LITRE III , CHAPITRE H
en cette terre, mon amé, jupque? A co fine TOUS ayez rencontré les fraisches eaux de la vie immortelle , et la tres-saincte divinité , qui seules peuvent esleindre voslro j altération et accoiser vostre désir. ]
Cependant, Theotime, imaginez-vous avec le psalmiste , (4 ) ce cerf qui , mal mené par la meute , n*a plus ny haleine , ny jambes, comme il se fourre avidement dans Teau qu*il va questant, avec quelle ardeur il se presse et serre dans cet élément. Il semble qu'il se voudroil volontiers fondre et convertir en eau , pour jouyr plus pleinement de cette fraischeur. Hé I quelle union de nostre cœur à Dieu là-haut au ciel, où après ces désirs inOnis du vray bien non jamais assouvis en ce monde , nous en treuverons la vivante et puissante source. 1 Alors, certes, comme on voit un enfant affamé si fort collé au flanc de sa mcre , et attaché à son sein , presser avidement cette douce fontaine de soave et desiréeliqueur , de sorte qu'il est adviâ qu'il veuille ou se fourrer tout dans ce sein maternel , ou bien le tirer ou succer tout entier dans sa petite poictrine : ainsi noatre ame toute haletante de la soif extresme du vray bien , lorsqu'elle en rencontrera la source inespuisable en la divinité , ô vray Dieu I quelle saincte et suave ardeur à s'unir et joindre à ces mammelles fécondes de la toute bonté , ou pour estre tout abysmezen elle , ou afin qu'elle vienne toute en nous !