‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 234 sur 365 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

Gomme le talnet amours refenani en Tame, faH revivre toutes lea mofres que te pecbé avoU fait périr.

Les œuvres doncques que le pécheur fait tandis qu'il est privé du sainct amour, ne profitent jamais pour la vie éternelle , et pour cela sont appelées œuvres mortes ; mais les bonnes œuvres du juste sont au contraire nommées vives , d'autant que le divin amour les anime et vivifie de sa dignité. Que si par après elles perdent leur vie et valeur par le péché survenant , elles sont dites œuvres amorties , esteintes , ou mortifiées seulement , mais non pas œuvres mortes , si principalement on a esgard aux esleus. Carcomme leSauveur, parlantde la petite Thalite , fille de Jaïrus , dit qu'elle n' estoit pas morte, ains dormait (2) seulement, parce que devant estre soudain ressuscitée , sa mort seroit de si peu de durée qu'elle ressembleroit plustost un somm«»il qu'une vraye mort : ainsi les œuvres des justes , et surtout des esleus que le perhé survenu fait mourir, ne sont pas dites œuvres mortes , ains seulement amorties, mortifiées , assoupies , ou pasmées , parce qu'au prochain retour de la saincte dilection , elles doivent ou du moins peuvent bientost revivre et ressusciter. Le retour du péché este la vie au cœur et à toutes ses œuvres; le retour de la grâce rend la vie au cœur et à toutes ses œuvres. On hyver rigoureux amortit toutes les plantes de la campagne; en sorte que s'il duroit tousjours , elles aussi tousjours demeureroient en cet estât de mort. Le péché, triste et tres-effroyable hiver do Tame, amortit toutes les sainctes œuvres qu'il y trouve; et s'il duroit tousjours, jamais rien ne reprendroît ny vie ny vigueur. Mais comme au retour du beau printemp:), nonseulement les nouvelles semences qu'on jette en terre à la faveur de cette belle et I féconde saison, germent et bourgeonnent I agréablement chacune selon sa qualité,

niiM M L'AVOOH M MtD.

Dais auMi lei viailtes plantas que Taipreté da i'hivar précédant avoit flestriea, desseahéaa et amorties, reverdissent, se re?i« gorent, et reprennent leur vertu et leur ▼ie : de mesma la péché estant aboly , et la grâce du divin amour revenant en Tame , non-seulement les nooTalIcs affections que le retour de ce sacré printemps apporte , germent et produisent beaucoup de merifes et bénédictions ; mais tes œuvres fanées et flestries sous la rigueur de Thyver du pacbé passé, comme délivrées de leur en- Bemy mortel, reprennent leurs forces, se revigorent, et comme ressuscitées, fleurisseot derechef, et fructifient en mérites pour la yie étemelle. Telle est la toute^puissance du céleste amour, ou l'amour de la céleste IOute«puissance. « Si Timpie se destoume « de son impieté, et qu'il fasse jugemeal et a justice, il vivifiera son ame. Convertisses* » vous, et faites pénitence de vos iniquités, set l'iniquité ne vous sera pas à ruine, » dît le Seigneur tout-puissant (4). Et qu'esir ee à dire , ^iniquité «a eotia sera potnl à fuîaa, sinon que les ruine$ qu^elle avait faictes seront reparées? Ainai , outre mille caresses que l'enfant prodigue receutde son pcre, il fut reslably avec advantage en tous ses ornemens, et en toutes les grâces, faveurs et dignitez qu'il avoil perdues (2 ; et Job, image innocente du pécheur peni* tent, reçoit enfin au double de tout ee guHl avoit eu(d). Certes, le tres-sainct concile de Trente veut que Ton anime les peniiens retournez en la sacrée dilection de Dieu éternel , par ces paroles de l'apostre : « Abondez en tout bon œuvre , sçachant »que vostre travail n'est point inutile en » Nostre-Seigneur (i) : car Dieu n'est pas • injuste, pour oublier vostre œuvre, et 1 la dilection que vous avez monstrée en s son nom (5). » Dieu doncques n'oublie pas les œuvres de ceux qui ayans perdu la dilection par le péché , la recouvrent par la pénitence. Or, Dieu oublie les œuvres quand elles perdent leur mérite et leur saincteté par le péché survenant, et il s'en ressouvient quand elles retournent en vie et valeur par la présence du sainct amour. De sorte mesme qu'ufin que les fidèles soient récompensez de leurs bonnes œu*

(1) EMCh. zvui« flf , M. — (t) Lm, s^, «1, A (t) Job. sui. 10. —(4) I. Cor. sv, M. (•)Bite.YmO.

