‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 117 sur 365 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

Dt l'onion eleraeUe des eftpriti bleBiNNirmni •veo Diea en U vision de la Daissanee etamello da fils de Diea.

0 sainct et divin esprit, amour éternel du Père et du Fils , ioyez propice à mon enfance. Nostre entendement verra donc Dieu , Theolime ; mais je dis il verra Dieu luy-mesme face à face» contemplant par une veuè' de vraye et réelle présence la propre essence divine , et en elle ses infinies beautés , la toute-puissance* la toute* bonté , toute-sagesse « toute*justice , et le reste de cet abysme de perfections.

Il verra donc clairement cet entende* ment, la cognoissance infinie que de toute éternité le Père a eue de sa propre beauté, et pour laquelle exprimer en eoy-mesme il prononça et dit éternellement le mot , le verbe , ou parole et dition tfes-unique ei tres-infinie ; laquelle comprenant et repre* sentant toute la perfection du Père , ne peut estre qu'un mosme Dieu très-unique avec luy, sans division ny séparation.

Ainsi verrons-nous donc cette éternelle et admirable génération du Verbe et Fils divin , par laquelle il nasquit éternellement à rimage et semblance du Père : image et scmblance vive et naturelle, qui ne représente aucunsaccidens,ny aucun extérieur, puisqu'on Dieu tout est substance « et n*y peut avoir accident; tout est intérieur , et n*y peut avoir aucun extérieur. Mais image qui représente la propre substance du Père si vivement, si nuturellemcot, tant essentiellement et substantiellement , que pour cela elle ne peut estre que le mesme Dieu avec luy, sans distinction ny dîtfercncè quelconque d'essence ou substance , ains avec la seule distinction des personnes. Car , comme se pourroit-il faire que ce divin Fils fust la vraye , vrayement vive et vrayement naturelle image , semblance et figure de l'infinie beauté et substance du Père , si elle ne representoit infiniment au vif ot au naturel les infinies perfections du Pero? Et comment pourroit-elle représenter infiniment des perfections infinies, si elle-mesme n'estoit infiniment parfaicte? El comment pourroit-elle estre infiniment parfaicte , si elle n'estoit Dieu? Et comme pourroit-elle estre Dieu, si elle n'estoit un mesme Dieu avec le Père ?

Ce fils donc, infinie image ot figure de

UTRE m, GHAPimc an.

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•on Ptr« infihy, est un seul Dieu tres^ onîque et tres-infiny avec son Père , eanë qu'il y ait aucune différence de substance entre eux, ains seulement la distinction de personnes, laquelle distinction de personnes 4 comme elle est totalement requise, aussi est^elle tres^uffisanle pour faire que le Père prononce , et que le Fils soit la parole prononcée ; que le Paré die , et qoe le Fils soit le Verbe ou la diction; que le Père exprime , et que le Fils soit Timage, semblance et 6gure exprimée; et qu*en somme le Père soit Père , et le Fils soit Fils, deux personnes distinctes , mais une seule essence et divinité. Ainsi Dieu qiii est seul B'est pas pourtant solitaire ; car il est seul tn sa très-unique et très-simple divinité ; mais il n*est pas solitaire , puisqu'il est le Père él le Fils en deux personnes. 0 Tbeoiime, Theotime, quelle joye, quelle allégresse de célébrer cette éternelle naissance qui se fait a (4) en la splendeur des saincts») de la célébrer, dis-je , en la voyant , et de * la voir en la célébrant*

Le très-doux sainct Bernard estant en-^ oore jeune garçon à Chastillon sur Seine , la nuict de Noël , attendoit en Teglise que Ton commençast Toffice sacré , et en cette ftttente le pauvre enfant s'endormit d'uh sommeil fort léger, pendant lequel, ô Dieu , quelle douceur l II vit en esprit , mais d'une vision fort distincte et fort claire , oommo le Fils de Dieu ayant espou-* aé la nature humaine ^ et s'estent rendu petit enfant dans les entrailles tres-pured de sa Mère , naissoit virginalement de son afin sacré avec une humble suatité mesiéë d'une cel«Blo majesté.

Bi Comnw rMtoMZ qil m mttnUM roftl rt loot Joy«ai d* ma Ul alipUaL

Vision , Theotime « qui combla tellement le cceur amiable du petit Bernard d'aise, de jubilation et de délices spirituelles, qu'il en eut tout« sa vie des ressentiroenis extresmea ; et partant , combien que de* puis , comme une abeille sacréo , il recueillit tousjours de tous les divins mystères It mielde mille douces etdivinesoonsolations, si est-ce que la solemnité de Noël luy apportoit une parùculiere^ suavité de son maistre. Helas 1 mais de grâce , Theotime i si une vision mystique et ioMifiBaira da la

naissaiiaa temporelle et humaine du Fils de Dieu , par lacfuelle il proctfdoit homme de la femme , vierge d'une vierge* rsf it et contente si fort le cœur d'urt enfant; hs 1 que scra-*ce, quand nos esprits gloHensement illumines de la clarté bienheureuse verrorti cette éternelle naissance, par la* quelle le Fils procède Dieu de Dieu, lumière de lumière, vray Dieu d'un vray Dieu , divinement et éternellement ! Alors donc notre esprit se joindra par une complaisance incompréhensible à cet objet il délicieux, et par une invariable attantîu luy demeurera éternellement uni.

