‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 29 sur 365 · DISCOURS XXXI · texte numérisé non relu

DISCOURS XXXI

RMoIntlm dei Kttn.qui tftihblcni dilmlre e*tle •eriiequanouia(nnipn<et,()ueialw(lNM-n »it It fondeaunl de VEghte,

Or, qiioy que les cliojei que nous avons établies dans le discours précèdent, soient éviilenies; noanimoin^ hos adversaires n'en veulent point tomber d'accord. Premièrement il nous opposent ce pa*sagi> de sainct (1) PauhFiiniiamentiira *liud nemo potest ponere , prœler id , quod positum Mt,qiiodestChri3tu3JB3U9: sel selon la mesme, nous sommes domestiques de Dieu : (2) «Superœdificail supra [tindamentum apostolomit , et propiiBlainm , ipso summo «ngulari lapidé Chrislo Jesii. » Et en (3) l'Apocalypse : ■ La muraille de lii sBincte cité avoil douie fondemens , et en ce* doua» fotiddmens esloil le nom de douie apostfes. » Si donc , disent-lls , tous les douie oposlres sont les fendemens de l'Eglise , comme attribuerez- vous ce litre â sainct Pierre eh particulier? el si saincl Paul dit, que pfefsonna ne peut mettre autre fondement que NostrtsSetgneur, comme oshï-vous dire que par ces paroles: «tues Pierre , el sur cette Pierre J'edifleray mon Eglise , saifict Pierre ait esté établi pour le fondement de l'Eglise î » Que ne dites-vous plulosl avec (*) Calvin, que celte pierre sur laquelle l'Eglise est fondée , n'est autre <Jue Noslre-Seigneur : qbo fie dites-vous pintost avec Luther, que cela se doit entendre de la confession de fojf que sainct Pierre avoit faite. Mais en vérité ce n'est pas une bonne façon d'interpréter l'E^criture , que de renverser un passage par l'autre, ou le lîrer par une intelligence forcée du senî naturel , â un sens étrange et mai convenable; il faut y laisser, tant qu'on peut, la naïfveté et suavité du sens qui s'y présente. Ainsi , messieurs , puisque nous voyons clairement que l'Ecriture nous enseigne qu'il n'y a point d'autre fondement que Noslre-Seigneur, et que la mesme nous enseigne que sainct Pierre l'ost encore en sa manière, et plus que tous les apitres ne le sont , il ne faut pas admettre le premier enseignement pour diminuer le second , ny le second fiour détruire le troisiesmo , mais les conserver

•i,Lii»»iiiMi.mA

CONTROVERSES

tous trois en leur entier : ce qui se fera aisément, si nous considérons ces passages à la b:>nne fov, et franchement.

Premieri'mi'nt. Nous reconnoissons que Ji'sus-Ciiris^t rst Tunique fondement de TEg!ise . c'est le fondement unique de nostre fi y, de noslre espérance et de nostré charité ; c'est le fondement unique de la valeur des sacremensetde nostre félicité ; et c*e>t encore le fondement unique de toute laulorité et de toute la foy ecclésiastique, et de toule la doctrine et administration sacrée qui s'y fuit : qui douta jamais de cela? mais en disant qu*il est Tunique fondement y comment est-ce que vous trouvez mauvais que nous posions encor sainct Pierre |)Our fondement ? Vous nous faites lort; nous le mettons pour fondement au sens où celuy-Ia (outre lequel on n*en peut point admettre d'autre) Ta mis lui-mesme : si bien que si Nostre-Seigneur est vray fondement de TEglise , comme il Test , il faut croire aussi que ce sainct Pierre Test encore . puisque Nostre-Seigneur Ta mis en ce rang.Que si quelqu'autre queNoslre- Seigneur même luy eust donné ce grade , nous crierons tous avec vous : « Nemo potestaliud fundamenlum ponere, prœterid quod posilum est. » De grâce 1 avez- vous bien considéré les paroles de sainct Paul? il ne veut pas qu'on reconnoisse aucun fondement, outre Nostre-Seigneur; ny sainct Pierre, ny les autres upostres, ne sont pas fondement, ou/rf Nostre-Seigneur, ains êous Noslre-Seigneur : leur doctrine n\'st pas outre celle de leur maistre, mais cellelà me2>mede leur maistre. Ainsi la supresuie charge que tient suinct Pierre en l*Eglise militante (à raison de laquelle il est appelle fondement de TEglise, comme son chef et gouverneur) n'est pas outre Taulorilé de son maistre , elle n*en est qu'une excellente participation : ce qui fait que luyme^me n'est pas fondement de cette hiérarchie , outre Nostre - Seigneur , mais pKilost en Nostre-Seigneur, comme nous l'appelions très-sainct père en Nostre-Siigneur, hors duquel il ne le seroit point : cela n'est pas une contrariété , mais une subordination.

Certes nous ne reconnoissons point d'authorité séculière dans Testât, outre celle de son altesse souveraine ; mais nous en lecoDQoissons plusieurs sous elle ces-

quelles ne sont pas proprement aut . celles de son altesse, puisqu'eltes i seulement certaines portions et fMi , tiens, par sa volonté. Si vous le d interprétons passage par passage ! Paul nev6ussemble-t-il passefaii , entendre , quand il dit : Vous est edi6ez sur le fondement des propl des apostres ; Aais aBn qu'on sçei ces fondemens n'estoient pas outr qu'il preschoit , il ajoute : « \pM} angulari lapide Christo Jesu. » De suit que Nostre-Seigneur est fond et sainct Pierre aussi ; mais avec notable différence, qu'au prix de l'u tre peut estre dit ne Testre poin Nostre-Seigneur est fondement et teur, fondement sans autre fondi fondem^t de TEglise naturelle, m( et évangelique ; fondement perpe immobile; fondement de l'Eglise m et triomphante; fondement de soy-i fondement de nostre foy, de nostr rance et de nostre charité ; enfia ment de la valeur des sacremens.

Sainct Pierre est fondement, n fondateur de toute TEglise ; fondt mais fondé sur un autre fondement Nostre - Seigneur ; fondement de 1 Eglise evangélique, fondement suje cession, fondement de la militante, la triomphante; fondement pur pai tion; fondement ministétial, non a enfin administrateur, et non seign nullement fondement de nostre f noslre espérance, et de nostre chai de la valeur des sacremens. Cette si différence fait que l'un ne soit pas ; fondement, sinon en comparaison, i de l'autre , qui neantmoins estant part , peut estre appelle fondemen de laisser lieu à la propriété (4) des | sainctes (2). Ain^i quoy que Jésussoit le bon pasteur, il ne laisse pas i en donner sous luy, entre le.>quel majesté il y a si grande dislance, qi mesme déclare qu'il est le seul pasi Secondement. Je soutiens que o pas bien philosopher de dire : Te apostres en gênerai sont appeliez ment de TEi^lie; donc sainct Piei Test que comme les autres : au coni puisque Nostre-Seigneur a dit , en

(1) EpbM IT. — (1) JotD.x. 11; 111, n.

