DISCOURS XXXVI
Sixiesme excellence de S Pierre.
Il 1 UUié destttcceMeur» de ton vic«riit, qui
CONTROTERSES
exerceront ton pooirofr Josquet à It fin du monde, et qui ont les vrâjct mârqMt de la succession.
Dans les derniers discours , j'ay fortement preuve que TEglise catholique estoiC une (4 } monarchie en laquelle doit estre un chef ministerial qui doit gouverner tout I le reste ; et de là s'ensuit nécessairement l que ce n'est que sainct Pierre seulement qui en a esté le chef; mais il faut de plus, que comme PEglise n'a pas manqué par la mort de sainct Pierre, Tauthorilé d'un chef n'a pas dû manquer à sa charge ; autrement cette Eglise ne seroit pas un royaume spirituel, ny conservée au rang où son fondateur Favoit mise.
Et de vray , toutes les raisons pour lesquelles Nostie-Seigneur a voulu mettre un chef en ce corps mystique, ne demandoient pas fant qu'il y fust en ce commen- C4>ment ( où les apostres qui gouvernoient l'Eglise estoient saincts , humbles, charitables, amateuVs d*unité et de concorde) qu*au progrès et en la suite des temps où ia charité s'estant refroidie, chacun s*aimc soy-mesme , personne ne veut se tenir au sentiment d'autruy, ny subir la discipline.
Je vous prie, si les apostres ( en ce commencement où le Sainct-Esprit les éclairoit de si près ) estoient si fermes et si puissans , dans la grâce du ministère , avoient neantmoins besoin d*un conlirmateur et d'un pasteur , pour leur prescrire Tordre et la forme de leur union ; combien plus maintenant l*Eglise en a-t-elle nécessité dans un temps où il y a tantd*infirmitezet de foiblesses parmy les membres de ce corps? La raison de sainct Jerosme est bien dIus pressante aujourdliuy , et plus à désirer qu'au temps des apostres. a In ter omnes unus cligilur, ut, capite instituto , schismalis tolleretur occasio. » La bergerie de Jcsus-Christ ( qui est le pasteur invisible) doit durer selon la saincte parole jusqu'à la consommation du monde en unité. L'unité donc d'un pasteur visible y doit encore durer. Et comme cecy a esté solidement preuve cy-dessus, il s'ensuit manifestement que sainct Pierre doit avoir eu des successeurs , comme il en a encore
(1) Kota. C« point ne paroll |mi Meore provft foriMlêOBent , sinon en 8. Pierre ; malt le Stlnl le Booirtri éiM le HTtto MiiTanie , fort lapleBent
présentement, et en aura Jusques à. la consommation du siècle visible.
DBS GONMnONS RXQUISBS FOUR SUCG^Mm.
Je ne fais point icy profession de traiter les dilBcultfz à fons de cuve , il me suffit de marquer quelques principales raisons , et mettre au net nostre créance. Si je voulois m'amuser aux objections qu'on forme sur ce point , j'aurois plus d'ennuy que de peine; car la pluspart sont si légères, qu'elles ne méritent pas qu'on y perde le temps. Voyons quelles conditions sont requises pour succéder à une charge ; c'est là le point essentiel, qui, bien entendu, suffira sans doute pour repondre à nos adversaires, et eclaircir tout ce qu'ils allèguent. On ne succède qu'à celuy qui cède et quitte la place, soit par déposition on par la mort; ce qui fait que Noslre-Seigneur est tousjoors chef et souverain pontife de l'Eglise, auquel personne ne succède, parce qu'il est tousjours vivant, et n'a point cédé ou quitté son sacerdoce pontifical , quoy qu'il l'exerce en partie par ses ministres et ses serviteurs en l'Eglise militante. Excepté luy, il est indubitable que ses ministres et lieutenans, et tous tant qu'il y a de pasteurs en l'Eglise, peuvent céder et cèdent, soit par leur déposition ou par la mort , qui leur font quitter leurs offices et dignilez;et ce point est trop clair pour employer des preuves superflues.
Cy-dessus, nous avons montré que sainct Pierre a esté le premier chef ministerial de l'Eglise de Dieu , et que cet office et dignité ne luy a pas esté accordée pour luy seulement, mais pour le bien et le profit de toute l'Eglise, de telle sorte que ce doit estre un office perpétuel dans le gouvernement de l'Eglise militante.
