Je soutiens que perâonn^ ne doit al
(1) L de na>re>lbo», c H «171.
coutroverses
léguer une mission extraordinaire, qu'il ne la prouve par des miracles; car je vous prie à quoi en serions-nous réduits, si co prétexte do mission extraordinaire estoit recevablc, sans bonne preuve? ne scroilce |)<')S un voile assouré à toutes sortes do libertins? Ârrius, Marcion, Monlanus, et Massalius ne pourroient-ils pas estre receus avec honneur dans le rang des reformateurs, en nous payant de cette monnoye, et prestiint le mesme serment?
2. Je tiens pour.asseuré, que jamais personne ne fut envoyé ex traordinai rement, qui n'ait pris cette lettre de créance de la divine majesté (4). Moïse fut envoyé immédiatement de Dieu pour gouverner le peuple d'Israël : auparavant il voulut sçavoir le nom de celuy qui Tenvoyoit, et quand il eut appris le nom admirable de Dieu , il demanda des (2) marques et des lettres patentes de sa mission ; ce que Dieu mesme trouva si juste, qu'il luy donna la grâce d'opérer trois sortes de prodiges et de merveilles, qui furent comme trois publiques attestations en trois divers langages , de la charge qu*il lui donnoit , aûn que celuy qui n'entendroit pas Tune de ces langues, entendist Tautre. Si donc nos prétendus apostres aileguoient la mission extraordinaire, qu*ils nous montrent quelque prodige au delà du commun, autrement nous ne sommes pas obligez de les croire. Vrayment, Moïse montra bien dans son office la vérité et la nécessité de cette preuve ; car celuy à qui Dieu parle extraordinairement , doit estre authorisé d'une manière miraculeuse : aussi ce grand homme ayant (3) demandé à Dieu le don de l'éloquence , il ne le demanda qu'après avoir receu le pouvoir, des nûracles, montrant qu'il est plus nécessaire d'avoir l'autorité de parler, que d'en avoir la promptitude. La mission de saint (4) Jean-Baptiste, quoy qu'elle ne fust pas tout é fait extraordinaire, ne fust^lle pas authentique par sa conception et sa nativité (5), et mesme par sa vie miraculeuse, é laquelle Nostre-Seigneur donna de si bons témoignages. Au regard des apostres, (6) qui ne sçait les miracles qu'ils faisoient? et qui pourroit en calculer le
(1) Exod. xxxii,10 et 19.— (t) Exod.iY, i, t, 4, tj, t«t •.
(S) 16. 11. — (4j Lac 1, 18, 19. tO. tl. II.
(B) Ib. 1. M. M. W. «6. * (6) UêUk. SI, 7. 1 «t fttlT.
nombre? (4) leur mouchoirs el leurs ombres servoient à la guerison des malades, et à chasser les diables des corps, que possodoient ces malheureux esprits ; (2) l'imposition de leurs mains produif^oit quantité de signes et de merveilles parmi le peuple, en confirmation de leur prédication et de leur doctrine. Sainct (3) Marc le dit ouvertement dans les dernières paroles de son Evangile : et sainct Paul aux Hébreux. Comme donc pourront excvser et relever par cette preuve leur mission , ceux qui en nostre asge en veulent avancer une extraordinaire? quel privilège ont-ils plus grand que l'apostolique et le mosaïque ? Que dirai-je de plus 1 si nostre souverain maistre, consubstantjel au Père, duquel la mission estoit si authentique, qu'elle suppose en luy la communication d'une mesme essence : si luy-méme, disje, qui est la source vive de toute mission ecclésiastique , n'a pas voulu s'exempter de celte preuve de miracles, par quelle raison ces nouveaux ministres seront-ils crus à leur seule parole? Jésus-Christ allègue souvent sa mission, pour mettre sa parole en crédit; (4) Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoyé, dit- il; (5) ma doctrine n'est point mienne, mais de celui qui m'a envoyé; et vous me connoissez, vous savez d'où je suis, je ne suis point venu de moy -mesme. > Mais aussi pour donner au- Ihorité à l'eflct de sa mission, il met en avant ses miracles, et atteste que (6) a s'il n'eust fait des œuvres, que nul autre n'a fait parmy les Juifs, ils n'eussent point eu de péché do ne croire point en luy. » Et ailleurs il leur dit : (7) « Ne croyez-vous pas que mon Père est en moy, et moy en mon Père ? au moins croyez-le par les œu» vres. » Après cela, qui sera si osé que de se vanter de la mission extraordinaire, sans produire à mesme temps des miracles? certes il mérite d'estre tenu pour imposteur* Or est-il que ny les premiers, ny les derniers de vos ministres, n'ont fait aucun miracle ; ils n'ont donc point eu de mission extraordinaire.
