‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 159 sur 365 · UYRE VI, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

UYRE VI, CHAPITRE XII

volonté emmy les inclina lions

lagnent nostre nature dépravée.

re , un cœur doux , maniable et

est appelé un cœur fondu et li-

n cœur, dit David parlant en la I de Nostre - Seigneur sur la ion cœur est fait comme de la ueau milieu de mes entrailles. »

cette infâme reyne d'Egypte, ichcrir sur tous les excez et dissolutions que Marc-Antoine en banquets , fit apporter à la tin qu'elle faisoità son tour, un i vinaigre , dans lequel elle jetta )erles qu'elle porloit en ses estimée deux cent cinquante ; : pui>; la perle estant résolue , liquéfiée, elle l'avala , et eust evely dans son estomach l'autre lie avoit en l'autre oreille, si tusnel'eustempeschée.Lecœor r, vraye perle orientale , uninique et de prix inestimable , lilieu d'une mer d'aigreurs ines au jour de sa passion , se oy-mesme , se résolut , défît et

douleur sous l'effort de tant i mortelles ; mais l'amour, plus a mort, amollit , attendrit et ) les cœurs encore bien plus ^nt que toutes les autres pas-

m ame , dit l'amante sacrée , te fondue à mesme que mon é a parlé. » Et qu'est-ce à dire , 7nduë j si non elle ne s'est plus m elle-mesme, ains s'est esers son divin amant ? Dieu oroyse qu'il « (3) parlast au roqu'il produiroit des eaux » : ce pas merveille si luy-mc--me fit ne de son amante , lorsqu'il luy sa douceur. Le beaume est si a nature , qu'il n'est point fluide ; et plus il est gardé , plus il , et enfin s'endurcit , devenant ransparent : mais la chaleur le *end fluide. L'amour avoit rendu lide et coulant, dont Tespouse ne huile regpandue{i). Et voilà .'nant elle asseure qu'elle-mesme

s — (f) Gant. Cant. t, 0w t.— (k) Gant. Cant. i, t..

est toute fondue d'amour . « Mon ame , » dit-elle , s'est escoulée , lorsque mon » bien-aimé a parlé. » L'amour de l'espoux estoit dans son cœur et dans son sein , comme un vin nouveau bien puissant qui ne peut estre retenu dans son tonneau , car il se respandoit de toutes parts ; et parce que Tame suit son amour, après que l'espouse a dit(1) : « Vos mammelles sont » meilleures que le vin , respandant des » onguens précieux , » elle adjouste : a Vostre nom est une huile respandue. » Et comme Fespoux auroit respandu son amour et son ame dans le cœur de l'espouse , aussi l'espouse réciproquement verse son ame dans le cœur de l'espoux. Et comme Ton voit qu'un bornai ou Cousteau , touché des rayons ardens , sort de soy-mesme et quitte sa forme pour s'escouler devers l'endroit duquel les rayons le touchent ; ainsi l'ame de cette amante s'escoula du costé de la voix de son bienaimé , sortant d*ell6-mesme et des limites de son estre naturel pour suivra celuy qui lui parloit. %

Mais comme se fait cet escoulement sacré de l'ame en son bien-aimé ? Une extresme complaisance de l'amant en la chose aimée produit une certaine impuissance spirituelle qui fait que l'ame ne se sent plus aucun pouvoir de demeurer en soy-mesme?

C'est pourquoy, comme un beaume fondu qui n*a plus de fermeté ny de solidité , elle se laisse aller et escouler en ce qu'elle aime. Elle ne se jette pas par manière d'eslancement , ny elle ne se serre pas par manière d'union , mais elle se va doucement coulant comme une chose fluide et liquide dedans la Divinité qu'elle aime. Et comme nous voyons que les nuées espaissies par le vent du midy, se fondant et con vertissant en pluye , ne peuvent plus demeurer en elles-mesmes , ains tombent et s'escoulenten bas, se mcslant intimement avec la terre qu'elles destrempent, qu'elles ne sont plus qu'une mesme chose avec icelle ; ainsi l'ame laquelle quoy que amante , demeuroit encore en elle-mesme, sort par cet escoulement sacré et fluidité saincte , et se quitte soy-mesme , nonseulement pour s'unir au bien-aimé , mais pour se mesler toute et se destremper avec luy.

ti Cul. eut. 1,1, t.

TRAITÉ DE VàMCmPU UEU.

Vous Toyez donc bien , Theotime , que l'escoulement d'une ame en son Dieu n*est autre cho>e qu'une véritable extase » par laquelle Tame est toute hors des bornes de son maintien naturel , toute meslée , absorbée et engloutie en son Dieu. Dont il arrive que ceux qui parviennent à ce aainct excès de l'amour divin , estans par après revenus â eux , ne voycnt rien en la terre qui les contente, et vivans en un extresmc aneanlissement d'eux-mesmes , demeurent fort alangouris en tout ce qui appartient aux sens , et ont pcrpctuclïement au cœur la maxime do la bienheureuse vierge Thérèse do Jésus : o Ce qui » n'est pas Dieu ne m*estrien. n Et semble que telle fut la passion amoureuse de co grand amy du bien -aimé, qui disoit :

t (4) Je vis, mais nonpasmoy ; ainsJesus- » Christ vit en moy : » et (2) , nostre vie • est cachée avec Jesus-Ghrist en Dieu. » Car, dites-mov, je vous prie , Theotime , si une goutte d'eau élémentaire jettée dans un océan d'eau de naflTe ; estoit vivante , et qu'elle pust parler et dire Testât auquel elle seroit , ne crieroit-elle pas de grande Joye : 0 mortels , je vu voi rement , mais je ne vis pas moy mesme ; ains cet océan vit en moy, et ma vie est cachée en cet abvsnie.

L'ame escoulée en Dieu no meurt pas :

car comme pourroit-elle mourir d'estro abysmée en la vie T mais elh» vit sans vivre en elle-mesmc ; parce que , comme les estoiles , sans perdre leur lumière , ne luisent plus en la présence du soleil, ains le soleil luit en elles, etsontcacl.éesen la lumière dui-oleil, aussi rame, sans perdre sa vie, ne vil plus estant mosiée avec Dieu , ains Dieu vit en elle. Tels furent , je pense, les sentimens des grands bienheureux Philippe Ncrius et François Xavier, quand accablez des consolations célestes ils demandoient à Dieu qu'il se retirast pour un ppu d'eux , puisqu'il vouloit que leur vie parust aussi encore un pou au monde; ce qui ne se pouvoit, tandis qu'elle estoit toute cachée et absorbée en Dieu»

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