‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 11 sur 365 · DISCOURS III · texte numérisé non relu

DISCOURS III

tM|oes n'ont point eu« et n'ont pu aroir lion du peuple, ny du prince séculier.

îssons que l'Eglise prétendue ne

I TiBoUi. 6. — (S) Mare, xti, il. — CS) Biod. m, •- — (4j liun. X if.

nistres la mission du peuple laïque, ny médiate, ny immédiate , ny de droit ny de fait; car ils sont ou envoyez par les peuples et princes séculiers, ou ils sont envoyez par l'imposition des mains des evesques , qui les Grent prostrés ; dignité à laquelle ils sont enfin forcez d'avoir leur recours , quoy qu'ils la méprisent en tout et partout. S'ils disent que les magistrats et le peuple séculier les ont envoyez, ils sont obligés à faire deux preuves, qu'ils ne feront jamais : l'une , que les séculiers l'ayent fait effectivement; l'autre, qu'ils l'ayent pu faire , car nous nions et le fait et le droict : factum et jus faciendi.

Qu'ils l'ayent pu faire » la raison du contraire est évidente , car ils ne trouveront jamais dans les Escritures, que les peuples et princes séculiers ayent pouvoir d'établir et constituer les pasteurs ou les evesques en l'Eglise : ils trouveront bien , à la vérité, que les peuples ont rendu témoignage et assisté aux ordinations; ils trouveront encor que le choix leur en fut permis , comme celui des diacres , au rapport de S. Luc (4), que toute la troupe des disciples proposa; mais ils ne montreront jamais que les peuples, ou princes séculiers, ayent eu ou pris l'authorité des missions, pour consiitueTy ordonner, et authoriser des pasteurs : comment donc alleguerontils lu mission par les peuples , et par les princes , qui n'a point de fondement dans l'Escriture? Au contraire, nous produirons l'expresse et commune pratique de toute TEglise , qui a le pouvoir de tout temps d'ordonner les pasteurs , avec l'imposition des mains des autres pasteurs et des evesques; ainsi fut (2) ordonné Timothée, et mesme (3) les sept diacres , qui furent bien proposez pour cela par le peuple chrestien ; mais ils furent ordonnez par l'imposition des mains des apostres; ainsi l'ont réglé les mesmes apostres (4) en leurs constitutions, aussi bien que le grand (5) concile de Nicée, qu'on ne dédaignera point ce me semble ; (6) le second de Cartage , (7) le troisiesme et le quatriesme tenus au mesme lieu, où S. Augustin se trouva.

Supposé donc que ces réformateurs eussent

(1) Aeu ti, t. 4. B et 6. .- (I) IL ad TlmoCh. e. l,t» (9) I. ad TtmoUi. 4, S4. — (4) AcL ti. 8, 4, B et t. (») Canl. I. — (6)Guit. IT. — (7) 16. xii.

