CHAPITRE XV
)o plai excellent exercice que nous puissions Ctire parmy les peines intérieures et extérieures de celte vie, ensuite de l'indifférence et trespas de la volonté.
Bénir Dieu et le remercier pour tous les îvenemens que sa providence ordonne , ;'est à la vérité une occupation toute saincte; mais si, tandis que nous laissons é soin à Dieu de vouloir cl faire ce qui luy plaisten nous, sur nous, et de nous, sans ?Btre attentif à ce qui se passe, quoy que !!0us le sentions bien , nous pouvions diyertîr nostre cœur et appliquer no.-tre attention en la bonté et douceur divine, la t>enis6ant, non en ses effects ny es evenetncns qu'elle ordonne, mais elle-mesme et en sa propre excellence, nous forions sans doute un exercice beaucoup plus eminent.
Demetrius tenant le siège devant Rhodes , Protogenes , qui estoit en uno petite
(1) I. Luo. V, 7. -(t) Job, 1, SI.
maison des fatixbourgs , ne cessa jamais de travailler, mais avec tant d'asseuranco et de repos d'esprit, qu'encore qu'on luy tinst presque tousjours l'epée à la gorge , il fit l'excellent chef-d'œuvre d'un satyre admirable qui s'esgayoit à jouer du flageo* let. 0 Dieu 1 quelles amcs, qui, entre toutes sortes d'accidens , tiennent tousjours leur attention et affection sur la bonté éternelle pour l'honorer et chérir à jamais 1
La fille d'un excellent médecin et chirurgien estant en fièvre continue, etsçachant que son pcre l'aimoit uniquement , disoit à l'une de ses amies : Je sens beaucoup de peine, mais pourtant je ne pense point aux remèdes ; car je ne sçay pas ce qui pourroit servir à ma guerison ; je pourrais désirer une chose , et il m'en faudroit une autre. No gagné-je donc pas mieux de laisser tout ce soin à mon père , qui sçait, qui peut et qui veut pour moy tout ce qui est requis à ma santé ? J'aurois tort d*y penser, car il y pensera assez pour moy ; j'aurois tort de vouloir quelque chose, car il voudra assez tout ce qui me sera profitable. Seulement donc j'attendray qu'il veuille ce qu'il jugera expédient, et ne m'amuseray qu'à le regarder quand il sera près de moy, à luy tesmoigner mon amour filial, et luy faire cognoistre ma confiance parfaicte. Et sur ces paroles elle s'endormit. Tandis que son père, jugeant à propos de la saigner, disposa ce qui estoit requis , et venant à elle, ainsi qu'elle se resveilla, après ravoir interrogée comme elle se trouvoitde son sommeil, il luy demanda si elle ne vouloit pas bien estre saignée pour guérir, ftlon père , repqpdit-elle, je suis vostre : je ne sçay ce que je dois vouloir pour guérir, c'est à vous de vouloir et faire pour moy tout ce qui vous semblera bon ; car quanta moy, il me suffit de vous aimer et honorer de tout mon cœur comme je fay. Voilà donc qu'on luy bande le bras, et que le père mesme porte la lancette sur la veine. Mni.s tandis qu'il donne le coup et que le sang en sort, jamais cette aimable fille ne regarda son bras piqué , ny son sang sortir de la veine ; ains tenant les yeux arrestez sur le visage de son pero , elle ne disoit autre chose, sinon par fois tout doucement : Mon père m'aime bien , et moy je suis toute sienne ; et quand tout fut faict , elle ne le remercia point , mais
TRAITÉ DE L'AHOUR DK DIKU.
souîcnii'iit ro;:"(n cîicoro une fois les meim'.s pnroljs do son dr^'ctioii et confiance filiulo.
Or diies-moy nvii:it(.MK'.nt , mon amy îheoiimo, celle (illc^ iuî lo<:noi^na-l-ollo ;;:is un auiour pins iil(;.'ntif et plus solide envers son pore , que si cH.» eusl ou beaucoup de ^')iîi de luy deinandor desromcdcs à son ujal, de re;;ard(TCirmine on luy ou- \roiJ la veine , ou cuninie le saui; couloit , et de luy dire beaucoijp ik"^ paroles do renuTcienienL? 11 n'y a , cci le^, doulo cpiolconcjuo en cela : car, si (lie cusL penié à soy, quVu^.l-('lIo ;;::i:^né , sinon d'avoir soucy inutile , puis'pio .^on piTc en avoit assez pour ei!e ? Regardant son bras , qu'eusl-cllo f.iil , >inon recevoir de la frayeur? et remerciant son pore , (pielle vcrlu eust-e!le pracliquLV, sinon celle de la graliiudi'? N'a-l-elle *pas donc mieux fait de ^'occui-er ti;ule ôs (lomonslralions dosOTi anioiu' (ilial, inliniiuenl plus agréable au pore que loi. le autre vertti?