Disons quelque chose de plus, c'est chose hors de doute, que jamais aucune mission extraordinaire ne doit estre facilement re-
(1) Act XIX. il et it. — (I) Ib. Y. is. (S) s. Mtro. ait. o. u,k. — (i) Jo. xz, tl.
(I) Jo. Yll, 16 «t M. — (6) JotB. XXV. M.
(T)Jo. »Y,llatll.
DK S. FRANÇOIS DE SALES
ceiiè?» estant dosadvouëe, ou du moins suî^iMTteà Pauthorilé ordinaire, qui est en l'Eglise de Noslrc-Sei^neur; car nous sommes tous obligez d*oheir (4)à nos pasteurs ordinaires, sous peine d*estre déclarez publicains et payons : comme donc nous pourrions-nous ranger sans soupç -n sous une autre discipline que la leur, s'ils venoient à rejetler l'extraordinaire? en ce cas nous serions obligez de connoistre l'Eglise, et de ne pas recevoir ces nouveaux venus, s'ils estoient desavouez des ordinaires.
Dieu n'est point autheur de (2) division , mais d'union et de concorde , principalement entre ses disciples , et ses ministres ecclésiastiques. Notre-Seigneur le montre clairement en la sainte (3) prière qu'il adressa à son Père céleste, dans les derniers jours de sa vie mortelle ; sa bonté pourroit-elle se contrarier? authoriseroitelle deux sortes de pasteurs et deux socielez, l'une extraordinaire , l'autre ordinaire? Pour le regard de l'ordinaire, qu'elle soitaulhorisée , cela est certain ; pour l'extraordinaire, nous le présupposons. Ainsi ce scroit deux Eglises différentes, ce qui est contre la parole de Nostre-Seigneur , qui n'a qu'une (4) seule espouse, qu'une •eule colombe, qu'une seule parfaite; et comment pourroit estre en seure garde le troupeau conduit par deux pasteurs, inconnus l'un à l'autre , en divers pasturages, à divers signes , et en diverses mains, dont Tune et l'autre voud roi t tout avoir ?îiinsi serrât l'Eglise sous la diversité des pnsteurs ordinaires et extraordinaires, cantonnez çà et là en diverses manières. Nostre-Seigneur est-il divisé, (5) ou en luy-niesme , ou en son corps, qui est l'Eglise? Non pour le vray ; au contraire, il n'y a qu'un Seigneur (6), lequel a basty et formé son corps mystique avec une belle variété de membres, très-bien ajustez , assemblez et serez, qui sont liez par toutes les jointures de la sous-ministration mutuelle ; par conséquent, vouloir mettre en l'Eglise cette division de troupes ordinaires et extraordinaires, c'est la ruiner et la perdre : il liaut donc revenir à ce que nous disions, que jamais la vocation extraordinaire n'est légitime, quand elle est desad voilée de l'ordinaire.
(!> y-êUh. xvui, 17. — (1) I. Cor. iT. tt. (t; Joan. ifii. 11 et It. — (4)CaBl. vi. S. (f; Cor. I, IS. — (• LphM. ». 1. Il II «l if.
