LIVRE m, CHAPITRE T
leur pelerioage en un seul saut que la puissante miséricorde de Dieu letir fait faire si à propos , que leurs ennemis les voyent triompher avant que de les sentir combattre : de sorte que leur conversion et leur persévérance n'est presque qu*une mesme chose ; et qui voudroit parler exactement selon la propriété des mots , la {;race qu'ils reçoivent de Dieud'avoiraussitost rissuë que le commencement de leur prétention , ne sçauroit estre bonnement appellée persévérance ; bien que toutesfois, parce que , quant à l'effect , elle tient lieu de persévérance en ce qu'elle donne le salul , nous ne laissons pas aussi de la comprendre sous le nom de persévérance.
En plusieurs au contraire la persévérance est plus longue , (4) comme en Sle Anne b prophetesse , en S. Jean l'evangeliste , S. Paul, premier hermite, S. Hilarion, D. Romuald , S. François de Paule : et eeoz-cy ont eu besoin de mille sortes de diverses assistances , selon la variété des adventures de leurs pèlerinages et de la durée d'iceluy.
Tousjours neantmoins la persévérance est le don le plus désirable que nous puissions espérer en cette vie , et lequel , comme parle le sacré concile , nous ne pouvons avoir d'ailleurs que de Dieu qui seul peut aflermir celuy qui est debout , et relever oeluy qui tombe. C'est pourquoy il le faut continuellement demander , employant les moyens que Dieu nous a enseignez pour obtenir , l'oraison , le jeusne , Taumosne , Tosage des sacremens, la hantise des bons , rouïe et la lecture des saintes paroles.
Or parce que le don de l'oraison et de la dévotion est libéralement accordé è tous ceux qui de bon cœur veulent consentir aux inspirations célestes, il est par conséquent en nostre pouvoir de persévérer.
Non certes que je veuille dire que la persévérance ayt son origine de nostre pouvoir ; car au contraire je sçay qu'elle procède de la miséricorde divine , de laquelle elle est on don tres-precieux. Mais je veux dire qu'encore qn*elle ne provient pas de nostre pouvoir, elle vient neantmoins en nostre pouvoir par le moyen de nostre vouloir que nous ne sçaurions nier estre en nostre pouvoir. Car bien que la grâce di- (1) L«o.u,vr.
vine nous soit nécessaire pour vouloir per^ severer ; si est-ce que ce vouloir est en nostre pouvoir, parce que la grâce céleste ne manque jamais à nostre vouloir, tandis que nostre vouloir ne défaut pas à nostre pouvoir. Et de faict , selon l'opinion du grand S. Bernard, nous pouvons tous dire en vérité après l'apostre que « (4) ny la » mort , ny la vie , ny les forces , ni les » anges , ny la profondeur, ny la hauteur » ne nous pourra jamais séparer de In cha- >' rite de Dieu qui est en Jesus-Christ. > Ouy, car nulle créature ne nous peut arracher de cesainct amour, mais nous pouvons nous-mesmes seuls le quitter et l'abandonner par nostre propre volonté , hors laquelle il n'y a rien à craindre pour ce regard.
Ainsi, très-cher Theotime, nousdevons, selon l'advis du sainct concile , mettre toute nostre espérance en Dieu , qui parachèvera nostre salut qu'il a commencé en nous , pourveu que nous ne manquions pas à sa grâce. Car il ne faut pas penser que celuy qui dit au paralytique : « (2) Va » et ne veuille plus pécher , » ne luy donnast aussi le pouvoir d'éviter le vouloir qu'il luy defendoit. Et certes il n'exhorteroit jamais les fidèles à persévérer , s'il n'estoit prest à leur en donner le pouvoir ; a (3) Sois fidèle jusques à la mort , dit-il à » levesque de Smyrne , et je te donneray 1 » la couronne de vie. » « (4) Veillez, de- » mourez en la foy , travaillez coui*ageuse- » ment , et confortez-vous , faictes toutes » vos affaires en charité. » c (5) Courez en » sorte que vous obteniez le prix. » Nous devons donc avec le grand roy maintefots demander à Dieu le sacré don de persévérance , et espérer qu*il nous l'accordera.
(6) Self naar Dleo. mon onlqii* espoir, Ne me reallle ItiMer deschoir Aa temps de mt paavre Tieillesse.
Ootod le temps lassé me rendra , Et que ma Tlgneor défaudra , Ow ta mâln polat ne me dilaiise.