DE S. PRAKÇOiS DE SALES.

tt

ttaee et en terme particulier h sainct Piprrd, ce qui est dit puisbprés en gcneral (tes autres , il Tuul conclure qu'il y a tu Siiinct Pierre quelque spéciale proprietd de fondf-mcnt, et qu'il a esté \uy seul en pirtrt^ulicr, ce que tuut le collège a e:^lé tnsi'mble. Toute i'Ëgliàe a esté funtléo sur ki »pi>.lrcs , et toute sur saincl Pierre en inrliciilicr : c'est donc saint Pierre qui Mt le fundement pris â purt , ce que les ailres ne sont piis : car à i|ui a-t-il dit ju- ■»i j en particulier , Tu e$ Pierre , etc. Cumme ce seroil violer l'Escriture, de dire qve tous les apoilres en général n'ont pas «lé fondement de l'Eglise, ce seroitaui:>i b viuler de nier que »ainct Pierre no l'eust été particulièrement : il Taul que la parole generute :?ortis3C son uiTet gênerai, et de la puliculipre le particulier, uBn que rien ne dEDKure inutile et sans mystère, en des ai ■jrsierieusesE-crilures.Vuyonsseulement iquelle raison générale tou^ les apostres ml appeliez fundement de l'Eglise ; c'est faice quu ce sont eux qui pur leur pre* diaboD ont planté la (oy et la doctrine dira^enne, en quoy s'il faut donner preipptive à quelqu'un des apostrea, ce sera au doute à celuy qui disoit : (1) ■ Abunlintius illis omnibus luboravi.

Trois ies me m en t. Des choses susdites, il t-l aisé de voir, comme s'entend le lieu de TApoculypse : car aies douze apostres sont ippellez fundemens de la céleste Jerusaiéiii, ■ parce qu'ils ont esté les premiers qui ont converty le monde à la religion direitieone, qui a esté comme le fundeneatde la gluire des hommes, el la seiMhce de leur bienheureuse immortalité.

Si vous prenez garde aui paroles , le lieu de saincl Paul semble ne s'k.'ntendre pas tant de la personne des a|)Ostres que de leur doctrine; car il n'est pas dit : que t nous soyons sur-edi fiez sur les upostres, ■ nuis (»ur lu fundement des apostres: ■ c'nt-à-dire , sur la doctrine qu'ils ont anluncée; ce qui est aisé à reconnoistre, |iui>qu'il ne dit pus seulement que nuus Hmiues sur le fundement deB upustres, DHiiencor des prophètes : toutes Fois nous if^vuns bien que les prophètes n'ont pas iite pitipreiiienl les fondeniuns del Eglise «vïii^t'lique par leurs personnes, mais aou- Iwi'iil parleur dotilhne. El eu cet eudroit

tous les apostres semblent aller de pair, si sainct Jean et saincl Pavl ne précèdent lesaulres, |iour ri'.icellencc de leur théologie. C'est donc de custé-là que tous les epostres sont les fondemens de l'Eji;lisc; mui^ en l'authorité cl nu gouvernement, saint Pierre a devancé tous les outres, d'autant que le chefsurpasse les membres: car il a esléoonslitué pasteur ordinaire cl suprcsmc chef de l'Ei^lise : les aulrcs ont esté pasteurs déléguez et commii^.uvec autant de plein pouvoir et d'aulhoriié sur touteceltoEglise, que saincl Pierre mesnie; sauf que sainct Pierre estoit !e chef de tous, et leur pasteur, comme il l'esloit de tout le christianisme : ain-i furent-ils fundement avec luy do l'Eglise, cgalemcut quant à la conversion des emes el de la doctrine; mais quant â l'autorilé et gou* vernement, ils le sont inégalement, puisque sainct Pierre estuil le chef ordinaire non-seulement du reste de l'Eglise , mais des apostres; car Nostre-Seigneur avoit ediQésurluy toute son Eglise, de laquelle il esloit non-seulement partie , mais la principale el plus noble partie. ■ Licet super onmes apostolos ei «quo Ecclesiœ forliludo solidetur, » dit sainclJerosnw (1), ■ lamen inter duodecim unus eligitur, ut , capile constituto, schismutis lolluiur occasio. ■ Et noslro suinct Bernard parlante son Eugène , dit de ce pape (et nous en pouvons autant dire des autres par mesme raison) : ■ Sunt alii coeli, redores, suut ulii greguin paslures, sed tu tuutu glurioaiud, quauto Uilfereniius iiomen beieuila^. »

DISCOUllS XXXll.

Seconde Mcelln» de ». Piatn,

L'onfaschesi fuit nos adversaires quand on leur propose lu sie^e de sainct Tierre comme une samcie pierre de touche , à laquelle il (oui fuiru l'épreuve dvs (aux biais, luuigiuiiiiuos ut pliaaiaisies qu'iU funneot

«l lu luire puur iiou» osier des uidins les expresses purules de Nustre Seigneur, piir lesquelles (.iprés avoir dit à suiucl Pierre qu'il éOiiierait sur luy sou E^ii6e),ia)D qu9

COIfTROV£llSU

toute l'Eglise parla en uoe manian personne de 'sainct Pierre , comn»

boncbe de son chef, mais le chef pi soy-meMne. non en son oorps; et Ù* sainct Pierre ne fust pa5 cnoor ooi le chef el prince de r£glise(ce q fut seulement conféré après ia res tion de «on maistre ), il suffit qu*il dcjà cboisy pour tel , et qu'il en a^ as^eurances; comme aussi les a| n*avoicnt pas encor le pouvoir apoaU car alors toate celte bénite compagn toit que comme les disciples avec le i |)Our apprendre les profondes loçoni

it'^us sçussions plus particulièrement ce qu'il voulait entendre, il poursuit en ces tormes : c Et liiii dabo chives regni cœlu- /(im. » On ne sçauroit parler plus clairement; îlavoitdit : « BeatusSimon Barjona, quia carp, etc. » El adjoulc inconLinei«t : € Ego dico tibi, quia lu os Potrus , et super banc petram sédiûciibo Enciosiam , etc. Et tibi dabo. » Ce c libi dabo » se rapporte sans doute à Ci'Iuy-là mcsineauquel ilavoit dit : a Et ego dico tibi. » CVst donc à siiinct Pierre : mais les ministres tasclient tant qu'ils peuveni de troubler si finement la claire fontaine de rEvajigile , que sainct