Et de fait, où me montrera-t-on jamais une vocation légitime extraordinaire, qui n'aye esté receuë par l'authorilé ordinaire ?Sainct (4) Paul fut appelle, sans doute, extraordinairement; mais ne fut-il pas approuvé (2) par Ananias et par les apostres une ou deux fois? En ce sens la mission receuë' par l'authorilé ordinaire ost a ppellée vocation du Sainct-Esprit. La mission (3) du précurseur, à parler propre-' ment, ne peut pas eslre dite extraordinaire, parce qu'il n'enseignoit aucune chose contre l'Eglise mosaïque, et que d'ailleurs saincl Jeun estoit do la race sacerdotale ; si est-ce neanlmoins que la rarelé de sa vie et de sa doctrine futavoUée par l'ordinaire de l'Eglise Judaïque, en la belle légation (4) qui lui fut faite par les prest^es et les lévites, dont le sujet présuppose une grande estime et réputation, en laquelle il estoit vers eux : (5) les pharisiens mesmes , qui estoient assis sur la chaire de Moyse, venoient communiquer à son baptesme ouvertement, et sans scrupule. C'estoit bien là recevoir sa mission, et à bonnes enseignes.
Nostre-Seigneur , (6) quoy qu'il fust le supérieur, ne voulut-il pas estre receu de Simeon qui estoit prestre , puisqu'il bénit le fils y la mère , et saint Joseph? (7) par Zacharie , qui fust un autre prestre ; par sainct Jean (8) ; et mesme dans le temps de sa passion, qui estoit l'exécution de sa mission principale , il voulut encor avoir le témoignage prophétique du grand prestre, qui estoit pour lors : et c'est ce que sainct Paul (9) dit et enseigne, quand il ne veut a que personne ne s'attribue* l'honneur pastoral, sinon celuy qui est appelle de Dieu comme Aaron ; « car la vocation d'Aaron fut faite par l'ordre de Moyse : si bien que Dieu ne mit pas s<i sainte parole en la bouche d'Aaron immédiatement, mais (40) Moyse , à qui Dieu fit ce commandement , parleàluy, et luy inspire ces paroles :« Je seray en ta bouche et en la sienne. » Que si nous considérons de près ce que dit S. Paul , nous apprendrons que la vocation des pasteurs et des magistrats ecclésiastiques doit cstrcfaite(44) visiblement, non
(I) Act. IX, 6, 17. ~ (1) Ib. oxxxii, 8 «t 4. (9) Lac. I, 8. — (4) Joan- 1, 19 el «eq.
(B) HaU. IV. 8, ( el 7. — (6) LoR. n, M et Bi (7) Lac. I. 76. ~ (8) Jo. I, S9.
(9) Heb. T. 4. — ilO/ t*«*l- " •»
(II) Lerlt. Tiu, It.
CORTROVERSES
par monicrc d'enthousiasme et de motion ] gcrri'ie et inlericure 5 en voilà deux exem- j pies qu'il propose , celuy (<)d'Aoron , qui fut oinct et appelle visiblement , et coluy de Nostre-Seigneur (2) et moistre^ qui estant souverain pasteur et pontife de tous les siècles, ne s*est point clarlGé soy-me?mc, c'est-à-dire ne s'est point attribué Thonneur de ï^a saincte prestriso, comme Rvoit dit sainct Paul auparavant, mais a esté manifesté par celuy qui luy a dit : « Tu es mon fils , je t'ay engendré aujourd'huy , et tu es prestre éternellement selon l'ordre de Melchisedech. » S'est-il ingéré et poussé luy-mesme à cet honneur? non , mais il y a esté appelle ; (3) qui l'a appelle? son Pore éternel : et comment? immédiatement et média tement tout ensemble : immédiatement (4) en son baptesme, et en sa transfiguration) avec cette voix : (B) « Ceîuy-cy est mon Gis bien-aimé , auquel j'ay pris mon bon plaisir, escou tez- le. » Médiatement par les prophètes, et surtout par David , dans les lieux où sainct Paul cite ses (6) pseaumes. « Tu es mon fils , je t'ay engendré aujourd'hui, (7) selon l'ordre de Melchisedech. » Ainsi sa vocation est partout visible ; la parole en la nuée fut oiiie , et selon David , oiiie et lue. Mais sainct Paul voulant encor plu:^ fortement montrer la vocation de Nostre-Seigneur, allègue les passages do David, par lesquels il dit, que Jesu^Cbrist avoit été clarifié de son Père; se contentant ainsi de produire le ti^moignage perceptible, et produit par l'entremise des Escritures ordinaires, et des prophètes receus et reconnus.
