DISCOURS XL
L'ef Ume et l'estai qu'on doit faire de l'auUiorilé du pape dans Tfiglise.
Toute obstination mise à part , il faut confesiDer que ce n est pas sans mystère que très-souvent en l'Evangile , quand il est question que tout le collège des apostres parle, sainct Pierre (3) seul parle pour tous : eo sainct Jean ce fut luy qui dit pour tous : « Domine , ad quem ibi* mus? verba vitœ aelernse hubes, et noe credimus , et cognovimus , quia tu es Cbristus filius Dei. » Co fut luy en sainct (4) Mathieu, qui au nom do tous
(t) illeron. adDimaïam.
(t) Uiaconas , 1. 1» la Tik. Cref; I. T.
(9) JOAD. VI, 18. — (4J MaUh. XVI, 16.
DE S. PRAfIÇOIS DE SALES.
comme chef fit oette Doble oonfeasioa : c Tu es Christut filius Dei vivi. » Il de» mande pour tous : « Nos reliquimus om« Dîa , quid ergo erit nobis ?» Il repond pour tous, en sainct Luc : c Domine, ad nos dicis banc parabolam et ad omnes? » Enfin c*est l*ordinaire que le cbef parle pour tout le corps, et ce que le chef dit, on le tient dit pour tout le reste. Et en efiîet, messieurs, ne voyez-vous pas qu*en Telection de sainct (4 ) Mathias, c^est sainct Pierre seul qui parle et détermine? Les Juifs demandèrent à tous les apostres (3) : t Quid facimus , viri fratreà ? » Sainct Pierre seul repond pour tous : « Pœnitentiam agite, etc., » c>Bt pour cette raison que sainct Chrysostome et Origene (3) Tont appelé : c Os et verticem apostolorum , » comme nous avons vu cy-dessus, parce que c*estoit son ordinaire de parler pour lou<; les apostres. Le mesme sainct (i) Chrysostome rappelle, 0$ ChrisH, parce qu'il s*enonce pour toute TEglise et à toute l'Eglise en qualité de chef et de pasteur ; et ce qu'il dit n*est pas tant par une parole humaine que par celle mesme de Nostre-Seigneur. c Amen dico vobis, qui accipit , si quem misero, me accipit. » Ainsi ce que sainct Pierre disoit et determinoit, ne pouvoit estre faux : et de vray, si le confirmateur estoit tombé , tout le reste ne seroit-il pas renversé? si le confirmateur biaize et chancelle, qui le confirmera? si le confirmateur n'est pas ferme et stable en luy-mesme, quand les autres s'aflbibliront, qui les afi'ermira? 11 est escrit : « Si Taveugie conduict Taveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse ; si rinstable et le foiblo veut soutenir et assurer le foiblo, ils donneront tous deux en terre; » d*où s'en suit que Nostre-Seigneur en donnant l'authorité et le commandement à sainct Pierre de confirmer les autres, il luy a quand et quand donné le pouvoir et les moyens de le faire, autrement pour néant luy eust-il ordonné une chose impossible. Les moyens nécessaires pour confirmer les autres et rassurer les foibles, c'est de n'estre point sujet à la foiblesse ny à l'erreur, c*est d'estre solide et ferme en soy-mesme»
(I) âdw. MI, «f . - (t) Act n , !•.
(DiMB. n. la dliMt. ftriB. a4 iiUb
comme une vrnye pierre et comme un root et tel eatoit oe sainct apostre, en tant qua pasteur gênerai et gouverneur de l*Bglia9 universelle.
