins, on vendange >piritueUement en pressant la grâce de Dk'U et ses promesses ; et pour presser la grâce de Dieu , il faut multiplier l'oraison par les courts mais vifs élancemens de nos cœurs; et pour presser sa promesse, il faut multiplier les œuvres de charité ; car ce s^ roni elles à qui Dieu donnera l'eflet de ses promesses. J'aiéli malade, vous m'aves visilé (2) , dira-t-il. Toutes choses ont leur

(UacUoNHUi nbeniu ilao, rnmDUi uifnaaiu iijtËiimmflM), «ITlalMaU ■•. K»»., c. »t, t^ M.

DE S. FRAlfÇOlS DE SALES.

srison : il ftnit presser le vin en Tune et I raatre sorte de vendange; mais il faut presser sans s'empresser , avoir du soin sans inquiétude. Encore pensant, ma chère fille, que les mamelles cfo Tépoux soient 0011 flanc percé sur la croix ; ô Dieu 1 combien cette croix est un cep tortillé , mais bien chargé! Il n*y a qu'un seul raisin, mais qui en vaut plus que mille. Combien degrains y ont trouvés lesamessaintes, par la considération de tant de grâces et vertus qoe ce Sauveur du monde y a montrées I

Faites belles et bonnes vendanges , ma dière fille , et que les unes vous servent d'échelon et de passage aux autres. Saint François aimoit les agneaux et moutons , puce qu'ils lui représentoient son cher Sanvear : et je veux que nous aimions ces vendanges temporelles, non - seulement parce que ce sont choses appartonantcs au Min qui correspond à la demande que nous faisons tous les jours de notre pain qootkUen , mais aussi , et beaucoup plus , parce qu'elles nous élèvent aux vendanges 4»rituelles.

Tenez votre cœur plein d'amour , mais d'an amour doux , paisible et rassis. Regtfdez vos fautes comme celles des autres, arec compassion plutôt qu'avec indignation , avec plus d'humilité que de sévérité. Adi^i y madame , vivez joyeuse , puisque vous êtes toute dédiée à la joie immortelle, qoi est Dieu même , qui veuille à jamais vivre et régner au milieu de nos cœurs. Je nis y en lui et par lui , votre , etc.

LETTRE OaVI.

s. FBANÇOIS DE SALES , A MADAME DE GHANTAL.

de notre Saint; il ne poavoit souffrir qu'on eût pour lui la moindre estime.

Le Joar de saint Simon et ulnt Jode, 18 octobre 1609.

Jè ne saurois maintenant, ma chère GQe , répondre à votre lettre du 7 de ce mois , que je reçus hier au soir bien tard ; car il faut que je dise messe , et que j'aille visiter une église à une lieue d*ici. Je dirai ce que je pourrai.

Ma fille , je ne suis que vanité , et néanmoins je ne m'estime pas tant que vous m'estimez. Je voudrois bien que vous me

connus^ez bien ; vous no laisseriez pas d'avoir une absolue confiance en moi , mais vous ne m'estimeriez guère. Vous diriez : Voilà un jonc sur lequel Dieu veut que je m'appuie : je suis bien assurée , puisque Dieu le veut ; mais le jonc ne vaut pourtant rien.

Hier après avoir lu votre lettre , je me promenai deux tours , avec les yeux pleins d'eau , de voir ce que je suis et ce qu'on m'estime. Je vois donc ce que vous m'estimez , et m'est avis que cette estime vous contente beaucoup : cela , ma fille , c'est une idole. Or bien , ne vous fâchez point pour cela ; car Dieu n'est point offensé des péchés do l'entendement , bien qu'il s'en faille garder s'il est possible. Vos affections fortes s'adouciront tous les jours par les fréquentes actions de l'indifférence. Revoyez une lettre que je vous écrivis au commencement O)* de la liberté d'esprit Adieu , ma fille très-chère ; je suis celui que Dieu rend toujours vôtre.

LETTRE oavn.

s. FRANÇOIS DE SALES , A MADAME DE MIEM- DRT, A RUMILLT.

(CommoDiqoée par ■. l'abbé de Bonrdeille, ehenoine de la cathédrale de Trof es.)

Conseils spirituels.

4 noTembre IMB.