J'adjouste à ces raisons, que Pauthorité de la mission extraordinaire ne détruit jamais l'ordinaire , et n'est jamais pour la renverser, témoins tous les prophètes, qui n'ont point élevé l'autel contre l'autel , qui n'ont point contredit la prestrise d'Aaron ,
qui n'abolirent point les constitutions synagogiques; témoin enfin nostrc (8) Sauveur, qui assure que t Tout royaume divisé en soy sera désolé, et une maison lonibcra sur Tautre. » De là vint li» grand respect qu'il portoil à lu chaire de Moyso, dont la doctrine luy estoytsi vénérable, qu'il com-
(t) Exod. xxTiii. 1.
(li Hcbr. T, I el 16. — (3) lleb. t, 10, 1. (4) HalU III. 17. — (tj UatU XTll, t. (•; PmI. Il 1. — (7) I^Ml. QtiT, k
manda tousjours do la garder. Dé vmy, si l'extraordinaire aulhorilé devoit abolir l'ordinaire, coninio saurions-nous quand, à qui, et de quelle manière nous nous y devrions ranger? Non , non , l'ordinaire est constante , et sera tousjours, pendant que l'Fglisc sera dans ce bas monde : les pasteurs et docteurs qu'il a une fois donnez à l'Eglise, doivent avoir «une perpétuelle succession, pour la consommation des sainctsjusques àce que nous nous rencontrions tous en l'unité delà foy, et do la connoissance du fils de Dieu en hommes parfait.*?, (1) à la mesure do Tasge parfait de Jesus-Christ, afin que nous ne soyons plus enfans ny floltans, ni démenez 0 et là à tous vents de la doctrine par la pipcrie des hommes, et par leur perfide séduction. » Voilà le beau discours que fait sainct Paul, pour montrer, que si les docteurs et pastetirs ordinaires n'avoient une perpétuelle succession , ou qu'ils fussent sujets à la subr(>gation des extraordinaires, nous n'aurions ainsi qu'une foy et discipline desordonnée, interrompue et variable; nous serions sujets à eslre séduits parles hommes menteurs, qui à tous propos se vanteroient do l'extraordinaire vocation; et comme les gentils , nous cheminerions oa la vanité de nos entendemons , un chacun se plaisant à se persuader en soy une motion extraordinaire du Sa i net-Esprit, de quoy nostre asge nous fournit tantd'excmpies , que c'est une des plus fortes raisons qu'on puisse présenter en cette occasion : car si la mission extraordinaire peut lever l'ordinaire administration , à qui en laisserons-nous la charge? à Calvin , à Luther ^ ou au Pacimontain , ou à Blandrate , ou à Brence , ou à la reine d'Angleterre ? Hélas 1 chacun tirera de son costé ce beau prétexte de la mission extraordinaire, pour se couvrir. En vérité la parole de Nostre- Sei2:neur nous délivre de toutes ces difficultez; il dit a qu'il a édifié » son Eglise » sur un si bon fondement, et avec une «proportion si bien entendue*, que les » portos d'enfer ne prévaudront jamais » contre elle ; » que si jamais elles n'ont prévalu, ny ne prévaudront, la vocation extmordinaire n'est plus nécessaire pour l'abolir, car Dieu ne hait rien de ce qu'il a fait; comment donc aboliroit-il la saincte
(l;Kpbei. IV, Util, 19 «114.
BK S. FRANÇOIS 1>E S\LKS.
Egli>e son cspoiigo onlinairo, pour en . cretT une cxlracrdinairo? vu que c'est luy ; qui a cdifié ronlinairo sur soy-mcsnie et Ta cimentée de son propre sang.
DISCOURS yi.
Où sont refteiées les objections que les héretiqaes «I lèguent, en fareur do leur mission eiiraordinaire» contre rordiii«ire.
Après tout, jusques icy je n'ay pu rencontrer parmy vos maistrcs que deux objections aa discours que jo viens de faire, dont Tune est tirée de rcxeinple deNostre- Seigneur et des proplietes, et l'autre de l'exemple des apostres ; voyons si elles ont quoique crédit.
