CHAPITRE n
Qu'il tant «voir an désir conlinoel d'einer.
« Thésaurisez des Ihresors au ciel (4). » Un thresor ne su (lit pas au gré de ce divin amant; ains il veut que nous ayons tant de thresor que nostre thresor soit composé de plusieurs thresors ; c'e.tt-à-dire, Theotimo, qu'il faut avoir un désir insatiable d'aimer Dieu, pour joindre tousjours dilection A dilection. Qu'e;it-ce qui presse si fort les avettes d'accroistre leur miel , sinon fàmour qu'elles ont pour luy? 0 oosurde I (1) lutuu VI, m.
TRAITÉ DE L'AMOUR DE DIEU
mon ame , qui es créé pour aimer le bien infiny, quel amour peux-tu désirer, sinott rel amour qui est le plus desiriible de tous les amours ? Helas 1 ô ame de mon cœur? (|uoI désir peux-tu aimer, sinon le plus aimable de tous les désirs? 0 amour des désirs sacrez ! ô désirs du sainct amour I ô «pio fai convoité de désirer vos perfections (4) !
Le malade degousté n'a pas appétit de mniiger , mais il souhaite d*avoir appétit; il ne désire pas la viande , mais il désire de la désirer. Theotime, de sçavoir si nous aimons Dieu sur toutes choses, il n'est pas en nostro pouvoir, si Dieu mesme ne nous le révèle : mais nous pouvons bien sçavoir si nous desirons de l'aimer; et quand nous sentons en nous le désir de l'amour sacré, nous sçavons que nous commençons d'aimer. C'est nostre partie sensuelle et animale qui demande à manger , mais c'est nostre partie raisonnable qui désire cet appétit : et d'autant que la partie sensuelle n'obéit pas tousjours à la partie raisonnable , il arrive maintesfois que nous desirons l'appétit et ne le pouvons pas avoir.
Mais le désir d'aimer et l'amour dépendent de la mesme volonté; c'est pourquoy, soudain que nous avons formé le vray désir d'aimer, nous commençons d'avoir de Tamour ; et à mesure que ce désir va croissant, l'amour aussi va s'augmentant. Qui désire ardemment l'amour, aimera bientôt avec ardeur. 0 Dieu l qui nous fera la grâce , Theotime , que nous bruslions de ce désir, qui est le désir des pauvres et la préparation de leur cour (2) que Dieu exauce volontiers? qui n'est pas asseuré d'aimer Dieu, il est pauvre; et s'il désire de l'aimer, il est mendiant, mais m. ndianl de l'heureuse mendicité , de la- (juolle le Sauveur a dit : a Bienheureux » sont les mendians d'esprit ; car à eux ap- » parlient le royaume des cieux (3) î »
Ti'l fut S. Augustin , quand il s'écria : 0 aimer! ô marcher 1 ô mourir à soyiiic=me 1 ô parvenir à Dieu I Tel S. François , disant : Que je meure de ton amour , ô l'amy de mon cœur , qui as daigné mourir pour mon amour. Telles saincte Catherine de Gennes et la bienheureuse
(1) PMlm. cxxiu »0. — <l) Ibld. ix, S9.
I mère Thérèse, quand , comme biches spl» ! rituelles , pantelantes et mourantes de la soif du divin amour, elles lançoient cette voix : a Hé 1 Seigneur, donnez-moy cette » eau (0- »
L'avarice temporelle par laquelle on de> sire avidement les thresors terrestres , est la racine de tous maux (%) ; mais l'ayarice spirituelle par laquelle on souhaite incessamment le fin or de l'amour sacré , est la racine de tous biens. Qui bien désire la dilection, bien la cherche; qui bien la cherche, bien la trouve; qui bien la trouve, il a trouvé la source de la vie de laquelle il puisera le salut du Seigneur (3). Crions nuict et jour, Theotime : Venez, ô Sainct« Esprit, remplissez les cœurs de vos fide* ; les, et allumez en iceux le feu de voslre amour. 0 amour céleste, quand comblerez-vous mon ame ?