GHAPITRB Xni.

De fanion des esprits bienheareav avee Mai en là ViSioA de la producUon da ^«inct-Ësprlt.

Le Père eterf nel voyant l'inGnle bonté et beauté de son essence , si vivement , essen*' tiellementetsubstantiellementexprimééen son Fils 9 et le Fils voyant reOlproquement que sa mesme essence, bonté et beauté est originairement Ofl son Père Comme en sa source et fontaine; hé I s^ pourroitil faire que ce divin Père et son Fils ne s'entr'ai^ masAont pas d'un amour inflny, puisque leur volonté par laquelle ils s'aiment, et leur bonté par laquelle ils s'aiment, sont infinies en l'un et en l'âUtre?

L'amour ne nous trouvant pas esgaui, il nous esgale ^ ne nous trouvant pas unis , il nous unit. Or le Père et le Fils se trouvant non-seulem(*nt esgaul et unis, aina un mesme Dieu, une mesme bonté, une mesme essence, et une me^^me unité , quel amour doivent-'ils avoir l'un à l'autre 1 Maia cet amour ne se passe pas eoinhie l'amour que les créatures intellectuelles ont en-* tr'elles ou envers leur Créateur. Car l'amour créé se fait par plusieurs et divers eslans, souspirs, unions et liaisons qui s'enlresuivent, et font la continuation de l'amour avec une douce vicissitude de mouvcmens spirituels. Hais Tamour divin du Père éternel envers son Fils est practiqué en un seul souspir eslancé réciproquement par le Peré et le Fils , qui en cette sorte demeurent unis et liez ensemble* Ouy, mon Thaotinoe : car la bonté du Perfl et du Fils n'estant qu'une tres-oniquemeni unique boAté , éommune à l'un et à l'autre, l'amour de cette bonté ne peut asira qn'itti

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TRAITt M L'AMOUR »■ ROD.

bienheureux, ny toqs ensemble, pe la verront et snvoureroni iotalennent. Cette infinité divine aura toujours infiniment plus d'excellencciquft nouë ne sçaurioni avoir de suffisance et de capacité : et nous aurons un content^ipeQl indicible decognoistre qu'après avoir assouvi tout le désir de DMipe cœur, et rempli pleinemenl ee oa« pacité en la jouissance du bien infiny qui est Dieu ; neantmoins il restera encore en celte infinité des infinies perfections à voir, à jouir et posséder , que sa divine Majesté comprend et voit elle seule , elle seule se eomprenant soy-mesme.

Ainsi les folssons jouissent de la grandeur incroyable de l'Océan ; et jamais pourtant aucun poisson , ny mesme toute la multitude des poissons, ne vid toutes lee plagee , ny ne trempa ses escailles en toutes les eaux de la mer. Et les oiseaux B*esg{iyenl à leur gré dans la vasteté de Pair ) mais jamais aucun oiseau ^ny mesme toute la rare des oiseaux ensemble , n*a battu des ailes toutes les contrées de l'air, et n*e8t jamais parvenu à la supresme ror fion d'iceluy. Ah 1 Thcotime , nos esprits, à leur gré et selon toute retendue de leurs souhaits , nageront en l'océan , et voleront en Taip de la Divinité, et se resjouiront eteraeilement de voir que cet air est tant tnfiay , cet océan ai vaste , qu'il ne peut

estre mesuré par leurs ailes ; et qœ jouis* sans , sans reserve ny exception qiielcoot que, de tout cet abysme infiny de la Divinité , ils ne peuvent neantmoins jamais esgaler leur jouissance è cette infinité , la* quelle demeure tousjour^ infinimept inûf nie au-dessus de leur capacité.

Et supcesubject les esprits bienbenrem sont ravis de deux admirations i l'unp poof rinfinie beauté qu'ils contemplent , et Taoït tre pour Tabysme de Finfinité qui reste à voir en ceste mesme beauté. 0 Dieu , que ce qu'ils voyent est admirable 1 mais , è Dieu quece qu'ils ne voyent pas l'est beaur coup plusl Et toutesfols, Theotime, la tres*saincte beauté qu'ils voyent estant finie, elle les rend parfaietement salisfaicta et assouvis; et se contentant d*en jouir, selon le rang qu'ils tiennent au ciel , A cause de la tres-almable providence divine qui en a ainsi ordonné , ils convertissent la eognoissance qu'ils ont de ne posséder pas, ny ne pouvoir posséder toîalemenl leur object,en une simple complaisanœ d'admiration , par laquelle ils ont une joye souveraine de voir que la beauté qu*ils aiment est tellement infinie, qu'elle ne peut estre totalement cogneue que par elle-mesme. Car en cela consiste la diviv nité de cette beauté infinie, ou la beaMié de cette infinie divinité.

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