CHAPITRE XX
Gomme le divin amour emploie lovitt les priions et affliclions de lame, et les rêduUàiap obéissance.
L'amour est la vie de nostre oœur. Et comme le contrepoids donne le mouvement à toutes les pièces mobiles d'un horloge, aussi l'amour donne à Tame toiia les mouvemens qu'elle a. Toutes nos affectioot suiventnostro amour, et selon iceluy, nous desirons, nous nous délectons, nous espérons et désespérons, nous craignons, nous nous encourageons, nous bayssons, nous fuyons, nous nous attristons, nous entrons en colère, nous triomphons. Ne voyons-nous pas les hommes qui ont donné leur cœur en proye à l'amour vil et abject des femmes, comme ils ne désirent que selon cet amour, ils n'ont plaisir qu'en cet amour, ils n'espèrent ny ne désespèrent que i>our ce subject , ils ne craignent ny n'entreprennent que pour cela , ils n'ont à contrc»-cœiir ny ne fuyent que ce qui les en destourne , ils ne s'attristent que de ce qui lesen prie, iU n'ont de colère que |)iir jalou. sie, ils ne triomphent que parcelte infamie.
C'enestdemesmedesamiitejirsdesricht»sses et lies «imbilieux do Thonneur : car ils sont rendu - e&claves de ce qu'ilsaiment, et n'ont plus de cQpur en la poictrine. ny d ame eu leurs cœurs, ny d'aflection en leur iime, que pour cela.
Quand doue le divin amour règne dans nos cœurs, il assubjetlit roynlemcnt tous les autres amours de la volonté, ot par conseijuent toutes les iiff'eclions d'ia»lle, parce que naturellement elles suivent les amours : puis il dompte l'amour sensuel; et le réduisant à son obeissiince. il tire aussi après iceluy toutes les passions sensuelles. Cijr en somme , cette sacrée dilection e^t l'eau salutaire de laquelle Nosire- Seigneur disoit : « Ccluy qui boira de l'eau > que je luy donneray , il n'aura jamais » soif (4). » Non vrayement Tljeotirae , qui aura l'amour de Dieu un peu abondamment, il n'aura plus ny désir, ny crainte, ny espérance, ny courage, ny joye que
(1) IMB. If, u.
iinte n» chàmiik xx.
pour Dtau , et tons ses mouTemens seront acroîsez en ce «eul îimoiir céleste.
L'amour divin et l'amour propre sont dedans nostre cœur, commo Jacob et Esail dans le sein de Robecra(l): ils ont une antipathie et repu2:nance fort t^rande Tun à l'.i litre, et fenire-choquent {%) dedans le cœur continuellement, dont la p luvre ame 8*P5crîe ; a Helas 1 moy miseralDle , qui me » délivrera du corps de celte mort (3), » afin que le seul amour de mon Dieu règne paisiblement en moy? Mais il faut pourtant que nous ayons courage , espérant en la parole du Seigneur qui promet en commandanl et commande eu promettant la victoire en son amour; et semble qu'il dit à Tame ce qu'il fit dire à Rebecca : « Deux 1 nations sont en ton sein , et deux peuples » seront séparez dans tes entrailles : Tun » des peuples surmontera l'autre, et i'aisné 1 servira au moindre (i). » Cap, comme Rebecca n'avoit que deux enfans en son sein , mais parce que d'iceux dévoient naistredeux peuples, il est dit qu'elle a voit deux nations en son sein . Aussi 1 ame ayant dedans son coeur deux amours» a» par conséquent , deux grandes peuplades de mouvemens, affections et paMions; et cooinie les deux enfans de Rebecca, par la ountrarieté de leurs mouvemens, luy don- Doienl de grandes convulsion» et douleurs d'entraillei, ausai les doux anoourA de nostre ame donnent de grands travaux k noi*tre coeurs; et comme il fut dit qu'entre lesdeux enfans de celte dame /« plus grand itrviroil le moindre, aus^i a-tril esté or* donné que des deux amours de nostre CflBur, le sensuel servira le spirituel , c'est* à-dire que l'amour propre servira l'amour
ds Diea.
Mais quand fut-ce que I'aisné des peuples qui estoienl dans le sein de Rebecca servit le puisné? Certes ce ne fust jamais que lofi^ue David subjugua en guerre les Iduméens , et que Salumon les maistrisa en. pai^. O quand sera-ce doncques que l'amour sensuel servira famour divin? Ce sera alors, Theotime , que Tamour armé , parvenu jusqu'au ztMe, asservira nos passiooa par la morlificulion , et bien plus, lorsqtie là-baut au ciel l'amour bienheureux pOModera toute noslreame en paix*
fi) A4, mtm. iiu u. — (iî G»tm. x«T. ».
Or, la façon avec laquelle l'amour divin doit subjuguer l'appclit sensuel , est pareille à celle dont Jacob usa , quand , pour bon présage et commencement de ce qui devoit arriver par après, Csaii sortant du. soin do sa mère , Jacob l'empoigna par le pied(^), comme pour l'enjamber , supplanter et tenir subject, ou comme on dit^ rattacher par le pied , à guise d'un oyseau de proye , tel qu*Esaii lut en qualité do chasseur (i) et terrible homme. Car ainsi l'amour divin voyant naistre en nous quel-, que passion ou affection naturelle , il doit soudain la prendre par le pied et ranj;er à son service. Mais qu'est-ce à dire, la prendre par le pied? C'est la lier et assubjettir au dessein du service de Dieu. Ne voyexvous pas comme Moy se (mnsformoit le serpent en la baguette, le saisissant seulement par la queue (3}? Certes , de mesme donnant une bonne fin à nos passions, elles prennent la qualité des vertus.
