CHAPITRE XVI
Da dépouillement parfaict do Famé unie à Tolonté de Dieu.
la
Representons-nous le doux Jesws, Theo- Ijme, chez Pilale, oîi pour Tamour de nous les gens d*armes, ministres de la mort, le devostirenldescs habits Tnn après Tautro; et non contons de c^la, luy estèrent encore sa peau , la déchirons à coups do verges et de fouets : commo par après son anre fut despouillée de son corps, et le corps de sa vie par la mort qu'il souffrit en la croix > mais trois jours passez, par su tres-sarncto resurreclion, Tume se reveslit de son corps glorieux , et le corps de sa peau immortelle, et s'habilla de vestomens diiïorens, ou en pèlerin , ou en jardinier, ou d*aulre sorte, selon que le salut des hommes et la gloire de son Père le requeroicnt. L*amour fit tout cela , Theolime , et c'est l'amour aussi qui entrant en une ame , afin de la faire heureusement mourir à soy et revivre à Dieu, la fait dcspouiller de tous les de-» sirs humains et do l'estime de sov-mesmc, qui n'est pas moins attachée à l'esprit que la peau à la chair, et la dcsnuo enfin des affections ptCisaimables;commcsontcolIcs qu'elle avoitaux consolations spirituelles, aux exercices de pielé , et à la porfoclion dos vertus , qui sembloient cslro la propro vio de l'anic dovolc.
Alors, Theolime, Tamc a raison de s'escrier : Tai osté vies habits, comme m'en receëtiray-je (3)? j'a» lavé mes pieds do toute» sortes d'atk'CtionsyCommr 1rs ëOitH^ leroiê'je de rechef (4) ? Aueje ^uis sortie de la main de Dieu; et nuejy relourneray^ Le Seigneur m'avoii donné bokucoïip do deiirs , le Seigneur meies a osiez; son sainet nom soit beny, Guy, Theolime, lo niesmo Seigneur ^ui nous iait dosirer les veittt» on Boslre cunrmeiicemoril , et qur
(f ) mcfr. rtnt, «• -» {%) Ltfc. xxiiu, ;o.
CSJ CtBt. C«Bt. V, 9.— (4) Job, I, 11.
nous les fait pmcliquer en toutes ooeurrences, c'est luy-mesme qui nous este l'affectiofk des vertu.^, et de tous les exercices spirituels; af]n(|u*avec plus de tranquillité, de pureté et de simplicité , nous n'affectionnions rien que lo bon plaisir de 8à dî* vine majesté. Car comme la bolle et sage Judith nvoit voirement dans ses cabinets ses beaux habits de feste, et neantmoins ne les affectionnoit point, ny ne s'en para ja* mais en sa viduité, sinon quand, inspirée de Dieu, elle alla ruiner Holofernes; ainsi, quoyque nous ayons appris la practique des vertus et les exercices de dévotion, si est-ce que nous ne devons point les affectionner ny en reveslir nostre cœur, sinon à mesure que nous sçavons que c'est le bon plaisir de Dieu. Et comme Judith demeura tousjours on habits do deuil, sinon en cette occasion en tequelle Dieu voulut" qu'elle se mist en i)ompo (4); rtu.-«si devonsnotis pai>ibleffwnt demeurer revestus do nostre misère et abjection parmy nos imperfections et foiblesses, jusqu'à ce que lyiati nous exalto i\ la practique des excellentes actions.
On no peut lonf^uement demeurer e»
celte privation, des|>ouillé do toute sorte d'affections ; c'est pourquoy , selon l'advis du sainet apostre, après qiio nous avons osté les vestemens du vieil Adam, il se faut reveslir des habits du nouvel homme(;i)i c'est-à-diro do Jesus-Chrisl; car, ayant tout renoncé , voire mesmo les affections des vertus, pour ne vouloir ny de celleslà, ny d'autres quelcontiuL'S, qu'autant quo le bon plaisir divin portera , il nous fuuf reveslir derechef do plusieurs affections , et pcut-estre des mesnies que nouà avons renoncécs et résignées; mais il s'en faut do reclief reveslir, non plus parce qu'elles nous sonl agréables, utiles, honorables, et propres à contenter l'amour que nous avons pour nous-mesmes, ains parce qu'elles sont iigreablcs à Dieu, utilesà son honneur, et destinées à sa gloire.