Ainsi quand sainct Pierre (4) fut poié au fondement de l'Eglise chrestienoe, et que l'Eglise fut asseurée que les piHiet d'enfer ne prevaudroient point contre elle; ne fut-ce pas assez nous dire, quo sainct Pierre (comme pierre fondamental du gouvernement et administration ecele* siostique) ne pourroit Jamais se fh>isser ny rompre par l'infidélité , qui est la principale porte d'enfer? car qui ne sçait, que si le fondement renverse , et si l'on y peut porter la sappe, tout l'édifice renversera t
Après tout , s'il estoit possible que là pasteur supresme ministériel pust mener ses brebis aux pasturages (2) vénéneux , il est certain que tout le parcseroitbientotl perdu. Si le supresme pasteur ministerial nouscondulsoit au mal , qui releveroit la bergerie? si elles'egaroit , qui la ramené* roit à la vérité? Nous n'avons qu'à le suivre simplement, non pas à le quitter, au* trament lesbrebisseroient pasteurs : certes l'Eglfse ne peut pas tousjours estre ramas» sée en un concile gênerai; dans les trois premières centaines d'années il ne s'en flt aucun. Or pormy les difiicultez qui surviennent journellement, à qui pourroit-on mieux s'adresser ? de qui pourroit-on prendre une règle et une loy plus asseurée el plus certaine , que du cllef gênerai et da vicaire de Nostre-Seigneur ? Tout cecy n*â pas eu lieu seulement en sainct Pierre , mais en ses successeurs , car puisque It cause demeure , l'effet demeure ; l^liie a tousjours besoin d'un confirmateur qui soit permanent ; auquel on puisse s'adresser pour trouver un solide fondement, que les portes d'enfer, et principalement Ter^ reur ne puisse renverser; il faut que ace pasteur ne puisse conduire à l'erreur, nj nous porter au mal : les successeurs (fe sainct Pierre ont seuls (hors du concile g^ neral) ces privilèges, qui ne suivent pas la personne , mais la dignité, et la charge publique de la personne.
Sainct Bernard (3) appelle le pape im autre Moyse en authorité : or combiea grande fut l'authorité de Moyse , Il n'y a
(1) Hiufe. XVI , tt. » (I) JoiB. . n • n.
SN
COHIROVEIUES
WTmy nous personne qui rignore (1), car Us'aesitet jiigtiade tousiesdiflerens, qui BSUsaient parmi le peuple , et connut de toutes les dinirulteï qui Eurvpnolent aux Krviteursdc Dieu; il (3)cDnâtituH des juges pour les iilTiiirca do peu d'iin))ortance , tuais les grands doulcgestoient reservez à (a connaissance. Si Dieu veut parler à son peuple (3), c'est |tar sa bouche et par son eptremtsfl ; ainsi Icsupresme pasteur de rGsli--o nous est un Juge compétent, et suflDs.nnl en toutes nos plus grandes dilGoultpz, autrement nous serions (i) de pire condition que cet ancien peuple , qui avoil nn tribunal, auquelil pouvuit s'adresser fOiiT la résolution de ses doutes, et specia- IemCnl(5} en (6) malicre de religion ; que CÎ quelqu'un veut rcpondro que Moyse fk'esloit pas prestre uy pasteur ecctesiasii- ((ue , je le renvoyeray à ce que j'en ay dit ty-dessus, car ce ^croil se rendre fort en' Auyeus de fuire ces repetilions trop importunes.
Au Dculcronome il est dit (7): «Faciès quidquiddixerinl.qui priesunt loco, quem etegeritDuminus,ct docuerint de juxta legem cjus; sequerisque scntenliam eorum.
nec declinaliis ad dextram , nec ad sinistram ; qui autem supeibierit , nolens obodirc sacordotis imiierio , judicis sentcnliâ inoriaiur.B Que dira-l-onicy? qu'il Tulloit en l'ancienno loy subir le jugement du souverain pontife, et qu'on estoit obligé de Suivre ce jugement, lorsqu'il estoit selun la îoy, non aulremeni : J'en demeure d'accord, mais en cela il falioit toujours suivre lli sentence du prestre, autrement si on ne l'eust pas suivie , mais examinée , c'eust esté pour néant qu'on Tust allé à luy, et la ilifflculté n'eust jiimats esté résolue* confru lès opiniaslres, dont il est dit i^implement : ■ Qui aulem superbierit, nolens obedire sàcerdoiisintperio, judicis senicntiâ mo ^tur. B 11 est escrit en (&) Malachic ■I.i.biusucerdot:scuslO(liunlBcienliam,e légem requirent in ore ejus. » D'où il s'ensuit, que chiicun ne pouvoitei no dcvoil \ÎBi se résoudre sur les points de la relip'on, ny produire la loy à sa Tïiiitii'siu , mais selon l'exposition du pontite. Quo si
fl)E»ll.ifm.It.
