‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 39 sur 365 · DISCOURS XLIV · texte numérisé non relu

DISCOURS XLIV

L'Eglise est ane règle de la foy , dont les roinisties et nouveaux rerormateurs ont violé Tauthorité, en ne la prenant plus pour une règle de In foy clirescieone.

Ressouvenez«vousque lorsque le perfide Absalon(4), Gis de David, eut entreprisde conspirer contre sou père , il s'assit près des portes de la ville, et sur le grand chemin , etdisoit aux passans : c II n*y a personne établi du roy pour vous oiiir et vous rendre justice : qui m'établira juge sur la terre î afin que celuy qui aura quelque

(1) jroM. GttUe ooapMaiMMi d*AbMloa «tt rapportée «OH* cj dawMi par !• mIbcI évesqne , pre;çQ« en I. mm cÂay. u*-

importante négociation vienno à moy , et que je jugo justement. » Ainsi il sollicitoit contre leur seigneur le courage des Israëlites. Combien d'Absalons se sont trouvez en noslre asge, qui pour séduire et distraire les peuples de Tobeissanci de TEglise, et solliciter les clirestien-; à la révolte, ontcriéàur lesavenuesd'AIIemngne, d'Anglolerre et de France : Il D*y a personne en ce temps qui soit établi du Seigneur, pour oiiir et résoudre les diiïerens qui concernent la foy et la religion ? TEglise donc n*y a point de pouvoir? Mais celuy qui tient ce langage , messieurs, si vous le considérez bien de près , vous doit estre suspect. Vous verrez en effet qu'il veut estre juge luy-mesme, quoyqueil ne Pose dire à découvert ; et en cecy il est plus rusé qu'Absalon. J'ay veu un livre des plus recens de Théodore de Beze, intitulé : a Les marques certaines, essentielles et visibles de la vraye Eglise catholique » : il me semble qu'il vise directement à se rendre le juge avec ses associez et collatéraux, dd tous les differens où nous sommes (1); il dit à la conclusion de son discours , que le ce vray Christ est la seule vraye et pcrpo*

(■)rn va

CONTROVERSES

tuelle marque de TEglisa catholique, » entendant pour vray Christ ccluy qui s'est parfaitement déclaré dès le commencement , tant dans les escrits prophétiques qu'apostoliques et en ce qui appartient directement à nostre salut (4). Et plus bas il ajoute : a Voila ce que j'avois à dire sur la vraye, unique et escentielle marque delà vrayc Eglise, qui est la parole escrite, prophétique et apostolique, bien etdeuement administrée. dPIus haut (2) il avoit confessé, qu'ilyavoit de grandes dif&cultez dans lesEscritures sainctes; mais non aux endroits qui louchent à nostre créance. A la marge il observe ces adverlissemens qu'il a insérés quasi par tout le traité, a L'interprétation de TEscri^ure ne se doit puiser d'ailleurs que de l'E-crituremesme, en conférant les passages les uns avec les autres, et en les rapportant à l'analogie de la foy . » En Tepislre au roy de France, il dit : « Nous demandons qu'on s'en rapporte aux sainctes Escritures canoniques, et s'il y a du doute sur l'interprétation d'icellcs , que la convenance et le rapport qui doit eslrc fait, tant entre Icsdits passages de TE^criture qu'entre les articles de la foy, en soient les juges. » Il y reçoit les pères avec tout autant et non plus d'autliorité qu'ils se trouveront avoir d*apuy et de fondemens dans l'Escrilure et en ce qui concerne les points de la doctrine :<Nous no sçaurions,» dit-il, a appeller à aucun ju;j:e non reprochable, sinon au Seigneur mesme , qui a déclaré tout son conseil à un chacun , touchant nostre salut, par les pères et les prophètes. » Il déclare plus bas : « Que luy ny les siens ne desavouent , ny ne voudroient pas desavouer un seul concile digne de ce nom, gênerai ou particulier, ancien ou plus récent ; » et notez cecy : tPourvu, » dit-il, « que la pierre de louche, qui est la parole de Dieu , en fasse Tépreuve. » Voilà mot pour mot ce que prétendent tous tant qu'il y a de nouveaux reformateurs. Ils veulent qu'on prenne l'Escriture pour le seul jngo des différons. A cela nous répliquerons, Amen ; mais nous disons que nostre différent n*est pas là; c'est dans les différons que nous avons sur les interprétations de la mesme Escrilure. S'il s'y trouve deux sens ou deux sentences obscures et douteuses, nous soutenons que

