‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 251 sur 365 · SVBSQUB DB GENEVE, AUX SOEURS DU MONASTERE DE LA VISITATION D'ANNECY · texte numérisé non relu

SVBSQUB DB GENEVE, AUX SOEURS DU MONASTERE DE LA VISITATION D'ANNECY

Qolcoiique a tantsoii peu de cognoissance A la discipline de l'Eglise, ne peut ignorer que dès son commencement il n'y eust une tres-grandequantitédefiUes et femmes coDsacrées au service de Dieu par le vœu de la saincte continence. Sainct Ignace, disciple des apostres , escrivant aux Philippiens : « Je salue, dit-il, l'assemblée des vierges,

• et la congrégation des vefves. » Et ailleurs il recommande à ceux de Tliarse d'honorer les vierges comme consacrées à Dieu , et les vefves comme l'autel ou sacraire de Dieu. Et en l'epistre aux Antiochiens: c Que les vierges, dit-il, recognois- » sent à qui elles sont consacrées. » Et finalement à Héron : a Conserve les vierges, » comme Joyaux de Jesus-Christ » Rufin en son histoire (4)^ tesmoigne que saincte Hélène, mère de Constantin, en trouva desjâ une troupe enHierusalem. En somme, toute l'antiquité rend un ample tesmoignage à cette vérité (2). Mais pour le présent celuy de sainct Grégoire Nazianzene suffira. « Il

> y a, dit-il, plusieurs femmes en toutes les

• régions, que la salutaire doctrine de Je- » sus-Christ a parcourues, desquelles une » partie vit en société , nourrissant un B mesme désir de la vie céleste, et suivant » un mesme institut de vie : mais les au-

> très assistent soigneusement à leurs pe- » res et mères infirmes ^ et à leurs frères » témoins de leur chasteté. »

Or presque toutes, tant les unes que les autree, mais nôtanunent celles de la première bande , qui vivoient en congrégation, estoient consacrées par des v<bux publics et grandement célèbres (3) : car qu'est-ce que sainct Ambroise ne dit pas à

(1) L. I. c. 8. Il Ml. — (1) Ad HêlUmium.

(9 A4 Virg. lap$. o. • — IniH; Ub. 3, éê Virg.

la vierge decbutf sur ce sujet? Et ne tes» moigne-t-il pas que sa sœur saincte Marcelline fut consacrée par le pape Libère en l'église de Sainct4Herre de Rome , et le propre jour de Noël? Certes c'estoient ordinairement les evesques qui celebroient ces consécrations , comme il est ordonné au concile de Carthage(4 ), auquel le grand sainct Augustin assista, et par sainct Léon le premier, escrivant aux evesques d'Allemagne et de France : et est commandé dans le pontifical, que l'on ne les fasse qu'es jours de feste ou de dimanche.

Mais quand je dis qu'elles estoient consacrées par des vœux célèbres et publics , je «e veux pas pourtant dire, qu'ils fussent solemnels de la solemnité dont les scholastiques et canonistes perlent , par laquelle les mariages contractez par les religieuses sont totalement invalides : car encore que d'un commun consentement de tous les saincts pères, et selon la parole du grand apostre (2), les vierges et vefves qui par vœu et profession publique estoient consacrées à Dieu, ayent tousjours esté tenues en exécration , lors qu'elles rompoient et violoient leur vcsu , si est-ce que , comme dit clairement sainct Augustin (3) au livre du bien de la viduité, leurs mariages subsistoient, l'invalidité de telles nopces ayant seulement esté introduites premieremen t par l'autorité ordinaire de quelques evesques en leur diocèse, puis par le concile gênerai tenu à Rome environ l'an 4436 ou 4439 (4) sous Innocent second.

Et bien que plusieurs anciens et graves scholastiques pepserent jadis que cette so*

(I) M, q. 6. oa. 1 «t t. dift. 93, c 14. Cône. 1 ,1 §14 L90, niêi. 86, alioi 88. «f nfmrtur diêt. 88, e. 8. (1) Timoth» 8. T. 11 — (Sj Cap. 8 ei lo, e. 8. (4) Vie* PM. . 1. 9, e. SI , d# bono $tatmu Ètf, '