Mais comment seroit-il perpétuel, si sainct Pierre n'a voit point eu de successeurs? On ne peut pas nier que sainct Pierre n'est |)lus présentement le pasteur de l'Eglise, puisqu'il n'est plus vivant, puis qu'il n'est plus actuellement en l'Eglise militante, ny mesme homme visible; qui est pourtant une condition requise pour exercer le ministère en l'Eglise visible. Reste à examiner de quelle sorte il a fait la cession et quitté son pontificat ; si c'est par déposition faite entre-vifs, ou par mort naturelle;
DE S. FEANÇOIS DE SALES
puis on verra qui lui a succédé, et par quel droit.
D'une part, personne ne doute que sainct Pierre n'ait continué en sa charge toute sa vie ; car celte parole de Noslre- Seigneur, Pasce oves meas» luy fut nonseulenient une institution en cette souveraine cliarge pastorale; mais de plus, ce luy fut un commandement absolu , qui n'avoit point d'aulre limitation que le terme de sa vie, non plus que ces autres paroles : « Prœdicate Evangelium omni creaturae, » A quoy les apostres s'employèrent sans inlermission jusques à la mort. Ainsi durant tout le temps que sainct Pierre vécut en celte vie mortelle, il n'eut point de successeur, il ne déposa point sa charge de luy-mesme, ny n*en fut point déposé par d'autres personnes : car il ne le pouvoit estre que par l'apostasie et Theresie, qui n'eut jamais accez chez les apostres, beaucoup moins dans leur chef; ny enHn par Tauthorilé du maistre de la bergerie, ce qui ne peut luy estre reproché sans supposition et calomnie.
Ce fut la main seule et le pouvoir inévitable de la mort qui le leva de cette sentinelle, tt le démit de ce generalat , qu'il exerçoit comme pasteur ordinaire sur toute la domination de son roaislre ; mais qui succéda en sa place? Certes toute l'antiquité est d*accord que ce fut Tevesque de Rome, avec cette forte raison.
Sainct Pierre mourut evesque de Rome, par conséquent l'evesché de Rome fut le dernier siège de ce premier chef de l'Eglise. Ainsi l'evesque de Rome, qui fut j subrogé après la mort de sainct Pierre, 1 succéda au vicariat du chef de TEgiise, et i prit de luy la mesme qualité du chef de l*£glise. Quelqu'un pourra nous dire qu'il succéda peut-e:itre au chef de l'Eglise, au regard de l'evesché de Rome , mais non pas au regard de la monarchie de ce corps total. Mais celuy-ci devroit nous montrer que sainct Pierre eut deux sièges, dont l'un fut pour Rome simplement, et l'autre pour l'univers, ce qui n'est point. II eut bienàfla vérité un siège àAntioche; mais celuy qui fut après luy en cette église n'eut pas le vicariat gênerai , parce que saioct Pierre vécut long*lomps après; et n'avoit {^s de|H)sé sa charge; au contraire, ayant choisi Rome pour estre aoa siège de
résidence, il y mourut evesque ; et celuy qui lui succéda , fut son successeur simplement, et s'assit en son siège, qui esloit le siège gênerai de tout le monde, et de l'evesché de Rome en piirticulier; si bien que l'evesque de Rome demeura lieutenant de Jesus-Christ en l'Eglise , et successeur de saint Pierre en tout son office. Ce que je vay preuver dans le discours ((ui suit, si so* lidement, que nos ennemis, ce me semble, n'auront rien à repartir.
DISCOURS XXXYII.
Qoe reveMpe de Rome eM le vray sueeesseor de ■aincl Pierre, et le chef de r£glise mililaiile.
Estant doncasseuré que sainct Pierre a esté evesque de Rome, et qu'il est mort à Rome, quoy que quelques-uns de nos adversaires osent nier, qu'il ait jamais esté â Rome. Les autres disent que s'il y a esté, il n'y est pas mort ; mais je n'ai pas de quoy me mettre en peine de combattre toutes ces négatives par le menu, puisque quand j*auray bien preuve que saint Pierre a esté, et est mort evesque de Rome , j'auray suffisamment de quoy prcuver, que l'evesque Romain est le successeur de sainct Pierre, et le chef de l'Eglise. Pour cela toutes mes raisons et mes témoins portent en des termes exprez , que « l'evesque a véritablement succédé à sainct Pierre, » ce qui est de mon intention , de laquelle par une abondance de droit , réussira une Iresclaire certitude, que sainct Pierre a esté à Rome, et qu'il est mort à Rome.