Pour l'exan^en de la première, ditesmoy, je vous prie, trouvez -vous juste qu'on mette en comparaison vos nouveaux ministres avec Nostrc- Seigneur? jo demande si Jesus-Christ n*avoit pas esté (4) prophétisé en sa qualité de Messie? son temps n'avail-il pas esté déterminé par Daniel? Croyez-vous qu'il ait fait aucune action, qui n'ait esté particulièrement prédite dans les livres dc-^ prophètes, (2) et figurée dans les exemples des palriurcbcs ; il est vray qu*il a fait le changement de bien en mieux de la ioy mosaïque en la loy de la grâce ; mais ce changement- là n'avoit-il pas esté prédit? il a changé (3) le sacerdoce d'Aaron en celui.de Melchisedcch, beaucoup meilleur sans doute ; mais tout cela n'est- il pas selon les temoignuges anciens? Vos ministres n'ont point esté prophétisez en qualité de prédicateurs do fa parole de Dieu, on n*a point annoncé le temps de leur venue, ny pas une de leurs actions ; ils ont fait un remuement dans l'Eglise beaucoup plus gênerai que celuy que Nostre-Seigneur fit au déclin de la Synagogue, car ils ont tout oslé, sans y remellre ou remplacer que de certaines ombres : mais pour les tesmoignagos de cette entreprise, il n'en ont point du tout dans VEscriture, quoy que vous tiriez en prétexte les Escriturcs pour cela. Au moins ne devroient-ils pas s'exempter de faire des miracles, sur une mutation si considérable et si générale, puis que Noslre-Seigneur no s'en exempta pas luy -mesme, comme je
(1)Ii«bm. uk I» et M. -^^AM. u, ij
l'ay montré ci-dessus, ayant voulu encor que le (4) changement qu'il faisoît, fust puisé et authorisé de la plus pure source des écritures. Mais vous, messieurs, où me montrerez-vous que jamais l'Eglise dust recevoir aucune reforme, outre celle qui devoit estre faite par le Fils de Dieu?
Pour le regard de ce qui touche les prophètes, je vois abuser plusieurs parmi les errans, qui croyentque toutes les missions des prophètes ont esté extraordinaires et immédiates: la supposition est fausse entièrement ; car il y a voit des collèges et des congrégations de (2) prophètes, reconnues et avouées par la synagogue , comme on le peut recueillir de plusieurs (3) passages de TEscriture ; il y en avoit (4) en Ramatha, en Bétel, en Jéricho, en la montagne d'Ephraïm, en Samarie ; (5) Elisée mesme fut oingt par Ilclie, la vociition de (6) Samuel fut reconnue et avouée par le grand prostré. « En Samuel, dit le texte sacré, le Sei|:;neur reconunença (7) de se fdire voir en Silo : » ce qui fait que les Juifs tiennent Siiniuël comme fondateur des congrégations proplietiques : j'adjoustc à cecy,que ceux qui croiraient que totis les prophètes eussent exercé la charge de la prédication, seroient grandement trompez: le contraire se void dans la rencontre (8) des sergens de Saiil : d'où s*ensuit (|ue la vociition dcb prophètes ne sert de rien à prétexter celle des hérétiques ou des schismaliques ; car ou elle esloit (9) ordonnée, comme nous l'avons montré ci-devant, ou approuvée de la synagogue , cxjmme il est aisé do le faire voir en ce qu'on les reconnoissoit incontinent, et on en faisoit une estinie particulière en tous les lieux parmy les Juifs, qui les appeloient les hommes de Dieu. En un mot, celuy qui regardera de près l'histoire et Testât do cette ancienne .synagogue, verra clairement que l'office des prophètes estoit aussi oruinairo entre eux, qu'entre nous celuy des piedica eurs .
mais jamais Ton ne montrera aucun prophète qui ail entrepris de renvoi séria puissance ordinaire ; ils l'ont tou>jours -uivie, et n'ont licu dit de contraire a la doclnue
(1 1 Lie I, IT.
(Ij I. Rps XI». «o. — (S) IV. Reg. Il, III, 1.
(4j IV. ilcij. i. «. — (S; m ae»- "». *o.
(i,j Ui. Ii«g. XIV, 1«. - fl) 1 !*«»• »". • ei 20.