Pierre n'y puisse plus retrouver ses clefs , 1 ont pais après enseignées aux auti et font leur possible pour nous degouster ;, qualité d*apos(res envoyez depuis p d*y boire de Peau de la saincle obéissance qu'on doit au vicaire de Noslre-Seigneur ; mais qu'onl-ils fait? ils i^e sont avisez do dire , que sainct Pierre a voit rcceu cette promesse de Nostre-Seigneur « au nom do toute TE^Ii^e , sans qu'il ait reccu pour cela aucun privilège |)articulier en sa |)ersonne. Or si cecy n*est pas violer l'Escriture , jamais homme ne la violera ; car n'est-ce pas A sainct Pierre à qui il parloil? Et comme pouvoit-il mieux exprimer son intention , qu'en disant : « El ego dico libi : dabo tibi. • Car puis qu'imniedialemcnt il venoit de parler de l'Eglise, ayantdit : « Porta) inferi Donprœvali'bunl adversuseam ; » qui I Vust cmprsché d'adjouler : « Et dabo iili ciaves

;Tgiu , a s'il les eust voulu donner à loute l'Eglise immédiatement. Il ne dit pas a illi,» mais a dabo libi. » Que s*ii est permis d'aller ainsi devinant sur des paroles claires , il n'y aura plus rien en rÉscriliire qui ne se puisse plier à tous sens. Peut-on nier que Siiincl Pierre, en cet endroit, ne parlait en soa nom propre , quand il fit cetle noble confession : a Tues Clirislus, etc., » non comme commis par l'Eglise, ou par les Escritiires; car nous n'avons pas une marque de cette commission dans le texte sacré : la révélation sur laquelle il fonde son élection , a voit esté faite à luy seul , sinon que tout le collège des apostres eust nom Barjona. Il le flt, comme esUint la bouche, Je prince , et le chef des autres , selon (4) sainct Chrysostome et sainct Cyrille, et pour sîgniûcr la primauté de son apostolat, comme dit (3) sainct Augustin, si bien que

^1) Chry»»»*- • •**■

(t) AHf. ia kaoc loetm, i. il , «lUi

le monde, lorsque le soo de la vo tenlii.

Je ne nie pas non plus que le re prelaU de l'Eglise n'ait eu part à des clefs; quant aux autres aposfa confesse qu'ils y ont eu toute aull avec cette distinction seulement collation des clefs est icy promise paiement à la personne de sainct i et a l'utilité de loute l'Eglise (car eD< ce soit luy qui les ait reçues, si estce n'est pas pour son proGt parti mais pour celui de l'Eglise). Le man des clefs est promis à sainct Pierre < ticulier, et principalement- puis i est donné à l'Eglise, mais principe pour le bien gênerai de rÊ^lise , ] après pour celuy de sainct Pierre , • il advient en toute charge publique on me demandera quelle difléreno entre les promesses que Noslre-Sc fait ici à sainct Pierre de luy dont clefs, et celle qu'il fit aux apostr après? car il semble que ce n'estoit roe-^me, parce que Nostre-Seigneur quant en singulier ce qu'il entend sainct Pierre , par la concession d< c Et quodcumque ligaveris super U erit legatum et in coslis : et quodc solveris super terram. • Il dit ens pluriel la mesme chose aux aposl gênerai : a Quaecumque alligaveriti doncquos il promet en gênerai o promet à sainct Pierre en parliculiet aura point do raison de dire que Pierre soit plus que les autres pai promesse. Je répons qu'en la promc en rexeculion de la promesse, NosI

DE S. FRANÇOIS DE SALES

ss

gneor a toasjours préféré sainct Pierre, r se rapporte enlierementàce queNostre-

par des termes qui nous obligent de rcconnoistrequ'ila esté le chef de TEglise. Et quant à la promesse, je confesse que par ces paroles : « Et qiiodcumque solveris , • N0stre-Seis;neur n*a rien plus promis à sainct Pierre qu'aux aposlres : (1) « Qn®camque allignveritis super terram , etc. » Car les paroles sont de mesme substance , et ont la mesme signiGcation en tous les deoi pa«sap;es.

le oonfe!>se au^si que par ces paroles : c Et qiiœciimque solveris, » dites n snînct Pierre, i explique les précédentes : « Tibi daboclaves. » Mais je nie que ce soit tout unde promettre les clofs et dédire : a Qtiodcnmqtie solveris. » Voyons donc ce que c>st de promettre les clefs du royaume descieux. On sait qu'un maistre qui part de sa maison, s*il laisse les clefs A quelqu'un , signifie qu'il entend lui en laisser hcharc^ et le gouvernement : quand les prineai font leur entrée dans les villes de tear estât, on leur en présente les clefs, eonme leur en déférant la souveraine aufftorilé : c'est donc la stipresme puissance qae Noalre-Seigneur promet , et commet icy à sainct Pierre. Cela est si vray que qoand l'Escriture veut ailleurs déclarer ane souveraine authorité, elle use do semblables termes :(i) En TApocalypse, quand Xostre-Seigneur se veut faire ronnoistro à •on serviteur, il luy dit : « Ego sum pri- Bus, et novis^imus, et vivus, et fui mor- Iqus, et ecce sum vivons in saecula «œrnloram , et habeo claves mortis et infiTni. » Qu'entend-il par les clefs do la mort et de Penfer sinon la supresme puissance qu'il a sur l'un et sur l'autre? Quand il est dit de Kostre-Srigneur (3) : « Heec dixit sanctus, et vcrus, qui habetclavem David, qui aperit et nemo claudit , claudit et nemo aperit. 9 Que pouvons-nous entendre icy, linon que Jesus-Christ tient la première authorité en TEglise? Lorsque l'ange dit àNostre-Dame : \i) « Dabit illi Dominus ledem David patris ejus, etregnabit in domo Jacob, in œternum. » Le Sainct-Esprit nous fait oonnoistre la royauté de Nostre-8eîi^neur, et par le siège du troène et par les elefe* liais surtout le commandement qui est fait en (5) Isaïe pour Eliakim,

ti) Batt. xviu * !*• — (*) Apo<T. 1 , It.

(D ApM. III , T. — (%) LOO I. S« - (I) fntti , itn.