a Aies yeux tout tousjours au Seij;neur, » car il desen;:i«j;era mes pieds des filels el • des pièges (1).» E.--lu tombé dans le iilet dos adveisilez? lié 1 ne re;:rardo pas ton advenluro ni les pièges es^uols lu es pris ; regarde Uiou , el le lais-i; fuiro , il aura soin de toy. « Jette ta [.eurée sur luy, et il » te nourrira (2).» Pour.iuoy te meslo.-tu de vouloir oii ne \uuluir piis les evenemens cl accidcns du m.'ndo , puisque tu ne ^ç;^is pa- ce que lu dois \ ou loir, et quo Dieu voudra toujnurs assez pour toy tout ce que lu [)Ourras vouloir mîus que lu l'en mettes en pi #:e *? Alleis dune eu repos d'es[)rit les elîccl- du h^u phii-ir divin , el que sou vouloir li; ^Ul■•.^e , pui-qu'il <^sl tousjoi:rs tre.— bon ; ci.r ain-i t-rilcriua-l-il sa bien-aiméesai:ieleC;:lliei ini.'iieSieniie: Pon^c en moy, luy dil-il , cl je pouscray îiour toy.
Il e^t fort m.;I-aisv': de bien oxiirimer cette exlre.^uie iudilLrcuee de la \oloiilé (iUmaino , qui cl iiii;::i rrduile et lre.>|i^;^sco en la volonté de Dieu; car il ne î'jut ^îjsdiro, ce me sendjle , qu'elle actpiierco à celle do Dieu , puisqu«- raequiescement est un acte do l'anie (;ui d< ciare so:» conbenlemeiit. Il ne faut [>as dire non plus qu'elle acaq>to ni qu'elle reçoit , d'autant que accepter el reeevi;ir sont certaines
l( PMlOL Ulf, llt»(i/ PmIoi, Uf ,11.
actions qu'on pont , on certaine façon , appeler actions passives , |)ijr losquollcs nous ombr:îs-ons et prenons ce qui nous arrive. Il ne faut |>us dire aussi qu'ollo permet • d'autant que la permission est un acte de la volonté, et, par consc(]uont, nn certain vouloir oisif qui ne veut voiremont rien faire, mais veut pourtant laisser faire. Il me semble donc phislost que Tame qui est on celte indifférence , el qui ne veut rien , ains laisse vouloir à Dieu ce qui luy plaira , doit eslre dite avoir sq volonté en une simple et générale attente ; d'autant qu'attendre ce n'est pas faire ou agir, ains iiemeurer exposé à quelque événement. Et si \ousy prenez çrarde , raltente do Tamc est vravment volontaire ; et toulcsfois ce n'est pas unc^aclion . mais une simple disposition à recevoir ce qui arrivera ; et lorsque les cvenomens sont arrivez el receus, l'altcnle se convertit en const»ntomenl ou a(]uiescement ; mais avant la venue d'iceux , en vérité , l'nme est en une simple attente , indiiïeronre à tout ce qu'il pliiira à la volontt> divine d'ordonner. Notre Sauveur exprime ainsi l'exlresme sousmission de la volonté humaine ù celle des( n Peie éternel : « Le Seisineur Dieu, » dil-il , a ouvert mon oreille (1), » r\slà-diie, m'a annoncé son b(»n plaisir li»ucliaiii lii mulliiu(:e de travaux (juejc dois snullnr; « et mcy, dil-il par a[<rès, jv ne »)e«jnlre'.iis pv)inl, je ne me nlire point )> i n ;u rière. i^ Qii'e-l-ee à din? . je ne contredis pointy je nr me lire point en arrière? sinon ma volonté est en um- sim{>Ie alU'iil-.' , el (ItMiH'ure (ii>p(»-('M> à tout ce (]ue ci'lle »i.' nieu urvionnera ; rn-uite dt.' quoy a je baiil-^ el abanilonn>' nvn c^rps à U » mcrey de cetix qui le bâtiront, et mes » joues à ceux {\u\ N-s pileronl (2) , * |>reparéa toulee qu'ils vi-udronl faire de n^.oy. Mais voyez, je vous prie? , Throtime, que tout ainsi cpie noslre Sauveu: , après l'oraison do résignation (pi'il fil au jardin iWi Olives, el sa prise, se Ijii^sa manirr el mener au gré de ceux (jui le crueili;.'renl, avec unabandoniîcui'Ul admiiablt» ùo M»n cor|)S etdesa vie enire leur> m.iins ; aussi unit-il son ame et ki volt^ulé par une ini diilerenee Ires-parlaicle es miins i!e ^^.M Pcre eteinjl ; car bii-n (ju'il uil : u Mrn » Dieu , mon Dieu, [.(urquny m'as-tu aban-
(DlM.L, I. — (1)IM. I.,6