CHAPITRE Vin
Dt rtoeomptrable anioor de U mère de Diea Nosure-Dame.
Mais en tout et partout , quand je fais des comparaisons , je n'entends point parler de la tres-Saincte Vierge mère , Nostre- Dame. O Dieu 1 nenny ; car elle est la fille d'incomparable dilection , la toute (2) unique colombe, la toute parfaicte cspouse.
De cette reyne céleste je prononce de tout mon cœur cette amoureuse , mais véritable pensée, qu'au moins sur la fin de ses jours mortels , sa charité surpassa celle des séraphins. Car si « (3) plusieurs filles ont a&; » semblé des richesses , celle-cy les a tou- • tas surpassées. » Tous les saincts et les anges ne sont comparez qu'aux estoiles et le premier d'entr'eux à la plus belle d'entre elles : mais celle-cy est belle « (i) comme » la lune » aisée d^estre chôme et discer-
(1) I. Itf- XTii. — (t) Cant. Gant, vi, S. (I) Fr»f . ui, tt. — (4) CmiU €•■!. Ti, t.
née entre tous les saincts , comme lesoMl entre les astres.
Et passan* olus outre , je pense encore que somme la charité de cette mère d'amour surpasse celle de tous les saincts du ciel en perfection , aussi l'a-t^lle exercée plus excellemment , je dis mesme en cette vie mortelle. Elle ne pécha jamais vénielle* ment, ainsi que TEglise estime. Elle n'eut donc point de vicissitude, ny de retardement au progrès de son amour, ains monta d'amour en amour par un perpétuel avancement : elle ne sentit oncques aucune contradiction de l'appctit sensuel ; et partant son amour , comme un vray Salomou , régna paisiblement en son ame, et y fit tous ses exercices à souhait. La virginité de son cœur et de son corps fut plus digne et plus honorable que celle des anges. C'est pourquoy son esprit, non (\) divisé ny partagé , comme S. Paul parle , estoit tout occupé à c (2) penser aux choses divines , » comme elle plairoit à son Dieu. » Et enfin, l'amour maternel, le plus pressant, le plus actif, le plus ardent de tous , amour infatigable et insatiable , que ne devoit-il pas faire dans le cœur d'une telle mère et pour le cœur d'un tel fils?
Hé 1 n'alléguez pas, je vous prie, que cette saincte Vierge fust neantmoins sujette au dormir : non , ne me dites pas cela, Theotime. Car ne voyez- vous pas que son sommeil est un sommeil d'amour? de sorte que son espoux mesme veut qu'on la laisse dormir tant qu'il luy plaira. « (3)Âh! gardez-vous bien, je vous en con- » jure, dit-il, d'esveiller ma bien-aimée, » jusques à ce qu'elle le veuille. » Ouy , Theotime , cette reine céleste ne s'endormoit jamais que d'amour, puisqu'elle ne donnoil aucun repos à son précieux corps, que pour le revigorer , afin qu'il servîst mieux son Dieu par après : acte certes Ires-excellent de charité. Car , comme dit le grand sainct Augustin , elle nous oblige d'aimer nos corps convenablement, en tant qu'ils sont requis aux bonnes œuvrt'S, qu'ils font une partie de nostre personne, et qu'ils seront participans de la félicité étemelle. Certes , le chrestien doit aimer son corps comme une image vivante de celuy du Sauvear incarné . comme issu de
(1) I ad Cor. Tti, M, u. — («) L id Cor. im, li; ; (S) Oanl. Caot. ii, T.
TRAITA DE L*AMOim M OICU.
DU'F'ine tige avec iceluy , el par condequont luy îippartenant en partap;e et consangiiinilé, Rirtout nprèâ que nous nvons renouvelle l'alliance par la rrcept ion réelle de ce divin corps du Rédempteur an troeadorablo sacrement de l'eucharistie, et que par le baplesme, confirmation et autretji sacrement , nous nous sommes dédiez et consacrez à la souveraine bonté.