PREFACE

icmnité estoit une propriété naturelle et essentielle des vœux de religion ; si est-ce (\iiQ le pape Boniface VIII, ayant du depuis déterminé le contraire , il n*y a plus lieu quelconque d*en disputer ; ains fautavoiier ingenuëmont, que cette propriété n*est nullement inséparable des vœux de religion , puisqu'anciennement les plus célèbres et aaincts religieux faisoient leurs professions sans icelle, et qu'en nostreagelepape Grégoire XIII Ta attachée aux vœux simples , en faveur de la tres-illustre compagnie du nom de Jésus; déclarant assez en cela, que cotte solemnité dépend tellement de l'autorité de l'Eglise, qu'elle la peut oster aux vœux solemnels, sans pour cela les rendre simples ; et Tadjouter aux vœux simples, sans pour cela les rendre solemnels , selon qu*il est expédient au bien des âmes , et à la gloire du Créateur : ainsi qu'ont doctement expliqué le chancelier Jean Gerson , les cardinaux Caictan et Bellarmin, les docteurs Lessius et Âzor, et briefvement , mais pertinemment à son accoustumée »

Hierome Platus en ces beaux livres , Du bien de l'EUit religieux , et enfin le très* docte Thomas Sanchez, qui en cite une légion d'autres (4).

Il y a donc eu cy-devant, et y a encore en ce temps des congrégations de femmes consacrées à Dieu, en deux sortes : car les unes ont esté establies en titre de religion, par les vœux solemnels : et les autres en titre de simple congrégation , ou par les vœux simples, ou par l'oblalion, ou par quelque autre sorte de profession sacrée. Ainsi le tres-glorieux saincl Charles, miroir des prélats de ce temps , et à son exemple les révérend issi mes evesques de sa province, ont érigé plusieurs congrégations de diverses façons (2). Car voicy ce qu'en a escrit l'auteur de l'Histoire de sa vie après qu'il a dit : « Que cet admirable prélat in- » duisil plusieurs hommes à la chasteté : » mais le nombredes femmes, adjoute-t-il, 9 fut beaucoup plus grand, se remplissant • des vierges, non-seulement les cloislres > sacrez , ains aussi divers nouveaux col- » leges fondez à celte intention en la cité » et diocèse : outre la compagoiede saincte » Ursule , qui estoit eslenduè' presque en

(1) Um., 1. 1.*. 4. tf«6. • » Jjwr, 1. io.e.t,q.t«lt{ Ptoi.,L tifib ti; 5MC*., llëtwmtr,, dkv^ mm m.

» toutes parts, si pleine de bonnes vierges, » que plusieurs monastères en eussent esté

> remplis : et semblablement la compa- • gnie de saincte Anne , si nombreuse en

> femmes et vefves, qui servoieot Dieu avec

> beaucoup de pureté , sous l'observance » de leurs propres regles. b Ainsi saincte Françoise Romaine , divinement inspirée, institua la maison de la Tour-desrMiroirs, eo titre de simple congrégation , qui est encore en grande splendeur de pieté à Rome ; comme aussi à Cremone la congrégation des vierges de Nostre-Dame : et de mesme en y a-t-il eo plusieure autres tlh droits.

Or, mes tree-cheree sœurs, voetre ooiigregation a esté jusqu'à présent de oetto seconde sorte , avec beaucoup de pratique d'une solide pieté pour l'avancement de vos âmes, et de beaucoup de bonne odeur poor l'édification du prochain. Mais depuis qu'il plut à la divine Providence que cette petite compagnie, comme une ruche d'avettee mystiques, jettasl des nouveaux essaims » et qu'elle fustestoblie à Lyon et à Moulins, le tres*illustre et reverendissime arohevet* que de Lyon, monseigneur DenysSimonde Marquemont, jugea qu'il estoit expédient qu'elle fust réduite en religion , pour plusieurs raisons que sa grande sagesse et pieté iuy suggérèrent : et Dieu a béni ce dessein. Car enfin après plusieurs difficultez , desquelles les projets du service de Dieu ne sont jamais exempts, nostresainct père Paui V m'a commis pour ériger vostre maison en titre de religion, avec toutes les prérogatives dont jouyssent les autres ordres religieux , et ce sous la règle du glorieux sainct Augustin. Pour cela doncques je vous présente cette sacrée règle , que vous suivrez meshuy comme le vray chemin auquel vous devez marcher pour parvenir à la perfection de la vie religieuse r y ayant joint vos constitutions , qui sont comme des marques mises en ce chemin , afin que vous le sçachiez mieux tenir. Car comme disent les docteurs, les regles des religions proposent les moyens de se perfectionner au service de Dieu , et les constitutions monstrent la façon avec laquelle il les faut employer, comme, par exemple, celte regle commande qu'on vacque soigneusement aux prières; et les constitutions particularisent le temps, la quantité