Je vous produis pour mon premier témoin sainct Clément, disciple de sainct Pierre, en l'epistre première qu'il a escrite ad Jacoàum fratrem Dominiy laquelle est si ancienne et si autheniique, que Ruffin en a fait la traduction il y a environ 4200 ans, où il dit ces paroles: « Simon Petrus apostolus, primus regem saeculorum usque ad Romanse urbis noticiam , uleliam ipsa salvaretur, invexit; hic pro pietate pati volens, apprehensâ manu meâ, in conventu fralrum , dixit : Clementem hune, episcopum vobis ordino, cul soli meae prae<iicationiS etdoctrinae cathedram trado. » Et peu après, a Ipsi trado à Domino mihi traditum potestatem ligandi et solvendi. » Quant à l'authorité de cette epistre, Damase in Pontifiçali^ en la vie
COIfTHOYERSES
de Clément en parle ainsi : « In cpi?to!û , qiiae ad Jacobum srripla est, qualitor Clemenli commissa est à beato Petro Ecclesia reperios. » Ruffiri en la préface sur les livres des rcconnoissanccs de sainct Clément, en parle fort honorablement, et jit qu'il Tavoit mise en latin , et que sainct Clément y donnoit la preuve de son institution, a Et quod eum requirit successorem cathedra. » Ce temoi?:nage mm Ire que sainct Pierre a presché à Rome, et qu*il y fut evcsquc : car s'il n*y eust esté evesque, comme auroiUil laissé à saint Clément une chaire qu'il n*eust point possédée.
Je produis pour second témoin sainct Irené, 1. 3, c. 3. « Maxima et antiquissima , el omnibus co<;nita à duobus çforiosissimis aposlolis Petro et Paulo Romae fijndata Fcclesia , etc. » Et peu après il dit : a Fuiuiantes igitur, et insliuientes beali apostoli Erclesiam , ejus administrantes opi>'COpntum Lioo tradiderunt , succedit ei et Ânaclelus ; post eum 3. ab apostolis loco, in episcopatum eligitur Clemens. »
J'ay pour mon Iroisiesme témoin Tertullien au livre des Prescriplions : voicy comme il en parle : « Romanorum Ecclesia Clementcm à Petro ordinalum edit, et per instrumenta, et rationes publicas demonslrat. » Et au mesme livre : a Félix Ecclesia, cui totam doctrinam aposloli, eum san.î^uine suo, profudernnt. » Il parle icy de rE;^lise romaine, a ubi passionis dominicîB gloriam Polrus adâequatur. «Vous voyez par là que sainct Pierre est mort à Rome, et qu'il y a constitué sainct Clément. Si bien que, joignant ce témoignage aux autres, on void que sainct Pierro a été évesque , et qu'il est mort enseignant et sié-;eant à Rome.
Pour mon quatriesme témoin j'ay saint Cyprien en son enistre 55 ad Comeliumf où il parle en cette manière. « Navigarem audensad Petii cathedram, atque adEcclesiam principalem, undeunitassacerdotalis exorla est. dCc perc parle de l'Eglise romaine.
Euzebe en sa Chronique en l'an ii en dit autant. « Putrus, natione Galilœus, christianorum pontifex, eum primum antiochcnam ecclesiam fundassel , Romam profîciscitur, ubi Evangelium per duos vi-
ginti annos ejuMem nrfoisephenpnsii verat. »Sainrt Epipbane,here<ie 27 t Epi»* coporum in Româ successio, hanchabuit consequpntiam, Petrus et Paulus, Linos, Cletus. Clemens, etc.
Dorothœus in SinopH, dit ces paroles:
« Linus post coriphaeum Petnim, Borna epi.scopiis fuit. » Optât Bfilevitajn. « Negnre non pôles, sed vole scire te, în arbe Româ , à Petro primo cathedram episeops. lem esse coUatam. in quâ sedcril omninm apostolorum caputPetrus. » Et peu après, a Sedit prier Petrus, cui succedit Linu, I LinosurceditClemens,etc.