Dieu a eu ur6 si grande prévoyance pour la synagogue et pour la tranquillité de la conscience des Juifs , que de leur eslablir un juge souverain et ordinaire , A la setttence duquel ils dévoient tousjoiirs acquiescer, il ne faut pa^ douter qu'ils ne nous ait pourvu dans le christianisme d'un pasteur gênerai , qui ait cette meanie et plus grande aulhoritâ pour nous lever tous les doutes et les scrupules qui pouvoient survenir sur la déclaration des Escritures (<)... En la poilrine...
Que si le grand prestre portait ainsi sur soy Jerational du jugement oti estoieal eiicriis ces deux mois, Frim, thumim, c'est-à-dire, doctrine et vérité, comme l'interprètent quelques -uns, ou les illuminations et perfeciions, comme di:i«nt les autres, qui n'est presque qu'une mesme chose, pui.-iquc la perfection consiste en la vérité, et la doctrine n'est rienqu'illumi* nation, penserions-nous que le grand pre*tre de la loy nouvelle n'en ait pas encore les eiïets? Certes, tout ce qui fut ordonné de bon en l'ancienne Eglise et accordé A la chambrière Ai;ar, a dû estre concédé en beaucoup meilleure façon à Sara, et i l'cspouse ; nosirc gnind prestre donc a encore le ^rimct Ihumim en sa poitrine, c'csl-à-dtre , en sa diguihi pontiHcale.
DISCOURS XLl.
Le rang, ott l'ordre, dans lequel Ui CTiniieliiIct onl loutijaurs oaminé lalucl Pierre dcMnl Im ■uirei iposuv*.
Enfin c'est une chose digne de considération en cette matière , que jamais les evangelistes ne nomment, ny tous les apostrcs , ny une partie d'eux ensemble, qu'ils ne mettent lousjours sainct Pierre dans le haut bout , et tousjours à la teste de In Irouppo , ce qu'on ne sçauroit dire s'estrc fait sans niisoD , car c'est une observation perpétuelle cnlro les evangelistes, qui ne l'ont pas fait quatre ou cinq fois seulement, mais tres-suuvenl : pour le regard des autres a|iostres , ils n'observent [Hiint d'ordre si précis , ny lou^joure do mesmo.
« Dimdccim apostolorum nomina hgec suut , » dit siiinct (2) Malihieu , . primus
DE S. FBAIfÇOlS DE SALES.
for
Simon , qni dicitur Petrus , et Andréas fratrerejus; Jacobus Zebedei et Joannes fratcr ejus; Philippiis et Bartholomœus ; Thomas , et Mallhaens piiblicanus ; Jacobus Alphaei et Thadœiis ; Simon C:'nanîEiis et Jadas Iscariotes. » Sainct Malthieti nomme ici saint André le second ; saincl Marc le nomme le qualricsme; et pour mieux montrer qu'il n'importe , sainct Luc , qui Fa mis en un lieu le deuxiesme , le met en un autre lieu le quatriesnic ) sainct Matthieu met sainct Jean le quatriesme , sainct Marc le met le troitjiesme ; sainct Luc le met le quatriesme; en un autre endroit , il le place le second ; sainct Matthieu met sainct Jacques le troisiesme, sainct Marc le met le deuxiesme ; bref , il n'y a que sainct Philippe , saint Jacques Alpbée et Juda, qui ne soient tantosl plus haut et tantost plus bas. Lorsque les eviingeltstes nomment tous les aposlres ensemble , ou autrement , il n'y a presque point du tout d'observation pour le rang, sinon en sainct Pierre , qui va devant parlaul : imaginez- vous, je vous prie, que nous voyions aux champs , ou par les rues , ou dans les assemblées cette saincte trouppe , et que nous les considérions dans leurs marches , sans doute nous verrions partout sainct Pierre le premier, et tout le reste pesle mesie ; ainsi ne jugerions-nous pas raisonnablement que les autres sont égaux et compagnons entre eux , et saint Pierre le chef et lecapitaine?