DE S. FRANÇOIS DB SALES

et la qualité des prières qu'il faut faire. La re^le ordonne qu*on ne regarde pas indiscreltement les hommes ; et les constitutions enseignent , comme pour exécuter cette règle, qu'il faut tenir la veuë basse , et le Toile sur le visage, en diverses occurrences : desorteque , pour le dire en un mot, la règle enseigne ce qu*il faut faire, et les constitutions comme on le doit faire : et de là vient, ainsi que les roesmes docteurs (4) remarquent, que les régies, comme fondefflens principaux de la vie religieuse , doivent ostre approuvées par Tautorité de l'Eglise catholique , ou par décret apostolique : mais les constitutions , qui ne contiennent que les moyens et la méthode de bien observer la règle , n'ont nul besoin d'eatre confirmées par l'autorité des suporieaiB ordinaires, ou par les chapitres des reUgiona.

le açay bien qu'au commencement de rSglise, les congrégations religieuses durèrent quelque temps , et firent des merveillee au service de Dieu, sans avoir presque aucunes règles escrites, ainspar la seule observance des coutumes, que la commune practique et dévotion des âmes qui a'estoient assemblées a voit introduites, et par la bonne conduite des supérieurs, suivie de la parfaicte obéissance des inférieurs , desquels la simplicité et bonne foy tenoient heureusement lieu de loy. Mais environ le temps de Gonstantin-le-Grand, sainct Paoome receut de la main d'un ange une règle escri te dans un tableau, que ses monastères tant d'hommes que de femmes observent. Peu après le grand sainct Bazile, entre les pères grecs, escrivit une régla très -excellente pour ses religieux, comme fit sainct Augustin entra les Latins pour les siens; et saincte Melanie la jeune, ayant dressé une congrégation en Hierusalem y leur donna aussi une belle règle. Et depuis plusieurs instituteurs de divers ordres de religieux ont laissé des autres tressaioctes règles , ou du moins des constitutions, qui tiennent lieu de règles pour leurs congrégations, comme le grand patriarche sainct Ben(iist , duquel la règle est si hautement loiiée par sainct Gregoire-le- Grand, le seruphique saint François d'Assise , sainct Bruno , sainct François de

(i) fiée ÀMor, 1. 11. 0. 11, q. 12 . •! Joan. as Saloê» %éÊlt§' MCI. 19, «t àiêp. M, êêet. 10.

Paule , le bienheureux Ignace de Loyola.

Mais la grande autorité de sainct Augustin, méritée par la très-excellente saincteté de sa vie , et par l'inconiparable doctrine dont il a orné l'Eglise, a faitqu'enlix' tous les législateurs des ordres religieux . il a été le plussuivy. Aussi nostre Sauveur habitant en luy, comme parle sainct Hierosme (4), luy inspira cette règle, tellemeni animée de l'esprit de charité, qu'en tout et partout elle ne respire que douceur, suavité et bénignité , et par ce moyen est pro* pre à toute sorte de personnes , de nations et de complexions : si que ce grand homme apostolique l'escrivant , pouvoit bien dire à l'imitation de l'apostre : J'ai été fait tout à tous, afin de les sauver tous. Qui fait que non-seulement plusieurs congrégations de religieux Cloistriers, comme celles des chanoines et clers réguliers , des Eremitains , de sainct Dominique , de sainct Hierosme, de sainct Antoine , de Presmontré , des Serviteurs , des Crucifères ; mais aussi les ordres de plusieurs religieux chevaliers , comme ceux de sainct Jean de Hierusalem, ceux des saincts Maurice et Lazare , les Theutoniques, ceux de sainct Jacques, et plusieurs autres se sont rangez sous l'estendard de cet admirable conducteur.

Or bien que cette règle soit visiblement tres-saincte , et que comme appreuvée de l'Eglise, elle doive estre hors de toutes censures : ains que le seul nom de celuy qui l'escrivit la deust rendre vénérable à tous ceux qui portent le titre de chreslien ; si est-ce que la folle témérité des enfans du monde ne laisse pas de vouloir y trouver je ne sçay quoy à dire , par manière d'affectée curiosité; et partant enfin que nul ne vous puisse troubler sur cette occasion je veux prévenir leurs questions et deman. des frivoles, et par ce mesme moyeu esclaircir quelques difficultez qui pourraient arrester vostre esprit en la lecture d'icelle.

c Ce que le glorieux père commande • avant toutes choses, que l'on ayme Dieu B et le prochain , • n'est pas mis en sa règle comme pour vouloir faire penser qu'il soit l'auteur de oes oommandemens : car qui ne sçait que non-seulement ils sont de Dieu, ains qu'ils sont le suc , la moiielle et l'abrégé de toute la loy de Dieu? mais oe que Dieu a commandé, ce sien serviteur is

(1) Eput.

