‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 102 sur 365 · UVRB II, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

UVRB II, CHAPITRE XI

ioit encore sans iceluy ^ est une bonne et iesiraUe repentance , mais imparfàicte, et loi ne peut nous donner le salut , jusques { ce qu'elle ayt atteint à Tamour, et |U*elle se soitmeslée avec iceluy. Si que, XMnme le grand apostre a dit , (4) que s*ii ionnoit son corps à brusler , et tous ses t)iens aux pauvres , sans avoir la charité , :ela luy seroit inutile; aussi pouvons* nous dire en vérité que , quand nostre pénitence seroit si grande , que sa douleur Bst fondre nos yeux en larmes , et fendre ■08 cœurs de regret, si nous n'avons pas te sainct amour de Dieu , tout cela ne nous Berv iroit de rien pour la vie étemelle.

CHÂPinUBXX.

le oetlange (Tanioar et de doaleur fe fait en la cODtriUon.

La nature , que je sçache , ne convertit jamais le feu en eau , quoy que plusieurs eaux se convertissent en feu. Mais Dieu le fit pourtant une fois par miracle. Car ainsi qu'il est escrit aux livres des Machabées(2), lorsque les enfans d'Isruël furent conduits en Babylone , du temps de Sedecias , les prestres , par Tadvis de Hieremie , cachèrent le feu sacré en une vallée dans un puits sec ; et au retour les enfans de ceux qui avoient ainsi caché le feu , Tallerent chercher, selon ce que leurs pères leur avoient enseigné , et ils le trouvèrent converty en une eau fort épaisse , laquelle estant tirée par eux et respanduë sur les sacrifices , selon que Nehemias l'ordonnoit, soudain que les rayons du soleil l'eurent touchée , elle fut convertie en un grand feu.

Theotime, parmy les tribulations et regrets d'une vive repentance. Dieu met bien souvent dans le fond de nostre cœur le feu sacré de son amour : puis cet amour se convertit en l'eau de plusieurs larmes , lesquelles par un second changement se convertissent en un autre plus grand feu d'amour. Ainsi la célèbre amante repentie aima premièrement son Sauveur, et cet amour se convertit en pleurs, et ces pleurs en un amonr excellent; (3) dontNostre- Seigneur dit que plusieurs péchez lui estoient remis , parce qu'elle avoit beaucoup

(1) I. td Oer. uxi, a. .-(•) U «Mb. i. (t) Le« tu. 47.

aimé. Et comme nous voyons que le feu convertit le vin en eau , que presque partout on appelle eau-de^ie , laquelle conçoit et nourrit si aisément le feu, que pour cela on la nomme aussi en plusieurs endroits ardente : de mesme la considération amoureuse de la bonté, laquelle estant souverainement aimable , a esté offensée par le péché , produit l'eau de la saincte l pénitence ; puis de cette eau provient réciproquement le feu de l'amour divin, dont on la peut proprement appeler eau de-vie et ardente. Elle est certes une eau on sa substance ; car la pénitence n'est autre chose qu'un vray desplaisir , une réelle douleur et repentance : mais elle est néant* moins ardente, parce qu'elle contient la vertu et propriété de l'amour, comme prévenue d'un motif amoureux, et par cette propriété elle donne la vie de la grâce. C'est pourquoy la parfaicte pénitence a deux effets differens : car, en vertu de sa douleur et detestation, elle nous sépare du péché et de la créature, à laquello la délectation nous avoit attachez ; maison vertu du motif de l'amour d'où elle prend son origine , elle nous reconcilie et nous reunit à nostre Dieu , duquel nous nous estions séparez par le mespris : si que mesme qu'elle nous retire du péché en qualité de repentance , elle nous rejoint à Dieu eh qualité d'amour.