Mais donc quelle méthode doit-on tenir pour ranger les affections ei passions au service du divin amour? Les médecins méthodiques ont tousjours en bouche celte maxime : Que les contraires sont guéris, par leurs contraires; et les spagiriques célèbrent une sentence opposée à celle-là » disans que les semblables sont guéris par leurs si'mblables. Or, comme que c'en soit, nous sçavons que deux chose.^ font disparoistre la lumière des estoiles , Tub^curité des brouillards de la nuict, et la plus grande lumière du soleil? et de me^me nous combattons les passions , ou leur op* posiint des passions contraires , ou leur op* posant des plus grandes affections de leur sorte. S'il m'arrive quelque vaine espérance, je puis résister, luy opposant es juste découragement : 0 homme insensé 1 sur quels fondemens bustis-lu cette espérance? Ne vois-tu pas que ce ^rand auquel tu espères est aussi près de la mort que toy-mesme? Necognois tu pas l'instabilité, foibles^c et imbecillitédes espritâ hamainsl Aujourd'huy ce cœur duquel tu proiead»
est à loy, demain un autre l'emportera pour soy : en quoy donc prends^tu oette espérance? Je puis aussi résister à cette espérance , luy opposant une plus solide t Espère en Dieu , ù mon ame; car aêêî in^
(1) GMM.UT,tf.-.||||ftl4
(•) BloO. If, 4.
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TRAITÉ ra L'AHOcn DE UlEO.
çw délivrera Ma pitdt du p»jw(1). la- ■nnis nul n'eipera n luy çui ait etté confondu (2). Jelle les prétentions Es choses éternelles et perclurablea. Ainsi je puis combattre le destr des richesses et Toluptez mortelles, ou par le me^prls qu'elles méritent, ou par le désir desim- . nortellea : el par ce moyen l'amour sensuel el lerroBlre sera ruina par l'amour I céleste; ou comme le feu est esleint par i l'eauàcause de ses qualitez contraires, ou | comme il est esleint par te feu du ciel à \ cause de ses qualilez plus fortes et prédominantes.
Nostrc-Seigneur use de l'une etde l'autre metliode en ses guerisons spirituelles. Il guérit ses disciples de la crainte mondaine, leur imprimant dans le cœur une crainte supérieure : i Ne craignez pas, dit-il, B ceux qui tuent le corps, mais craignez > celuy qui peut damner l'ame et le corps
■ pour la géhenne (3). ■ Voulant une autre fois les guérir d'une basse joye , il leur en ■ssigne une plus relevée : ■ Ne vous res- • jouissez pas, dit-il, de quoy leaespriU » malins vous sont subjects , mais do quoy
■ vos noms sont escrits au ciel (i]; ■ et luy-mesme aussi rejette la joye par ta tristesse : « Mallieur à vous qui riez , car vous » pleurerez (S), >Ainïi donc le divin amour supplante et a.^ubjettit les afTcclions et passions, les deslournant de la fin à laquelle l'amour propre leâ veut porter, et les conloumont à sa prétention spirituelle. Et comme l'arc-enciel touchant l'aspalalu.'^luy este son odeur, et luy en donne nno plus eicellenle; aussi l'amour sacré toiirbant nos passions, leur oste leur Rn terrestre, el leur en donne une céleste. L'appétit de imangerest rendu grandement spirituel, si avant que de le pracliquer on luy donne le émotif de l'amour. Hé 1 non , Seigneur, eu a'est pas pour contenter cette chetive na- •Ivn , ny pour assouvir cet appétit , que je vais à table, m»ispour , selon vostrepiO' *idence, entretenir ce corps que vous m'avezdonnésubjecl à cette misère: Ouy, Seigneur, parce çM'atn«ii7co«« a p(«M[6). Si j'espère l'assislance d'un ymy , ne pi:i,--je pas dire : Vous avez esiably nostrc vie en sorte, Seigneur, que nousayonsà prendre
secours, soulagement et consotatîoa te* uns des autres, et parce qu'il vous plaist, j'imploreray donc cet hommo duquel vous m'avez donné l'amitié à cette intention. T a-t-il quelque juste subjvct de craintsT Vous voulei, ô Soigneur, que je craigne, alJn que je prenne les moyens convenables pour éviter cet inconvénient; je te feray, Seigneur, puisque tel est vos tre bon plaisir. Si la crainte est excessive ! bé ! Dieu, Père éternel, qu'ont-ce que peuvent craindra vos enfans , et les poussins q Ji vivent sous vosaisles?Orsus, jeferaycequi est convenable pour éviter le mal que je (rains, mats après cela , Seigneur ,je niw vottre, «aui?»-mov((],s'ilvousplai!>t; et cequi m'arrivcra, je l'accepleray, parce que telle sera vostre bonne volonté. 0 saincle et sacrée alchymie ! 6 divine poudre de projection , par laquelle tous les métaux de nos passions, affections et actions sont convertis eu 1'» tres-pur de la céleste dilectioD.