«^1 PRF

rMornmnndc, comme la Bn et prétention uniquo pour iHquelte il a dressé sa règle et 6« rongregaiion et â laquelle tout se rap-

Cf qu'il dit, « Ce sont icy les choses que » nous vous commandons , à ce que vous ■ les observiez, » ne doit donner aaciin scrnpule aui sceurs , comme si celte règle nbligsoiten tous ses articles sous peine de pecM ; car cela n'est pas, ainsi qu'après le grands. Thomas (<), les docleurs plus aseeurt^sontobaervé. Et de fait, la parole latine de précepte dont S. Augustin use, ne porte pas tousjours force de commandement ab-mlu , ains fort souvent signifi.e la méthode, lemoycn, la manière, l'instruction et l'erl pour bien faire quoique chose : voire mesme elle est prise quelquefois pour un simple advis de ce qui est expédient. Ainsi disons-nous que la logique contient les préceptes de bien argumenter, la rhétorique les préceptes de bien parler, ou haranguer : et a p{iel Ions précepteurs, non tant ceus qui nous commandent, comme ceux qui nous instruisent. De sorte que celle saincle règle n'oblige point à péché, sinon Es articles principaux requis à l'observance des trois vœux , ainsi qu'il est plus amplement déclaré à la fin des constitutions.

Plusieurs pensent que les relies religieuses doivent taxer et déterminer les peines aux contrevenans et delinquans, mais ils se trompent : car il n'y en a point en la règle de S. Banle u; en celle-cy, comme vous le verrez , sinon celle de l'éjection. Et certes, puîsqu'aussi bien faul-il ordinairement que les supérieurs modèrent ou aggravent les loix punitives par lit considération des diverses circonstances qui accroissent DU diminuent les fauteg.n'esUI \ pas bon de laisser les impositions des pénitences à leur jugement et prudence.

Il y a voirement en cette règle quelques articles, qui semblent n'avoir plus aucun usa^e, comme par exemple ■ de n'aller aux n*bains que tous les mois ; et que les sœurs n ne sortent pas qu'accompagnées, * car on ne doit plus sortir maintenant, que pour des causes si grandes , si nécessaires et rares, qu'on peut dire en vérité que les soeurs observantes ne sortent jamais : et

ilinr. II». I»,>.ll.4'1, H&ytc. rirto Rclig. II.

neantmoinB ces at6àm3alân

de lumière pcmr faire voir comme d doivent observer quelques autres ql encore mainlenarrt en usage.

En l'article qui dit : ■ Domptes^ » chair par [eusnes et abstinences, '

■ que vostre santé le permet, » lÉ heureux [«rené donne pas la liberti cela â chaque religieusede faire dosi riiez de sa teste, ny de discerner oel sanlé lui permet ; car au contraire.e il est porté on un autre article , c'« supérieure de fairedistribuerleaviv^ égalementà toutei; mais à chacuM qiî'il est expédient; et au livre t Moeurs de l'Eglise (*), descrivant I»

de vivre des religieux et religieuse» t temps, il dit : o Que plusieurs de fort» 1 plexion s'accommod oient de vivrefi

■ les inhrmes , afin de ne point tti » particu la riiez. >> Et que quand lesl refusoient de boire et de manger i leurestoit convenable, on lèsent) de peur que par une vaine superstiti ne se rendissent plus débiles que f plustost malades que mortifiez. Ceq veritéarrîvoàplusieurs.nDtammsnt} les femmes, qui , trompées de leur l nation, constituent la satnctelé en Cl rilé, et entreprennent plus aisenH priver leurs estomachs de vianda leurs cŒurs de leur propre volonté I

Celle qui à la charge des auireâ e pellée préposée , comme qui dirolt o posée au-devant ou au-dessus de It gregalion, et qui est présidente à H qu'on pourroit aussi appeller pr«f mais parce que ces mots ne sont pa tés, on les a puetdeu changer eno mère ou abbesse , ou bien prieure, perieure ; et parce que le dernier et I mier de ceux-cy sont plus simples, gnlfient la mesme cho?e que celuy A posée , il a esté treuvé bon que vo retinssiez , notamment celuy de i d'autant que le sninct Père dit enfin : B les sceurs oheyssent à la supei

■ comme â leur mère. >

Il est dit au bout de la r^Ie :

