‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 121 sur 365 · C«IM». UX · texte numérisé non relu

C«IM». UX

TRAnt DI L'AMOUII M BOU.

les philosophes ont remarqué , nous usons quand il nous plaist, et non jamais contre noBtrc gré. Quand donc nous n^usons pas de la charité qui est en nous , o*est^à*dire, quand nous n'employons pas nostre esprit aux exercices de Pamour sacré , ains que le tenant diverty à quelque autre occupation , ou que , paresseux en soy^mesme , il se tient inutile et négligent ; alorsThaotiroe , il peut eslre touché de quelque ob^ ject mauvais , et surpris de quelque tentation. Et , bien que l'habitude de la charité en mcsme temps soit au fond de nostre ame , et qu'elle fasse son office , nous in« clinant à rejelter la suggestion mauvaise ; si est^^ qu'elle ne nous presse pas , ny BOUS porte à Faction de la résistance qu'à mesure que nous la secondons, comme les habitudes ont coustume de faire : et partant nous laissant en nostre liberté , il advient maintesfois que le mauvais object ayant jette bien avant ses attraits dans nostre cœur , nous nous attachons à luy par une complaisance excessive , laquelle venant à croistre , il nous est malaisé de nous en défaire ; et comme des (4 ) espinei, selon queditNostre^igneur, elle suffor que enOn la semence de la grâce etdilection celeslo. (2) Ainsi arriva-t-il à nostre première mère Eve , de laquelle la perte commença par un certain amusement qu'elle prit à deviser avec le serpent ; re- ^ cevant de la complaisance d'ouyr parler de son aggrandissement en science, et de voir la beauté du fruict défendu: si qud la complaisance grossissant en Tamusement , et Tamusement se nourrissant dans la complaisance, elle s'y trouva enûn tellement engagée , que , se laissant aller au consenr tement, elle commit le malheureux péché auquel par après elle attira son mary.

On void que les pigeons touchez de vanité se pa vannent quelquefois en l'air, et font des esplanades çà et là , se mirant en la variété de leur pennage : et lors les tiercelets et faucons qui les espient, viennent fondre sur eux et les attrapent ; ce qu'ils ne feroient jamais, si les pigeons vuloicnt Içur droit vol , d'autant qu'ils ont l'aisle plus roide que les oiseaux de proye. Ueias 1 Tbeotime , si nous ne nous amusions pas en la vanité des plaisirs caduques , et surtout en la complaisance de nostre amour

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propre , ains qu'ayant une fois In chnrilé » nous fussions soigneux do voler droit là par où elle nous porte , jamais les suggesi tiens et tentations ne nous attmperoienti Mais parce que, comme colombes séduites et deceues de nostre propre estime , nous retournons sur nousrmesmes et entretoi nous trop nos esprits parmy les créatures, nous nous trouvons souvent surpris entre les serres de nos ennemis , qui noua em* portent et dévorent.

Dieu ne veut pas empesoher que noua ne soyons attaquai de tentations, afin que resistans , nostre charité soit plus exeroéa, et puisse par le combat emporter la vio^ toire , et par la victoire obtenir le triomphe. Mais que nous ayons quelque sorte d'incliii nation à nous délecter en la tentation , eela vient de la condition de nostre nature , qui aime tant le biçn , que pour cela elle est subjeote d'estre alléchée par tout ce qui a apparence de bien : et ce que la tentation nous présente pour amorce , est tou^ourf de cette sorte. Car, comme enseignent les sainotes lettres (I), ou c!est un bien honor rable , selon le monde , pour nous provoquer à Vargueil de la vie mondaine , ou un bien délectable aux sens , pour nous porter à la eonvoitise charnelle y ou un bien utile a nous enrichir, pour nous inciter à la con-r voilUe et avarice deê yeux,. Que si nous tenions nostre loy, laquelle sçait discerner entre les vrais biens qu'il faut pourchasser, et les faux qu'il faut rejetter, vivement attentive à son devoir, certes , elle serviroit de sentinelle asseurée à la charité, et luy donneroit advis du mal qui s'approche du cœur sous prétexte du bien , et lu charité le repousseroit soudain. Mais parce que nous tenons ordinairement nostre foy ou dormante, ou moins attentive qu'il ne seroit requis pour la conservation de nostre charité, nous sommes aussi souvent suTr pris de la tentation , laquelle séduisant noç iien^, et nos sens incitant la partie inie* rieure de nostre ame à rébellion , il advient que maintesfois la partie supérieure de la raison cède à l'effort de cette révolte, et eommetlant le péché , elle perd la cha« rite. »

Tel fut le progrez de la sédition que k desloyal Àbsalon excita contre son bon pore David (2). Car il mit en avant des pn^

(i) I. Joan. Il, if. — (!) II. |i«f. xt.

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