Mais je ne veux pas dire neantmoins que l'amour parfaict de Dieu , par lequel on l'aime sur toutes choses , précède toujours cette repentance, ny que cette repentance précède toujours cet amour. Car encor que cela se passe ainsi maintefois , si est-ce que d'autres fois aussi , à mesme temps que l'amour divin naist dedans nos cœurs, la pénitence naist dedans l'amour, et plusieurs fois la pénitence venant en nos esprits, l'amour vient en pénitence. (4). Et comme lorsqu'Esaii sortit du ventre de sa mère, Jacob son jumeau l'empoigna par le pied , afin que non-seulement leurs naissances s'entresuivissent , mais aussi s'entretinssent et fussent entreliées l'une à l'autre ; de mesme le repentir rude et aspro à cause de sa douleur naist le premier , comme un autre Esaii , et l'amour doux ut gracieux , comme Jacob , il le tient par le pied , et s'attache tellement à luy » qu'iU

I (1) o«oM. XXV, ta.

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TRAITÉ DE L'AMOUR DB BIEU

n'ont qu'une seule origine ) puisque la fin do la naissance du repentir est le commencement (lo celle du pnrfaict amour.

Or comme Esaii parut le premier, an^sl le repentir so fait ordinairement voir avant Tamour : mai.^ l'amour, comme un autre Jacob , quoy qu*il soit le puisné , assujettit par après lo repentir, le convertissant en consolation.

Voyez , je vous prie, Theotime, la bien* aimOo Ma^dcleine, comme elle pleure d*a* mour : « (4} On a enlevé mon Seigneur, dit- » elle toute fondue en larmes, et ne sçay où » on Tamis; » mais Payant truuvé \ïar les soupirs et les pleurs, elle le tient et pos* sede par amour. L'amour imparfaict et le désire et le requiert ; la pénitence le cherche et ic trouve , Tamour parfaict le tient et le serre, ainsi qu'on dit des rubis d'Ethiopie , qui ont naturellement leur feu fort blafastre; mais estantmis dans le vinaigre, il esclatle et jette son brillement fort clair. Car l'amour qui précède le repentir, est pour l'ordinaire imparfaict; mais estant destrempé dans l'aigreur de la pénitence , il se ronfuroe et devient amour excellent.

Il arrive mesme par fois que la repentance, quoy que parfaicte, ne contient pas en soy la propre action do l'amour, ains seulement la vertu et propriété d'iceluy. Mais, ce me direz-vous, quelle vertu ou pro|)rielé de l'amour peut avoir la 'rcpentance,si elle n'a pas Taction? Theotime, le motif de la parfaicte repcn tance , c'est la bonté de Dieu , laquelle il nousdoplaist d'avoir oHensée. Or ce motif n'est motif sinon parce qu'il esmeut et donne le mouvement : mais le mouvomonl que la bonté divine donne au cœur qui le considère, ne peut eslre que le mouvement d'amour, c'est-à-dire, d'union. C'est pourqiK)y la vraye repentance , bien qu'il ne soit pas advis , et qu'on ne voye pas la propre action do l'amour, reçoit neantmoins toujours le mouvement de l'amour et la qualité unissante d'icetuy, par laquelle elle nuusi réunit et rejoint â la divine bonté. Dicles-moy, de grâce : c'est la propriété de Taynuint de tirer à soy le fer, et de se joindre à luy : mais ne voyons- nous pas que le for Jouché de l'aymant , sans avoir ny l'aymant, ny sa nature, ainsseuI**mont sa vertu ot qualité attrayante , ne laisse

(1) Juan. XX, IP

pas de tirer eC s'unir A nn autre f la parfaicte repentance touchée de l'amour, sans avoir la propre l'amour, ne laisse pas d'en avoir et qualité, c'est-à-dire, le m( d'union |»our rej' indre et réunir n à la volonté divine. Mais quelle c y a-t-il , me repliquerez-vous , mouvement unissant de la peni l'action propre de l'amour? T l'action de l'amour est un mouvei nion voirement , mais il se fait plaisance. Or le mouvement d'u est en la pénitence so fait non pai complaisance, ains de desplaisir, ( lance , de réparation , de recon Et tant donc que ce mouvement \ la qualité do l'amour ; en tant amer et douloureux , il a laqua pénitence ; et en somme , de sa condition , c'est un vray mouvc pénitence , mais qui a la vertu e unissante de l'amour.