« l'on obeysse A la supérieure , et ï coup plus au prestre qui a soin d > tes. J> Mais qui est donc ce presli a soin de toutes? Cer^ d'autant la règle des frères, aussi bien qu'en

DE S. FRANÇOIS DE SALES

di» lœfirs, celte ubeyssance au preslre (rt souvent inculquée, ceux que j'ay veu é» interprètes de celle règle (4) ont creu qoe c'estoit l'evesque, d'autant, dit un feutre ein qui a fail de bonnes et belles mnarques sur icelle , que les chanoines ngoliers en dependoient : mais depuis fÊt les evesques et leur clergé se sont MT dispense apostolique sécularisez, cet ■rire n'est plus gardé. Or à la verilé dire, jiiaiit à ce poinct, je ne puis consentir à 0tte interprétation : car encore qu*au nmencement de rE<;lise les noms de mtre et d'evesque fusseni souvent conndos, et passent Tun pour Tautre , ainsi ■'il est aisé à voir es actes et es epistres BS saincts apostres, si est-ce que du mçB de sainct Augustin , ces mots n*es- «eni plus en cet usage : et n'appelloit-on It les prestres evesques, ny les evesques ■plement prestres, comme luy-mesme itesmoigne en Tepistre (2) qu'il a escrite Minci Uierosme , et ne me souvient pas ne jamais sainct Augustin en ait usé aumnent; de sorte qu'il n'y a doncques oint d'apparence qu'il ait mis si souvent ins sa règle, le mot do prostré pour ceiid'evesque, puisque mesme les monasves des filles et femmes estoient en grand ombre au diocèse d'Hippone , et que l'e- BK|ue n'eust peu estre ainsi |)artout. Mais squim'ostedu tout de doute en ce poinct, oit que sainct Augustin en cette mesmc sgle des sœurs , distingue clairement le restre d'avec Pevesque, disant : «Que si quelque sœur est convaincue d'avoir reeeu des lettres, ou presens en secret, elle doit estre griefvement corrigée et chasliée, selon qu^il sera advisé par la supérieure, ou par le preslre , ou mesme par Tevesque. > Ainsi est distingué le prèst d'avec l'evesque. Et presque en mesme jjet , au troisiesme concile de Carthage, uquel ce sainct père fut présent : a Lorsque les vierges sacrées seront destituées de leurs pères et mères qui les protegeoient , qu'elles soient retirées en quelque monastère de vierges, par la providence de l'evesque , ou bien par celle du prestre , si l'evesque est absent. » Ce Hil les paroles du concile. Mais il y a plus : ir aff commencement de l'epistre où la

;i) Syto. oêrb. B»l 11. iadê 8«rob«r, ta fon ItaMmritm

règle est insérée, il est parlé manifestement de ce mesme prestre qui avoit soin du monastère , sous le nom de prevost ou prefect.

Et certes je confesse que non-seulement en la primitive Eglise, et jusques au temps du grand sainct Augustin, mais aussi plusieurs siècles après, les religieux et religieuses vivoient sous l'obeyssance des eve^ ques , car c'est une vérité trop certaine poOT estre niée , trop évidente pour estre ignorée, puisque Gratian au décret , Edinerus en la Vie de sainct Anselme , sainct Bernard au troisiesme livre de la Considération, et en l'epistre qu'il escrit à l'archevesque de Sens Henry, et mesme le maistre de THistoire de l'Eglise Baronius , le tesmoignent en termes qu'on ne peut dissimuler (4). Nous avons mesme encore en ce diocèse de Genève quelques monastères de chanoines réguliers, qui sont de la jurisdiction episcopale; et il y en a plusieurs ailleurs, notamment de filles , qui , selon l'ancienne discipline , sont en mesme condition. En foy de quoy il appert par Testât de l'église de Milan, que de soixante et un monastères de religieuses qu'il y a , quarante-six sont sous la charge de l'archeveaque , ny en ayant que quinze en celle des réguliers. Mais pour tout cela il ne s'ensuit pas que les evesques soyent, ou fussent les prestres de ces monastères, ains ils en ont et avoienl seulement la surintendance et jurisdiclion générale comme des autres églises non exemptes de leurs diocèse^. Ce prestre doncques , dont il est parlé en la règle, esloit ou le curé, qui , comme a remarqué le docte Filesac (2), théologien de Paris, estoit jadis nommé simplement, le prestre, par excellence : ou bien c'estoitle prestre particulier, auquel l'evesque avoil commis le soin du monastère pour les choses spirituelles et administration des sacremens. Et vrayment en cette ancienne église , les religieuses alloient au service divin aux églises parocliiales. Saint Hierosme en l'epitaphe de saincte Paule, parlant des religieuses qui etoient es trois monastères de Bethléem: « Elles sortoient, » dit-il , seulement le jour de dimanche » pour aller à l'église qui estoit à costé de

(1) it, q. 1. ea, It, it, la. q. t. ea. 11« 14, U, 11. 11,11 êi M. têm, tdêConêU., c k. Eput. 41 m /ta* Su» anno Ckrûti 67t.

