‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 174 sur 365 · LIVRE Vil, CUAHTRS IX · texte numérisé non relu

LIVRE Vil, CUAHTRS IX

sa^o ne nous fuil pas situplonionl requérir, es litanies, d*ofllre délivrez do mort soudaine et improveuo : poiireï*tre soiidainp, elle nVn est pas pire , sinon qu'elle soit encore improvoue.Si deses^prits foibles et vulgaires eussent veu le feu du ciel tomber sursainct Simeon Stylile, et le tuer^ qu'eussent-ils pensé ) sinon des pensées de scandale? Mais Ton n'en doit toutesfois point faire d'autre , sinon que ce grand sainct s'estant immolé tres-parfaictoment à Dieu en son cœur desjâ tout consumé d'amour, le feu vint du ciel pour faire l'holocauste et le brusler du tout : car l'abbé Julien., esloigné d'une journée, vit l'ame d'icçluy montant au ciel, et Btjetter do l'encens à mcsme heure pouren rendre grâces à Dieu. Le bienheureux Hommebor, Cremonois, oyant un jour la sainte messe, planté sur ses deux genoux en extresme dévotion , ne se lova point à l'Evangile, selon lacoustume ; et pour cela ceux qui estoient autour do luy le regardèrent, et virent qu'il estoil trespassé. Il y a eu de nostre âge de très-grands porpon nages en vertu et doctrine, que l'on a trouvés morts, les uns en un cxinressionnal , les autres oyans lu sermon ; et niesme on en a vcu quelquesuns tomber morts au sortir de la chaire où ils avoient presché avec grande ferveur; morte toutes soudaines , mais non improveues. Et combien do gens de bien voitK)n mourir apoplectiques, léthargiques, et en mille sortes fort subitement, et des autres mourir en resveries et frénésie , hors de Tusage de mison? Et tous ceux-ci ^ avec les enfans baptisez» sont décédez en grâce, et parconsoqucnten l'amour de Dieu. Mais comme pouvoient-ils deccderen l'amour de Dieu , puisque mesme ils ne pensoient pas en Dieu lors de leur trespasT

Les >avans hommes, Theotime, ne perdent pas leur science en dormant : autrement ils î^eroient ignorans à leur resveil , et faudroit qu'ils rclournassent à l'escole. Or, c'en est de mesme de toutes les habitudes de prudence, do lem|)erance, de foy, d'e-pcranco, de charité; elles sont tousjours dedans l'esprit des justes, bien qu'ils n'en fii>>('nt pas tousjours les actions. En un homme dormant, il semble que toutes ses habi Ludcs dorment avec luy, et qu'elles se rosveilicnt aussi avec luy. Ainsi donc l'homme juste mourant subitement^ eu

cahié dNine m:»i. nn (pii liiy lonUïe dci^Ui, ou tué par la fondre, ou suffoqué d'un catharro, ou bien moulant hors de son bon sens par la violence de quelque fièvre chaude, il ne meurt certes pas en iVxercioe tie l'amour divin, mais 11 meurt neantmoins en Tamour d'iceluy, dont le Sage a dit : « Le juste, s'il est prévenu de la mort, » il sera en réfrigère (4) : » car il suflSt, pour obtenir la Vie éternelle, de mourir eti Testât et habitude de l'amour de charité.

Plusieurs saiticts neantmoins sont morts non seulement en charité et avec l'habitude de l'amour céleste, mois aussi en l'action et practique d'iceluy. Sainct Augustin mourut en l'exercice de la saincte contrition, qui n'est pas sans amour : sainct Hi^ rosme , exhortant ses chers enfans à Ta^ mour de Dieu, du prochain et de la vertu ! sainct Âmbroise, tout ravy, devisant doucement avec son Sauveur, Soudain aprôs avoir receu le (res-divin sacrement de l'autel : sainct Antoine de Padoue , apreft avoir récité un hymne à la glorieuse Vierge mère, et parlant en grande joie avec la Sauveur : sainct Thomas d'Aquin, joignant les mains, eslevant ses yeux au ciel, haussant fortement sa voix, et prononçaat, par manière d'eslans, avec grande ferveur, ces paroles du Cantique qui estoient les dernières qu'il avoit exposées : FéMt, 6 num cher bien aimé, et iortons ensemble aux champs (H). Tous les apostres et presque tous les martyrs sont morts priant Dieu : le bienheureux et vénérable Bede , ayant sceu par révélation l'heure de sont respas, alla à vespres (et c'estoit le Jour de l'Ascension), et se tenatit debout appuyé seulement aux accoudoirs de son siège, sanë maladie quelconque , finit sa vie au mesme instant qu'il finit de chanter vespres, comme justement pour suivre son maistre montant au ciel, afin d'y jouir dn beau matin de l'éternité qui n*a point de vespres. Jean Gersoti, chancelier de l'université de Paris, homme si docte et si pieux que , comme dit Sixtus Senensis , on ne peut discerner s'il a surpassé sa doctnne parla pieté , ou sa pieté par la doctrine, ayant expliqué les cinquante proprietezde l'amour divin , marquées au Cantique dea Cantiques , trois joo: s après monstrant un visage et un cœur fort vif , expira, pro*

(1) sap. iT. T. — (t) fluu Gint. Tit, 11.

TRAITÉ DE L'AttOim M BlCU.

fiODçant cl repelant pluûears fois, par manière d'oraison jaculatoire , ces sainctes paroles tirées du mesme cantique : 0 Dieu I yn^stre dilectian est farte comme la mart{^). Saine t Mari in, comme chacun sait, mourut si attentif à l'exercice de demotion , qu*il ne se peut rien dire de |)lus. Saincl Louis, ce grand roy entre les saints, et grand sainct entre les roys, frappé de pestilence , ne cessa jamais de prier : puis ayant receu le divin viatique , estendant lés bras en croix , les yeux fichez au ciel , expira , soupirant ardemment ces paroles d*une parfaicte confiance amoureuse : « Hé 1 a Seig^neur , j'entreray en vostre maison , s je vous adoreray en vostre sainct temple, 9 et beniray vostre nom (8). » Sainct Pierre Celestin , tout détrempé en de cruelles afflictions qu'on ne peut bonnement dire, estant arrivé à la fin de ses jours , se mît. à chanter comme un cygne sacré, le dernier des psaumes , et acheva son chant et aa vie en ces amoureuses paroles : c Que » tout esfiril loue le Seigneur (3). > L'admirable et saincte Eusebe, surnommée Testrângere , mourut à genoux en une fervente prière; sainct Pierre le martyr^ escrivant avec son doigt et de son propre sang la profes-^ion de la foy pour laquelle il mouroit, et disant ces ()aroles : « Seigneur, je recommande mon esprit en vos mains (4) ; • et le grand apostre des Jnponois, François Xavier, tenant et baisant Timage du crucifix, et répétant à tont coup ces eslans d'esprit : 1 0 Jésus, le Dieu de mon cœur 1>

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