Mîiis outre cela , bien souvent , quand les (4) evangelistes (2) parlent de la compagnie apostolique, ils ne nomment que Pierre, et mettent les autres en conte par accessoire et hors de suite : Prosecutus est jam Simon, et qui cum illo erant : dixit Ptlrus , et qui cum illo erant ; Petrus vero, et quicum illo erant , gravuli erant souino.o Vous sçavez bien que nommer une personne par préférence , et mettre les autres en un bloc, avec elle , c'est la rendre la plus apparente , et dire que les autres sont ses inférieures.
Souvent les evangelistes ont nommé saint Pierre (3) à part des autres , comme 6t l'ange : a Dicite discipulis ojus ot Pclro : stans (4) autem Petrus cum undocim : (5) dixeruntadPctrum , et ad reliquos apos*
(1) Marc. 1. Lie. fin. — (t) Luc ir. 81. iZ) 1Ur«. xTi. — (*) Ad. 11. — (I) Act. V-
toîos : respondens autem Petrus, et oposloli dixerunt numquid non habomtis pofestntom snrores mulierum circumdurendi , sicul caîteri aposloli et fratres Dnmîn: et Cephas. » Que veut dire cccy : «Dicite discipulis rjr*^ et Pelro? » Pierre estoil-il pas aposlre? estoit-il moins ou plus que les autres? estoil-il égal? jamnis homme, s'il nVstdu tout désespéré, ne dira qti'il fut moins ; s'il est égal et va de pair avec les autres , pourquoy le met-on à part ? s'il n*y a rien en luy de parliculier, pourquoy ne dit-on aussi bien, «dicite discipulis ejus et Andn 83 ou Joanni ? » Certes , il faut que ce soit pour quelque particulière qua* iité qui soit en luy, plus que dans les autres, et qu'il ne fust pas simplement apostre , de manière qu'ayant dit : « Dicite discipulis , ou , sicut Potro cœteris discipulis ; » on peut demeurer encore en doute de saincl Pierre , comme estant pluSvqu'afK)stre et disciple. Seulement une fois en l'Escriture, (4) sainct Pierre est nommé après sainct Jacques, « Jiicobus , Cephas, et Joannes dext ras dederunt societatis. » Mais à la vérité il y a trop d'occasions de douter, si en l'original et anciennement sainct Pierre esloil nommé le premier oa le second , pour vouloir tirer aucune conclusion valable do ce lieu seul ; car sainct Augustin , sainct Ambroise , et sainct Je<* rosme tant an commentaire , qu'au texte, ont escrit , Pierre, Jacques et Je:m , ro qu'ils n'eussent jamais fait , s'ils n'eussent trouvé on leurs exemplaires ce mesme ordre estably. Autnnl en a fait sainct Chrysostome en son commentaire , ce qui montro au moins la diversité des copies , qui rend la conclusion de ce rang en ce seul texte, douteuse de part et d'autre dans l'original. Mais quand bien les exemplaires que nous avons maintenant en main seroient originaires, on ne sçiiuroit que déduire de ce seul passage contre le crédit de tant d'autres , car il se peut faire que sainct Paul lient l'ordre du temps, auquel il a receu la main d'association , ou que sans s'amuser à l'ordre , il ait escrit les noms par le pre* mier qui luy vint en pensée : mais saincl Matthieu nous montre clairement quel ordre il y avoit entre les aposlres ; c'est à sçavoir qu'il y en avoit un premier, tout le reste estant égal , sans second ny trof •
(1) Ad Gai. Il , 9i
COKTIVOVëRSES
siesmc. « Primus, » diUil , a Simon qui dicitur Pelrus ; » il ne dit point , « secundus Andréas , tertius Jacobus. » Mais les va nommant simplement, pour nous faire connoistre, que pourvu que eainct Pierre fust le premier, tout le reste estoit de condition au-dessous de luy, et égaux entro euz-mesmes , sans aucun droit particulier de préséance. Frimui Peirus , etc. Cest d*icy d'où se tire le nom de primauté^ oar s*il estoit premier en chef, sa place estoit première , son rang premier, et celle qualité fonde la primauté de cet aposlre.