(f.\ 1 Rcf. xu, 10. - (»; l»i. heg. x¥ii, 18, et piula
alibi
COIfTROVERSES
de ceux qui estoient assis sur la chaire mosaïque et aaronlque : il s'en est mesme trouvé parmy (4) eux qui estoient de la race sacerdotale, comme Jeremie fils d*AIcias, et Ezechiel fils de Rug. Aussi ils ont tousjours parlé avec honneur des pontifes et de la succession sacerdotale, quoy quMIs ayent repris leurs vices et leurs mœurs ; lors qu'Isaïe fut commandé d'escrire dans un grand livre ce qui luy fut montré, il prit (2) Vrie prestre à témoin. Zacharie le prophète a déclaré quMl prenoit son authorilé de celle des prestrcs et des prophètes : € Malachie atleste-t-il pas, que les lèvres du preslrc gardent la science , et qu*il demanderoit la loy de sa bouche, car cVst range du Seigneur des armées » ; aussi, bien loin que jamais ils aient retiré les Juifs de la communion de Tordinaire, ils les ont tousjours excitez à luy estre fidèles. Apres tout , combien de miracles ont-ils fait en confirmation de leur vocation prophétique? ce ne seroit jamais finy, si j'entrois en ce dénombrement : que si quelquefois ils ont entrepris des choses qui ont eu quelque apparence d'extraordinaire , incontinent les miracles les ontauthorisez, témoin (3) Eiie, qui, dressant un autel sur le mont Carmel, selon Tinstinct qu'il en avoit reçu du Sainct-Esprit , pour y sacrifier, montra par un prodige qu'il le faisoit :: l'honneur de Dieu et de la religion juive. Enfin , messieurs , vos ministres , à mon advis, auroient bonne grâce, s'ils vouloient usurper le pouvoir des prophètes, eux qui n'en ont jamais eu ny le don , ny la lumière ; ce seroit plutost nous, qui pourrions produire en tout temps des prophéties des noslres, comme de sainct Grégoire Taumaturge , au rapport de sainct Bazile, et de sainct Antoine, témoin (4) Alhanase ; de l'abbé Jean, témoin sainct (5) ^ Augustin ; sainct Benoist, sainct Bernard, , sainct François, et plusieurs autres, dont la tradition est plus qu'authentique ; par conséquent, s'il est question entre nous de l*authorité prophétique , elle nous demeurera, soit ordinaire ou extraordinaire, puisque nous en avons l'effet, et non pas vos ministres, qui n'en ont jamais eu la moindre preuve, sinon qu'ils voulussent appeler
nu
(1) Ezecb. 1. 1; viii. 71. ~ ft) IsaTe, ii, T.
(9) m. Reg. xnii. .'•2 et S8. — (4) L. <to S. Aat. ta ejos
tu. — (Il L V. de lUv n«l. cep. xxvi
prophétie la vision de Zuingle , an livre intitulé : Subsidium de fJucharistia , et au livre intitulé : Quereta Lutherie ou la prédiction qu'il fit l'an 4635 , que a s'il preschoit encore deux ans , il ne demeureroit ny pape, ny prostrés, ny moines, ny docteurs. » Il n'y a qu'un bien évident en cette prophétie (1), qui est le défaut de la vérité, car il prescha encore près de vingt-deux ans , et neantmoins on trouve encore des prestres et des docteurs, et en la chaire de sainct Pierre, un pape légitime.
Prenez garde , messieurs , que vos premiers minisires ne soient de ces prophètes, que Dieu défend d'eslre écoutez, en Jeromie : (2) « Ne veuillez point oiiyr les parôles de ces prophètes qui prophétisent et vous déçoivent ; ils parlent par la vision de leur cœur, et non point par la bouche du Seigneur ; je n'envoyois pas ces prophètes, et ils couroient ; je ne parlois pas à eux, et ils prophetisoient; j'ay oiiy ce que les prophètes disent , prophétisant en mon nom le mensonge, en disant : J'ai songé, etc. (3) » Ne vous semble-t-il pas que ce discours s'adresse à Luther ou à Zuingle, avec leurs prophéties visionnaires, ou à OEcolampade , avec la révélation qu'il disoit avoir eiie pour sa conversion, qui donna sujet à Luther d'escrire ce livre qu'il a fait, contra scelestos prophetazl Ce sont bien eux, au moins, qui ont cette qualité de n'avoir jamais esté envoyez de Dieu ; ce sont eux qui remiient leurs langues mensongères, et disent, a le Seigneur a dit, m mais ihn'a pas dit ; car ils ne sçauroient montrer ny produire aucune preuve de la charge qu'ils usurpent ; ils ne sçauroient marquer en eux aucune légitime vocation : hélas! comment peuvent-ils prescher et prophétiser ? on ne peut s'enrosler sous aucun capitaine sans son adveu ; et pauvres gens, comment fustes-vous si prompts à vous enrosler dans les troupes de ces premiers ministres, sans le congé des pasteurs ordi* naires, mesme pour sortir de Testât auquel vous étiez nez et nourris , qui est l'Eglise catholique ! avoiiez qu'ils sont grandement coupables, d'avoir fait cette levée de boucliers de leur propre authorité, et vous de les avoir suivis , ce qui vous rend certes inexcusables.
