‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 245 sur 365 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Qae poar ayoir le désir de ramour gacré , il CmI retrancher les aatres désirs.

Pourquoy pense^vous, Theotime, que les chiens, en la saison princanniere, perdent plus souvent qu'en autre temps la trace et piste de la beste? C'est parce, disent les chasseurs et les philosophes, que les herbes et fleurs sont alors en leur vigueur ; si que la variété des odeurs qu'elles respandent estouffe tellement le sentiment des chiens , qu'ils ne sçaveut ny choisir ny suivre la senteur de la proye entre tant de diverses senteurs que la terre exhale. Certes, ces âmes qui foisonnent continuellement en désirs , desseins et projets, ne désirent jamais comme il faut le sainci amour céleste , ny ne peuvent bien sentir la trace amoureuse et piste du divin bienaimé , qui est comparé au chevreuil et petit faon de biche (4).

Le lys n'a point de saison, ains fleurit tost ou tard , selon qu'on le plante plus ou moins avant en terre : car si on ne le pousse que de trois doigts en terre , il fleurira incontinent; mais si on le pousse six ou neuf doigts , ii fleurira aussi tousjours plus tarda mesme proportion. Si le cœur qui prétend à l'amour divin, est fort enfoncé dans les affaires terrestres et ternit) Joaa. IV. U. " (t) I. Tin. vt, se , (SJ ProTtrb. Tiii, M. ~ (4) CsBi. Cut u. t.

UTRR Xn. CH4PITRE IV.

, Il Beurin lard et difScilement ; mis l'il n'Mt dans le monde que justsment salant f]ue sa condition le requiert, vous le verrez bientost Deurir en la diiection, et rospandra son odour agréable.

Poarcela les raincte se retirèrent es soiiludes, afin que despris des solliciludeB mondainea, ils vacassent plus ardemment ■a «leste amour. Pour cela l'espoui^e sac^ Termoit l'un de ses yntx (1), aSn d'unir f^usTortement sa veuë en l'aulre seul, El viser plus jaslement par ce moyen au milieu do cœur de son bien-aimd qu'elle veut brusler d'amour. Pour cela ellemesme lient sa perruque telTeraent plicée et ramassée dans sa tresse , qu'elle sembloit n'avoir qu'wn seul cheveu (3) duquel •Ile se sert comme d'une chaisne pour lier et ravir le cœur de son espoox, qu'elle nod esclave de sa dilection.

Les âmes qui désirent tout de bon d'aimer Dieu , ferment leur entendement aux diuflurs des choses mondaines pour l'employer plus ardemment es méditations des clioaes divines, et ramassent toutes leurs prétentions sous l'unique intention qu'elles ont d'aimer uniquimenl Dieu. Quicouqne désire quelque chose qu'il ne désire pas pour Dieu, il en désire moins Dinu.

Un religieux demiinda au bienheureux Gilles ce qu'il pourroit faire de pi us agreatde à Dieu. Il lui respondit en chantant : Une à UD, une à un ; c'est-à<dire une seule ame à on seul Dieu. Tant de désirs et d'a- Dwnr eo un osur sont comme plusieurs ■nranasurtinemammelle, qui, ne pouvant tetter tous ensemble, la pressent (antost l'on , tantost l'autre , à l'envy, et la font enBii tarir ^t dessécher. Qui prétend au divin amour, doit soigneusement réserver •on loisir, son esprit et ses affectioDS pour cela.

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