Nos adversaires nous opposent , que si les evangelisles ont nommé sainct Pierre le premier, ç*a esté parce qu*il estoit le plus avancé en asge entre les apostres , ou pour quelquesautres privilèges qui Osloient en luy ; mais je vous prie , que sainct Pierre fust , ou ne fust pas le plus vieil de la trouppe , n*est-ce pas chercher à crédit vue excuse frivole à ropiniastreté : on voit aieex les raisons toutes claires en TEscrituro , mais parce qu'on est résolu de soutenir le contre-poil , on va chercher avec l'imaginalion çà et là de quoy se séduire. Potirquoy dit-on que sainct Pierre fut le plus vieil ? Cest une pure fantaisie qui n*a point de fondement dans TEvangile , où Nostre Seigneur parlant à saint Pierre , luy dit, qu'un jour dans sa vieillesse , il seroit attaché et ne feroit pas son vouloir : « Cum autem senucris , alius te cinget , et diicei que tu non vis. » Disons mieux , qu*il estoit celuy sur qui Jesus-Christ fondoit son église , qu'il estoit celuy auquel ilavoit baillé la clef du royaume des cieux, qui estoit le confirmateur de la foy de ses frères, car tout cecy est de l'Escrilure. Voyez-vous l'injustice? ce qu*on veut sou* tenir avec obstination , on le débite pour bon , soit qu'il ail fondement en l'Escriture ou non, n'importe; mais lorsqu'il faut examiner les véritables privilèges , en ne s'en soucie point du tout, quoy qu'on n'en trouve («oini de si particulier ny de si évident ea sainct Pierre « que eeax qui le rendent chef de l'Eglise.
DISCOURS XUI.
Db q««)qoet «vires nirquet qui MBt eemées en l'fiicriiiire, et qui a«UMritent U primaalé de •aiBCi Pierre.
Si je voulois rapporter icy tout œ qui se
trouve mir ce sujet en l'Escriture , je feroîs aussi grande cette preuve , que je veux faire toute cette partie, il ne me couslcroit que la longueur du temps, car cet excellent théologien Robert Bellarmin me metlroit beaucoup de choses en main. Mais sur tous , le docteur Nicolas Frauder a traité de celte matière si solidement et si amplement , qu'il seroit mal-aisé d'y ajouter aucune chose qu'il n'ait dit , et escrit en ses beaux livres de la visible hiérarchie. J'en prescnteray quelques pièces, qui nous seront utiles.
S'il est dit que l'Eglise est comparée à (4 } un bastiment , comme elle est assise sur son rocher et sur son (2) fondement ministerial , je trouve cela dans sainct Pierre : si vous la dites (3) semblable à une famille^ il n'y a que Nostre-Seigneur qui paye (i) tribut comme le chef de la maison , et après luy sainct Pierre comme son lieutenant : si à une (5) nacelle, sainct Pierre en est le vray patron , et c'est ce que Nostre-Seigneur enseigne luy-mesme:
si à une pesche , sainct Pierre y est le premier, les autres disciples de Jésus- Christ (6) ne peschent qu'avec luy : si l'on compare sa doctrine aux (7) rets et filets, c'est sainct Pierre qui les jette en la mer, c'est sainct Pierre (8) qui les lire , les autres disciples n'y sont que coadjutenri^ , c'est sainct Pierre qui les met au bord (9) et qui présente les poissons à Nostre-Seigneur. Ajoutons de plus , si vous dites qu'elle est semblable à une légation, (10) sainct Pierre y est le premier : aimez-vous mieux que ce soit un (4 4) royaume? sainct Pierre en porto les clefs en sa main. Voulez-vous que cesoitgn (42) parc ou un dercail de brebis et d'agneaux? sainct Pierre en est le pasteur , et le berger gênerai sous Jesus-Christ.
