CHAPITRE XIX
Comme Tamour sacré comprend les doaxe froicts da Sainct-Esprit avec les huii béatitudes de PÉTangile.
Le glorieux S. Paul dit ainsi : « Or, le » fruictde l'esprit est la charité, la joye, la » paix , la patience, la bénignité, la bonté, » la longanimité, la mansuétude, la foy, la » modestie, la continence, la chasteté (4)/» Hais voyez, Theotime, que ce divin aposlre comptant ces douze fruicts du Sainct-Esprit, il ne les met que pour un seul fruicl : car il ne dit pas, Les fruicts de Tesprit sont la charité^ la joye; mais seulement, Le fruict de V esprit est la charité , la joye. Or, voicy le mystère de cette façon de parler : « La charité de Dieu est respandue » en no-^ cœurs par le Sainct-Esprit qui nous 1 est donné (2). » Certes, la charité est l'unique fruict du Sainct-Esprit; mais parce que ce fruict a une inBnité d*excellentos proprietez, Tapostre, qui en veut représenter quelques-unes par manière de monstre, parle de cet unique fruict comme de plUï^ieurs, à cause de la multitude des proprietez qu'il contient en son unité; il piirle réciproquement de tous ces fruits comme d'un seul , à cause de Tunité en laquelle est comprise cette variété. Ainsi quidiroit, le fruict de la vigne, c'est le raisin , le moust , le vin , Teau-devie, la liqueur re^ouyssont le ccBur de V homme (3), le breuvago confortant Testomach , il ne voudroit pas dire que ce fussent des fruicts de diderentcs espèces , ains seulement qu'encore que ce ne soit qu'un seul fruict, il a neantmoins une quantité de diverses proprietez , selon qu'il est employé diversement.
L'apostre donc ne veut dire autre chose , sinon que le fruict du Sainct-Esprit est la charité , laquelle est joyeuse , paisible , patiente, bénigne, honteuse, longanime, douce, fidèle, modeste, continente, chaste; c'est-à-dire, que le divin amour donne une joye et consolation intérieure avec une grande paix de cœur, qui se conserve entre les adversitez par la paiience . et qui nous rend gracieux et bénins à secourir le pro-
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chain par une bonté cordiale envers iceluy, bonté qui n'est point varinble , ains constante et persévérante, d'autant qu'elle nousdonne un courage de longue entendue, ati moyen de quoy nous sommes rendus doux , aflables , et condescendans envers tous, supportans leurs humeurs et imperfections , et leur gardansune loyauté parfaicte, tesmoignans une simplicité accompagnée de confiance , tant en no& paroles qu'en nos actions ; vîvans modestement et humblement; retranchans toutes superfluitezet tous desordres au boire, manger, vestir, coucher, jeux , passe-temps, et autres telles convoitises voluptueuses, par une saincte continence , et reprimans surtout les inclinations et séditions de la chair par une soigneuse chasteté, afin que toute nostre personne soit occupée en la divine dilection , tant intérieurement par la joye, paix , patience , longanimité , bonté et loyauté, comme aussi extérieurement par la bénignité, mansuétude, modestie, continence et chasteté.
Or, la dilection est a ppellée fruict , en tantqu'elle nousdelecte, et que nous jouyssons de sa délicieuse suavité, comme d'une vraye pomme de paradis, recueillie de l'arbre de vie , qui est le Sainct-Esprit enté sur nos esprits humains, et habitant en nous par sa miséricorde infinie. Mais q uand non-seulement nous nous resjouyssons en cette divine dilection, et jouyssons de sa délicieuse douceur, ains que nous establissons toute nostre gloire en icelle comme en la couronne de nostre bonheur, alors elle n'est pas seulement un fruict doux à nostre gosier, mais elle est une béatitude et félicité tres-desirable , non-seulement parce qu'elle nous asseure la félicité de l'autre vie, mais parce qu'en celle-cy , elle nousdonne un contentement d'inestimable valeur , contentement lequel est si fort que les eaux des tribulations et les fleuves des persécutions ne le peuvent esteindre; ains non-seulement il ne périt pas, mais il s'en richit parmy les pauvretez ; il s'agrandit es abjections et humiliiez; il seresjouyteniro les larmes ; il se renforce d'estre abandonne do la justice, et privé de l'assistance d'icelle , lorsque la reclamant nul ne Iny en donne ; il se recrée emmy la compassion cC commisération , lorsqu'il est envirouiié demiserabfes et souffreteux ; Il se dôibct(f 'dii'
renoncer à loiilo» sortes de (ielicos sensuelles et mondainos pour obtenir In pureté et neltelé du cœur; il fait vaillance d'assoupir les guerres , noise» ot dis^ensions, et de mespriser les grandeurs et réputations teniporelles; il se revigore d*endurer toutes sortes de souffrances, et tient que sa vrayp vie consiste à mourir pour le bien-aimé.
De sorte, Theotime, qu'en somme la tres-saincte dilection est une vertu , un don , un fruicl et une béatitude. En qualité de vertu , elle nous rend obeissans aux inspirations intérieures que Dieu nous donne par ses commandemens et conseils, •n Texecution desquels on practique loutes ^rtus, dont la dilcctiun est la vertu de 'ipules les vertus. En qualité de don , la di- Àrtion nous rend souples et maniable» aux inspirations intérieures, qui sont comme le^ commandemens et conseils secrets de Dieu , à l'exécution desquels sont employez les i^ept dons du Sainct-E prit , si que la dilection est le don des dons. En qualiU^de fruict, elle nous donne un goust et plaisir extresme en la practique de la vie dévote, qui se sent es douze fruits du Siiincl-Esprit, et partant elle est le fruict lies fruicts. En qualité de b(>atitude, elle non:» fait prendre à faveur exlro.-me et 8iiiy;uliiT honneur les affronts, calomnies, vitupères et opprobres que le niundo nous fait; et nous fait quitter, r<^uonccr et rcjetter tuulc autre gloire, sinon celle qui procède du bien-ninié crucilix, pour laquelle nous nousgioriû>ns on rabjeclion , abtie*j;alion et aneunii^scment de nousmebuies, ne voulant d'autres marques de mnjrsté, que la couronne d'espines du crucifix , le sceptre de son roseau , le munteU>t de mespris qui lui fut imposé, et le tlirosne de sa croix , sur leipiel les amoureux siicrcz ont plus do contentement , (le joye , de gloire et de félicité que janii<is Salomon n*eust sur son tlirosne d'yvoire.
Ainsi la dilection est maintesfois represemée par la gren de, qui tirant ses proprietrz du grenadier , ne peut estre dite la vertu d'iceluy; comme eucijre elle semble estre son don, qu'il offre à riiomme par amour ; et ?on fruict , puisqu'elle est mangée pour recréer le goust de Thomme; et ep&n oUe «94| par maiiere de dire, m
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