CHAPITRE VIL
Gomme l'amour est la vie de l'ame, et suite du discours de la Tie extatique.
L'ame est le premier acte et principe de tous les mouvemens vitaux de l'homme ; et comme parle Arislole , elle est le principe par lequel nous vivons, sentons et entendons : dont il s'ensuit que nous cognoissons la diversité des vies , selon la diverhilé des mouvemens : en sorte mesme (pie les animaux qui n'ont point de mouvement naturel , sont du tout sans vie. Ainsi, Theotime , l'amour est le premier acie et principe de nostre vie dévoie ou >pirituellej par le(iuel nous vivons , sentons et nous esmouvons ; et no4ro vie spirituelle est telle (]ue sont nos inouvemf ris alîeilifs : et un cœur qui n'a point de mouvement et (i'atfection , il n'a point d'amo.ir; comme au contraini un cœur (pii a de i';imour n'est point sans mouvement alTectif. Quand
(1) Acl. 1, 9. —(s; Ep* ad CalM». m, 4.
TRAITÉ DE L'AMOUR DR DIEU
donc nous avon<i colloque nostre amour en Jesus-Chrisl , nous avons par cxmséquenl mis en luy noslre vio spirituello : or, il est Cîiché niainlonant en Dieu au ciel , comme
au-dessus d'eux-me>mes , qiioy qu'ils ne soyontpoinl ravis au-dessus d*eux-mesmes en Torai^on. Plusieurs saincls sont au ciol, qui jamais ne furent en extase ou ravisse-
Dieu Tul caché en luy tandis qu'il esloil en i mont de contemplation. Car combien de
terre. C'est i)Ourqu(>y noslre vie e>t cachée en luy; et quand il (>aroislra en gloire, nostre vie et nostrc amour pareisira do me^me avec luv en Dieu. Ainsi S. Ii^nace , au rapport do S. Denys , disoit que son amour e.-ioit crucifié , comme s'il eust voulu dire : Mon amour naturel et humain, avec toutes les passions qui en dépendent, est attaché sur la croix : jo l'ai fait mourir comme un amour mortel qui faisoit vivre mon eœur d'une vie mortc^lle : et comme mon Sauveur fut crucifié cl mourut selon sa vie mortelle pour ressuscitera l'immortelle; aussi je suis mort avec luy sur la croix selon mon amour naturel qui esloit la vie mortelle de mon amo , afin que jo ressuscitasse a la vie surnîiturelle d'un amour qui pouvant e>tre exercé au ciel , est aussi par conséquent immortel.
Quand (]onc(}ues on void une personne qui, en l'oraison, a des ravjs>eu)ens par lesquels elle sort et monte au-de»ssus do sey-mesme en l)i« u , et neantmoins n'a point d'extaM; en sa vie , c'esl-à-dire . ne faitpdinl une\if ri-irMM'rtaHai'hée à Dieu par ;.bue;4iitiuii(ir.- n nvuilises mondaines, et m(;ilifiration lU^s \olonlez, et inelinitioiJî? nahirelle.- ; par une inti'iieure douceur, simplicité, hnniililé, et surloni par une contiiiuelle ehai ilé : croyez, Tliénlimo, que ton» cearavi>S(*mens ^ont graiidi-ment douleiix el pciilleux : ce sont ravi>>cniens proj.n'.-^ à faire adn.irer les hommes, mais norï pas à les sanrtifier. Car <pj<'l bien pi-ut avoir une ame désire ravi»* a Dieu {)ar l'oraison, si en ^a ectnversation el en -a vie elle est ravie i\o< allVelions Irrreslres , bas^e^ el naturelle.-? E>lre aii-dc-sus de soy-mesme en loraison , et au-de.-.-ous de; soy en la \\o et opération ; estre anL^«»li(pie en la méditation , et be-tial en la eonversaliC'U , cesi clocher de part rt d autre , jurer ev Dieu, et jmer e,i AJelcfioii (1); et en somme c'est une vraye marque (]iie tels ravl^^eulen^ et le. les extaxv-; r:e sont quctje>: niu>emrnset ln'nij.eriesdunr..'!n espiit. IJienluniieux >oiit ceux (pii vivent Min) \i« sur-humaine, extatique , relcîveo
(1) Ul. lU'iF- &VIII, tl. SopUoD. 1, 8.
mai tyrs et de îirands saincts et saincles voyons-nous en l'histoire n'avoir jamais eu en l'oraison autre privilège que celuy do la dévotion et ferveur? mais il n'y eut jamais sainct qui n'ait eu l'exl^ise et ravissement de la vie et de l'opération , se surmontant soy mesme de ses inclinations naturelles.
Et qui no voit , Theotime , je vous prie , que c'est l'extase de la vie et opération de la(|uelle le grand apostre parle, principalement quand il dit : J(* vis , mais non plus » nïoy, ains Jesus-Christ vit en moy (4)? » Car il l'explique luy-mesme en autre-; tînmes aux Remains; disant que notre vieil homwe est crucifié ensemble ment avec Jésus Christ (2), cpie nous somme^ morts au péché (3) avec luy, et (pie de mesme nous somni'S ressuscitez avec luy |>our marcher en nouveauté de vie f4) atin de ne plus servir au péché (5). Voilà deux hommes représentez en un chacun de mms, Theotime, et par consecpienl deux vies, l'une du vieil honiuïo , ipii est une vieille vie; cmme on dit île rai;;le, qui e-lant devenue vieille, va lral>nant >es phismes et ne peut plus f)renilre >on vol; l'autre vie o>tdo riiomme nouveau , qui est aussi une vie nouv(*lle, eomnu* erllc dt* rai.;|(* ^ la<]n«'ll«» «ie-eliîiriiéi'de -rs vieilles plumes qu'elle a secouées diins l,\ mer. en [jn'Utl de- nouvelles , el >'e>lani rajeunie, vole en la iH'Uveanlé «le ses forces.
Kri la première vie, noïis vivons >elon lo vieil homme, e'esl-à-dire, selon le^défauls, fod)l<-.'>es, et itdirmitez (pie nou:* ; \«.ms coniraelées |.ar le [>t*ché de noslre j r nu/r [)ere Adam : el parlant nous vivons au neché d'Ad.'Ui . el no-^tre vi(M'st une \ie uî-.!-telle,aiu.- la mort mesm»'. En la M-conde vie , n()US \ivon- stdon i'Iiomme nouve.in, c'("^l-à-dire sel(»n le< ;:rae<v-<, l'aM'urs, ordonnances , et V(»lont<v. de noslre sauveur, el par c< Il^e^pl(»nl non- viNon> au Si lut (»l à la ri<len»j»l;»Hi , el celle n u\(ile \i'e-t une vie ViVe. \ii;I<', et vi\iii.:i' , W.àô quiconqi:e veut p;.i\rMirà la noi:v(M;;' \ie,
j (1 rp. înl «.al. Il il'. — ,'ï; i:p n-J Iioai. vi. f.
{•\ l.[\ nil i.oiii. \', 11. — («: lbi>i. >. j ^n} Kl». «U lioni. M. 6.