(t) l» êu» êrmei. d# Pmrm0kin

PREFACE

» leur séjour, chaque troupe suivant sa » mère, et de là s'en retournant, elles s*ap-

> pliquoientaux exercices qui leur estoient » assignez. Sainct Pacome et ses religic^ux

> appeloient un des prestres du voisinage » pour recevoir la divine eucharistie (est-il » dit en sa Vie), et les immortels sacre-

> mens, estimant, disoit-il, que c'est chose » profitiible aux monastères de communi- » quer aux églises. » La raison de cecy fut, que les prestres estoient rares. Tordre de preslrise estant en si grande considération parmy ces anciens , que peu de gens osoicnt se faire promouvoir. Tant y a donc que le prestre , dont il est parlé en la règle, estoit ou le curé, ou celuy que Tevesquo commette! t à part pour le monastère , comme qui diroit le père spirituel. Et tout ainsi que la supérieure a voit la direction ordinaire des religieuses, aussi ôs choses dimportance et extraordinaires on appetloit le père spirituel. Et si cela ne suffisoit, on recouroil finalement à Tevesque.

Ce qui est deffendu : « Que Ton ne porte » les voiles si déliez, qu*on puisse voir à » travers la coiffure. » Cest parce qu*en Afrique, païs extrêmement chaud, les Biles el les femmes ne plioient leurs cheveux qu'avec des petites cx)iffes de filets , qu'on appelle en latin reliola , comme petits rets de filets , et en français du laeii , comme petits lacs ou lacets, mais de deçà les coiffures des religieuses observantes sont d'autre sorte : outre qu'elles se tondent, et toutefois ne laissent pas de devoir observer que leurs voiles ne soient pas tmnsparens.

Je n'ay pas étendu au long ce que le sainct père met en l'article , par lequel il deffend l'amitié sensuelle entre les soeurs , d'autanlque selon la nécessité de ce tempslà , et de la province en laquelle il vivoit, il marque certaines particularités peu conntiës es contrées de deçà , et dont la malice porte quant et soy tant d'horreur, qu*il n'est pas besoin d'en exprimer plus clairement la prohibition.

Ce que porte la règle : c De demander > tous les jours les livres à T heure assi- » gnee , > regarde ce tcmps«là , auquel riniprimorie n*estunl pas encore exercée, on ne pouvoit pas avoir les livres à commodité ; ains estoit requb de les lire i*uû après Tautre.

c Ce qu'il donne permitsioD au tœors » d'aller une fois le mois aux etoves , t provient de la bonne opinion qae les anciens avoient des bains , lesquels comme plusieurs prenoient pour le seul plaisir, aussi les autres, notamment es régions chaleureuses, les prenoient pour tenir leurs corps nets des crasses que le hasie et 1m sueurs salées et adultes prodolaoient , et les autres pour la santé , qai certes est grandement aydée de la netteté.

Pline note(4)queCarmis, médecin lna^ seillois, renversa toute la méthode des a«> très médecins, et qu'entre autres choses, il ostoit l'usage des bains chauds, et faisoit des bains d'eau froide, et qu'il avoit vea des sénateurs, mesme en plein hy ver, grin* cer des dents dans ces bains froids. Sainct Augustin mesme racontant l'ennuy atresme qu'il eust du trépas de sa mère, dit* « Que pour s'en alléger, il alla aux bains, » ayant appris qu'ils estoient appeliez par » les Grecs d'un nom qui tesmoignoit leur

> efficace à chasser Tennuy et la melancbo- » lie (2). » Donc ce n'est pas merveille s'il les permet aux sœurs , selon que la coa* tume de ce païs-Ià , et le conseil des médecins le requeroit : puis que principale* ment il advertit si soigneusement qu'oo n'en use pas pour plaisir, ains seulement ou pour la netteté ou pour la santé. Certes sainct Polycarpe, disciple des apostres, an récit de sainct Irenée, a tesmoigné que le glorieux sainct Jean evangeliste entrant en un bain à Ephese pour se laver, et y ironvaut Cerinthus hérésiarque , dit à ceux qui estoient avec luy: « Retirons-nous hastive*