Sainct Jerosme escrivant au pape Di* mase, « Cum successore piscato is,etdisopuli criicis . loquor:egobeatî(udini tnsin ciithedrae Pelri ccmmunione consoclor. • S.'iinct Augustin en repistre465 ad 6m«rosum, dit ces paroles : a Petro succeseît Linus, Lino Clément. » Au quatriesme concile gênerai de Calcédoine, acte 3.
Quand les légats du sainct sie<re voulurent porter leur sentence contre Dîoscore, ib s'expliquent en cette façon, a UndesancUssimus et beatissimus magns et senioni Romae , per nos, et praesentem sanctam synodum« unà cum te beatissimo, et omni laude digno B. Petro apostolo, qui est pedi et crepido Ecclesiœ catholicae, nudavit eum, tàm episcopatûs dignitate, quàm eliam nb sacerdotuli alienavit ministerio. > Notez un peu ces mots, que le seul evesque de Rome le prive par ses légats; et par le concile, ils joignent l'evesque de Rome avec sainct Pierre; car ils montrent que l'cvesque de Rome tient le lieu de sainct Pierre.
Le synode d'Alexandrie , où se trouva sainct Athanase, en sa lettre à Félix II, dit merveilles à c^ propos; et entre autres choses, il rapo/ te , qu'au concile de Nicée on avoit déterminé, qu'il n'estoit pas loisible de célébrer aucun concile gênerai , sans l'authorité du sainct siège de Rome ; mais que les canons qui avoient esté faits à ce sujet, avoient esté brûlez par les hérétiques arriens ; et en effet, le pape Jules I , dans son récit dressé contre les orientaux, en faveur de sainct Athanase, ch. 2 et eh. 3, cite deux canons du concile de Nicée, qui font voir cette vérité. Cet escril de Jules I a esté cité par Gralien il y a 400 ans, et por Isidore il y a 900 ans. Le grand Vinct»al
DE & FRANÇOIS DE SALES. 9
Lîrmois en feit une honorable mention il y ; Rome est îe successeur de sainct Pierre , a environ mille ans. Ce cpie je dis, parce j et que sainct Pierre a esté et est mort evcsque fous les canons du concile de Nioée ne f que de Rome, sont pas aujourd'hny en existence, n*cn }
estant demeuré que vingt; mais de graves . DISCOURS XXXVIII
aulheurs en cilenl plusieurs autres , outre les vingt : et nous devons croire pour assuré ce que disent ces bons pères Alexandrins, alléguez cy-dessus; mais la malice des arriens en a fait perdre la plusparl.
Pour Dieu , messieurs , jetions rœil sur cette très-ancienne et Ires-pure Eglise des six premiers siècles , et la regardons de toutes parts : si nous la voyons croire fermement que le papede Rome est successeur de sainct Pierre ; quelle temeri lé sera-ce de le nier? je m'en rapor le à voslre conscience. Maievoicy, ce me semble, une raison tres-forle , qui ne suppose plus aucun crédit douteux, et qui consiste en fait : sainct Pierre a eu des successeurs en son vicariat : eldes^race, qui a jamais esté en réputation dansTEglise ancienne, d'avoir esté successeur de sainct Pierre, et le chef de TEglise, «non TevesquedeRome? Certes tous tant qu'il y a eu d'autheurs devant vous , accordent unanimement ce titre au pape, et jamais à aucun autre evesque : comme donedirez-vous qu'il ne le soit pas? Certes c'est nier la vérité en plein jour; au moins apprenez-nous quel autre evesque est le chef de TEglise , et le successeur de sainct Pierre? Ati concile de Nicée, en ceux de Constantinople et de Calcédoine, on ne Toid aucun autre evesque usurj^er cette primauté. Elle est déférée tousjours en tous lieux et en tous temps , selon Taneienne coutume , au seul pape de Rome ; aucun autre n'a jamais prétendu d'estre préféré en ce grade. EiiGn jamais il ne fut dit , ny douté qu*aucun autre evesque es premiers six cent'^ ans, fust chef ou supérieur de toute l'Eglise, sinon celuy de Rome, duquel on ne mit point en doute Fautborité : mais on tint pour tout résolu, qu*il estoit le seul successeur du prince des apostres. El vous, messieurs, après quinze cens ans passez, vous osez mettre • ette ancienne tradition en compromis? Je n'aurois jamais fait, si je voulois produire et entasser toutes les assurances et témoignages que nous avons de cette vérité , dans les cscrits des anciens. Cecy cependant suffira, pour prouver que l'evesque de
Briervp rfesrripiion chronolopique de la vie de iaincc Pierre, et de Tinslitulion de sei premiers saccesseurg.
