DISCOURS PREMIER
|oe GalvlD, Luther et Us «utres herestonpiet , n'ont point eu de Yeritable mittion (i).
Nous devons avant toutes choses, messieurs , vous faire confesser , que vos pr^ miers ministres , et vous aussi , avez commis une faute inexcusable , quand vous avez preste Toreille à ceux qui estoient séparez de l*Eglise : car ce n'estoient point des personnes qualifiées , comme il falloiî, pour prescher la saincte parole : ils portoient l*Evangiie , à ce qu'ils disoient , de la part de Dieu contre l'Eglise ; ils se vantoient de publier le libelle de divorce de la part du Fils de Dieu mesme. Mais à qui I à l'Eglise , son espouse ancienne : pour quelle in ? pour se marier à une jeune assemblée,refaite et reformée : mais sur quel fondement pouviez-vous croire ces nouvelles , sans leur faire monstrer leur charge et leur commission bien authentique? Vouscommeoçastes de premier abord à ne plus reconnoistre cette reine pour vostre princesse , et à crier partout , que c'estoit une corrompue* et une adultère ; vos reformateurs couroient çà et là , pour semer ces fausses nouvelles ; mais qui les en avoit chargez? on ne peut s'enrosler sous un capitaine , sans l'aveu du prince chez lequel on demeure : or comment fustes-vous si prompts à vous ranger sous ces premiers
¥o. rryei à It tii des Controvenéê , une Notlee rar l« ailear» catboliqoet et plusleara hérétiques cités par '1} Seatols
natnistres , sans sçavoir si vos pasteurs légitimes, qui estoient parmy vous, vous avoiieroient? N'ignorant pas que ces novateurs vous sortoient de Testât où vous estiez nais et nourris. Ceux-là donc sont inexcusables , de ce que sous l'authoritë du magistrat , ils ont fait cette levée de boucliers, et vous de les avoir suivis.
Vous voyez bien , mes frères , où je vais battre , c'est sur la faute de mission et de vocation, que Luther, Zuingle, Calvin et les autres n'ont jamais eue. Car c'est chose certaine , que quiconque veut enseigner, et tenir rang parmy les pasteurs en l'Bglise , doit estre envoyé. Sainct Paul le dit (4) : t Quomodè praedicabunt nisi » mittantur? » Gomment prescheront-ils , s'ils ne sont envoyez? Bt Jeremîe dit : Ces prophètes prophétisent à faux , je ne les ay pas envoyez ; « Non mittebam prophe- > tas, et ipsi currebant(2), » Je ne lesenvoyois pas , et ils couroient. La mission est donc tout à fait nécessaire , vous ne le nierez pas , si vous ne sçavez quelque chose plus que vos maistres ; mais je vous vois venir en trois escadrons ,' pour vous maintenir; car les uns d'entre vous diront : qu'ils ont eu leur vocation et mission du peuple ; d'autres , du magistrat séculier et temporel; les autres, de TBglise mesme. Comment cela? parce, disent-ils , que Luther, GEcolampade, Buçer, Zuingle, et leurs semblables, estoient prostrés de TEglise romaine , comme les nostres ; mais
(I) Rom. 10 -ft; Jortm. 13.
CONTKOVlîhMi.
les plus subtils soutiennent , qu'il ont i*sté LMivoyez de Dieu par une mission extraordinaire ; examinons lo premier chef. Comment croyons-nous que le peuple , et les princes séculiers ayent appi^llé Calvin , Brenco , et Luther, pour enseigner la doctrine que jamais ils n'avoient otiye? En quel temps commencerent-ils à semer et prescher cette doctrine? Qui les avoit obligez à le faire ? Vous déclarez que le peuple devoi t les avoir appeliez ; mais quel peuple? car ou il estoit catholique , ou il ne Testoit pas ; s'il estoit catholique , comment vous eust-il envoyez prescher ce qu'il ne croyoit pas? Cette vocation de quelque petite partie de peuple , lors catholique , pouvoitellc contrevenir à tout le reste qui s'y opposa? Mais de quelle manière une partie du peuple pou voit-elle vous donner authorite contre Tautre partie , afin que vous allusHiez de peuple en peuple, détournant tant que vous pourriez les âmes de l'ancienne obéissance? Vous sçavez bien qu'un peuple ne peut, au plus, donner Tauthorité que sur et pour soy-mesme , non pas contre soy-mesme ; il a donc fallu ne point prescher si non là , où vou:; estiez appeliez du peuplo ; ce que si vous eussiez fait simplement , vous n'eussiez pas tant eu de suitte : mais descendons dans le particulier : quand Luther commença , qui Tap- ])eila Y 11 n*y avoit en ce temps aucun peuple qui pensast aux opinions qu'il a publiées ; comment donc Teust^il appelle pour les prescher ? S'il n'cstoit pas catholique , qu'estoit-il donc? luthérien ? non pas , cor je parle de la première prédication ; quoy donc? qu'on nous reponde si l'on peut, qui a donné l'aulhorité aux premiers d'assenobler les peuples , de dresser des compagnies et des bandes à part 1 Ce n'estoit pas le peuple , car il n'estoit pas encore assemblé. Idais ne seroit-co pus tout brouiller et tout confondre, de permettre à chacun de dire ce que bon luy scmbicroit? A ce compte , chacim seroit envoyé , car il n'y a si chelif qui ne puisse trouver des compatxnons , témoins les anabaptistes , les libertins , les adainitos , etc. Mais enfin , s'il Si» faut ranimer à l'Escriture , on n'y trouvera jamais que les peuples ayent eu pouvoir de se donm^r eux-inesmes des piisteurs et dos prédicateurs evangeliques.