> mentd'icy, de peur que nous ne soyons » accablez de la chute de cette etuve, ea » laquelle est l'ennemy de la vérité. > Ce grand disciple bien-aimé de Nostre-Seigneur, ne faisant donc point de difficulté d'aller aux buins, qui pourra, je vous prie , censurer la douceur de sainct Au* gustin, s'il en permet l'usage aux soeurs de son ordre? Je voy que quelques-uns ont attribué cette action de sainct Jean à une spéciale inspiration , comme s'il fust allé uux bains pour avoir sujet de dire la célèbre parole qu'il dit contre Cerinthus; ' et je voy quant et quant ce sentiment mérite voirement de n'estrc pas mepi^sé , à cause du crédit que les auteurs d'iceluy

DE S. FRAIfÇOlS DE SALES.

ODt justement mérité parmy les amateurs ' des lettres sacrées : mais c*est une entorse neaotmoins que l'on donne à Thistoire en frreur de la rigoureuse et impitoyable austérité qu*on estime avoir deu régner en fseprit de ce grand sainct : car au reste ttint Irenée , qui est le premier escrivain de cette histoire , sur la ires-asseurée foy de sainct Polycarpe , dit au contraire expressément : «Que ce glorieux evangelisle talloit aux bains pour se laver : b et me semble que cela estoit fort convenable à son humeur naturelle , qui le portoit, non tant comme un aigle , que comme une Uancbe colombe, à désirer la netteté et du cœar et du corps , et le faisoit marcher comme un enfant de suavité, en son innoeence , avec plus de simplicité , de conlance et d^amour, que de timidité et d'affection à l'aspreté et rigueur : témoin sa petite perdrix avec laquelle il recreoit quelquefois son ame angelique. La charité anime les esprits des saincts de différentes perfections et affections , et empesche quelques-uns, comme sainct Jacque le Mineur, d'aller aux bains par la sévérité , y en faisant aller d'autres comme sainct Jean, par le juste soin de l'honnesteté et de la santé (4).

L'article de l'expulsion des incorrigibles est fascheux aux gens du monde , qui ne voudroient jamais revoir parmy eux les filles dont ils se sont une fois déchargez : et ceux qui l'ont veu cy devant en vos constitutions , l'ont apertement blasmé : mais comme disent les doctes Àzor et Lessius après plusieurs graves auteurs (2) , c'est un article du droit canon , et de droit de nature , et par conséquent de droit divin. Aussi S. Benoist , ce grand pero des moines de nostro Occident , Ta mis expressément en sa règle, pour les déserteurs et fugitifs. Et ce qui esl plus à mon propos , le nompareil sainct Augustin lordonne en cette saincte règle : de peur , dit-il , qu'une ame empestée n'empeste et infecte toute une congrégation. Ce que sainct Bernard , a dit en paroles différentes, mais en mesme sens : mieux vaut qu'un périsse que l'unité. Et ce grand Pacome vculut expulser Sylvain , et iuy ester l'habit vingt ans après

(1) Bier. in Catalog. êeript. «eel.

(t) AzoTy lib. is, cap. 6, q. 1; Ltêê, d# imit, ti Jftn, I. -, c 40, dub. k.

sa réception , parce qu'il s'estoit rendu incorrigible en ses bouffonneries. En effet cela eust esté exécuté si le bon moine Petronius n'eust intercédé pour Iuy , et ne se fust rendu caution de son futur amendement : charité qui succéda extresmoment bien ; car Sylvain se corrigea et mourut sainct.

Or remarquez cependant , je vous prie , en ce pou de points que je viens de traiter, que deffendant vostre règle , J'iiy aussi deffendu vos constitutions. Certes c'a esté une spéciale providence de Dieu , qu'entre toutes les règles , celle du glorieux sainct Augustin ait esté choisie pour servir de loy en vostre compagnie ; puisque desjà par un secret instinct du Sainct Esprit , vos constitutions furent dressées au commencement , en sorte qu'elles sont toutes conformes à cette saincte règle , laquelle par ce moyen vous observiez , sans y penser , avant qu'elle vous fust ordonnée; voire sans sçavoir quelle elle estoit : car quant â moy je l'avuis desjà bien veuë en la belle epistre 409 de sainct Augustin : mais ny je n'en avois pas la mémoire présente , ny je ne dressay pas ces constitutions selon mon seul entendement, ains beaucoup plus selon la dévote inclination des âmes , qui furent si heureuses d'estre appellées par l'esprit de Dieu pour commencer cette si pieuse manière de vie. En quoy je ne sçay comme quelques-uns se sont trompez , pensant que vostre institut soit ouvrage de ma seule cervelle , et par conséquent moins estimable. Car, je vous prie, de quelle autorité eussé-je pu vous ordonner une telle retraite , et vous obliger à une telle sorte de vie , sinon parla concurrence de vostre propre élection et volonté? Certes les conseils evangeliques ne peuvent eslre convertis en commandemens par nos supérieurs, si de nous- mesmes, librement et volontairement, nous ne nous obligeons à les observer par vœu , serment ou autre profession.

