‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 206 sur 365 · CHAPITRE XÏV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XÏV

Eclaircissement sur co qui a esté dit toufhant le ircspai de noslro volouté.

Il est cioyable que la trcs-saincte VIergp Noslrc-DamerccevoilUmt de contentement de porter son cher petit Jésus entre ses bras , que le contentement em[)eschoit la lassitude, ou du moins rendoit la lassitude i!greal)le. Car, si de porter une branche d'agnus casius soulage les voyageurs et les dela-se , quel allégement ne recevolt pas la glorieuse Mcre de porter l'A.^neau de Dieu immacidé?Oi't^?i, par fois, elle!© laisr-oit marcher suribs pieds avec elle, le tenant par la main , ce n'estoit pas ({u'eCç n'eust mieux aimé de l'avoir pendant à son col sur sa poiclrine : mais elle le faisoft pour l'exercer h former ses pas et à cho" miner luy-mesme. Et nous autres , ThcQ.time, comme petits enfans du Père céleste, nous pouvons aller avec luy en deux sortes : car nous pouvons aller, premièrement, marchans des pas de nostre propre vouloifi lequel nous conformons au sien , tenant

&oy-mesmo pour vivre en celle de Dieu ^ - tousiours de la main de nostre obéissance

TRAITÉ DE i;\MOim DF. B1RU.

celle de son intention divine , et la suivant * partout où elle nous conduit, qui est ce que Dieu requiert de nous par la signiOcation de sa volonlé. Car, puisqu'il veut que je fasse ce qu'il m'ordonne , il veut que j'aye le pouvoir de le faire. Dieu m'a signifié qu'il vouloit que je sanctifiasse le jour du repos : puisqu'il veut que je le fasse, il veut donc que je le veuille, faire , et que pour cela j'aye mon propre vouloir pôr lequel je suive le sien , me conformant et correspondant à iceluy . Mais nous pouvons aussi aller avec Nostre-Seigneur sans avoir aucun vouloir propre, nous laissans simplement porter à son bon plaisir divin , eomme un petit enfant entre les bras de sa mère , pour une certaine sorte de consentement admirable qui se peut appeller union , ou plustost unité de nostre volonté avec celle de Dieu. Et c'est la façon avec laquelle nous devons tascher de nous comporter en la volonté du bon plaisir divin , d'autant que les eflects de cette volonté du bon plaisir procèdent purement de sa providence ; et sans que nous les fassions , ils nous arrivent. Il est vray que nous pouvons bien vouloir qu'ils nous arrivent selon la volonté de Dieu , et ce vouloir est tres-bon : mais nous pouvons bien aussi recevoir les evpncmens du bon phnsir celesle par une tres-simplo tranquillité de nostre volonlé , qui ne voulant chose quelconque, acquiesce simplement à tout ce que Dieu veut estro faict en nous , sur nous et de nous.

Si on eust demandé au doux enfant Jésus, estant porté entre les bras de sa Mère, où il alloit? n'eust-il pas eu raison de respondre : Je ne vay pas , c'est ma more qui va pour moy? Et qui luy eust demandé : Hais au moins n'allez-vous pas avec v(»>Lre mère ? n'eusl-il pas eu raison de dire : Non , je ne vay nullement ; ou si je vay là où ma mère me porte , je njy vay pas avec elle ni par mes propres pas ; ains j'y vay par les pasdemamero , par elle et en elle? Et qui luy eust répliqué : Mais au moins, o trcsclier divin enfuntl vous voulez bien vous laisser porter à voslro douce mère ? Non fay, certes, eust-il pu dire, je ne veux rien de tout cela ; ains comme ma toute bonne mère marche pour moy, aussi elle veut ^ur moy : je luy laisse esgalcinent le soin et d'aller et de vouloir aller pour moy où bon luy semblera ; et , comme je ne mar-

che que par ses pas , aussi je ne veux qn» par son vouloir; et , dès que je me trouve entre ses bras, je n'ay aucune attention ny à vouloir, ny ù ne vouloir pas , laissant tout autre soin à ma mère « hormis cehiy d'estre sur son sein , de sucer ses s<icrées mammelles, et de me tenir bien attaché à son col tres-aimable iK)ur la baiser amoureusement des baisers de ma bouche (4) , i et , afîn que vous le sçachiez, tandis que ' je suis parmy les délices de ces sainctes caresses qui surpassent toute suavité, il m'est advis que ma mère est un arbre de vie , etqueje suis en elle comme son fruict; que je suis son propre cœur au milieu de sa poictrine , ou son ame au milieu de son cœur. C'est pourquoy, comme son marcher suffit f)Our elle et pour moy, sans que je jne mesie de faire aucun pas , aussi sa volonté suffit pour elle et pour moy, sans que je fasseaucun vouloir pour ce qui est d'aller ou de venir : aussi ne prends-je point garde si elle va vite ou tout bellement, ny si elle va d'un costé ou d'autre , ny je ne m'enquiers nullement où elle veut aller, me contentant que , comme que ce soit , je suis tousjours entre ses bras, joignant ses aimables mammelles où je me repaie comme entre les lys (2). 0 divin Enfant de Marie 1 permettez à ma chetive ame ce^ eslans de dilection. Or allez donc , ô cher petit Enfant tres-aimable, ou plutost n'allez pas , mais demeurez ainsi sainelemenl collé à la poictrine de vostre douce mère ; allez tousjours en elle et par elle ou avec elle , et n'allez jamais sans elle , tandis que vous estes enfanta que bienheureMx est le sein qui vous a portée et les mammelles que vous avez sucées (3). Le Seigneur de nos âmes eut l'usage de raison dès l'instant de sa conception au sein de sa mère, et pouvoit faire tous ces discours, ouy mesme le glorieux sainct Jean son précurseur, dès le jour de sa saincle Visitation. El , bien que l'un et l'autre, pendant ce temps-là etceluyde l'enfance , jouist de sa propre liberté pour vouloir et ne vouloir pas les choses , si estce (juils laissèrent le soin en ce qui esloit de leur conduite extérieure, ii leurs mrres, de faire et vouloir pour eux ce qui esloit requis.

(1) Cant. Cant- i, 1.

(t) Gant. Ctnl. ii, IG. — (S) Lue.ix . 17.

LnrRE IX , CHAPITRE XV.

Thcolime, nous devons estre comme «ia , nous rendans p1iab)es et maniables 10 bon plaisir divin, comme si nous eslions le cire ; ne nous amusans point à souhaier et vouloir les choses , mais les lais^ans ouloir et faire à Dieu pour nous ainsi qu*il iiy plaira , jettans en ïuy toute nustre oUiciludej d autant qu'il a soin de \aus (4), ainsi que le dit le sainct aposlrc. £t notez qu'il dit, toute nostre soUiciuée , c'est-à-dire autant celle que nous iVons de recevoir les evenemens , comme elle de vouloir ou ne vouloir pas : car il lura soin du'succoz de nos aflaires, et le vouloir pour nous ce qui sera le meil-

Page 1