CHAPITRE XVI
Ayez toutes vos robes en un lieu, sous la garde et charge d'une sœur ou deux , ou d'autant de sœurs qu'il sera requis , pour les secouer et conserver , aûn que la ligne ne les gasle; et comme vous vivez toutes d'une despense , ainsi soyez toutes vesluës d'un vestiaire, et s'il se peut faire , ne prenez point garde à ce que Ton voii ^ donnera à vestir, selon les saisons, pour voir si Ton vous donnera les habits que vous aviez posez et remis, ou bien si l'on vous donne oeux qu'une autre avoit portez, pourveu que ce qui est nécessaire à une chacune ne luy soit pas refusé. Que si pour ce sujet naissent entre vous des contentions et murmurations, quelqu'une par aventure se plaignant d'avoir des vestemens pires qu'elle n'avait pas remis, et d'estre tenue indigne de porter des habits aussi bons qu'une autre sœur ; apprenez de cela combien vous estes mal en point es sainctes habitudes intérieures du cœur, qui elrivez et débattez pour les habits externes du corps. Que si toutesfois voslre inGrmité est supportée, pour tous faire avoir les
habits mesmes que vous aviez poiei , ayes neantmoins tout ce que vous posez en un mesme lieu , et les remettez à la garde des sœurs à ce commises , en sorte que nulle d'entre vous ne travaille pour soy-mesme, soit pour se vestir, soit pour avoir de quoy maintenir son lit, goit pour avoir de quoy se ceindre ou afieubler, ou pour couvrir sa teste. Mais que tous vos ouvrages se fassent en commun , avec plus de soin et d'allégresse ordinaire, que si vous les faisiez pour vous-mesmes en particulier : car la charité de laquelle il escrit : « Qu'elle ne 0 cherche point les choses qui sont à elle» (c'est-à-dire ses commoditez, ses profitS| ses avanta!;es doit eslre entendue ainsi, à savoir, qu'elle ne préfère point ses commoditez propres aux commoditez communes; ains les communes aux propres.
C'est pourquoy d'autant plus que vous préférerez la communauté à vostre particularité, d'autant plus devez-vous sçavoir que vous avez profité à ce que parmy toutes les choses desquelles se sert la transitoire nécessité , on voye sur-exceller la permanente charité. Et de là il s'ensuit que ce que quelqu'un donnera à ses filles, ou à ses parentes et alliées qui seront dans le monastère , soit robbe , soit autre chose nécessaire, ne doit |)oint estre receu en secret, ains que tout cela soit remis au pouvoir de la supérieure , afin qu'estant mis en commun, quand besoin sera, il soit distribué. Que si quelqu'uno^le u. qui luy aura esté donné ; qu'elle soit con* damnée comme larronnesse. Que vos vestemens soient lavez selon qu'il semblera bon à la supérieure, ou par vous-mesmes, ou par des foulons, aûn que le trop grand désir d'avoir des vestemens nets n'attire des souillures en l'ame.