Madame , hâté du soudain départ de ,

votre porteur , je vous répondrai brièvement. Écrivez-moi toujours quand il vous plaira avec entière confiance et sans cérémonie ; car , en cette sorte d'amitié , il faut cheminer comme cela. Moquez -vous, je vous prie , do toutes ces menues pensées de vaine gloire qui se viennent présentera votre âme parmi vos bonnes actions ; car ce ne sont proprement que des mouches , lesquelles ne vous peuvent faire nul autre mal que do vous importuner. Ne vous amusez donc point à examiner si vous y avez consenti ou non ; mais tout simple* ment continuez vos œuvres comme si cela ne vous regardoit nullement.

Ne poussez pas votre cœur à la pitié ou compassion en la méditation de la passion du Siiuveur ; car il suffit en toutes méditations d'en tirer de bonnes résolutions pour

1 (1) Ceue lettre tit datée do 14 oetobre 17M.

ta

UTTRES

notre amendement et fermeté en Tamovr | de Dieu , encore que ce soit Bant» larme& , sans soupirs et sans douceur de cœur ; car il y a bien de la différence entre la ten* droté de cœur que nous désirons , parce qu'elle oonsolo , et la fermeté de cœur que nous devons désirer , parce qu'elle nous rend vrais serviteurs do Dieu. Ne répondez non plus aucun mot à la pensée déshon« néto qui vous arrive ; seulement dites en ▼otre cœur à notre Seijiçneur : 0 Seigneur I ▼ous savez que jo vous honore. Ah ! je suis toute vôtre ; et passez outre sans disputer avec cette tentation.

Ne vous troublez point du défaut do vo* tre examen de conscience ; car il ne peut pBê être grand , puisque vous avez désir de vous bien purifier : il no faut pas tourmenter son âme quand on la sent désireuse d'être Gdùle à Dieu. Quand vous n'aurez pas votre confesseur ordinaire , il ne faut fias laisser d'aller à un autre , regardant à Dieu , et non pas à Thommo qui confesse ou absout, mémemcnt vous confessant souvent , comme vous faites , Dieu soit toujours au milieu de votre cœur. Je suis en lui y madame y Yotre, etc.

LETTRE oavin.

s. FRANÇOIS DE SALES , A MADAME L*ABBESSE DU PUlTS-D*OnBE.

Il l'eiborte à persévérer constamment dans la réforma de son monastère, malgré sa mauvaise santé. H veut qu'elle travaille à celte œuvre doucement, courageusement et avec couUaoce en Dieu , sans altérer sa santé.

Décembre 160t.

Ma très-chère fille, j'attends impatiemment des nouvelles plus grandes de votre santé , que celles que j'en ai reçues jusqu'à présent : ce sera quand il plaira a notre Seif^nour, auquel je la demande aflectionnémont, estimant qu'elle sera employée a sa gloire , et à l'acheminement et perifection de l'œuvre encommencëe en votre monastère.

Jo suis toujours en peine de savoir si vous aurez encore point rencontré de personnage propre pour la conduite de celte troupe d'ames, qui sans doute ne peut autrement être qu'avec beaucoup de troiiblcmeni et d'inquiétudes , qui sont ces herbes qm croissent volontiers dans les monas^

tères mal cnlthrés , et {MinoipalfBiMit a»

ceux des filles.

Mais surtout je voudrois fort enteodr»

quels progrès vous espërei pour la clan* sure ; s'il sera pas possible de tenir la porte fermée aux hommes , au moina avio la modération que je vous avois écrite , Uh quelle n'éloit pas trop facile, ce me aemblet et telle que M. votre père ne pouvoit trou* ver mauvaise. Certes , il faut tniTaillit tout doucement , ma chère fille ; maia bîeil soigneusement , car de là dépend lo ban ordre de tout le reste.

Courage , ma chère fille ! je sala ooift» bien d'ennuis , combien de contradietîofis il y a en semblables besognes ; maia o'all parce qu'elles sont grandes et pleinca de fruit. Ménagez votre santé, afin qu'elle vous servo à servir Dieu. Soyez aoignèma, mais gardez - vous des empressements.

Présentez à Dieu votre petite coopération, et soyez certaine qu'ill'agréera et bénira de sa sainte main. Adieu, ma chère fille, js supplie sa sainte bonté qu'elle ^'ousaasisle à jamais, et je suis extrêmement, et ib tout mon cœur , tout vôtre i et plus 4ue vôtre.

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