▼m, tant par IHMeroIssemeBt de h gnee et de la gloire ftiture , que par retfoctoelle jouyssance de la vie étemelle, il n'est pas nécessaire que l'on ne retombe point a^ péché, ains sufflt,selon le sacré concile, que Ton trepasse en la graoe et charité dé Dieu.

Dieu a promis des recompenses éternelles aux œuvres de l'homme Juste ; mais ti la juste ee deitoume ê$ ea Juitiee par k péché ; Dieu n'aur»pfiM mémoire d^êjui- Heu et bonnes œuvres quHl weoU fktete (4). Que si oeantmoins, par après, os pauvre homme tombé en péché se releva et retourne en amour divin par penileneè| Dieu nese ressouviendra plusd9 son pecbé; et s*il ne se ressouvient plus du péché, il M ressouviendra doncquesdes bonnes oeuvres précédentes, et de la recompense qu'il leur avoit promise ; puisque le péché , qui seul les avoit ostées de la mémoire divine , est totalement eflbcé, aboly, aneant v ; si qu'alors la Justice de Dieu oblige sa miséricorde; on plustost la miséricorde de Dieu oblige sa justice de regarder derechef les bonnes œuvres passées , comme si jamais il ne les avoit oubliées : autrement le sacré pénitent n'eust pas osé dire à son maistre : t Rendez- » moi l'allégresse de vostre salutaire, et me » confirmez de vostre esprit principal (2). » Car comme vous voyez, non-seulement il requiert une nouveauté 6*esprit et de ecmry mais il prétend qu'on lui rende VaU legre8ie{Z) que le pechô luy avoit ravie. Or cette allégresse n'est autre chose que le tin du céleste amour qui resjouyt le c<Bur de Vhomme(i).

Il n'est pas du péché en cet endroit comme des œuvres de charité. Car les œuvres du juste ne sont pas effacées , abolies, ou anéanties par le péché survenant, ains elles sont seulement oubliées. Mais le péché du meschant n'est pas seulement oublié, ains il est effacé, nettoyé, aboly, aneanty par la saincte pénitence; c'est pourquoy le péché survenant au juste no fait pas revivre les péchez autrefois par* donnez, d'autant qu'ils ont esté tout à fait anéantis : mais l'amour revenant en Pâme du pénitent, fait bien revivre les salnctes œuvres d'autrefois, parce qu'elles n'estaient pas abolies, ains seulement oubliées. Et cet oubly des bonnes œuvres de9

(t) Bsoeh. xmi, u. — (t) Pitla- % ik W ffiilB. Il, is. - <4| Im. oiiif d^

MfM xii WAnrwi m

JoateSv ^9^ <Iu*îU ont quitté tour juitiee et dijectjoo, ooDgiste «n ce qu'elles nous sont rendues ipuljles, tandis /|ue le peohé nous rend incapables de la vie éternelle » qui est leur fruict; ot partant, silost que par le retour de la churilé, nous bommes remis au rang de» enfans de Dieu, et par conséquent rendus susceptibles de le gloire immorlelle, Dieu se ressouvieni de nos bonnes (Buvres anciennes, et elles nous sont derechef rendues fructueuses. Il n*est pae raisonnable que le péché ait autant de force contre la charité , comme la charité en a contre le pecbé ; car le péché procède de nostre foiblesse. et la charité de la puis* sanoe divine, ^t h pnhé abonda %n malice pour ruiner, la grâce surabondé pour réparer (4) } et la mUericordê de Dieu par laquelle il efface le peclié , s' exalte tous^ jours, et se rend glorieusement triomphante eoiifre la rigueur du Jugement (%) par lequel Dieu avait oublié les bonnes csaTres qui preoedoient le péché. Ainsi Covsjours es guerisons corporelles que Nostre-Seigneur donnoit par miracle, nonseulement il rendoil la santé, mais il adjousloitdes bénédictions nouvelles, faisant ezeeller la guerison au-dessus de la maladie, tant il est honteux envers les hommes. Que lesguespea, taons, ou mouchons, el tels petits animaux nuisibles, estant morts, puissent revivre et ressusciter, je ne Tay jamais veu , ny leu, ny ouy dire ; mais que les clieres aveltes, mouches si vertueuses, puissent ressusciter, chacun ledit, et je Pay maintofois leu. On dit (ce sont les paroles de Pline) que gaitlant les corps morts des mouches à miel qu*on a noyées dans la mai:>on, tout Thyver, et les rcBMttant au soleil le printemps suivant, couvertes de cendres de figuier, elles res* susciteront et seront bonnes comme auparavant. Que les iniquités et couvres malignes puissent revivre après que par la pénitence elles ont esté netoyéeset abolies, certes, mon Theotime, jamais I B>criture ny aucun théologien ne l'a dit, quojesçache, ains le contraire est outorisé par la sacrée parole, et par le commun consentement de tous les docteurs, liais que les œuvres sainotes, qui, comme douces abeilles, font le miel du mérite, estant nettoyées dans le peebé, puisseatpar aprèsrevîvre, quand,