Dites-nous maintenant en conscience, comme pouvoit Nostre-Seigneur témoigner plus ouvertement son intention? L'opi nias* treté ne voit goutte parmi tant de lumière: saint André vint le premier à la suitte de Noàtre-Seigneur , et ce fut luy qui amena son frère sainct Pierre , qui ne fut pas le
(I) HaUh. Ti , 18. — (t) I. Ad Tln«Ui. m , if. (») Math. XT, 17. — (*) Lac , t. t.
(!) Luc. ▼, 10. io. XXI, 8. — (6) Malth. x? , 4t. (TJ Loo. T, 8,7. — (8j Joan. xxi. 11. (f) Malt. X, 1 . 1, 7. .- (10) Lue. ii , 81
(II) Motth. xfi , it. — (it) Jota, xu, UL
DE S. roANÇOiS ne SALES.
Uê
premier venu ; neantmoins il est préféré , que veut dire cela ? sinon que Tavantage que i*un avoit selon le temps , Tautre Ta* y/oii selon la dignité.
Hais passons outre: Nostre-Seignenr csl-il monlé au ciel , loule la troupe apostolique se relire chez sainct Pierre, comnoe le chef et commun père de la famille, c*est rEscriture qui nous le marque; le mesme sainct Pierre se levé au milieu d'eux , et parle le premier, il y enseigne l'interprétation d'une treft^ave prophétie ; il prend la premier soin de l'élection de celuy qui devoit remplir le nombre de l'ordre apostolique , comme le chef et colomnel ; et en eftit, c'est luy qui le premier propose de faire un apostre, qui n'estoit pas un trait de petite aulhorité, car les apostres n'ont pas tous eu des successeurs , et par la mort n'ont pas perdu leur dignité ; mais sainct Pierre enseignant l'Eglise, montre que Judas avoit perdu son apostolat, et qu'il en falloit élire un autre en sa place, contre l'ordinaire de cette puissance , qui conlinué mesme après la mort , et de laquelle Us continueront encore l'exercice au jour du jugemeut, lorsqu'ils seront (4) assis autour du juge jugeant les douze tribus dlsraè'l.
Les apostres et les disciples n'ont pas plutost reçu (2) le Sainct- Esprit, que sainct Pierre, comme le chef de l'ambassade evangeiique , commence selon le dû de sa charge la saincte nouvelle de salut aux Juifs en Jérusalem ; c'est le premier catéchiste de l'Eglise de Dieu qui (3) pre^sche avec grand zèle la pénitence ; les autres sont vrayement avec luy , et on les interroge tous , mais sainct Pierre seul repond pour tous , comme le chef de tous : s'il faut mettre la main au thresor des miracles concédez à l'Eglise , quoy que sainct Jean (4) y soit, et soit musme invoqué, suiiici Pierre seul y met la main tout le premier.
Faut-il donner commencement à l'usage du glaive spirituel de l'Eglise de Jesus- Christ , pour y chastier le mensonge , c'est sainct Pierre (5) qui lance le premier coup contre Ânunie et Suphire sa femme , de là vient la haine mortelle que tous les meii-
<l) MaUh. wx , «s. — (tj Acl. Il , (tjAct.ii,t».-(*)Act.ni,«.
teurs (I) portent à la sainctetéde son «loge, parce que, comme dit sainct Gregoire-lo* Grand : « Pelrusmenlientesverbo occidit.»
C'est le premier qui reconnoist l'erreur, {i) et qui réfute l'heresie en la personne de Simon le magicien ; et de là vient la haine irréconciliable de tous les hérétiques contre sa dignité sacerdotale.
C'est le premier qui a ressuscité (3) les morts , quand il pria pour la dévote Thabite.
Lorsqu'il fut temps de mettre la main et fa serpe à la moisson , pour défricher te paganisme (4), c'est sainct Pierre à qui s'en adresse la révélation-, comme an chef général de tous les ouvriers, etàl'eoe* nome de la métairie.