Kiiezer portolt des penduns d'oreilles , des br«!SS(:l«'U el des ve^leniens neufs, pour la fi:lc q;u> OuHi avoit proparée au fils do son maistre ; cl par cffocl il les donna ù lut vierge Rebccca, sitost qu'il cogneut qu'elle esCôit ceffe-là (3). Il finit des habits neufs
(i) JttdlUi. X. - ii) CtflOM. IU| 9, iO.
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TRAITÉ DE L'AMOUR DE DIEU
é l'espouse du Sauveur. Si pour l'amonr de luy elle s'esl despouillcc de TairiH'tion ancienne qu'elle avoit à ses pnrens(4), au pays, à la maison, aux amis, il faul qu'elle en prenne une toute nouvelle , afructionnanl tout cela en son rang, non plus selon les considérations humaines, mais parce que Tespoux céleste le veut, li^ commande, l'entend, et qu*t7 a mis un tel ordre en la charité (2). Si on s'est desnué iW la vieille affection aux consolations spiriluelles, aux exercices de la dévotion, à la pracliquedcs vertus, voire mesme à noslre propre advancemeul en la perfection , il su faut reveslir d'une autre aiïection toute nouvelle, aimant toutes ses grâces et faveurs célestes, non plus parce qu'elle^ perfectionnent et ornent nostro esprit, mais piirce que le nom de Nostre-Seigneur en est sanctifié, qne son royaume en e4 enrichy, et son bon plaisir gloritié.
Ainsi sainct Pierre s'habille dans la prison , non par son élection, mais à mesure que l'ange le luy commando (3). Il met sa ceinture, puis ses sandales, puis ses autres vestemens ; et le glorieux sainct Paul, despouillé en un moment de toutes affections, «Seigneur, dit-il, que voulez-vous que je » fasse (4) ? » c'est-à-dire, que vous plaistilquc j'affectionne ; puisque me jettant à terre , vous avez fait mourir ma volonté propre 'f Hé 1 Seigneur, mettez vostre bon
(1) PmIou. sut, 9. — (1) Caoï. Cant. ii, k, (S) Act. su, 8. — (4) Act. », 6.
plaisir en sa place , et cr m'enseignez de » faire vostre volonté ; car vous estes mon » Dieu (4). 9 Tlieolime, quiconque a tout quité pour Dieu, no doit rien reprendre que comme Dieu le veut ; il ne nourrit plus son corps, sinon comme Dieu l'ordonne, afin (fu'il serve à l'esprit ; il n'étudie plus que |)our servir le prochain et sa propre ame, selon l'intention divine ; il practique les vertus, non selon qu'elles sont plus à son t;ré, mais selon que Dieu le désire.
Dieu commanda au prophète Isaïe de se dcspouilIcT, et il le fit (2) ; marchant et prescliant en cette sorte, ou trois jours entiers, comme quelques-uns disent, ou trois ans, comme les autres pensent : puis il reprit ses habits , quand le terme que Dieu luy avoit prefigé fut passé. Ainsi se faut-il desnuer de toutes affections, petites et grandes, et faut souvent examiner nostre cœur pour voir s'il est bien prest à se devestir, comme fit Isaïo, de tous ses habits; puis reprendre aussi , ({uand il est temps, les affections convenables au service de la charité , aûn de mourir en croix , nuds, avec nostre divin Sauveur, et ressusciter par après en un nouvel homme avec luy. L'amour est fort comme la mort (3), pour nous faire tout ((uitler : il est magnifique comme la rcsurreclion, pour nous parer de gloire et d'honneur.
(1) PMlm- cxui, 10. — (i) IM. XX, s.
(8) Caot-Caot. tiii,6.