Seigneur fait icy en sainct Pierre, Là est escrite la déposition du souverain prestre etgouvrrnoiirdu temple. « Ilœcdicit Dominus Deiis exorcituum : Vade. in;;rodero ad eum, qui habitat in tabernaculo ad Sabuam , prœpoîîilum rempli , et dices ad eum , quid tu hic? » Et plus bas : « Deponam te. » Voilà la déposition de l'un, voiry maintenant l'institution de. l'autre : a Ecce in die itià , vocabo servum meum Eliakim filium Elciœ, et induam illum tunicâ tuâ , et cingulo tuo conforlabo eum , et potestatem tuamdabo in manu ejus, et erit quasi pater habitantibus Jérusalem, et domum Juda, et dabo clavem domùs David super humerum ojiis, et aporiet, et non erit qui claudat, etclaudct, et non erit qui aperiat. » Y a-t-il rien de plus conforme que ces doux Eicritures : car, « Bealus es Simon Barjona , quia caro et sanguis non revelavit tibi , sed Pater meus qui in cœlis est, » ne vaut-il pas bien pour le moins : « Vocabo servum meum Eliakim , Olium Elciœ? » OUy sans doute :

mais ce qui suit : c Et ego dico tibi , quia tu es Pctrus, et super banc petram œdiflcabo Eccicsiam meam, et port® inferi, etc., » ne vaut-il pas autant et plus que, a Induam illum tunicâ tnà, et cingulo tuo confortabo eum , et potestatem tuam dabo in manu ejus; et erit quasi pater habitantibus Jérusalem et domum Juda? » Or qu'est-ce antre chose, estre le fondement, ou la pierre fondamentale d'une famille, que d'y estre comme père tenant les clefg, y tenir la surintendance, et y estre gouverneur? Adjoutons à c<'la, pour ajuster tout le rapport, que si l'un a eu celte assurance : a Dabo clavem David super humerum ejus, » l'autre n'en a pas eu moins en cette promesse : « Et tibi dabo claves regni cœleslis. » Que si quand Tun aura ouvert, personne ne fermera; quand H aura fermé , pesonne n'ouvrira : aiNsi quand l'autre aura délié, personne ne liera; quand il aura lié, personne ne déliera. L'un est Eliakim, filsd'Elcias, l'autre Simon, fîls de Jonas ; l'un est rovestu de la robe pontificale, l'autre de la révélation céleste; Tua a la puissance en sa main , l'autre en un fort rocher ; l'un est comme pero en Jérusalem , l'autre est comme fondement en i rEglise; l'un a les cli fsdu temple do Da-

coutroyerscs

▼id, l'autre celUsdc TEglise evangelique; qunnH run ferme , personno n'ouvre ; quand l'un lie, personne ne délie : quand fun ouvre, pcr-^onne ne ferme; quiyid l'un délie personne ne lie. Apres cela, que resle-t-ii à dire, sinon que si ji>mais Eliakim , fils d'Elcias, a esté chef au temple mosaïque, Simon , fils de Jonas, l'a esté bien plus en TEi^lise evangelique : Eliakim rcpresenloit Nostre- Seigneur comme figure ; sainct Pierre le representoil comme lieutenant : Eliakim le reprcsentoit à TEglise mosaïque, et sainct Pierre à TEglise chrestienne. Voilà ce que veut dire cette promesse, de donner des clef;^ à sainct Pierre, promesse qui ne fut jamais faite en sens pareil aux autres aposlrcs.

Mais j^adjoute que ce n*est pas tout un, de promettre les clefs du royaume, et de dire : « Quodcunique solveris : » quoy que l'un soit une explication de Taulre. Mais vous demanderez quelle différence y trouvez-vous? Certes toute celle qu'il y a entre la propriété et l'usage. Il se peut bien faire que le roy , vivant et régnant, son fils ou son lieutenant auront tout autant de pouvoir que le roy mesme , à chastier, absoudre, donner, et fiiiro grâce. Us n'auront pourtant pas le sceptre, mais Tusagede la puiseance seulement; ils auront bien la mesme authorilé, mais non pas la propriété, ains seulement Temploy et l'exercice. Tout ce qu'ils auront fait sera fait, mais pour cela ils ne seront pas roy : mais il faudra qu'ils reconnois:;ent que ce pouvoir est extraordinaire, par commission et délégation, au lieu que le pouvoir du roy, quoy que pareil et non plus grand, sera ordinaire en sa personne et par propriété. Ainsi Notre- Scigneur promettant les clefs à sainct Pierre, luy remet Tauthorité ordinaire, et luy donne cet office en propriété , duquel il déclare l'usage, quand il dit Quodcumfiie. Mais quand Jesus-Christ a fait la mesme promesse aux autres apostres, il ne leur donne pas les clefs ou Tauthorité ordinaire, mais seulement la délégation ou l'usage qu'ils en feront en Texercice et maniement des clefs. Cette différence est tirée des termes propres de TEscriture : car, Moltere et legare ne signifient que l'action et l'exercice : habere claves, signifie le pouvoir et l'habitude. Voilà combien diffère la promesse que Nostre-Seigneur fit à

sainct Pierre de celle qu'il fit aux autres apostres : les apostres ont tous eu le mesme pouvoir avec sainct Pierre, mais non pas au merme degré, d'autant qu'ils ont esté comme déléguez et commis, et sainct Pierre cx)mme chef ordinaire et officier permanent. A la vérité, il fut convenable que les apostres, qui dévoient partout planter TEglise, eussent tous le plein pouvoir, et Tentiere authorité d'user des clefs dans l'exercice ; mais il fut encor trèsnécessaire que l'un d'entre eux en enst la garde par office et par dignité. « UtEccl»^ sia , qu£ una est , » comme dit Sainct Cyprien, « super unum, qui claves ejus accepit, voceDomini fundaretur. »

DISCOURS xxxm. .

Témoignage! de Jesas Christ, qui JosUflenlqoe Minci Pierre est le fondement de l'Egline, et qu'il a le pouvoir des clefs, comme seal ordinaire sur toute l'Eglise.

On sait très- bien que Nostre-Seigneur donna une tres-ample procuration et commission à ses apostres, de traiter avec le monde de son salut , quand il leur dit : « Sicut misit me Pater, et ego milto vos; accipiteSpiritum sanctum, quorum reroiseriiis (4), etc. » Ce fut pour Tcxecution de cette promesse qu'il leur avait faite en gênerai, qu'il leur dit encore : « Quscumque alligaveritis ; » mais auquel des autres dit-il en (>articulier (2) : « Pasce oves meas? » Ce fut le seul sainct Pierre qui receut cette charge : ils furent tousegaui en l'apostolat; mais quant à la dignité pastorale, sainct Pierre seul en a eu Tinstilution : « Pasce oves meas. » 11 y a d'autres (3) pasteurs dans l'Eglise, chacun doit « pascere gregcm qui in se est , » comme (i) dit sainct Pierre : ou celuy, c in quo eum (losuit Spiritus sanctus, » selon sainct (5) Paul; mais, « oui unquam aliorum sic absolutè, sic indiscrète, dit sainct (6) Bernard, « commissae sont oves ? pasce oves meas » Que ce soit à sainct Pierre à qui ces paroles s'adressent, je m'en rapporte à la saincte Escrilure : ce n*est que sainct Pierre qui s'appelle Simon Joannii ou Jonas (car l'un vaut Tautre, et Jonë n'est que Tabregé de Joannah) ; et afin

(1) Jo. II, tl . ». — (1) M«U. XTiii , ts.

