‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 235 sur 365 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

M de ce qui a esté dit aa ehapitre précèdent.

msdonc, Theotime, tant que nous i, toutes nos intentions; etpuisi pouvons respandre sur toutes les les vertus le motif sacré du divin pourquoy ne le ferons-nous pas; \ es occurrences toutes sortes de icieux , comme la vaine gloire et i propre ; et considéra ns tous les tifs que nous pouvons avoir d'enre l'action qui se présente alors , choisir celuy du sainct amour qui is excellent do tous , pour en arit détremper tous les autres? Par , si je veux m'exposer vaillamment irds de la guerre, je le puis, consiivers motifs : car le motif naturel action c'est celuy de la force et 3, à laquelle il appartient de faire ndre par raison les choses perilnais outre celuy-cy, j'en puis avoir s autres , comme celuy d'obéir au ue je sers, celuy de l'amour envers ï, celuy de la magnanimité, qui plaire en la grandeur de cette ac- , venant donc à Faction , je me u péril pour tous ces motifs; mais relever tous au degré de l'amour les purifîerpurfuictement , je dirai ame de tout mon cœur : 0 Dieu [ui estes le très-cher amour de mes is , si la vaillance, l'obéissance au l'amour de la patrie et la magnanivous estoient agréables, je nesui- (uais leurs mouvemens que je sens ant , mais parce que ces yertua

TOUS plaisent, j'embrasse cette occasion de les practiquer, et ne veux seconder leur instinct et inclination, sinon parce que voua les aimez, et que vous le voulez.

Vous voyez bien , mon cher Theotime , qu'en ce retour d'esprit nous parfumons tous les autres motifs de l'odeur et saincte suavité de l'amour, puisque nous ne les suivons pas en qualité de motifs simplement vertueux, mais en qualité de motifs voulus , agréez , aimez et chéris de Dieu. Qui desrobe pour yvrongner, il est plus yvrongneque larron, selon Aristote, et celuy doncques qui exerce la vaillance , lobeissance, l'affection envers sa patrie, la magnanimité pour plaire à Dieu, il est plus amoureux divin , que vaillant , obéissant , bon citoyen et magnanime, parce que toute sa volonté en cet exercice aboutit et vient fondre dans l'amour de Dieu, n'employant tous les autres motifs que pour parvenir à cette fin. Nous ne disons pas que nous allons à Lyon, mais à Paris quand nous n'allons à Lyon que pour aller à Paris, ny que nous allons chanter, mais que nous allons servir Dieu, quand nous n'allons chanter que pour servir Dieu.

Que si quelquesfois nous sommes touchez de quelque motif particulier, comme , par exemple, s'il nous advenoit d'aimer la chasteté à cause de sa belle et tant agréable pureté, soudain , sur ce motif, il faut respandre celuy du divin amour en cette sorte : 0 tres-honneste et délicieuse blancheur de la chasteté, que vous estes aimable , puisque vous estes tant aimée par la divine bonté 1 Puis se retournant vers le Créateur : Hé 1 Seigneur ! je vous requiers une seule chose , c'est celle que je recherche en la chasteté, de voir et practiquer en icelle vostre bon plaisir et les délices que vous y prenez. Et lorsque nous entrons es exercices des vertus, nous devons souvent dire de tout nostre cœur : Ouy, Père éternel , je le feray, parce que ainsi a-l-f'i esté agréable de toute éternité devant vousi^).

En cette sorte faut-il animer toutes nos actions de ce bon plaisir céleste, aimant principalement l'honnesteté et beauté des vertus, parce qu'elle est agréable à Dieu : car, mon cher Theotime, il se trouva des hommes qui aiment esperduement la

(i)HiUh.u,il.

TRAire M L'AMOUR DB HfCD.

JlwK^ qihWW- Vertus, non-EculefMninw mtavt la ihaNië, mnia avec ||W«pri»d0fai«luriléiOrigcne, cerirs. et Tertliltan aiiMff Kl Moment la hhincljeur d» It ehfBtoté, ^'ils Tiolcronl lus plus frMdnreglMde taclmnlé; l'un nyant «hoJki <!• ODonieUn l'idolasirie ptuàiosl VM de MulTrir un* faorrible violcDCd. cl» iMlinUe lt> lyrtni TDuluiotit souiller sor mip» ; l'iutni H sefinfant de la Ires- ObMla EglÎM cetholiquo sa mrrc, pour bImii eilablip teloit ton gré lu chaslelé de M tasnw. Qui ne «çalt qu'il y s du iu |Mu*res de Lyon , qui , pour louer «ree mmi ta Bsodidié, se firent here- Hqtm, M 4a nendtau devinrent de fnui MiirMl Qui ne •««1 la vanité des en- Ibetuiatlea, BesMltois, eurhisies. qui Hliiltertnt la dilaetisn pour vsmer l'orai- ■Mf Oui desçillqU'Ily a eu des horcti- 4«H qui, pour •nlttr la nhurilé envers IWptUvrM, d«|rinoi«it la charité envers