Mais quant à la tres-saincte yierp(e,<y Dieu ! avec quelle dévotion devoil-elle aimer son corps virginal I non-seulement parce c'esloit un corps doux, humble ^pur»
virginal? Helae I que de douoeur pq oellB ame ! Peut-ealre Mmgea-t^lle mnintefois que, comme Nostre^igneur avoit jadis souvent dormy sur i^a poictrine, ains qu*aa petit agnelet sur le flanc mollet de sa mère; de mesm-> aussi elledormoit dan<^ aon oosté percé, comme une blanche t (4) colombe » dans le trou d*un rocher aeseui^. » &i que son dormir estoit tout pareil fi Teitau quant à Toper ation de l'esprit, bien que quant au corps ce fust un doux et gracieux allégement et repos, liais si jamais elle songea, comme Fancien Joseph, A sagran*
obeyssant au sainct amour, et qui estoit \ deur future, quand au ciel elle aeroH
tout embaumé de mille sacrées suavitez; mais aussi parce qu'il estoit la source vivante de cehiy du Sauveur , et luy apparlenoit si estroiclement d'une appartenance incomparable. C'est pourquoy quand elle melloit son corps Oniieliquc au repos du sommeil : Or sus, reposez, disoit-elle, 6 tabernacle de l'alliance, arche de la saine-
a (2)reve6luëdu soleil , couronnée d'estof» > les, et la lune à ses pieds, » c'est-A-dire, toute environnée de la gloire de bod Fils , couronnée de celle des saincts , et l'univen sous elle; ou que, comme Jacob , (9) elle vid le i}rogrez et les fruits de la redemp* tion faicte par son Fils en faveur des anges et de-t hommes :Theotime, qui pourrolt
teté, tlirosne de la divinité : allégez- vous jamais s'imaginer l'immensité de si grandes
un peu de vostre lassitude , et reparez vos forces par celte douce tranquillité.
Et puis , mon cherTheolime , ne sçnveivous pas que les songes mauvais, procurez voloîjtîiiroment par les |)ensées dépravées du jour, titnnent en quelque sorte lieu de péché , parce que ce sont comme des dépendances et oxeculions de la malice précédente? Ainsi C4>rtes les songes provenant dessainctes affections de la veille sont estimez vertueux el sacrez. Mon Dieu ! Théo* lime, qu'elle consolation d'oiiir sainct Chrysosicme (4) racontant un jour à son piHjpIe la vi'htmencede l'amour qu'il luy portoit. La nece>bilé du S( mmeil, dit-il, pressant nos paupières, la tyrannie de nostre amour envi'rs vous excite les yeux do nostre esprit; etmainleloisemmy mon sonnneil, il m'a esté advis que je vous parlois : car l'ame a aocoulu^mé de voir en songe par imai;inalinnc^' qu'elle pense parmy la journée. Ainsi ne vous voyant pas dos yeux de la chair , nous vous voyons des yeux de la charité, lié 1 doux Jé>us, (ju'estce que devoil penser voslre très-saincto merejorsqu'ellc donuoit el que son cœur veilloit I ne soiv^eoit-elle point de vous voir encore plié dans ses enlniilles, comme vous fu>te* neuf mois , ou bien pendant à ses mam* DU lira, et pressant doucement son soin
(1) Hom. 10, de pŒDiteollà.
délices? Que de colloques avec son cher enfant ! que de suavitez de toutes parts I
Mais voyez je vous prioi que ny je ne dis, ny je ne veux dire que cette ame taflt privilégiée de la Mère de Dieu ait esté pri-* véo de l'usai^e de raison en son sommeil* Plusieurs ont estimé que Salomon (4) en ce beau songe, quoy que vray songe, auquel il demanda et receut le don de son incomparable sa cesse , eust un véritable exercice de son franc arbitre à cause de l'éloquence judicieuse du discours qu'il y fit , du choix plein de discernement auquel il se détermina , et de la prière très-excellente dont il usa; le tout sans aucun meslange d'impertinence, ou d'aucun détraquement d'esprit. Mais combien donc y a-t-il plus d'apparence que la Merc du vray Salomon ait eu l'usage de raison en son sommeil, comme Salomon mesme la fait parler, qUô » (5) son cœur ait veillé tandis qu'elle dor- » moit? » Certes, que sainct Jean eust l'exercice de son esprit dans le vetilre mp?me de sa mère , ce fut une bien plus grande merveille. Et pourquoy donc en refuserions-nous une moindre à celle poiif laquelle et à laquelle Dieu a fait plus de
(1) Cnnt Cant ii. H.
(i) Gènes, xxtvii. 9. Apoc. xii, l.
(8) Gène» xxviir, î — (*) IM. Reff. m. (5) Canl. C^iiit. VI t. Lm. i, M.
UYIIE in, Ctf APITM n.
2ft»
fthrmirqa*ii ne fil hj fera jamaid pour lonl !• re:»te des creaturos f
En somme , comme Tabealon , pierre précieuse, conserre à jamais le feu qu*il a conçu par une propriété noinparoille , ainsi le cœur de la Vierge Mère demeura perpétuellement enflammé du saincl amour qu'elle receul de son Fils, mais avec cette difiereuce que le feu de l*iibeston, qui ne peut eatre esieinct , ne peut non plus estre agrandi, et les âammes sacrées de la Vierge De pouvant ny périr , ny diminuer , ny de« Beurer en mesme estât, ne cessèrent jamais de prendre des acoroisseihens inoroyables Jusque» au ciel, lieu de leur origine. Tant il est vray que cette Mère est c (4) la mère de belle dileotion ; » c^est* Mire, la plus aimable comme la plus amante , et la plus amante comme la plus •iinée Mère de cet unique Fils, qui est aussi le plus aimable, le plus amant et le plus aimé Fils de oette unique Mère.