(3) Jo. xzi , 18. — (4) I. Pet- v. S.

(I) Àoi. u , It. — (6) Jtora. I. 9. de Cont. Ttli.

DE 8. FRAflÇOIS DE SALKS.

qw Ton sçucbe que ce Simon Joanniê 5*esl 11» mesme que sainct PuTre : sainct Jean altos*c que c*esioit Simon Pelrus, car il rpcile : « Dicit Jésus Simoni Potro : Simon Joannis, diligis me |>Ius his? » C*est donc sainct Pierre auquel en particulier Nostre-Seigneur dit : a Pasce oves meas. » El tout do mesme que Nostre-Seigneur en cette parole met sainct Pierre à part des autres, quand il le met en comparaison, diligis me. Voila sainct Pierre d*un costô, plus his : Voila les apostresde Tautre; et quoy que tous les apostres n*y fussent pas, si est-ce que les (4) principaux y estoienl, sainct Jacques, sainct Jean, sainct Tbomab et autres. Prenez- y garde , ce D*est que (2) sainct Pierre qui fut fasché de cette demande, ce n*est que sainct Pierre auquel la mort est prédite : quelle occasion donc de douter, si c*est à lui seul à qui s*adres$e cette parole : « Pasce oves meas, » puisqu'elle est liéeâ toutes les précédentes en til de discours.

Or qui peut nier, que repaistre les brebis » M soit avoir la charge du troupeau ? Ceia se justifie tres-clai rement : car avoir la charge de paistre les brebis , n'est rien moins que d'estre pasteur et berger. Les bergers ont pleine puissance sur les brebi»; oon-^eulement ils les conduisent au pasturage , mais ils les ramènent , les appellent , les rassemblent , les gouvernent , l€S tiennent en crainte , les chastient et les deffendent. En TEscrilure , régir et paistre le petiple , se prend pour une mesme cbose , comme îi est uisé de voir en (3) Ezechiel , au 2. des Rois (i) , et en plusieurs endroits des Pseaumes. Dans le S. (5) pour pascere^ nous avons regere, reges eos in virgd ferreâ. Et de fait entre régir et paistre les brebis avec une houlette de fer, il n'y a pas de différence , au ?sal. 22. Dominus régit me. Cela veut dire, il me gouverne comme pasteur. David fut élu roy, et voicy comme il en parle : (6) iPascere Jacob servum suum , et Israël bereditatem suam , et pavit eos in innocentià cordissui. » Cest tout de mesme que s'il disoit : regere , gubernare , frœesêe- C'est en ce mesme sens que les {«nples sont appeliez brebis do la pasture

(1) Joaa xti . 1 — (t) Joaa. xxi . 17.

(1, LiACh- xxxit. Si. — (4) L. U. Reff. ▼, 1; T.

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ilj Pft. Il- ¥•• tutf. H. Miv, t.

de Nosfre-Sei|;neur. Ainsi avoir comcnan« doment de j^aislre les brebis chrestiennos, n'est autre chose qnc dVn esire le régent et le pasteur ; maintenant , cola supfKisé , il est aisé de voir quelle aiithorité Nostre- SiMgneur a donnée à saincl Pierre , par ciie paroles : « Pa.-tce oves mens ; • car à la vérité cette charge ost si générale , qu'elle comprend tous les fidèles, de quelle condition qu'ils soient , et le commandement est si particulier, qu'il ne s'adresse qu*r. sainct Pierre : de telle sorte que qui veut avoir cet honneur d'estre brebis de Nostre» Soigneur, il faut qu'il reconnoisse sainct Pierre ou celuy qui tient sa place pour ?^Ml berger. « Si me amas , » dit sainct Ber* nard , (4 ) « pasce oves meas , non quasi illius, vel illius populos ci vitatis, aut regionis , aut certè Regni , sed oves meas , inquit ; et sic clarum est , non designaî^se aliruas, sed assigna»^ omnes ; nihil excipitur, ubi distinguitur nihil , et forte prse* sentes cœleri con'iisripuli erant, cùm com« millens uni , unitatis omnibus commen* darot , et in uno grege , et uno pastore , secundum illud , (2) una est colunibu mea, formosa mea , perfecta mea ; ubi unitas ibi perfectio. »

Quand Nostre-Seigneur disoit : cCognosco oves meas , » il l'entendoit de toutes ; quand il dit : « Pasce oves , » il Tenlend encore de toutes. Et qu'est-ce dire autre chose , a pasce oves meas , • sinon luy dire , ayez soin de mon bercail , ou de ma bergerie , ou de mon parc et de mon troupeau? Or si Nostre-Seigneur n'a (3) qu'un troupeau , il est donc totalement sous la charge de sainct Pierre ; et en effet, s'il luy a dit : Repais mes brebis , ou il les luy recomniandoit toutes , ou quelquesunes seulement? S'il n'en recommandoit que quelques-unes , et quelles je vous prie? n'eust-ce pas esté ne luy en recommander aucune , de luy en recommander seulement quelques-unes , sans lui dire lesquelles , et luy donner en charge des brebis inconnues ? Si toutes luy sont rccom. mandées , comme la parole le porte , il s'ensuit qu'il a esté le gênerai pasteur de toute l'Eglise , et la chose va bien ainsi sans doute ; c'est l'interprétation ordinaire des anciens , c'est l'exécution ordinaire do

(1) ll»rn. 1. f, dt Coiiiil. viir.