Ainsi le vin Ihoriaral n'est pa tberiacal , pour contenir la pro stance de In theriaquc ; car il c point du tout : mais on le nomrr parce que la plante de la vi;j;ne a] détrempée en thoriaque , lis rai:

vin qui en sont pr(»vcnu<, ont tiré et l'opération i]o la theriaquc conl sortes de venins. Si d'.nccjuo- la pt selon l'Escrilure , efface h» pccfii l'ame, la rend agréable à Dieu , ( tilie, qulî^tmt des rffccfs app.irlen mour, et qui sembleril ne devoir ( tribué"^ (ju'à luy ; il ne le faut pa: eslrango : car bien que Tamoi trouve pas l(»u.sjoursluy-niesnîe er lence parfaicte , sa vertu neanlmc propriété y est tousjours, s'y estai lée par lo motif amoureux duquel vient.

Ni ne laut pas non pîuss'estonn< force de l'amour naisse (h; la yo\ avant que l'imiruir y soit forniê , nous voyons que par la réflexion d du soleil baltans sur la glace d'un i la chaleur «{ui est la vertu et propr du feu, s'au.:menle petit à petit qu'elle commence à bru-ler avan ait bonnement produit le feu , ou i avant que nous l'ayons apperceu. ( leSainct-E-prit jelli:nl dans nom

UYRE II» CHAPlTilB XII.

dément la coneidtratioD de la grandear de feos pescbez» en tant que par iceux noue •fODs offensé une si souveraine bonté ; et fiostre volonté recevant la reflexion de jeette cognoissance » le repentir croist petit à petit si fort avec une certaine chaleur affective et désir de retourner en grâce avec Dieo , qu'enfin ce mouvement arrive ft tel signe qu'il brusie et unit avant SMsme que Tamour soit du tout formé :

amour qui toutesfois, comme un feu sacré , s'allume immédiatement en ce poinct-là ; de sorte que la repentance ne parvient jamais à ce signe de brusler et reunir le cour à Dieu, qui est son extresme perfection, qu'elle ne se trouve toute convertie en feu et en flamme d'amour, la Un de l'un Mrvant de commencement de l'autre : ains plutost la fin de la pénitence est dans le commencement de l'amour, (4) comme le pied d'Esaii estoit dans la main de Jacob , de telle façon que lorsque fisaii acbevoitsa naissance i Jacob commençoit la sienne ; k fin de la naissance de l'un estant jointe, liée , et qui plus est, environnée du oom- Bencement de la naissance de l'autre : car ainsi le coouneocementde l'amour parfaict ne suit pas seulement la fin de la petii«> tence ; mais il s'attache, il se lie, et , pour la dire en un mot, ce commencement d'amour se me^Ie avec la fin de la repentance ; et en ce moment du mesiange la pénitence eioontrition méritent la vie éternelle.

Or parce que cette repentance amoureuse se praciique ordinairement par des eslans ou eslevemens du cœur en Dieu, pareils à ceux des anciens penitens :

1 (2) Je suis votre, 6 mon Dieu , sauvez* »nioy : (3) ayez miséricorde de moy, » ayezren miséricorde ; car mon a me se s confie en vous. (4) 5auves*moy, Sei* a gneur , car les eaux submergent mon » ame. (5) Faicles-moy comme un de vos » mercenaires^ (6) Seigneur, soyez- moy • propico , à moy pauvre pecbeur* » Ce n'est pas sans raison que quelques-uns ont dit que Toraison justifioit; car l'orai* son repentante , ou la repentance sup* pliante, élevant Tame à Dieu et la reunt8«> aant à sa bonté» obtient sans doute le pSirdon en vertu du sainct amour qui luy

(1) GéAM. ut. tl.— (ij Ps. (!xriii, M. — (8) Pi. vit, 7* (k) Pf. uvui, I. —(S) Lac XY, 19.

(fl) Uêc zvui, 1».

donne le mouvement sacré. Et partant nous devons tous avoir force telles oraisons jaculatoires, faictes par manière do repentance amoureuse et de souhaits requerans noatre reconciliation avec Dieu , afin que par icelles (4) prononçant devant le Sauveur nostre tribulation, nous respandions nos âmes devant et dedans son cœur pitoyable qui les recevra à mercy.

CHAPITRB XXI.

Comme les aUraits amoureux de Nostrt-Seiftneur nous aydent et accompagnent Jusques i la foy et la charité.

