MVRF IX, CHAPITRE XIV
(IVstrc nvoc rttcn cIkt Foi'j;nPur et mory. \o\vc iiK)iH, luy <Mi>t-on pti flirc, il vn on E;;yp!o pour pii-stM* en Pnlostino, il locjora à Diimiefc, ïIuih Acre et plu-ieurs nntros lic'!!X : n'avoz-vow:'. pas iiitenljon , madame, d'y aller aussi? A cela elle onî?t repondu : Non vraymonl, je n'ay nuHo intention, sinon d'cstre auprès do morx roy ; et les lieux où il va mo sont indiiïerens et do nulle considération , sinon en tant qu'il y sera , je vay sans désir d'aller, car je n'affectionne rien que la présence du roy. C'est donc le roy qui va , et qui veut le voyage ; et quant à moy , jo ne vay pas, je suis : je ne veux pas le voyage , ains la seule prcsonco du roy ; le séjour, le voyage et toute sorte do diversitez m'estant tout à fait indifférentes.
Certes, si on demande ù quelque serviteur qui esta la suite de son maistre , où il va , il ne doit pas rcspondre qu*il va en tel ou tel lieu , ains seulement qu'il suit son maistre : car il ne va nulle part par sa volonté, ains seulement par celle de son maistre. Ainsi , mon Theotime , une volonté resignée en celle de son Dieu ne doit avoir aucun vouloir, ains suivre simplement celuy de Dieu. Et comme celuy qui est dans un navire , no se remue pas de son mouvement propre , ains se laisse .seulement mouvoir selon le mouvement du vaisseau dans lequel il est ; de mesine le cœur qui esl embarqué dans le bon plaisir divin , ne doit avoir aucun autre vouloir que celuy de se laisser porter au vouloir de Dieu. Et lors le cœur no dit plus : Fosfre volonté soit faicte , jfionla mienne ;ci\r il n'a plus aucune volonté à renoiïcer, ains il dit ces paroles : Sei<;ncur, je romels ma volonté entre vos mains ; conime <'\ sa volonté n'e-UMt plus en sa disposition , nins en celle do la divine Providence. De sorte que ce n'c^t pas pruproment comme les serviteurs suivent. leurs maistres : car, encore que le voyage se fasse par la volonté de leur maistre, leur suite toutesfois se fait par leur propre volonté particulière , bien qu'elle soit une volonté suivante et servante , sousmisc et assujettie à cello de .leur maistre : si que tout ainsi que le maistre et lu serviteur sont deux , aussi la volonté du maistre et celle du serviteur Bont deux. Mais la volonté qui est morte à
ello est san?» nuctm vouloir particulier, demeurant non-se!i!empnt conforme et subjecte , mais tout anéantie en el!e-mcsmo et convertie en celle do Dieu : comme on diroit d'un petit enfant qui n'a i)oint encore l'usage do sa volonté pour vouloir ni aimer chose quelconque que le sein et le visage de sa chère mère; car il ne pense nullement à vouloir estre d'un costé ni d'autre , ni à vouloir autre chose quelconque, sinon d'estre entre les bras de 9a mère avec laquelle il pense estre una mesme chose , et n'est nullement en soucy d'accommoder sa volonté à celle do sa more , car il ne sent point la sienne , et ne c\)u\o pn -> d'en avoir une , laissant Je soin à sa in ne d'aller, do fairo et de vouloir ce qu'elle trouvera bon pour luy.
C'ot certes la souveraine perfection de nosli»^ volonté que d'estre ainsi unie à celle de noslre souverain bien, comme fut celle du sainct qui disoit : 0 Seigneur, vous m'avez conduict et mevé à voslre volonté ; car que vouloit-il dire , sinon qu'il n'avoit nullement employé sa volonté pour se conduire , s'estant simplement laissé guider et mener à celle do son Dieu?