GONTROTEHSES

cslc envoyez par les séculiers, ils n'atiroîont pîis Cité envoyez à Papostoliqno, ny Ic'gîlimenient , cl leur mission seroit nulle; et par cfTet le-; séculiers n'uni iK)int droit de mission, et comment donc les religieux •a donneront-ils? pourroient-ils eommuniquer une aulhorilé qu'ils n'ont pas euxnie>mes? C'est pour cela que S. (i) Paul parlant de Tordre de la preslrise, et de roflice piistorai , a Ires-bien dit : a Nul ne s'attribue cet honneur, sinon celuy qui est ap))ellé de Dieu comme Âaron. » Mais Aaron (2) fut ordonné et sacré (3) par les mains de Moïse, qui fut preslre lu\ -mesme, selon la saincte parole de David (4) : € Moyse et Aaron sont contez entre ses prestres , et Samuel entre ceux qui invoquent son nom. » Aussi il est dit tout clair en (5) l'Exode : o Associe et joins avec » loy Aaron , pour exercer Testât f acer- » dotal. » Et à cela s'accorde une grande troupo de nos anciens pères. Celuy donc qui veut alléguer sa mission ne la doit pus tirer du peuple , ny des princes laïques ; car Aaron ne fut pas appi^llé de celle manière, ny les pasteurs de l'ancienne Eglise. (6) a Celuy qui est le moindre est beny par le plus grand , » comme dit saint Paul, d'où s'ensuit que les peuples ne peuvent point envoyer les pasteurs ; (7) car les pasteurs sont plus grands que les brebis, et la mission ne se fait jamais sans bénédiction ; (8} saint Jean conlirme la mesme vérité par ces paroles : a Amen , » amen dico vobis ; non est servus major » doniino suo, neque subdi tus major eo, qui » misit illum. » Car après cette magriilique mission , le peuple demeure lousjoui^ brebis, et le pasteur tousjours pasteur : autrement Testât seroit confondu. Je laisse à part co que je prouveray cy-apres, que l'Eglise est une sacrée monarchie , et partant qu'il appartient au grand pasteur d'envoyer, non pas au peuple. Je laisse encore à part le désordre qui arri\eroit tous les jours , si les peuples envoyoient , car ils ne pourroient envoyer les uns aux autres, n*ayant point d'aulhorilé les uns sur les autres. Et comme ce seroit faire ouverture à toutes sortes d'heresies , il

(1} Uek. t, A. ~. (10 Ler. viii, lî.

(3, Exod. XXVIII, «.— (4) P«. xc?iii,7.

[i, Ciud xxviii, 9. — (6) lleb. vu, 7. W] jy^Bh. XX. tl «1 tï. Tim. >, 6.

(i»j Juan. Xitii 16.

faut conclure que les brebis reçoivent îe berger d'ailleurs que d'elles-mesmes: et de là Ton doit tirer cette conséquence , que les peuples n'ont pu donner mission , ny de commission légitime à ces nouveaux ambassadeurs.

Mais j'ndjouste pour second chef, qu« quand ils Tauroient pu, ils ne l'ont pas fiiil, parce que le peuple ou le magistrat, qui a appelé Calvin et Luther, estoit ou calholi(]ue, ou non. S'ils disent que ca peuple estoit catholique, comment les anroit-il appeliez à prescher ce qu'il ne croyoit pas , puis que ce peuple et ce ma* gistrat estoit encore de la vreye Eglise , ou non. S'il estoit de la vraye Eglise , pour* quoy est-ce que Luther Ta tiré de sa croyance , Teust-il appelle pour estre mis hors de sa bonne place , et de l'Eglise ? et s'il n'en estoit pas, comment pouvoit-il avoir droit de mission et do vocation , puis que hors Tenclos de la vraye Eglise il ne peut se trouver aucune légitime authoritét Que s'ils disent qu'ils n'estoient pas ou (|u'ils n'estoient plus catholiques romains, (]u'estoient-ils donc? Ils nestoient pas encore luthériens, car Ton sçait le temps où Luther commença de prescher en Allemagne, il n'y avoit alors de luthériens, puis que c'est luy qui en est l'origine. Que s'ils n'estoient point de la vraye Eglise , ils n'ont donc point eu de vocation de ce coslé-là: comment pouvoient-ils établir imc mission véritable pour la prédication evangelique , sinon qu'ils ayent recours à la mission invisible de ces (4) principautés aériennes, à ces puissances de teoebre»

du monde , enfin à ces malices spirituelles, contre lesquelles tous les vrais enfans de l'Eglise ont tousjours eu la guerre.

DISCODRS IV.

L'Eglise prétendue n'a point dans ses ministrst la mission episeopale.

Or les descendans des hérésiarques, qui se voyenl poussez de tant de raisons, prennent en nos jours un autre chemin pour se défendre. Ils disent, mais ils disent mal, que les premier ^aistres et réformateurs de leurs églises, Luther, Bucier, et OEcolampade, ont eMé envoyez par les eves*

(i) KHl«S. fi, M.