Vous avouerez, qu'il n'e-t point de question ecriosiastique où les ministres s'exercent si fort, pour combattre Pantiquité.
que celle-cy ; car voyant que c'est un coup de partie , ils taschent à force de conjectures, de présomptions, de dilemmes, d'explications, et de tous moyens possibles . de montrer que sainct Pierre ne fut jamais à Rome, excepté (4) Calvin : celui-cy prévoyant que c'estoit démentir toute l'antiquité , et que cela n'estoit pas requis pour établir son opinion, se contente de dire, qu'au moins sainct Pierre ne fut pas longtemps evesque de Rome : a Propter scriptorum consensum, non pugno. quin illic mortuu^ fuerit, sed episcopùm fuisse, pra9serlim longo tempore, persuaderi nequeo. » Poussons nostre adversaire : quand il seroit vray qu'il n'eust esléque fort peu de temps evesque de Rome , s'il y est mort evesque , il faut conclure qu'il y a laissé son siège et sa succession ; de façon qu'au regard de Calvin, nous n'aurions pas grandement à débattre , pourvu qu'il fust résolu de con- T'sser que sainct Pierre est mort à Rome, et qu'il y esloit evesque quand il mourut Pour le regard desautres, nous avonsabondamment preuve cy-dessus, que sainct Pierre est mort evesque à Rome; les discours que l'on fait au contraire, sont plus ennuyeux que difficiles à détruire : celuy qui aura le vray discours de la vie de ^ainct Pierre devant les yeux, aura assez do quoy repondre à toutes ces objections; j'en diray brefvcment ce que j'en crois eslre le plus probable , en quoy je suivray l'opinion de
cetexcellent théologien GilberlGenebrard, archevesque d'Aix, en sa Chronologie, et Robert Bollarmin . jésuite , en ses Controverses, qui suiventde près sainct Jerosme, etEiisebe en sa Chronologie.
Avant que Nostre-Seigneur (2) fust monté au ciel, qui fut en Tannée 48 de Tibère, il
(1) Calf . iMUt- I. iT. e. Ti.
(t) Enièb. . Btot «eol. , L i «t u.
OONTROYERSES
commanda à i«§ apoatres qu*iit arrestat- | sant en Jérusalem (environ (4) douze ans , selon Tancienne tradition deTrazeas martyr, non pas certes tous, mais quelquesuns) pour vérifier la parole dite par Isaïe , et il semble qu^on le peut recueillir de sainctPaul etdesainct Earnabé; carsainct Pierre fut en Tidde, et Joppe, avant que les douze ans fussent écoulez; si bien qu*il suflisoit que quelques-uns des apostres demeurassent en Jérusalem pour témoignage aux Juifs. Sainct Pierre de sa part demeura en Judée environ cinq ans , depuis l'Ascension , preschant et annonçant PEvangile : sur la fin de la première année , ou bientost après , sainct Paul fut converty ; et celuy-cy , trois ans après , vint en Jérusalem pour voir sainct Pierre (2), avec lequel il demeura quinze jours. Sainct Pierre ayant presché cinq ans ou environ en Judée, sur la fin de la cinquiesme année passa en(3)Ântioche } où il demeura evesque environ sept ans ; c*estpà-dire, jusques à Tannée? de Claudius, ne laissant pour cela de faire des courses evangeliques en Galilée , en Âzie , en Capadoc^e , et ailleurs , pour la conservation des peuples. L*année septiesme de son pontificat en Antioche, ayant remis sa charge episcopale au bon Evodius, il revint en Jérusalem, où estant arrivé, il fut emprisonné par raulhorilé d*Herode (4), en faveur des Juifs, vers la feste de Pasques; mais sortant de prison miraculeusement et par la conduite de range, il vint en cette mesme année (qui estoitle2deClaudius),enlaviIledeRomc, où il posa son siège , et le tint environ 25 ans, pendant lesquels il ne laissa point de visiter plusieurs provinces , selon le besoin derEglisechrestienne. Environ Pan 4 8 depuis la passion et ascension du Sauveur (qui concouroit avec le 9 de Claudius), il fut chassé avec le reste des Hi'breux de la ville(5)deRomo , et se transporta en Jérusalem, où le (6) concile jerosolymitain fut célébré, auquel sainct Pierre présida, comme il se voit aux Actes, chap. 49.