Entre le premier resveil du péché ou de l'incrédulité, et la resolution finale que l'on prend de croire parfaictement, il y a souventefois beaucoup de temps pendant lequel on peut prier, comme fit sainct Paoome^ ainsi que nous avons veu ; et comme le père du pauvre lunatique , lequel , au rapport de Sainct-Marc , asseurant qu'il croyoit , c'est*à*dire, qu'il commençoit à croire, cognent quant et quant qu'il ne croyoit pas assez, dont il s'escria : « (2) Hé! » Seigneur, jecroy, mais aidez mon incre- » dulité ; * comme s'il eust voulu dire : Je ne suis pas dans l'obscurité de la nuict d'infidélité, desjà les rayons de vostre foy esotairent sur l'horizon de mon ame , mais neantmoins je ne croy pas encore conve^ nablement, c'est une cognoissance encore toute foibie et mesiée de ténèbres : helas! Seigneur, secourez-moy* Aussi le grand sainct Augustin prononce solennellement cette remarquable parole : Escoute une fois, 6 hommel et entens. N'e»-tu pas tiret Prie afin que to sois tiré : en laquelle son intention n'est pas de parier du premier mouvement que Dieu fait en nous sans nous, lorsqu'il nous excite et esveille du sommeil de poché. Car comme pourrionsnous demander le resveil , puisque personne ne peut prier avant qu'estre esveille? Mais il parle de la résolution que l'on prend d'estre fidelle : car il estime que croire c'est estre tiré ; et partant il admoneste ceux qui ont esté excitez à croire en Dieu , de demander le don de la foy; et personne certes ne pouvoit mieux sQBVoir les difficullezqui passent ordinairement entre le premier mouvement que

^ (1) PS. lu. s.* (1) Marc a, tt.

uo

TRAITÉ DE L'AVOUR DE BRU

Dieu fait en nous , et la parfaicte résolution de bien croire, que sainct Augustin , qui ayant receu une si grande variété d'attraits par les paroles du glorieux sainct Ambroise , par la conférence faicte avec Poiitian, et mille autres moyens, ne laissa pas neantmoinsd*userde tant de remises, et d'avoir tant de peine à se résoudre : si qu'à luy, de vray, plus qu'à nul autre on eust peu bien dire ce qu'il dit par après aux autres : Hclas ! Augustin, si tu n'es pas tiré, si tu no crois pas, prie que tu sois tiré et que tu croyes.

Nostre-Seigneur tire les cœurs par les délectations qu'il leur donne , lesquelles font trouver la doctrine céleste, douce et agréable : mais avant que cette douceur ayt engagé et lié la volonté par ses amiables liens, pour la tirer à l'acquiescement et consentement perfaict de la foy ; comme Dieu ne manque pas d'exercer sa bonté sur nous par ses sainctes inspirations , aussi nostre ennemy ne cesse point de practiquer sa malice par ses tentations. Et cependant nous demeurons en pleine liberté de consentir aux attraits célestes ou de les rejeter : car comme le sacré concile de Trente a clairement résolu, « (4) si quel- » qu'un disoit que le franc arbitre de » l'homme estant meu et incité de Dieu, » ne coopère en rien en consentant à Dieu » qui Tesmeut et l'appelle , afin qu'il se » dispose et prépare pour obtenir la grnco » de la justitication , et qu'il ne peut n'y » consentir point s'il veut; certes un tel » seroit excommunié et reprouvé de TE- » glise. » Que si nous ne repoussons point la grâce du sainct amour, elle se va dilatant par de continuels accroissemens dedans nos âmes, jusquos à ce qu'elles soycnt entièrement converties, comme les grands fleuves qui trouvant les plaines ouvertes se respandent et prennent toujours plus de place.