DISCOURS n.
Faute de mission , loas les miDistres âe la noo- ▼elle ei preiendafi Eglise sont inexcosaUes, et aossi ceox qoi les ont ooys et laivis.
Il faut inférer des choses dites eydessus, que vos ministres, qui n'avoient point les conditions requises pour mériter le rang qu'ils vouloient tenir , et conduire l'entre» prise qu'ils ont faite , les rend inexcusables » et vous aussi , qui les suivei, et qui ' sçavez eiicor , ou devez sçavoir que , pat défaut de mission , vous avez eu grand tort de les recevoir à telles enseignes. Li qualité qu'ils demandoient, estoit celle d'ambassadeurs de Jesus-Christ Nostre- Seigneur; l'entreprise qu'ils se proposoient, estoit de déclarer un divorce juré entre l'espoux et l'ancienne Eglise son espouse , traiter et passer par paroles de présent» comme légitimes procureurs , un second et nouveau mariage avec cette jeune venutf, de meilleure grâce , disoienUiis, et mieux avenante que l'dulre. En effet , s'ériger on prédicateur de la parole de Dieu , et pasteur des âmes, n'est-ce pas se dire axnba»> sadeur , et légat de Nostre-Seigneiu* , selon le dire de rapostre(l), a Nous sommes » donc ambassadeurs pour Jesus-Christ?!
Et qu'esUce dire , sinon que tout le chriatianisme a failly , que toute TEglise a eiré, et que partout la vérité s'est ovanoliie , sinon dire que Nostre-Seigneur a abandonné son Eglise , a rompu le sacré lien de mariage qu'il avoit contraclé avec elle » poar introduire une Eglise i;ouvelle (2) ; n'est^se pus vouloir donner le chnnge n ce sacré et sainct espoux, le faisant prendre une seconde femme? A dire vray , c'est ce que les ministres de TEgliso prétendue' ont entrepris ; c'est ce de quoy ils se sont vanteSi cette prétention a esté le but de leurs prèsches, de leurs desseins, et de leurs escrits; mais quelle injustice u'avez-vous pas commise les croyant si légèrement? Comment vous esies-vous arrosiez si simplement à leurs paroles? comment leur avez-vous pa donner une si prompte crédulité? Si vous les avez receus pour des légats et ambassadeurs , ils dévoient estre envoyez, ils dévoient avoir de-; lettres do créance de celuy dont ils se vantoient eslrc avoîiez : le uiiaires esLoienl de très-grande impor-
(1) 11. Cor V. 10. — (i) hplM». T, IS
DE S. FRAIfÇOJS DE SALES. 17
il s'agis^oit d'un remuement gène- I sçauroit faire voir qu'elle ait dans ses mi-
oute l'Eglise, et les personnes qui SDoient une chose si extraordinaire,
de basse qualité , et mesme pri- } pasteurs ordinaires estoient des
marque, et de trcs-anciennc et ique réputation , qui leur contre-
, et protestoient que ces extraor- \ n'avoient point de charge, ny idement du maislre. Dites donc , e I quelle occasion eustes-vous de r et de les croire , sans avoir ausurance de leur commission , n'y
de Nostrc-Seigncur , dont ils se ; les nonces et les apostres? C'est mot, avoir laschement abandonné
ancienne , en laquelle vous avez Hisez, que d'avoir cru à des pressai n'avoient point de mission legi- I maistre , et n'en pou voient avoir lesmes , ny de vous , en aucune faus ne le pouvez ignorer.
sus-Christ les avoit envoyez, ou »té mediatement ou immédiate- Nous appelions une mission me- [|uand nous sommes envoyez de ui en a le pouvoir de Dieu , selon qu'il a mis en son Eglise. Telle fut on de S. Denys en France par Cieipe, et(4)deTimothéeparS. Paul.
diate mission se fait, lorsque Dieu ide luy - mesme , et en baille lii , sans s'arrester à l'authorité de ire , qu'il a commise aux prélats et s de son Eglise , comme fut envoyé 2) Pierre et les apostres , qui re-
de la propre bouche de Nostre- ;r ce commandement : a Allez par e monde, et prezchez l'Evangile à ;reature.» Et celle de(3)Moyse vers 1 et le peuple d'Israël : mais vos » n'ont eu leur mission de l'une ni re manière : ainsi , avec quelle li- Qt-ils entrepris la prédication, conire de l'apostre (4) : « Prescheronts ne sont envoyez? »