(1) Hac notât CociMt , ta actif Latberl
fl) jArem. xvm «• M Sl.-^S) Jwvin. xuu, tl
DE S. FRANÇOIS DE SALES
Le bon enfant Samuel , humble , doux et soumis , ayant esté appelle de Dieu trois fois différentes, pensa tousjours que ce fust Hely qui Teust appelle ; et à la quatriesme, seulement, il s'adressa à Dieu , comme à cehiy qui Tappelloit. Oseray-je vous dire qu*il a semblé trois fois follement à vos ministres , que Dieu les eust appelez, 4 . pur les peuples et les magistrats séculiers , 1 par nos evesques, 3. enfin par la voye extraordinaire : mais examinons ce rapport ; Samuel fut appelé trois fois par la voix de Dieu , et selon son humilité il pensoit que ce fust une vocation de Thomme , jusquea au temps qu'après avoir esté enseigné par Hely , il connut que c'estoit la voix divine. Vos ministres, messieurs, produisent trois pretenduêfs vocations de Dieu y une par les magistrats séculiers , Qoe par les evesques , et la troisiesme par la mission extraordinaire ; ils crurent orgueilleusement , que c'estoit Dieu qui les appelloit en ces trois manières , mais estant enseignez et corrigez par les lumières de l'Eglise , ils reconnoissent , ou doivent reconnoistrc , que ce n'est rien qu'une vocation de l'homme , et que les oreilles lèsent trompez; s'ils estoient humbles , ils s*en rapporteroient sans doute à celay qui, comme Hely, préside maintenant à toute l'Eglise. Voilà l'éviction des objections que font vos ministres , qui vous font voir, quoy qu'inégalement , inexcusables devant Dieu et devant les hommes , d'avoir introduit dans l'Eglise une fausse Tocation.
▲u contraire , messieurs , l'Egliso qui oontredisoit et s'opposoit à vos premiers réformateurs , comme elle s'oppose encoro à ceux de ce temps , est si bien authorisée et fondée de tous costez , qu'aucun chrestien , tant aveuglé soit-il , ne peut prétendre cause d'ignorance du devoir que nous avons tous de reconnoistre qu'elle est la vraye , l'unique , l'inséparable , et la treschere espouse du Roy céleste , ce qui rend vQstre (4) séparation d'autant plus inexcunble ; car sortir de l'Eglise , et contredire ses décrets, c'est visiblement se rendre profane , ethnique et publicain , quand ce seroit à la persuasion (2) d'un ange ou d'un séraphin , mais bien pis si c'estoit à U persuasion des hommes pécheurs , ou
ili Satl. Bviu. IT. — (^ A4 «EL 1. 1.
à la suggestion des personnes particulières , qui seroient sans auihorité et sans adveu , ou sans aucune des qualilez requises à la mission des ovan>;elistesetdes prophètes. Ne vous abusez [)as sur la simple connoissance de quelques sciences , qui ne leur ont servy que pour rompre tous les liens des plus religieuses obligations d'obéissance que nous ayons au monde; il nous est commandé de nous rendre à l'Eglise comme à l'espouse unique dn nos* tre Sauveur : s'en séparer est une faute qui ne se peut laver que par les larmes de pénitence et du repentir; et c'est à quoi je vous invite de la part du Dieu vivant.