DE S. FRANÇOIS DE SALES

quet, qui les firent prestres, et que ceuxci ont envoyé les autres, qui les ont suivis, et vont ainsi enchatnant leur mission et vocation à celle des apostres.

Véritablement celte confession est asspi ingénue, de reconnoistro au moins, que leur mission ne peut estre dérivée de leurs ministres, que parla succession et l'aulhorité de nos evcsqucs, et par Timpo>ition de leurs mains : la chose est telle, lans aucun doute ; car on ne peut pas faire sauter aisémont celte mission de si haut que dcsàpostres, qu'ollesoit tombée, sans succession , entre les mains des prédicateurs de ce tempv, sans avoir esté traduite jusqa*à nous par nos devanciers ; il eust fallu une bien longue sarbacane en la bouche des premiers fondateurs de l'Eglise, pour avoir ainsi appelle Luther et les autres, sans que ceux qui estoient entre eux, et au milieu , 6*en fussent aperccus : ou bien il eust fallu, comme ditCalvin en une autre occasion, et mal A propos, que ceuxey eussent eu les oreilles bien grandes. Nos réformateurs doivent accorder que cette mission s'est conservée entière, si oeux-cl la dévoient trouver. Nous ne nions pas que la mission n*ait esté devant nos evesques, et principalement es mains de leur chef Tevesquo romain ; mais nous nions formellement que vos ministres en ayent eu aucune communication pour prescher ce qu'ils ont presché , parce qu'ils ont annoncé quantité de choses contraires à TBglise, en laquelle ils ont esté choisis et ordonnez prestres. Or il est nécessaire, ou qu'iis errent , ou que l'Eglise qui les a envoyez fust dnns l'erreur; par conséquent , ou leur Eglise est Hausse, ou celle de laquelle ils ont pris leur première mission est abusée. Nous faisons mieux d'inférer, que leur mission est absolume'nt fausse ; car d'une Eglise fausse, telle qu'iis la décrient chez nous, ne peut sortir une vraye mission ; si leur Eglise est fausse , où est leur mission ? puisque dans une Eglise fausse on ne peut trouver une légitime mission ; ainsi en tout sens, ils n'ont point eu do mission pour prescher ce qu'ils ont presché. En sens eoniraire, si l'Eglise, en laquelle ils ont esté instruits et ordonnez, es toit véritable, ils sont doi^c inexcusables d'heresie i*en estre sortis, et d'avoir presché conM sa

croyance; si elle n'estoit pas la vrayo Eglise, elle n a pas eu le pouvoir do les envoyer ny de ies ordonner : mais accordons qu'ils ayent receu leur mission en l'Eglise romaine , ils ne l'ont pas eue' pour en sortir, et se distraire de son obéissance avec ses en fans ; certes lo commissaire ne doit pas excéder les bornes de sa commission , et s'il le fait , il est désavoué.

Luther, OEcolampado et Calvin n'estoient pas cves(|uos,. dites donc pour eux, en quel sens il est possible qu'ils ayent pu communiquer aucune mission à leurs successeurs de la part de TEglise romaine, qui proteste en tout et partout, qu'il n'y a que les seuls evesques qui puissent envoyer, soit d'une manière immédiate, soit d'une manière médiate, et que cela n'appartient aucunement aux simples prostrés; c'est pourquoy S. Jerosme a tros-bien observé la différence qu'il y a entre lo simple prestre et l'evcsque, en l'epistre ad Eva^ grium (4). Sainct Augustin et sainct Epiphane ont mis Arrius dans le rang des hérétiques, parce qu'il tenoit le contraire, parmy d'autres erreurs. La légitime mission doit estre une mission episcopale et canonique, et non une mission protestante ou menaçante.

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