' fiJBu ; aitrjbuaDi loue le salut drs li(>mm''S èJavertu da l'auBiatira, selon qucS. AugustblCtaMMigae, quoique le sainclaposlro «cleale, qutqlii ■ donne (ont Bon bien aux ■ pauvree.et il n'a pas la cbarilo, cela neluy »proDtapoint{4)T

Dieu a mù ntr moy Vettfndard de la «^ariU (IJ, dit la sacrée Siiliitnite. L'amour, Theoljme, aat l'ei^lendard en l'ar- ■M des vertus : elles se doivent toutes ranger A luy | c'est la seul drapeau sous lequel Nostre-Seignaur les Tait cximbutire,

■ luy qui est le vray gerural de l'armée^ Réduisons donc toutes lefe vertus il l'obeisaënca de la charité; uimons les vertus parlioulierea , mais prlnc paiement parce qu'elles sont agréables à Dieu ; aimons ei- «IlemmentlesvertUBplijs excellentes, non parce qu'elles sontexcellonles, mai^ parce que Dieu lesaime plus exrpllemmenl. Ainsi ta sainot amour viviUern toutes les vertus, les rendant toutes amantes, aimables et Mr* aimai) las.

CHAPITBE XV.

ABd que l'esprit humain suive aisément 1^ mouvemeas et instincts de la raison , A) Cff. Il», 1. — |t) au> a», n. t.

pour parvenir au bonbaur itaWifvl qnH

peut prétendre, vivent selon les lois de l'honnc-lelA . il o bEsoin premièrement de In leinperance, pour reprimer les in-' clinationi iusolonies de la sansuiiliié. Se> condement , de In justice, pour rendre i Dieu , BU prvchain et n soy-meimc ce qu'il est ehllgé. Tiercement , de Iq faret pour vsincre les dlfOcullea qu'on sent t faire le bien et repousser le mal. Qaa- Iriesmement , de hi prudence, pour dis»

comorquels sont les moyens les plus propres pour parvenir au bien et A ta vertu T Cinquiemenienl, do la science, pour «>• gnoislre le vray bien auquel il faut aspirer, et le vray mal qu'il faut rejcilef, Rixiesinement,de l'entendement pour bits pénétrer les premi«rs et principaux foodemens . ou principes de la beauté e( eicetlencedel'lionne.4telé.Seplicsmemenlet en fin fînele, de la saptcnce pourConiem< pler la Divinité, première source de tout bien. Telles sont les quBlilei pur lesquelles l'esprit est rendu doux, obéissant et pliable aux loii de la raison naturelle <jtit •st en nous.

Ainsi, Theolitne, le Sainct-EKprft qitl habite en noua, voulant rendre nosire an» souple, maniable et obéissante à ges ditinî mouvemens et célestes Inspirations, qui sont les loix de son amour, en l'observa lion desquelles oonsislo la félicité «iirnaiurelle de cette vie présente, il nous donne sept propriété! et perfections pareilles pr«.

qu'aux sept que nous venons de reciler, qui en l'Escriture saincle et ô9 livres d« iheoingiens sont appelées dons du Sainct- B»prii.

Or, il ne sont pas seulement Inséparables de la cburilé ; ains toutes choses bled considérées, et à proprement parler, Itl sont les principales vertus, proprictot el cjualilei do la charité. Car, ( . la sapiencfl n'est autre chose en effoct que l'amouf qui savoure, gousie et expérimente eoittbien Dieu est doux et suave. S. L'enleftdement n'est nuire chose que l'amour attentif à considérer et pénétrer la beauté des veriiei de la foy, pour ycognoislre Dieu en luy-mcsme, et puisde-lâ on descendant, le considérer es créatures, 3. La science, au eonirairo, n'est autre chose que le mesmo amour, qui nous lient aU lentifs à nous connoistre nousiraesiiitt «I

ufRs S» CBAnne wih

les créatures, pour nous faire remonter à ime ptiis parfaite cognoissance du service que nous devons à Dieu. i. Le conseil est aussi Tamour, en tant qu'il nous rend soigneux , attentifs et habiles pour bien choisir les moyens propres à servir Dieu saincteihent. 5. La force est l'amour qui encourage et anime le cœur pour exécuter ce que le conseil a déterminé devoir estre tiict. 6. La pieté est Tamour qui adoucit le travail, et nous fait cordialement, agrca^ blementet d'une affection Gliale, employer aux œuvres qui plaisent à Dieu, nostre Père. Et 7. pour conclusion, la crainte n'est autre chose que l'amour, en tant qu'il nous fait fuir et éviter ce qui est désagréable à la divine majesté.