Claudius estant mort, sainct Pierre retourne à Rome pour continuer son premier train, d'enseigner et de visiter diverses
(1) Act XT. M. Act. IX . 81.
(t) Art. IX. —(Sj Ad Galat- 1.
{k, Ait II. k. — (S) OsiDs, 1. 1. iMt SMiOB. !■ GlâMIo.
{i) ACt. XVIII , 9.
provinces. Enfin (4) Néron !• pourra ivatit à mort, avec son compagnon sainct Paul, pour s*ecbapper selon les saincte:^ sollicitations des fidelles, il voulut sortir la nuit de la ville. Ce fut là que, renconlr.int près de la porte de la ville Noslre-Seigneieur, il lui dit (2) : « Domine , quô vadis? » Seigneur, où allez-vous? Je viens, réponditil , à Rome pour y estre de rechef crucifié. Cette réponse fil connoislre à sainct Pierre, qu'il y devoit r*entrer pour y souffrir la mort de la croix. De façon qu'après avoir esté environ cinq ans en la Judée , sept ans en Antioche, vingt-cinq ans à Rome, en l'année 44 de Tempire de Néron , il fut crucifié (3) pieds contre mont, et en mesme temps que sainctPaul eut la teste tranchée.
llestvrayquesainclPierre avant que de mourir prenant par la main son disciple sainct Clément , il le nomma successeur en sa charge , mais sainct Clément ne la voulut pas prendre ny en faire Texercice, qu'après la mort de Linus et Cletus , qui avoient esté coadjuteurs de sainct Pierre en l'administration de Tevesché de Rome. Si quelqu'un veut sçavoir pourquoy quelques autheurs tres^nciens ont mis sainct Clément le premier au rang après sainct Pierre, et pourquoy quelques autres ont placé sainct Linus avant sainct Clément , je luy ferai répondre par saincl Epiphane, autlieur digne de foy , ces paroles expresses :
t Nemo miretur , quod anlo Clementem , Linus et Cletus episcopalum ussumpserunt, cum 5uji apostolis hic fuerit coiilemporaneus Pétri elPauli , nam et illi conlem^XH ranei aposlolorum fucrunt; jure igitur, adhuc ipsis superstitibus,à Pciro accepit imposilionem manuum episcopatùs , sed recusator episcopatùs; quomodo post apostolorum successionem à Cleto episcopo, constuitur, non iià clare scimus. b
Ainsi , parce que sainct Clément avoit esté choisi de saincl Pierre , comme luvmesme le temoiizne , et que neantmoins il ne voulut pas accepter la charge avant la m/)rt de Linus el Cletus , les uns en considération de l'élection faile par sainct Pierre, le mettent le premier en rang : les autres ayant égard au refus qu'il en fit , elà
(1) Amb. contre Aoxien. Orir !• S. In 0«nrtin.--AthaB. pro fut* saft , Hicrvn. d» tir Ul.
(t) Euz«I>e la Clironicu. Ado in marlyrol. (S) T«rlal1. dr l*rr«rrlpt
DE S. FRANÇOIS Ut SALES.
JS
Texercice qu'il en a laissa à Linus et Cletus, le mettent le quatriesme ; mais ce point est indiffèrent à nostre question , puisque ces (rois ont esté successivement en la chaire de sninct Pierre.