Que si l'inspiration nous ayant tirez à la foy ne rencontre point de résistance en nous, elle nous tire mesme jusquesàia pénitence et charité. (2) Sainct Pierre, comme un Apode, relevé par l'inspiration que les yeux de son maistre lui donnèrent, se laissant librement mouvoir et porter à ce doux vent du Sainct-E.^prit, regarde les yeux sa-

(I) Goncll. Trld. ims. e. <!• JuUllo. Cuit. it. \l) Loc. XXII, il.

lutaîres qui l'avoient excité : il lit en ioeBi, comme au livre de vie , la douce semonoe de pardon que la debonnaîretédiirânelQy offre ; il en tire un juste motif d'esperaoee; î! sort de la cour, il considère Thorreur de son péché et le déteste, il pleure, il gémit, il prosterne son misérable coaur devant celuy de la miséricorde de son Seigneur, il crie mercy pour sa faute , il se résout à une inviolable fidélité, et par ce progm de mouvemens practiquez à la faveur de la grâce qui le conduit , l'assiste et l'aide continuellement , il parvient enfin à la saincte remission de ses péchez; passant ainsi de grâce en grâce, selon que saiact Prospère asseure, que sans la grâce on ne court point à la grâce.

Ainsi donc, pour conclure ce poinct, l'ame prévenue de la grâce, sentant lei premiers attraits , et consentant à leur douceur, comme revenant à soy après une si longue pasmoison , elle commence à souspirer ces paroles : helasi 6 mon cher espoux,mon amy (4) Hrez-tnoy, je vous prie , et me prenez par dessous les bras, car je ne puis autrement aller ; mais si vous me tirez , nous eaurronSy vous eu m'aidant par l'odeur de vos parfumSj et moy correspondant par mon foible con* sentement, et odorant vos suavitez qui me renforcent et ravigorent toute jusques à ce que le (2) heaume de vostre nom sacré, c'est-à-dire, l'onction salutaire de ma justification soit respandue en moy. Voyezvous, Theotime, elle ne prieroit pas, si elle n'estoit excitée ; mais si tost qu'elle l'est et qu*elle sent les attraits , elle prie qu'on la tire, estant tirée, elle court ; mais elle ne courroit pas, si les parfums qui l'attirent et par lesquels on la tire, ne luy avivoient le cœur par la force de leur odeur précieuse : et comme elle court plus fort, et qu'elle s*approche de plus près de son celeste espoux, elle sent tousjours plus délicieusement les suavitez qu'il respand, jusques à ce qu'enfin luy-mesme s'escoule dedans son cœur^par manière de (3) beaume respandu; si qu'elle s'cscrie, comme surprisedece contentement non si tost attendu et inopiné : ô mon espoux , vous estes (4) un beaume versé dans mon sein : ce n'est pas merveille si les jeunes amest^ou^ cherissem.

(i; CaaL Cant. 1. 1.- (i) Ibid. u- (t) luid. ii.-(*) nu

imtB II , CHAPITRE XXII.

Bi cett» façon, ti-Rs-cherTheotime, t'inpirtlion céleste vient â mui et nous pre- TJent, excitant nosvolonleKâ l'iimoursaaé. Qae si nous nela repou^aons pas, elle Tient avec nous et nous environne, pour nons inciter et pousser tousjourB plus pvant ; et ei nous ne l'abandonnons, bile ae nous abandonne point qu'elle ne nous tft rendus an port de la tres-saincte charité, faisant pour nous les trois offices que le grand ange KaphatJl 6t pour son cher Tobie (I ] : car elle nous guide en tout nos- \n voyage de la saincte pénitence ; elle nous garantit des périls et des assauts du iialde, et aous console, anime et fortifie niM»didcsll«z.

CHAPimB xxn

Briftr* detcripliOB da li thêiilà.

VoilA donc enlin , mon cher Theotime, comme Dieu, par un progrez plein de sua- TÎIi ine&ble, conduit i'eme qu'il f<iil sortir bon de l'Egypte du pecbé, d'amour en uxitir, comme de logement en logement, jBiques à ce qu'il l'ayt fait entrer en la Iwre de promission , je veux dire en ta Irea-aaincte cbariLé , laquelle , pour le dire en un mot , eiit une amitié , et non pas un amour intéressé. Car par la charité noud aimoaï Dieu pour l'amour de luf-meame, en considération de sa boatà trek-souverainemeut aimable : mais cette

:tiâ est une vraye amitié car elle est rgdproque , Dieu ayuai uimé Hternelle- BMt quiconque l'a aimé , i'ainie , ou l'ai- ■era temporellement. Elle est déclarée et rect^eue mutuellement, attendu que Dieu ne peut ignorer l'amour que nous