Ainsi , Theotime , la charité nous sera une autre eschelle de Jacob , composée de sept dons du Sainct- Esprit , comme autant d'eschellons sacrez par lesquels les hommes angeliques monteront de lu terre au ciel , pour s'aller unir à la poictrine de Dieu tout-puissant, et descendront (1) du ciel en terre, pour venir prendre le prochain par la main , et le conduire au ciel. Car, montant au premier eschellon, la crainte nous fait quitter le mal; au second , la pieté nous excite à vouloir faire le bien ; au troisiesme, la science nous fait cognoistre le bien qu'il fout faire, et le mal qu'il faut fuir; au quatriesme, par la force, nous prenons courage contre toutes les diûicultez qu'il y a en nostre entreprise ; au cinquiesme, par le conseil , nous choisissons les moyens propres à cela; au sixiesme, nous unissons nostre entendement à Dieu, pour voir et pénétrer les traits de son infinie beauté; et au septiesme , nous joignons nostre volonté ù Dieu , pour savourer et expérimenter les douceurs dô son incompréhensible bonté.

Car sur le sommet de cette eschelle, Dieu estant penché devers nous, il nous donne le baiser d'amour ; et nous fait tetter les sacrées tnammelUe de suavité,«Mt^0i*rM çtte le vin (2).

Mais si , ayant délicieusement jouy de ces amoureuses faveurs, nous voulons retourner en terre pour tirer le prochain à ce mesme bonheur; du premier et plus haut degré où nous avons remply nostre volonté d'un zèle tres-ardent, et avong

(I) Gmm. zxTiii» st.— OV Cant Cant. 1,1.

parfumé nostre ame des j^aras de la charité souveraine de Dieu , noiis deftcan* dons au second degré , où nostre enten* dément prend une clarté nompareille, et fait provision des conceptions et maximee plus excellentes pour la gloire de la beauté et bonté divinesk De-là nous Tenons a« troisiesme« où par le don du conseil nous advisons par quels moyens nous inspire rons dans l'esprit des prochains le goust et l'estime de la divine suavité. Au qua« triesme, nous nous encourageons, reoe»

vaut une saincte force pour surmonter les difDcullez qui peuvent esire en ce dessein. Au cinquiesme, nous commençons à prescher par le don de scienœ, exhortant les âmes à la suite des vertus^ et à la fuite des vices. Au sixiesme, nous taschons de leur imprimer la saincte pieté, aÛn que r»> cognoissant Dieu pour Père tres-aimable^ ils luy obéissent aveo une crainte ûliaie. Rt au dernier degré • nout les pressons de craindre les jugemens de Dieu , afin que, meslant cette crainte d'estre damnes avec la révérence filiale, ils quittent plus ardemment la terre pour monter au ciel avec nous.

La charité cependant comprend les sept dons, et ressemble à. une belle fleur de lys qui a six feuilles plus blanches que la neige, et au milieu les beaux martelets d'or de la sapience, qui poussent en nos cœurs les gousts et savouremens amoureux de la bonté du Père nostre Crea^ teur, de la miséricorde du Fils nostre Rédempteur, et de la suavité du Sainct* Esprit nostre Sanctificateur, fit Je mets ainsi cette double crainte es deux derniers degrez , pour accorder toutes les traduo* tiens avec la saincte çt sacrée édition ordinaire* Car si en l'hebrieu le mot de crainte est repelé par deux fois, ce n'est pas sans mystère, ains pour monstrerqu*il y a un don de crainte filiale qui n'est autre chose que la piété , et un don de la crainte servile qui est le commencement de tout nostre acheminement à la souveraine sagesse*

CHAPITRB XVI.