(I) Pftf. 7f. - (f) Pftf. 41,

nous avons besoin d'un juge. A oeoy, iltFepondent qu'il fautjuger des interprétations dePEscriture, en conférant passage par passage, et le tout au symbole de la foy: jimen, Amen, leur disons-nous; mais qui sera le juge? car après avoir conféré tous les passages , et le tout au niveau du symbole de la foy , nous trouvons quo par ce passage : a Tu es Petrus, et super banc pe* tram œdificabo Ecclesiam meam \ et portas iaferi non praevalebunt, et tibidaboclave» regni cœlorum , » sainct Pierre a esté le chef minislerial et supresme économe dans TEgliire de Dieu : vous dites de vostre costé que ce passage laHeges gentium dominant tur corum,vosautem non sic, »ou cet autre ou quelque pareil de nulle force (car ils sont tous si foiblcs , que je ne sçay lequel peut estre parmi eux le fondamental) « Nemo potest aliud fundamentum ponere. »

Conférez avec les autres passages et les réduisez à l'analogie de la foy, tant qu'il vous plaira , votttre inlerprolation vous fera osier un chef minislerial \ nous suivons les uns et les autres un mesme chemin , en la recherche do la vérité do cette question, à sçavoir s'il y a en l'Eglise un vicaire gênerai de Nostre-Seigneur,et neantmoins je suis arrivé en Taffirmative, et vous , vous estes logez en la négative ; qui jugera de nostre différent? Certes ccluy qui s'adressera à Théodore de Beze , dira que vous avez mieux discouru que moy , mais où se fonde-t-il en ce jugement, sinon en co qui luy semble ainsi, selon le préjugé qu'il en a fait il y a long-temps? mais qu'il dise ce qu'il voudra, je nelecroiruy point, car qui l'a eliibiy juge entre vous et moy? c'est là le gros de nostre affaire. Connoissez, messieurs , je vous prie, l'esprit chicaneur do division : on vous renvoyé à l'Escriture ; nous y sommes avant que vous fussiez au monde , et nous y trouvons ce que nous croyons clair et net. Mais il la faut bien entendre, confrontant les passages aux pa»* sages, le tout selon le symbole ; nous sommes en ce train, il y a 4 500 ans, et pensezvous nous y tromper? Luther repond : Qui vous l'a dit? nous disons, l'Escrilure; quelle Escrilure? telle et telle ainsi conférée et appariée au symbole : au contraire, Luther , je tiens fortement que c'est vous qui vous trompez, l'Escrilure me le dit en tel et tel passage , que je joins et «juste à

de: s. FRANÇOIS DE SALES.

telle et telle pièce , et aux articles de la foy : je ne suis pas en doute s'il faut donner créance à la saincte parole, jo sçais qu'elle est au supresme degré de certitude, ce qui me tient en peine, c'est Fintelligenco de cette Escriture, ce sont les conséquences et les conclusions qu'on y attache, les sens di- Terssans nombre, etqui semblent souvent contralreg sur un mesme sujet, où chacun |»¥nd party, qui d'un costé qui d'autre; qui me fera voir si je liens l'authorité à travers de tant de variétés? qui me fera voir eette Escriture en sa couleur? car le col de cette colombe change autant d'apparences, que ceux qui la regardent changent de postures et de distances : TBscriture esttrèssaincte et très-infaillible ; c'est la pierre de teoche, toute proposition est bonne qui gouUenlson épreuve. Mais, je vous prie, si la preuve faite par un concile gênerai n'est pas chez vous assez authentique pour arrester le cerveau des hommes , comment est-ce que l'authorité d'un quidam le pourra faire? voicy une grande présomption des plus hardis ministres de Lozanne, produite les années passées; certes , l'Escrituro et l'analogie de la foy sont opposées directement à la doctrine de Calvin, touchant la JBStiflcfition : neantmoins iU osent soutenir par l'effort de leurs raisons ce point de conséquence, ils ont fait courir certains psUts livrets morfondus, sans gou3t et sans soBvité de doctrine. Quand les gens de bien Ibii^voir le contraire, comme les traitte-teatDn les persécute, on les fait absenter, os l« fait menacer ; à quel propos cela ? perce qu'ils enseignent une doctrine contraire à la profession nouvelle de la foy pr«4endue de votre Eglise. Bonté de Dieu ! on soumet à l'épreuve de Luther , de Calvin el de Beze , la doctrine du concile de Nlcée, apr^ treize cens ans d'approbation, etrni ne veut pas que l'on fasse l'épreuve de te doctrine cnivinisti'que , toute nouvefle , toute chassieuse , rapassée et bicarrée; que ne laisse-t-on, au moins, à un chacun la liberté de faire son épreuve; si celle de Nlcée n'a pu arrestervos chimères et vos cerveaux , pourquoy laissez- Tons par de nouveaux venus , mettre un arrestaux cerveaux de vos compagnons , SQSBi gens de bien que vous , et aussi doctes et pertinensque vous? reconnoissez llaiquité de ces juges , qui pour donner H-

cencoà leurs opinions, avilissent l'outhorité dos anciens conciles, et veulent*par là leur biffer celle des autres; ils chercliont leur gloire avec vanité ; ils connoissent le bien , et de tout ce qu'ils ont lu dans les anciens , ils s'en attribuent tout l'honneur,

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