(«; Caut e- — (fc; lo. X- il

GONTROVEBSES

868 pipmessea : mais il y a un grand mystère on celte institution que nostre sainct Bernard ne veut pas que j'oublie , l'ayant f pria pour guide en ce point } c*est que trois fois No8tre-Sei$;neur liiy commande de faire olBce de porteur» en luy disant prenicrement : « Pasce agnos meas. %, ovlctilas. 3. oves. » Non seulement afin de rendre cette institution plus soicmnelle , mais encor pour montrer qu'il lui donnoit eo charge (4) non simplement les peuples, mais les pasteur:} et les apostres mesmes, qui comme des brebis ont nourry les aisneaux et les brebiettes , et leur ont fait office de mères. Cecy ne fait rien contre cette vérité , que sainct Paul et les autres apostres ont repu beaucoup de peuples de la doctrine evangelique ; car estant tous sous la charge de sainct Pierre , ce qu'ils ont fait luy revient k gloire , comme Thon* neur de la victoire à un gênerai , quoy que les capitaines ayent combattu. Il est vray que sainct Paul reoeut la main d'association de sainct Pierre , car ils estoient com- .pngnons en la prédication; mais sainct Pierre estoit plus grand que luy en l'offirtf pastorale : comme les chefs appellent les soldats et les capitaines pour compagnons , ainsi sainct Paul estoit appelle apnstre des gentils, et sainct Pierre des Juifs; non pas pour diviser (2) le gouvernement de l'Eglise , ni pour s'empescher l'un ou l'autre de convertir les gentils ou les Juifs indifféremment ; mais pour leur assigner les quartiers où ils dévoient princiimlement travailler à la prédication , afin que chacun attaquant de son coslé l'impiété des hommes , le monde fust plutost remply du son de l*Evangile.

On ne peut dire sans injure , que sainct Pierre ne connut pas que les gentils deus* sent appartenir à la bergerie de Nostre- Seigneur, qui luy (3) estoit commise ; car ce qu'il dit au bon (i) Cornélius : « ( In veritale comperi , quia non est personarum acceplor Deus , sed in omni gento , qui timet eum , etoperatur justiliam , acceptus est illi) » n'est autre chose que ce qu'il avoit dit long-temps auparavant : (5) a Omnis, quicumque invocaveritnomen Domini , salvus erit. » Et cela est conforme

(I) Btrn. 1. 1. dt Cont.

(i) AcU IX, IV. Aot t. T. — (!) Ut. TU, ^

(4) A«t s, M. - (!) Ml. U» ti| Uti i^

à la prédication qu'il avoit luy-mesmo expliquée : « In semine tuo benedic^ntur omnes familis tcrr®, » Quoy qu'il ne fust pas assuré du temps auquel il falloit commencer la réduction des gentils, il n'i«n)oroit pas la sainte parole du Fils de Dieu. (4) c Eritis mihi testes in Jérusalem , et in omni JudsBâ et Samnriâ, et usque ad ultimum terr®. cNy celle de sainct Paul :

« Vobis quidem oportebat primo loqui verbum Dei » sed qiioniam repellitis illud . eoce convertimur ad gentes. » Joignons à cela , que Nostre-Seigneur avoit àéjh ouvert le sens des apostres en rirttelligence de l'Escriture , quand il leur dit , que : (9) « Oportebat prœdic^ri in nomineejuspoonitenliam et remissioncm peccatorum , in omn*)S gentes, incipientibus ab lerosolymâ. » Peut-on nier que des apostres n'ayent fait des diacres avec le commandement de sainct Pierre, aux actes des apostres ; car sainct Pierre y estant , (3) authorisoit cet acte : s'ils ont ordonné des prostrés et desovesques en son absence , on repond qu'ils avoient une pleine administration en l'EsKlise sous l'authorité pas» torale de sainct Pierre. Il ne sert rien da dire qtie les apostres envoyèrent (i) Pierra et Joim en Samnrie; le peuple envoya bien Phineez , grand prcslre et supérieur, aux onfans de Ruben et de Gad : et le centurion en TEvangilo , envoya les anciens et principaux des Juifs , qu*il estimoit plus que luy-mcsme. Ainsi sainct Pierre se trouva au conseil , etiuy-mesme consentit et aulhorisa sa mission propre. Mais les ministres font sonner bien haut que sainct Paul (5) a repris en face sainct Pierre; que fait cela ? Qui ne sçait qu'il est permis au moindre de reprendre le plus grand , et de Tadmonester quand îa charité le requiert? Témoin nostre sainct Bernard en ses livres de la Considération , où il instruit si charitablement un pape. Et sur ce propos le grand sainct (6) Grégoire dit ces paroles toutes dorées : « Faclus est sequens

minorissui:iitinhumililatectiumpraBiret, quatenùs qui primus erat in a|)ostolatûs culmine , esset primus in humilitate.

(1) Act. XI, 8. - (t) Lac. xxiT. 47.

(1) Aci. Ti , e. — (») Aot. Ti, I. I, U.

îl) Ad Gai. II, 11.- (6; Grcff. lUga. la BmcIi. Boni. xnu.

DE S. FRAIfrOI.^ tr SALES.

WSCOUBS XXXIV.

I<â intiftoiOM

«t qiittrîMtte emllcnf Piern.

•deMlnxl

1 Ml conOnné en la fby, e» reçeît le poimrtr de eoBltasier U Cey de» ibklea.

Grand fut asseiirement le prîvileg.e de sainct Pierre : je vous demande auquel des autres a dit le FiL» de Dieu : «Ego rogavi pro te, Petre> ut non deficiat fides tua , et tu aliquando conversus , .confirma fratres tuos? » Certes voicy deux privilèges de grande conséquence; nous ne Usons point que Noslre-Seigncur,. qui dcvoit maintenir b foy en soi^ Eglise , ait prié pour la foy d'aucun des autres apostres en particulier, mais seulement pour celle de sainct Pierre* comme chef de TEglise : car quelle autre raison pourroil-on alléguer en cetie prero- ^tive ? (4) « Expetlvit vosSalanas , » tous tant que vous estes ; « egp auLem rogavi pro te. » N'est-ce pas le mettre luy tout seul en compte pour tous , comme chef et conducteur de toute la troupe? Mais qui ne void combien cecy est convainquaiu ? Regardons , je vous prie ,. ce qui précède „ et nous y trouverons que Nostre-Seigneur avoitdeclaré uses apostres, qu'il y eaavoil «n entr'eux plus grand que les autres : (2) « Qui nnjor est in ter vos , et qui prœcossor. • Et toutd^in train » Noslre Seigneur luy dit que l'adversaire chercboit de les cribler tous tant qu'ils cstoient , etneantr moins qu'il avoit prié pour luy en purlica* lier, afin que la foy ne manquait point en sa personne. Or^ je vous prie 1 cette grâce particulière , qui ne fut pas commune aux autres , témoin aiiiact Thomas , ne montrei-elle pas clairement que saincl Pierre «stoit celui-là a qui major erat in ter eos? » Tous sont tentez, et oo ne prie que pour luy seul , les paroles suivantes rendent tout cecy évident : quelque proleslant pourroil ajouter, que Jesus-Cbrist a prié effectivement pour sainct Pierre en particulier; mais pour quelque autre motif , que l'on peut imaginer (car l'imagination fournit. lousjours assez de prétextes à l'opiniastrelé); maison ne peut donner autre bonne raison , sinon qu'il estoit chef des auires , et que la foy des antres fut maintenue en leur commun pasteur, afia, messieurs, que « aliquando conversus y conftrmet fra-