DB pour luy, puisque luy-mesme nous le donne; ny nous aussi ne pouvons ignonr celuy qu'il a pour nous , puisqu'il l'u tint publié , et que nous recognoissonu tout ce que nous avons de bon, comme véritables etfects de sa bienveu il lance ; et enGn nous sommes en perpétuelle comuiuoicatiao avec luy, qui ne cesse de parler à nus CŒurs par inspirations , attraits et Boiivemens sacrei. 11 ne cesse de nous Ijûre du bien et rendre toutes sortes Je lesmoignages de sa tres-saincte affection, noua ayant ouvertement révélé toussan

secrets nniune â ses amis confidens. 1

propre viande au tres-sainct sacrement de l'eucharistie. Et quant â nous, nous traitons avec luy à toutes heures quand JI nous plaist , par la tres-saincte oraison , ayant toute nostre vie, nostre mouvement et nostre estre, non-seulement avec luy, mais en luy et par luy.

Or cette amitié n'est pas une simple amitié, mais amitié de dilection, par laquelle nousfnisonà élection de Dieu pour l'aimer d'amour particulier, t (1) 11 est ■ choisi, dit l'espouse sacrée, entre mille.» Elle dit entre mille , mais elle veut dire, entre toui. C'est pourquoy cette dilection n'est pas dilection de simple excellence, «ins une dilection incomparable; car la charité aime Dieu par une estime et préférence de sa bonté si haute et relevée audessus de toute autre estime , que les antreii amours, ou ne sont pus vrays amours en comparaison de cestuy-cy , ou s'ils sont vrays umours , cestuy-cy est infiniment plus qu'amour. Et partant, Theotime, ce n'est pas un amour que les forces de la nature ny humaine, ny angelique puissent produire , ains « (2) le S3inct>-Eaprit la > donne et le respand en nos cœurs > ; et comme nos âmes qui donnent la vie à nos corps, n'ont pas leur origine de nos corps, mais sont mises dans nos corps par la providence naturelle de Dieu ; ainsi la charité qui donne la vie à nos cœurs , n'est pas extraite de nos cœurs, mais elle y est versée comme une cciesie liqueur parla providence surnaturelle de sa divine majesté.

Nous l'appelons donc ami tié surna tu relie pour cela ; et de plus encore , parce qu'elle regRrde Dieu et tend à !uy, non selon la science naturelle que nous avons de sa bonté, mais selon la cognoissance naturelle da la foy. C'est pourquoy avec la foy et l'espérance elle fait sa résidence en la poincteetcime de l'esprit, et comme une reyne de majesté elle est assisedans la volonté comme en son throsne, d'oiï elle respand sur toute l'ame ses suavitci et douceurii, la rendant |>ar ce moyen toute belle, agréable et aimable à la divine bonté , en sorte que si l'ume cal un royaume uuquel le Siimct-Esprit soit le roy, la

TRAlTfi fifi L'AMOUR l« IIUW.

charité eét la « (4} rey ne senpte à ea dcxtre » en robbe d*or recaniée de belles varie- » tfz. » Si l'ame esi une reyne tnipotiscdu grand roy celesto, la charité cstsiicourunne qui embeilil royaleincni aa teate. Maia m Tanu* avec son corpé est un petit monde , la charité ebt un soleil qui orne tout, ercliaufle tout et vivifie tout.

Lii cha^ilé(i(>nce^t un amour d'amitié, une amitié de dilection , une dileclion de préférence, mais de préférence inconipsirable, souveraine et suroatureile, laquelle

(t) P». sut, ic

est oomme un adeil en toale L'aiM po« ]*embellir de ses rayons, en tontes leîib* culti't spirituelles pour les perfecUonner, en toutes les puissances pour les modérer, mais en la volonté comme ea son alege, pour y résider et lui faire chérir et aimer son Dieu sur toutes choses. 0 que bienheureux est Tesprit dans lequel cette saincta dilection est respsmdue, puisque «(4) tuai » biens lui arrivent pareillement aves » icelle. »

(t) Saf. fil, 11

LIVUE TROISIESMIS.

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