V, lt..(IDJM.I|,tl>

couvertes de cendres de la pénitence* on les remet au soleil de la grâce et charilé» tous les théologiens le disent, et enseignent bien clairement ; et lors il ne faut pas dou* ter qu elles ne soient utiles et fructueusee comme avant le péché. Lorsque Nabusar« dan détruisit Hierusalem , et qulsraël fut mené en captivité, le feu sacré de Tau tel fut caché dans un puits, où il se convertit en boue; mais cette boue tirée du puitg, et remise au soleil lors du retour de la captivité, le feu mort ressuscita, et cette boue' fut convertie en Gammes (I), Quand rhomme juste est rendu esclave du pechéi toutes les bonnes œuvres qu'ilavoit faictes sont misérablement oubliées et réduites en boue; mais au sortir de la captivité, lorsque par la pénitence il retourne en la grâce de la dilection divine, ses bonnes œuvrea précédentes sont tiréeis du puits de Toubly , et touchées des rayons de la miséricorde céleste, elles revivent et se convertissent en flammes aussi claires quo jamais elles furent, ()our cstre remises sur Tautel sacré de la divine approbation, et nvoir leur première dignité, leur premier prix et leur première valeur.

CHAPITBE Xra,

Comme noat devons redaire loale la praetk|ira def vertus et de bos toUons tu saiiiet «Boar.

Les bestes ne pouvant cognoistre la fin de leurs actions, tendent voirement à leur fin , mais n*y prétendent pas ; car prétendre, c*est tendre à une chose par dessein avant que d'y tendre par effect; elles jettent leurs actions à leur fin , mais elles no projettent point , ains suivent leurs instincts sans élection ny intention. Mais rhomme est tellement maistre de ses actions humaines et raisonnables , qu*ll tes fuit toutes pour quelque fin, et les peut destiner à une ou plusieurs fins particulières, ainsi que bon luy semble, car il peut changer la fin naturelle d*une action, comme quand il jure pour tromper, puisqu'au contraire la fin du serment est d*empescher la tromperie ; el peut adjouster à la fin naturelle d*une action quelque autre sorte de fin , comme quand , outre l'intention de secourir te pauvre, à laquelle l*aumosne tend , il adjouste riniention d'obliger l'indigent à la pareille,

(t>ai.Hieà.mteiiiii

nUJM DB L*A»Mni M'

Or naos adkraBtons «[oelqiiesfois QDe fti 1 nKgkmpoormiottiiriar.Or, iijèftiik;

de moindre perfectioD qiie n'est celle de nostre action ; quelquesfois aussi nonsadjonstons nne On d^esgale ou semblable emisente perfection, et parfois encore une fin fins relevée. Car, outre le secours du souFiireteuz auquel l'aumosne tend spécialement, ne peut-on pas prétendre, premièrement d'acquérir son amitié; secondement, d'édifier le prochain; tiercement, déplaire à Dieu? qui sont trois diverses fins, dont la première est moindre, la seconde n'est pas presque plus excellente , et la troisiesme est beaucoup plus excellente que la fin ordinaire de l'aumosne : si que nous pouvons, comme vous voyez, donner diverses perfections à nos actions, selon la variété des motifs, fins et intentions , que nous prenons en les faisant.

Soyez boni ehangewri, dit le Sauveur.