De la eninte amoaréuM des espoostsi saila te • discours comineocé.

c Ah\ Jonatbaa» iDODlrare,dJsoîlI>aiid,

tn eatois afmible tor Pamoiir des fem* ■M8 (4)« » Et c'est oomme s*il eost dit : Tu veritoîB an plm grand amour que celuj des femmes envers leurs maris. Toutes cboses excellentes sont rares. Imaginezvous , Theotime , une espbnsr de cœur colombin , qui ait la perfection de Tamour nuptial ; son amour est incomparable, non-seulement en excellence , mais aussi en une grande variété de belles affections et qualités qui raccompagnent. Il est nonseulement cbaste, mais pudique ; il est fort , mais gracieux ; il est violent , mais tendre , il est ardent , mais respectueux ; généreux , mais craintif ; bardy, mais obéissant ; et sa crainte est toutç meslée dHme delicie|ne confiance.

Telle , certes , est la crainte de Famé qui a l'excellente dilection : car elle s'asseure tant de la souveraine bonté de son Espoux , qu'elle ne craint pas de le perdre, mais elle craint bien toutesfois de ne jouy r pas assex de sa divine présence , et que quelqu'occasion ne le fasse absenter pour un seul moment ; elle a bien confiance de ■e luy desplaire jamais , mais elle craint de ne luy plaire pas autant que Tamour le requiqirt : son amour est trop courageux pour entrer voire m.esme au seul soupçon d*estre jamais en sa disgrâce ; mais il est aussi si attentif, qu'elle craint de ne luy eslre pas assez unie : ouy, mesme l'ame arrive quelquesfois à tant de perfection , qu*elle ne craint plus de n*estre pas assez unie à luy, son amour Tasseunint qu'elle le sera tousjours; mais elle craint que cette union ne soit pas si pure , simple et attentive, comme son amour luy fait prétendre. Cest cette admirable amante qui voudroit ne point aimer les gousts, les délices, les vertus et les consolations spirituelles , de peur d*estre divertie , pour peu que soit, de Tunique amour qu'elle porte à son bien-aimé, protestant que c'est luy-mesme , et non ses biens, qu'elle recherche , et criant à cette intention : a Hé ! monslrez-moy, mon bien-aimé , où » vous paissez et reposez au midy, afin » que je ne me divertisse point après les TU plaisirs qui sont hors de vous (2). »

De cette sacrée crainjo des divines espoiises furent touchez ces grandes âmes de S. Paul et S. François , Ste Catherine Cl) ■. an* ■» ii.~ <i) cwi. Cwt I, f.

TÊUUÊÈ M vkMuM MÈ Mb.

de Gennea, ec'aMfrea, <piJiMi'HMttM aucun masàmgs en leurs miM»n, aîas taadioient de le rendre si pur, ai aioipls, ai parfaict , que ny les consolations ny les vertus mesmes ne tinssent socane plaoe entre leur cœur et Dieu ; en sorte qn*elleB pouvoient dire : /e vU , maù non plus moy-mesme , ains lesua-Christ vît en moy; num Dim nCêêt iaïU^i eftoief (4). Ce qd n'est point Dieu ne m'est rien : Jesus- Christ est ma vie : mon amour est cni> dfié , et telles autres paroles dSin sentiment extatique.

Or, la crainte initiale , ou des apprentib, procède du vray amour ; mais amour eaoore tendre, foible et commençant. La crainte filiale procède de Tamour ferme , solide , et desjà tendant A la perfectiBn; mais la crainte des espouses provient de rexcellence et perfection amoureuse de^jà toute acquise : et quant aux craintes s»viles et mercenaires , elles ne procèdent vohrement pas de l'amour, mais elles précèdent ordinairement l'amour pour loj servir de fourrier, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, et sont bien souvent tres-utifes à son service. Vous verrez toutesfois , Theotime . une honneste dame qui , ne voulant pas manger son pain en oiitveté if) , non plus que celle que Salomon a tant louée , couchera la soye en une belle variété de couleurs sur un satin bien blanc pour faire une broderie de plusieurs belles fleurs , qu'elle rehaussera par après fort richement d'or et d'argent selon les assors timens convenables. Cet ouvrage se fait à Teguille, qu'elle passe partout où elle veut coucher la soye , l'or et l'argent ; mais neantmoins l'eguille n'est point mise dans le salin pour y estre laissée , ains seulement pour y introduire la soye , l'or et l'argent, et leur faire passage : de façon qu'à mesure que ces choses entrent dans le fond , l'eguille %fi est tirée et en sort. Ainsi la divine bont4 voulant coucher en l'ame humaine une grande diversité de vertus , et les rehausser enfin de son amour sacré , elle se sert de l'eguille de la crainte servile et mercenaire, de laquelle, pour l'ordinaire , nos cœurs sont premie* rement piquez, mais pourtant elle n'y est pas laissée ; ains à mesure que les vertus sont tirées et couchées en l'ame , la crainte

;.(i) fialal.il, M.. (^ »rof . lui, tl,

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