(t)Ue. uui.-(l)l'M* uu.ii.

très suos. rt II prie donc pour sainct Pierre, comme poiuf le eenfivmeteur et l^appuy des autres ; et n'est-ce pas le déclarer \t chel des auires apostres.? On ne sçaiuxiit à la vérité donner ce commandement à sainct Pierre , de confirmer ses frères (qui sans doute #epreseneoient toute l'Eglise) , qn*(nr ne le chnrgi^ast d'avoir soin de leurcroyatïce : car comme pourroit-on mettre cy commandement en effet , ^an^ donner' la* puis» sauce de- prendre- garde à la foitalesse- ou à^ le fbrmeté des antres, pour les afitermir of tes p'assurer? n'est-ce p«i8 le dire et le rcsdire encore une flÛM, (undementde l'Ei^liséf S'il appnye , s'il r'assure, s'il affi[)rmit , et s'il confirme les pierres mesmes fôndamontsile», comme n'affîîrmira-t-il pns tout lï Peste? SMJa charge' de soutenir les colomnés de l'Eglise, comme ne sonstîendra-t-il pas tout le reste dubnstiment? 9*il a charger de repaislre les pasteurs, nescra-t-il pas* souverain pasteur luy-mesme? Le jardinier qui void: les ardeurs du soIim'I continuelles' sur une jeune plante . pour la proserver de' la sechercïise qui la menace-, ne porte pas' de Tean sur chaque branche, il se-contente* de bien lrem()er et molli ll&r la racine, er croit que- tout le reste est' en as«turanco„ pards'que-lb raetne va dispersant Thumeur à toutlerefiiede la plante. Ainsi no.^tro* Seigneur ayant planté cette saincte assombiée" de ses- disciples , pria pour lor chef , efrarros&cette racine, afin que Ceau' de lu foy vifve ne mnnquast point à celuy qui devoit en assaisonner toutle resta, et que par l'entremise' du chef , là f6y fust tousjours conservée- en l'Bgllse. Il prie' donc pour sainct Pierre en particulier, mais au profit et utilité générale de toute* l'Eglise.

Avant que je finisse ce discours , je tchx vous avertir que saincl Pierre ne perdit pas' la foy quand il nia Nostre-Seigneur ; ce fht ta seule crainte qui luy fit'desadvoiicr ce qu'il croyoit : ainsi il ne s'oublia pas en la foy formclli^ment , mais en la" ronf^ion extérieure de la foy. Il croyoit en son cooiir, mais il parloit mal dé sa* bouche , et ne confcssoit pas œ qu'il' croyoit ; aussi n'estott-il pas alors conlirmé' dans la foy, comme il fut du depuis , pour juoiQep la pj*role de Jesus^-CImst» «.fit tu- aliquando conversus i^conÛrma.Ctatcei: Uios 9

CONTROVERSES

DISCODRS XXXV (4).

CinqaietoM aicel lance.

Sainrt Pierre e^t le père de» chreftii<*n», et neanW luoii.» il est serviteur en l'Eglise de Dieu.

Il faut cnGn supporter ce que notis avons dit 9 qu*ii faut tiD seiviltiur, un disfensateur général , un gouverneur et un majordome en la inaison de Noslrc-Seigncur. Cesl pour a>la mesme que sainct Pierre se peut glorifier de ces paroles : « 0 Domine 1 ego servus tous , » noD-seulemenl tervus , mais il est seivilcur doublement. « Quia qui bene prœsunt diiplici honore digni sunt. • Non simplement serviteur, mais encore le fils de rÊglise, qui est la servante de Jesus-Cbrist : « Et lilius ancillœ luœ. » Qiumd un seigneur a quelque serviteur de grand mérite , c'est â celuy-hi que le maistre se confie davantage , il luy remet volontiers les clefs de sa maison : ainsi c*est avec raison qu*on introduit sainct Pierre disant ces paroles : c 0 Domine , quia ego servus tuus ; » car il est bon et fidelle , à qui,commeàuDserviteurd élite, le Maistre souverain a remis les clefs de son Eglise. c Et tibi dabo claves , etc. »

Sainct Luc nous montre bien que sainct Pierre est ce serviteur ; car après avoir raconté que No^tre-Seigneur avoil dit par avertissement à >es di.>ciples : a Beati servi quos, cum venerit Domiuus, invenerit vigilantes : amen dico vobis , quia praîcinget se , et fariet illos discumbere, et Iransiens minislrabit illis. » Sainct Pierre seul interrogea icy Noslre-Soigneur : « Ad iiosdicis banc parubolum , an ad omnes? » Nostre- Seigneur : re|)ondant à sainct Pierre , ne dit pas : « Quinam putas erunt fidèles '^ » comme il avoit dit : a Beati servi ; » mais , t quis putas estdis|)ensator fidelis et prudcns, quem constituit Dominus super familiani suam , ut det illis in tempure tritjci mensuram? » Et de fait, Theopliilacle nous apprend icy, que sainct Pierre fit cette demande , comme ayantrla supresme cburge de TEgliso : et sainct Ambroise , liv. 7, sur samct Luc , dit que les premières paroles , Beati , s'entendent de tous ; mais les secondes , Quis putas ? s'eulendent des evesques , et beaucoup

(1) Aof«. Ce chapitrt étoit bon d« niif dan* le ninotcrtt , 1 Douê l*«voaif rMtitué «u ce lieo . oà il euatioae le nalMM dee «irellitocM d* tâlat Pi^M.

plus proprement du souverain pontife , qtii est Nustre-S»Mgneur, selon sainct Paul , qui re|)ond à sainct Pierre, c^mme voulant dire : Ce que j'ay dit en tienenil , appartient à tous, m;iisà toy particulièrement: car qui |)ens(»s-tu estre, sinon le serviteur prudent et fidollc? El de viay, si nous voulons un peu éplucher celte parabole , qui peut estre le serviteur qui doit donner le pain , sinon sainct Pierre , aucpiel la charge de nourrir le:* auti es a esté donnée? Pasce oves meas.

