CHAPITRE IX
Preparatitn au discours de l'anion des bienheureux avec Dieu.
L'amour triomphant que les bienbeureui •leroent au ciel , consiste en la finale , invariable et éternelle union de Tame avec son Dieu. Mais qu'est-elle cette union ?
A mesure que nos sens rencontrent des objects agréables et excellons , ils s'appliquent plus ardemment et évidemment à la jouiibance d*iceux. Plus les choses Sont belle», agréables à la veuë et deument eectainées , plus Tœil les regarde avidement et vivement ; et plus la voix ou musique est douce et suave, plus elle attire TaUention de raureille : si que chaque abject exerce une puissante , mais amiable violence sur le sens qui luy est destmé , violence qui prend plus ou moins de foroe,
qui a par oonsequent ton! son contente^ ment à descouvrir et cognoislre la vérité des choses ; et^elon que les veritcz sont plus excellentes , nostro entendement s'applique plus délicieusement et plu> atlrntivementà lesconsiderer.Qurl plaisir pense»
vouî»,Theotimo, qu'eussent ces anciens j)hi' losophcs, qui cogneurentsi excellemment tant de belles veritez en la nature' Certes, toutes les voluptez ne leur estoienl rien en comparaison de leur bien-aimée philosophie , p 'Ur laquelle quelques-uns d'entre eux quittèrent les honneurs, les autres des grandes richesses , d'autres leur pays : et s'en est trouvé tel qui de sens rassis s'est arraché les yeux, se privant pour jamais de la jouissance de la belle et agréable lumière corporelle, pour s'occuper plus librement à considertT la vérité des choses par la lumière spirituelle ; car on lit cela de Democrito , tant la cognoissance de la vérité est délicieuse I dontÂristote a dit fort souvent, que la félicité et béatitude humaine consiste en la sapience, qui est la cognois* sance des veritez eminentes.
Mais lorsque nostre esprit eslevé au-dessus de la lumière naturelle commence à voir les veritez sacrées de la foy , ô Dieu ! Theotime, quelle allégresse 1 L'ame se fond de plaisir oyant la parole de son céleste espoux qu'elle treuve « (4) plus douce et » plus suave que le miel de toutes les scien- » ces humaines. »
Dieu a empreint sa piste, ses alleures et passées en toutes les choses créées : de sorte que la cognoissance que nous avons de sa divine majesté par les créatures ne semble estre autre chose que la véuë des pieds de Dieu : et qu'en comparaison do cela la foy est une \euë de la face mesme de sa divine majesté , laquelle nous ne voyons pas encore au plein jour de la gloire ^m.tis nous la voyons pourtant comme en la prime
selon que Texcellence est moindre ou plus ; aube du jour, ainsi qu'il advint â Jacob
grande, pourveu qu'olle soit proportionnée à la capacité du sens qui en veut jouir. Car roBÎI qui se plaist tant en la lumière, n'en peut pourtant sup{>orter l'extrémité , et ne eçauroit regarder Hxement le soleil ; et pour belle que soit une musique , si elle Cil forte et trop proche de nous , elle noua im|>ortune et Jfiense nos aureilles. La vérité est robjeot de nostre entendemeni ^
:H Eccict. xxnr, 14.
auprès du gay de Jaboc (2). Car bien qu'il n'eust vu l'ange avec loqu; 1 il luUa , sinon à la foihie clarté du point du jour; s! est-ce que, toulravy de contentement, il ne laissa pas do s'escrier . a (3) J'ay veu je Seij;neur » face à face, et mon ame a esté sauvée. » 0 combien délicieuse e.-t la saincte lumière de la foy , par laquelle nous sçavuns avec
(1) Ps. cxviii. 103.
xkxii t4. — (8j Gènes, xuit, 90.
na
TRAITE DE L'AMOUR DE DIEU
iiue certitude ncrnipareiUe , non-seulement Thistoire de Torigine des créatures et de leur vray usage, mais aussixelle de la naissance éternelle du grand et souverain Verbe divin , auquel et par lequel tout a esté fait , et lequel avec le Père et le Sai net-Esprit est un seul Dieu , très-unique , tres-adorable et béni es siècles des siècles. Amen. Ah! dit sainct Hierosme à son Paulin, le docte Platon ne sçeut oucques cecy , i*eloquent Demosthenes Ta ignoré. «(4)0 que vos paroles , dit le grand roy , sont douces , » Seigneur, à mon palais, plus douces que » le miel à ma bouche !» « (2) Nostre cœur > n*estoit-il pas tout ardent, tandis qu*il » nous parloit en chemin? » disent ces heureux pèlerins d*Emmatis parlant des flammes amoureuses dont ils estoient touchez par la parole de la foy. Que si les veritez divines sont de si grande suavité, estant proposées en la lumière obscure de la foy : ô Dieu 1 que sera-ce quand nous les contemplerons en la clarté du midy de la gloire !
(3) La reine de Saba , qui , à la grandeur de la renommée de Salomon , avoit tout quitté pour le venir voir , estant arrivée en sa présence . et ayant escouté les merveilles de la sagesse qu'il respandoit en ses propos, toute esperdue et comme (i)p6Wtnée d'admiration , s'écria que ce qu'elle a voit appris par ouy-dire de cette céleste sagesse , n'cstoit pas la (5) moitié de la cognoi>sance que la veuë et l'expérience luy en dounoient.
Ah ! que belles et amiables sont les veritez que la foy nous révèle par l'ouye ! Mais quand , arrivez en la céleste Hierusalem , nous verrons le grand Salomon roy de gloire assis sur le throsne de sa sapience , manifestant avec une clarté incompréhensible les merveilles et secrets éternels de sa vérité souveraine, avec tant de lumière (|ue nostre entendement verra en présence ce qu'il avoit crcu icy bas , oh I alors , tresclierTheolime, quels ravissemens 1 quelles c\<>tases!({uellesadmirations! quels amours! ({uelles douceurs I Non jamais, dirons-nous en cetexcez de suavité, non jamais nous n'eussions sceu penser de voir des veritez si (Iclcclablcs. Nous avons voirement creu
(t) P». cxTiii. 103 — (î) Luc. XXI?, as. r^' m. Reir. X.I. — (4) 111. Reg. x, f. \fi) 111. H«(.Z,1
tout ce qu'on nous avoit c (4) aoiioiioé de » ta gloire , ô grande cité de Diea ! » mais nous ne pouvions pas concevoir la g;raiideur infinie des abysmes de tes delioea.