Prenons donc bien garde, Tbeotime , de ne point changer les motifs et la fin de nos actions, qu'avec advantage et profit, et de ne rien faire en ce trafic que par bon ordre et raison. Tenez, voilà cet homme qui entre en charge pour servir le public et pour acquérir de l'honneur : s'il a plus de prétention de s'honorer que de servir la chose publique ou qu'il soitesgalemcnt désireux de Tun et de l'autre , il a tort , et ne laisse pas d'estre ambitieux ; car il renverse Tordre de la raison , esgalant ou proférant son interest au bien public. Mais si prétendant pour sa fin principale de servir le public, il est bien aise aussi parmy cela d'accroislre Thonneur de sa famille , certes, on ne le sçauroit blasmer; parce que non-seulement ces deux prétentions sont honnestes, mais elles sont bien rangées. Cet autre se communie à Pasques pour ne point estre blasmé de son voisinage, et pour obéir à Dieu : qui doute qu'il ne fasse bien ? Mais s'il se communie autant , ou plus pour éviter le blasme que pour obéir à Dieu, qui doute qu'il ne fusse impertinemment , esgalant ou préférant le respect humain à l'obéissance qu'il doit à Dieu ? Je puis jeusner le caresme , ou par charité , afin de plaire à Dieu : ou par obéissance , parce que l'Eglise l'ordonne; ou par sobriété , ou par diligence , pour mieux estudier; ou par prudence, afin de faire quelque espargne requise , ou par chasteté, afin de tromper le corps ; ou par

Je pais aaaembler tontes ces intentiODs, el jeusner pour lookcela ; mais en oa cas il fout tenir bomie police A ranger eea mo^ iifii. Car ai je jeuanda principalemeiit poor eepergner plus que pour obéir A rSgliset plos pour bien estudier que pour plaire I Dieu :qui ne voit que Je perràrtia le droit et l'ordre , préférant mon intereal A Tebeiasance de l'Egiise et au oonlentemeat de mon Dieu ? Jeusner pônr eapergner est bon, Jeusner pourobdr à l'Eglise ealmeBleur, Jeusner pour phiire A Dieu eal trèsbon : mais encore qu'il semble que de trois biens on ne puisse pas composer un mal, si est-ce que qui les colloqueroit en desordre, préférant le moindre au meilleur,* il feroit sans doute on desreglemenk blasmable.

Un homme qui n'invite qu'on de ses amis, n'oflénse nullement les autres; mais s'il les invite tous, et qu'il donne lee pr^ mieres séances aux moindres , reculant les plus honorables au bas bout, n'oflénae-4-il pas ceux*cy et ceux-là tout ensemble t ceux-ci , parce qu'il les déprime contre II raison ; ceux-là parce qu'il les fait paroisire sots. Ainsi , faire une action pour on seul motif raisonnable , pour petit quil soit, la raison n'en est point offensée ; mais qui veut avoir plusieurs motifs, il les doit ranger selon leurs qualitez; autrement il commet péché : car le desordre est un péché , comme le péché est un desordre. Qui veut plaire à Dieu et à Nostre-Dame fait très-bien; mais qui voud roi t plaire à Nostre-Dame esgalement ou plus qu'à Dieu il commettroit un desreglement insupportable; et on luy pourroit dire ce qui fut dit àCaïn : Si vous avez bien offert, mais avez mal partagé; cessez, vous avez péché (4). Il faut donner à chaque fin le rang qui luy convient, et par conséquent le souverain à celle de plaire à Dieu.

Or, le souverain motif de nos actions , qui est celuy du céleste amour, a cette souveraine propriété , qu'estant plus pur, il rend l'action qui en provient plus pure; si que les anges et saincts du paradis n'aiment chose aucune pour autre fin quelconque que pour celle de l'amour de la divine bonté, et par le motif de luy vouloir plaire. Us s'entr'aiment voirement tous trea^ar

(l)fiMIM.Ili

IXfM n , CHAFIIBE XHT.

i i ils nous aimeni aussi, ils aimeot s, mais tout cela pour plaire à Dieu II. Ils suivent et pracliquent les ion en tant qu'elles sont belles et s mais en tant qu'elles sont agreaeu. Ils aiment leur félicité, non en Aie est à eux, mais en tant qu'elle Dieu. Ouy mesme ils aiment Taquet ils aiment Dieu , non parce en eux , mais parce qu'il tend à )n parce qu'il leur est doux, mais 'il plaist à Dieu ; non parce qu'ils e possèdent, mais parce que Dieu rdonne , et qu'il y prend son bon

Page 1