Le bon et dévot capitaine italien Oorneliuê^ est- 11 prest de recevoir la graee de l'Evangile , on le renvoyé au ministère de sainct Pierre , afin que par ses mains fust dédiée et bénite la vocation du gentllisme.
C'est le premier qui commanda qnV baptisast les idolastres , et à qui il fût révélé, qu'il n'y avoit rien devant Dieu qii! fust impur , et qui ne pust estre sanctifié»
Si les apostres se rencontrent en un coh elle gênerai , sainct Pierre comme président ouvre la porte au jugement et à II* définition (5) ; sa sentence est suivie dee autres , et sa particulière révélation y sert de loy.
Sainct Paul confesse qu'il est vena (6^ exprès en Jérusalem pour y voir suincr Pierre, et qu'il demeura quinze jours avec* luy pour le consulter : il y vid sainct Jac ques ; mais il n'estoit pas venu pour le voir , ains seulement pour visiter sainct Pierre. Que veut dire cecy 1 que n'alloit-il aussi bien lui-mesme pour voir ce gran- : et signalé apostre sainct Jacques t pou^' quoy plutost saint Pierre? C'est parce qu>' Pierre estoil le premier en chef; et en et fet, il esloit le chef de tous les apostres : et de là vient qu'estant en prison , toute l'Eglise (7) fit des prières continuelles pour sa délivrance.
Après tout , si cela n'est pas estre lo pre^ mieret le chef des apostres, je confesse
(1) Grefor. Mac. u. la Eiech. hou. iriu*
(f ) Art. viit . 40. ^ (S> Ael. II , Mb '
(•;ACUXV, 7. -(ejCâl. 1,18'
(l}Aci. i.r
COlfTROVERSBS
quelesaposCresnetont pasapottres, ny les {lasteurs pasteurs , ny les docteurs docteurs; car en quelles paroles plus exprès* ses , et par quelles plus solides marques pourroit-on faire connoistre un pasteur , un docteur , un aposlre , que celles que le Sainct-Esprit a mis luy-mesme en ces Es* crilures , pour faire reconnoistre en saioct Berre la qualité de chef de l'Eglise ?
DISCOURS XLm.
Lu tffluoiffiMgei de TEglite poor U primante de Minci Pierre.
Certainement l*Escriture suffit pour prouver cette vérité ; mais considérons qui sont ceux qui la forcent et qui la violent. Si nous entreprenions de binizer et de tirer par les cheveux la conséquence des Escritures pour la primauté de sninct Pierre , par des expositions ambiguës et contraintes, on pourroit croire que nous la blesse* rions ; mais quoy ? elle est trop claire en celait; et certes, c'est ainsi qu'elle est entendue de toute l'Eglise, mesme de l'Eglise naissante, qui la prise en ce sens : ceux-là donc qui la forcent , qui apportent un sens nouveau , qui la tirent et tournent contre la nature de ses paroles, et contre la sentiment de l'antiquité, sont ceux qui la violent. S'il est loisible à chacun de biaizer le sens naïf de l'Escriture , elle ne servira plus que de joiiet aux cerveaux fantastiques et opiniastn*s. De grâce , ditesnous d*où vient que TEglise ancienne n'a jamais tenu pour sièges patriarchaux, sinon ceux de Rume , d'Alexandrie etd*Antioclic? On peut ici former mille fantaisies; mais il n'y en a point d'autre raison solide, que celle que produit sainct Léon pape; parce que sainct Pierre a fondé ces trois sièges (4): ils ont esté appelez et tenus par exc(*llence pour patriarcbaux , comme témoignent le grand concile de Nicée , et Celuy de Ciilcedoino , où l'on 6t une trèsnotable différence entre ces trois sièges , et les autres qui le pretendoient. Au re* gard de ceux do Constantinople et de Jérusalem, qui lira ces conciles, verra la différence avec laquelle on les distingue de ces trois autres, fondez par ce sainct Pierre. Je ne veux pas dire que le concile de Nicée ait parlé du siège de Constanti-
nople , car cette ville n'estoit point encor considérable en ce temps-là , n'ayant esté élevée en son crédit que par le grand Con* stantin , qui la dédia et la nomma l'an 25 de son empire : mais le concile de Nicée traite du siège de Jérusalem, celui de Calcédoine traite de celuy de Constantinople.