Quand K^ maistre de la maison va de* hors , (4 ) il a coustume de donner les clefs au miijor-dome et econc me ; et je vous prie , n'est-ce pas n sainct Pierre auquel Nostre-Seigneur a dit : a Tibi dabo claves regni cœlorum ? » En l'absence du maistre principal , tout se r.«)i)orlcau gouverneur, et le reste des ofiQciers s'apptiye sur luy quanta raulhorité, comme tout Tedifice sur le fondement ; ainsi sainct Pierre est appelé la pierre sur laquelle rEc;lisc est fondée. Voila le pcre de famille et le père des peces : voila la pierre de l'autliorilé. « Tu es Cephas , et super hanc pclrain. • Or est-il (2) que Cephas veutdire en siriac une pierre ,^aussi bien qu'en hcbrcu ; mais l'interprète lutin a dit {Petrus) pource qu'en grec il y a {Peiros) qui veut aussi bien dire pierre, comme petra. Nostrc- Seigneur, en saint Mallliieu, chap. 7, nous enseigne que rhomnic sage fait sa maison et la fonde sur le rucher, supra petram. En quoyio diable, père de mensonge, et singe de Nostre-S. igneur, a voulu faire une certaine imitation en fondant sa malheureuse hérésie , principalement dans un diocèse (3) de sainct Pierre , et dans •une Rochelle.

Do plus, Noslrc-Seigneur demande en son Eglise, que le serviteur soit prudent et fidelle. Siiint-Picrre a possédé par privilège ces deux conditions ; car la prudence ne lui a pu manquer , puisque a ny la chair, ni le sang ne le gouvernoicnt point , mais la révélation du Père céleste. » La fidélité non plus ne luy pouvoit faillir, puisque Nostre-Seijineur nous assure : a Petre , rogavi pro te, ut non deûceret fîdes tua. »

C) Ceci eet expliqué ei-dCMus . sa cb. xxxi.

(>} ^ola. Celle explication de Cépha* est déji doMée cl-deMoe, au cb- \xx.

(3; Xota. U catbéUrale de Génère étoU dédiée à stial Piarre : et la RiN:bMii« «ft h^iin nur le me.

DE S. FRANÇOIS DE SALES

Et il faut croire qu'en cecy, Jesus-Christ c exaiidilus est pro suâ rcverenLiâ. » De quoy il donnp un bon temoigna?;e , quand il ajoute : « El luconvorsus , confirma fratres tiios. » Comme s'il vouloit dire : J'ay prié pour loy , aGn que lu sois le conûrmateur des autres : mais pour les autres , je n*ay prié sinon en intention qu'ils eussent un refuge assuré en toy. De tout cecy , nous devons inférer que puis qu*ii falloit que Nostre-Seigneur abandonnast un jour son Eglise de sa présence corporelle cl visible , il devoit au moins lui commettre un lieutenant et un vicnire-generai visible ; celuy-cy est sainct Pierre, qui a le privilège de dire : « 0 Domine ! quia ego servus tuus. » Vous me direz peut-être , que Nostre-Seigneur n'est pas mort, qu'il est tousjours avec son Eglise, et l'aide en tout et partout de sa faveur. Pourquoy donc inutilement luy donner un vicaire? Je vous répons que n'estant pas moit effectivement , mais vivant dans le ciel , il n*a pas besoin de successeur , mais seulement d'un vicaire; et bien loin de nier qu'il assiste vrayementson Eglise en tout et par tout de ses faveurs invisibles /j'ajoute qu'alin de ne faire pas un corps visible sans un chef visible, il a voulu encor rassister doublement en la personne d'un lieutenant visible, par le moyen duquel, outre les faveurs invisibles, il conduit continuellement son Eglise d'une manière convenable à la suavité de sa disposition.Vous me direz encor qu'il n'y a point d'autre fonttement que Nostre-Seigneur, en l'Eglise : a Fundamentuni aiiud nemo potesl ponere, prœier id quod positum est , Ciiristus Jésus. » (4) Je vuusaccorde,que lantrEglise mililunie, que la triomphante , sont appuyées et fondées sur Nostre-Seigneur, comme sur le fondement principal: maislsaïe nous a prédit qu'en lE^lise d'icy bus,on devoi t a voirdeux fondemens. C'est au chapitre 2S,a Ë ce ego ponam in fundamentisSion , lapidein probatum, angularem , preiiosum , in fundamento fundatum. » Je sçay bien qu'un grand personnage rexpli(|ue autrement :

mais il me semble que ce passade d'isaïo se doit directement interpréter , sans sortir du chapitre 46 de saincl Matthieu en TEvangite (2) d'aujourd'hui. Là , Isaïe se plai-

(1) Hota- Ceci est ii«ja expliqué plus hauuo chap. xtx» fs; iVoia. Ce lieu (ait conjecturer «n quel lempe de Tanttée le aaiiit éf èqne écrivit oe Traité.

gnant des Juifs et de lears prostrés , et parlant en la personne de Nostre-Seigneur, de ce qu'ils no voudruient pas faire, a Manda, remanda , expecla, reexpecla; » et le reste qui s'ensuit. Puis il ajoute : « Idcircô , licBC dixit Dominas. » Et partant le Seigneur a dit : « Ecce ego mitlain in fundamentis Sion lapidem. » Il dit infun* damenlis , pour signifier que quoy que les autres apostres fussent fondemens de l'Eglise. « Et murus civitatis, » dil i'Â{)Ocalypse , « habens fundumenta 42 , et in eis nuinina 42 apo-tolorum et a^ni. » Et autre part : Erant fundati super fundaii|pnta prophctarum et apostolorum, ipso summo lapide angulari Christo Jesu. » Et le psalmiste : a Fundamenta ejus in montibus sanctis. » Mais entre tous, s'il y en a un lequel par excellence et supériorité est appelé pierre et fondement, c'est celui auquel NotiPé-Seigntmr a dit: Tues Cephas.

Il esHapis, qui vient à ce lapidem pro-* baluin. Ecoutez sainct Matthieu ; il déclare que Nostre-Seigneur y jettera une pierre éprouvée. Or quelle preuve voulezvous autre que celle-cy? Quem dicunt boulines esse tilium homiuis? » Question tres-diilicile, à laquelle sainct Pierre expliquant le secret et très-haut mystère de la communication des idiomes , repond si pertinemment que rien plus, et confesse qu'il est vrayement pierre , disant : a Tu esCiiristuslilius Dei vivi. » Isaïe poursuit, et dit, lapidem pretioêum. Mais écoutez restitue queNostre Seigneur fait de sainct Pierre: a Boatus es Simon fijrjona..» Le prophète ajoute , angularem. Nostre-Soigneur ne dit pas qu'il fondera une seule muraille de TE^lise, mais toute l'Eglise: Ecdesiam tneam, 11 est dune une pierre angulaire , in fundamento fundamenlum.

C'est-à-dire, fondé sur le fondement, mais non pas le premier ; car il y aura un autre fondement, « ipso summo lapiae angulari Christo. » Voilà comme Isuïe explique sainct Matthieu , et suinct Matthieu i^aïe* Je n'aurois fait, si je vouloisdire tout ce qui me vient en pensée sur ce sujet. Ce que j'ai dit suilit pour le pivsent.

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