Au reste , sa i net Epiphane peut avoir eu sujet de douter de Teleclion faite de sainct Clément, par la nomination de sainct Pierre, faute d'en avoir eu des preuves suffisantes : et se peut faire encor que Tertullien , Damase, Buffîn ei autres, ont eu occasion de n*en douter point : car le défaut de bonne mémoire, qui fait parler ainsi sans resolution sainct Epiphane, par cootre-raison fait si fermement assurer à Tertullien plus ancien , que « Romanorum Ecclesia , Clementem à Petro ordinatum , et per instrumentum et rationes publicas demonstrat. » Quant à moy je me range tres-volon tiers, et avec raison ce me semble, au party deceux qui rassurent; parce quojqui doute de ce qu*un homme de bien et d'entendement conBrme résolument, dément le diseur : au contraire, ce dont on autre doute, je le confesse au moins à moitié,etsansnier, laisse le reste incertain.
Ce discours abrégé de la vie de sainct Pierre , qui est très-bien authorisé, nous (ait connoislre que cet apo$ Ire n*a pas tousjours esté résident à Rome ; et que quoy qu'il eust son siège , il n'a pas laissé de visiter plusieurs provinces, revenir en Jérusalem, et faire Toffice apostolique.
Toutes ces frivoles raisons qu*on nous déduit de raulhorité négative des epistres de sainct Paul, n'auront plus aucun crédit en ▼os jugemens, messieurs : car si on nous oppose que sainct Paul a escrit à Rome , et de Rome , et qu'il n'a point fait mention delà présence de sainct Pierre , on ne le trouvera pas étrange , parce que peut-estre sainct Pierre n'y estoit pas alors. Après tout, il est certain que la première epistre fie sainct Pierre a esté escrite à Rome, comme l'atteste sainct Jerosme. « Petrus, » dit-il, € in epistola, sub nomine Babylo-
nls figuraliter Romam significans , salutat vos , inquit , epistoln qnae est in Bnbylono collecta. » Ce qui auparavant avoiî c-tô déclaré parle tres-anoien Papîas, d: :cJ[>lo desaposlres, au rccil(l) d'Enzebe : mais je vous demande si cette conséquence seroit bonne? Sainct Pierre en cette cpislre ne donne point do signe ny d'argument , que sainct Paul fust avec luy ; donc suinct Paul n'a jamais esté à Rome. Cette epi<>lro ne dit pas du tout; et si elle ne dit pas qu'il y fust, aussi ne dit-elle point qu'il n'y fust pas ; il est probable qu'il ny estoit pas lors , ou que s'il y estoit, qu'il ne fust pas expédient de l'y nommer , pour quelques bonnes raisons que le temps nous a cachées. Autant en dis-je de celle de sainct Paul : enfin pour accorder le temp.^ de la vie de sainct Pierre aux empires de Tibère, de CaiusCaliguIa, de Claudius, et de Neren, on pourra les réduire à peu près en cette façon. An 48 de Tibère, Nostre-Seigneur monta au ciel ; cinq ans après (qui fut en la dernière année de l'empire de Tibère) sainct Pierre vint en Antioche , où ayant demeuré environ sept ans , c'est à sçavoir de ce qu'il resta du temps de Tibère, quatre ans de Caius Caligula, et deux de Claudius, sur la Gn du deuxiesme de Qaudius ii vint à Rome, où il demeura environ sept ans, à sçavoir jusques au 9 de Claudius, auquel temps tous les Juifs furent chassez de Rome : ce qui fit retirer sainct Pierre en la Judée. Environ cinq ans après, Claudius, estant mort , l'an 4 i de son empire , Néron luy ayant succédé, sainct Pierre revint à Rome, où il demeura jusques au tempsde son martyre, lequel il souioirit en l'an 4 i et dernier de Néron , qui sont environ *«renteseptans en somme que sainct Pierre vescut après la mort de son cher maistre , desquels il demeura l'espace d'enrbon douze ans , tant en Judée qu'en Antioche, et de« meura le reste , c'est-à-dire vingl-cioqaos, evesque de Rcme.
Ctlll.« ait
csoutroyerses
DISœURS XXXIX.
Les éloges, litres et prérogatives que les anciens Pères et les eoociles oni allribaés aat
papes de Rume.
Or pour confirmer ce que nous avons allégué dos evesques de Rome , vous plaist-il , ir.essieurs, ouïr en peu de paroles ce que les anciens pcnsoient de leur succession , et en quel rang ils tenoient Pevesquo romain. Voicy comme ils appellent le siège de sainct Pierre , son grade , son église, sld evesque , sa dignité ; et tout cola revient en un.