Par la personne et la prééminence de ces trois sièges, l'Eglise ancienne a bien témoigné qu*elle tenoit sainct Pierre pour son chef, qui les a voit fondées ; autrement, que ne nieltoit-elle encore en semblable rang le siège d'Ephcze , fondé par sainct Paul , confirmé et affermy par sainct Jean, ou le siège de Jérusalem, auquel sainct Jacques avoit conversé et presché TEvangile , et qui estoit parent de Jesus-Christ selon la chair? Que voulait encecy témoigner l'ancienne Eglise, lorsque dans ces lettres publiques et patentes (1) ( qu'on appelloitdes lettres formées) après la première diction du Père , du Fils et du Suinct- Esprit, elle y meltoit le mot de ( Petruê^ Simon ) , sinon qu'après Dieu toul-puissant qui est roy absolu , l'authorité du lieutenant estoit en très-grand prix parmy ceux qui estoient les vrais chrcsliens.
Pour ce qui regarde le consentement des saincts pères sur ce fait , Scandervo a levé toute occasion à la postérité d'en douter jamais. Je veux outre les choses susdites, produire seulement les noms desquels les Pères l'ont appelle, qui montrent assez leur créance.
(2) Optât Millevit. Tappeloit Caput ecclesiarum, L 2. contra Parmen.
Ils l'ont appelle le chef de l'Eglise, comme sainct Jerosme et sainct Chrysostome, Hom. 44. in Matth., a Fclix Ecclesiœ fundamenlum. » Comme sainct Hilaire, « Cœli janitorem , primum aposlolorum. » Comme sainct Augustin sur sainct Matthieu, a Apostolorum os et verticem. »
Comme Orlgene et sainct Chrysostomt presque en mesmes termes. « Os et principem apostolorum. ]» Comme le mesme sainct Chrysostome , Hom. 83 , in Joan. . a Curalorem fratrum et orbis tcrraruni. t Idem , ibidem , c Ecclesiae pastorem et ci» putadamante Qrmius. » Hom. 55, in Mallh.
(t) Alcanns. In Dm conc. Calc«d.
(t) iVoio. Le ulnct eveique rcp«t« icj qotlqeet «loge» qB*ll a de|a vîtes au DIk. M.
Dl S. FRANÇOIS DK SALES.
t Petram indelebilem, crepîdînem , immobilem , apostolum magnum , primum disdpulorum, primum vocatum et primum obedîentem. s Hom. 9. de Pœnit., a Ecclesie firmamentum, christianorum ducem et magistnim, spiritalis Israè'Iis columnam , fluctuantium gubernatorem , cœterorum ■tagislram, Christi os , summum apostolo- Jorom verticem. » Bern. Serm. in AdoratioDein venerab. catenarum Pétri, a Eccle- MBprincipem. »Bem. Hom. inSS. Petrum et Faalum , et etiam « Portum fidei , orbis terrarum magistrum , et primum in aposlolatûsculmine. « Greg. Hom. 1 8. in Ezcch., € Clirialianorum primum , primum pontifi-
cem. » Eiiseb. în Chronfco anni 44. « Magister militi»Dei. » Idem I. 2. hist. c. 44, Apostolum CtBleris prseintum di^cipuli:;. » Bazil. Serm. de Judicio Dei , « Orbis ternirum praBpositus. Hom. 44. in Matlh.
Chrysost. a Dominum domùs Domini et principem omnis possessionis ejus. » Bem. Epist. 437 ad Eugen. lib. deConsid. plura dixit superius prefata.
Je vous prie, messieurs, qui osera désormais s'opposer à cette société si uniforme? Ces saincts pères parlant ainsi , ils entendent ainsi l^Escriture , et nous aussi. Aq nom du Père , du Fils et du S. Esprit. Amen.