CHAPITRE V
Qae le bonhear de moarir en la divine eharité est un don spécial de Diea.
Enfin le roy céleste ayant mené l'ame qu'il aime jusques à la fin de cette vie , il
ri) Rom. Tiii, 88. 89. — (t) Joan. t. l^ (8} Apec. 11. 10. ~ (4) I. ad. Cor. sti, 18. 14. (I) I. ad. cor. IX, 14. - (6) Ps. uut, 9.
TRAITE DE L'AMOUR DE DIEU
l'assiste encore en son bienhoiireiii Ires* pas. '^r iaqiiollf* il la lire au lirt iiipiial dt» la gloire (^(«Tiicllef qui a^^tlo fruicl dolicieiix de la ifiiincte poraevcraf ico, et alors, cher Thcotiiiio , celle ame toule ravie d'à* moiir pour son bien-aimé , si* represenlant k mulliludodes faveurs el secours dont il Ta provenue etas>islée, tiindis qu'elle estoil en son peleriiuige , elle baise inoesaniment Ci*tte douce main .*>ecourable, qui l'a Ci>nduile , liréo el portée en chemin , et confesse que c'e.-t de ce divin Sauveur qu'elle lieiil loul son bonheur ; puisqu'il a fa il pour elle loul ce que le grand pa* triarchc Jacob souhuiloil |K)ur son voyage, lorsqu'il eust veu l'esclielle du ciel. (4) 0 Seigneur , dil-ello dono alors , vous avec eslé avec moy et m'avez gardée en la voye par laquelle je suis venue; vous m'avez donné le pain de vos sucremens pour ma nourriture; vous m'avez reveslue de la robbe nuptiale det harilé, vous m'avez heureusement amenée en ce séjour de gloire qui est vostre maison , ô mon Père elernvl J Hé 1 que resle-l-il , Soigneur, sinon que je proteste que vous estes mon Dieu es siècles des siècles? Amen.
(t) O mon Plea. mon SeU-nenr. Dioa pour Jamtit timable, Tu m'MB l«nu la dextre t et to« irM-Mim i voiluir M'a M ur«r'iiit foiué Jusqu'à lue (aire avoir En ce diTln téJuQr uu rauf taul buuorable.
Tel doncques est Tordre do noslre acheminement à la vie elernclle, pour l'exécution duquel la divine providence e^tabIit dé» leUTnité la muliilude , diblinction et eniresuile de grâces nécessaires à cola , avec la dépendance qu'elles ont les unes iÏQsi autres.
11 voulul premièrement d'une vraye volonté, qu'encore apiès le péché d'Adam tous les hommes fus^enl sauvez , mais en une fiiçon et fiar des moyens convenables à la condition de leur nulure douée du franc arbitre; c'esl-à-dirc , il voulut le salul de lous ceux qui voudroienl contribuer leur cunsentemenl aux grâces et faveurs qu'il leur pn^puroit , ofiriroil el dopitrliroil à cette intention.
Or entre ces faveurs il voulut que la vocation fusl la première, et qu'elle tust tellement allrempée à nostre librrlé, que nous la pussions accepter uu rejetter à noslre gré. El à ceux desquels il previd qu'elle
' seroitaoreptée, Il vouhitfbiirnîrlessaersi . mouvemens de la pénitence. Et à ceux qni seconderoient ces mouvemens , il dlsiKiàa de donner la saincle charité. El à ceux qui auroient la charité, il délibéra de donner les secours requis pour persévérer. Et à ceux qui employeroieni C(>s divinA seeourB, il résolut de leur donner la finale perteve» ronce et glorieuse félicité de son amov éternel.
Nous pouvons donc rendre raison de l'ordre des effects de la providence qui v& garde noslre salut, en descendant du pre* mier jusques au dernier, c'est-à-dire , depuis le fruict qui est la gloire , jusqoes à la racine de ce bel arbre qui est la rédemption du Sauveur. Car la divine bonté donne la gloire ensui le des mérites: les mérites ensuite de la charité; la chariM ensuite dp ta pénitence ; la pénitence ensuite de Tobeissance è la vocation ; l'oboï»sance à la vocation ensuite de la vocation ; et la vocation ensuite de la rédemption du Siiu veur (I ), sur laquelle est appuyée toule cette escliello myslique du grand Jacob , tant du costé du ciel , puisqu'elle aboutit au sein amoureux de ce Père étemel dans lequel il reçoit les esleus en les glorifiant , comme aussi du costé de la terre , puis* ({u'elle est planléi^ sur le sein et le flâne percé du Suuveur mort pour cette occasion sur le mont de Calvaire.
El que cette suitte des effects de In providence ayt esté ainsi ordonnée avec la mesme dépendance qu'ils ont les uns des autres en l'éternelle volonté de Dieu ; la saincle Eglise le tesmoigne. quand elle fait la préface d'une de ses soleninelles prières en celte sorte : 0 Dieu éternel et tout-puissant, qui estes Seigneur des vivans et des morts , et qui usez de miséricorde envers tous ceux que vous prevoyei devoir estre à l'advenir vostres par foy et par œuvre. Comme si elle advouoil que la gloire qui est le comble et le fruict de la miséricorde divine envers les hommes, n'est destinée que pour ceux que la divine sapience a preveu qu'à l'advenir obeYssant à la vocation , ils viondroient à la foy vive qui opère par la charité.
En somme tous ces eflecta dépendent absolument de la rédemption du Sauveur, qui les a méritez pour nous, à toute rigueur
(1) Gtott. uviu, It.