Mais à la vérité , voyant vostre congrégation petite en nombre du commencement, et toutefois grande en désir de se perfectionner de plus en plus au tres-sainct amour de Dieu , et de l'abnégation de toud autre amour, je fus obligéde l'assister soi* gneusement, me ressouvenant bien « que I Nostre-Seigneur , ainsi qu'il dit Iuy-

PREFACE DE S. FRANÇOIS DE SALES

» mesnie , vint en ce inonde pour le bien » de ses brebis, non-scuicment afin qu*el- » les eussent la vrayo vie , ains aussi afin » qu'elles Poussent plus abondamment : > et que pour la leur faire avoic plus abondante, il ne faut pas seulement les induire à Tobservance des commandemens ; mais encore à celle des conseils : et qu*eir cela ceux do ma condition doivent rendre fidèle service à ce divin mnistre , puisque, comme dit sainct Ambroise (4), ça toujours esté une particulière grâce aux evesques de semer les graines de Tintegrité , et d*exciter es âmes le désir et le soin de la virginité , comme firent jadis les premiers et plus grands serviteurs de Dieu , et ))asteurs de TEglise. Que si outre cela j*autorisay vostre méthode de servir Dieu, je ne fis rien que ce que je devais faire, comme déclara assez le tres-sainct père Paul V , quand départant de belles et amples indulgences à vostre congrégation , il dit : a Pourvou qu'elle soit appreuvée et » érigée par Tautorilé de l'evesque. »

Somme toute , mes tres-cheres filles , à Dieu soit honneur et gloire , qui de toute éternité prépara ces sainctes règles pour vostre congrégation , et vostre congrégation pour robservancede ces règles, ayant mesme ordonné par une conduite admirable de sa providence , que vus constitutions fu.^sent tout ainsi que des ruisseaux, qui coulent et tirent leur origine des propres paroles et de l'esprit d'icelles comme de leur vraye source et tres-pure fontinne : qui mefaithardimentTOus prononcer cet te exhortalion : Venez , ô filles de la bénédiction éternelle , et comme il fut dit à Ezechiel et au cher bien-aimé du bien-aimé de vos âmes : Venez , tenez , prenez , et

(1) Lib. S àê Virg.

mangez ce livre, ayalez4e, remptisfieien vos poictrines , et en nourrissez yos cœurs : que les paroles d'iceluy demenrent jour et nuict devant vos yeux pour les méditer » et sur vos bras pour les praiy tiquer, et que toutes vos entrailles en louent Dieu. II donnera de Tainertume à vostre intérieur : car , il xpus conduis à la parfaicte mortification de vostre propre amour ; mais il sera plus doux que le miel à vostre bouche , parce que c^est une consolation nompareille , de mortifier l'amour de nous-mesmes , pour faire vivre et régner en nous l'amour de celuy qui est mort pour l'amour de nous. Ainsi vostre trèsamere amertume se convertira en la suavité d'une paix tres-abondante , et vous serez comblées du vray bonheur. Je vous prie, mes sœurs; ains je vous supplie et conjure, mes filles bien-aimées, oyez, voyez , et considérez , vous avez esté instruites jusques à présent en ces obser^ vances : vous avez receu le voile sacré sous icelles : par icelles vous avez esté multipliées , et vous avez pris un sainct accroissement en âge , en nombre , et en pieté. Soyez donc fortes, fermes, constantes, invariables , et demeurez ainsi afin que rien ne vous sépare de l'Epoux céleste, qui vous a unies onsemblement, ny de cette union qui vous peut tenir unies à luy; en sorte que n'ayant toutes qu'un mesme cœur , et qu'une mesme ame , il soit luy-mesme vostre seule ame et vostre cœur. Bien-heureuse l'ame qui observera cette règle , car elle est fidèle et véritable: et à toutes les âmes qui la suivront, soient à jamais données abondamment la grâce, la paix et la consolation du Sainct-Ësprit. Ameu. VIVE JESUS i

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