DISCOURS XLV
Les pretendot réformateurs ont violé l'aotborttè des saiocts conciles.
Icy , messieurs , permettez-nous d'examiner le mépris qu'ont fait vos ministres de l'authorité des conciles généraux , qui sont une des règles de la foy, témoin l'Eglise universelle.
Théodore de Beze en l'epistre adressée aux rois de France , et au traité qu'il leur expose , confesse (4) que lo concile de Nicée a esté un vray et légitime concile , s'il y en cul jamais; 'il dit vray, car jamais un bon chrcstien n'en a douté , ny dos autres trois premiers généraux; mais s'il est tel, pourquoy est-ce que maistre Calvin appelle obscure la sentence de ce mcsme concile dans son symbole? « Deum de Deo, lumen delumine?»etque veut dire que vous ne faites point d'estime de cette parole homousion, et qu'elle dcplaist si fort à Luther? a Anima mea odit hoc verbum, homousion,»parole neantmoins si recommandable en ce grand concile ; que veut dire que vous ne tenez point do conte de la réalité du sainct corps de Noslrc-Scigneur au très-sainct sacrement ? Pourquoi appellezvous superstition le très-sainct sacrifice , qui se fait ï)ar le prestre du mesmc précieux corpsdu Sauveur ? d'où vien tque vous ne voulez point mettre de différence entre l'evesque et Iç prostré? puis qu'en ce grand concile tout ceci y est si expressément (2 ■ , non tant dcffiny , que présupposé , comm') chose toute notoire dans i'Eijlise orthodoxe.
Jamais Luther , ny Pierre Martyr, ny Zozime, n'eussent esté du nombre de vos ministres, s'ils eussent eu en mémoire les actions du grand concile de (3) Calcédoine, c^r il y est ordonné tres-expressement que les religieux et religieuses no se muricir; point.
(1) In llb. adren. gentU.
(1) Can. xiv, Can. xvrn , U, il.
I (S) Can. zvii, zx.
coutroyerses
0 qu'il feroit beau voir le tour de vostre Lac, si on eust eu en révérence ce (I) conâle de Calcédoine; vos ministres sans <k)ute se fussent bien souventemns, et bien à propos, Ciir il y a exprès commandement aux séculiers de ne toucher aucunement aux biens des ecclésiastiques ; il y est ordonné à un chacun de ne faire jamais aucune conjuration contre les evesques ; de ne calomnier en fait ny en parole les prestres de TEglise de Dieu. Le concile (2) constantinopoiitain deffere entièrement la primauté au pape de Rome, et la suppose comme notoire à tout le monde ; ainsi fait celuy de (3) Calcédoine; mais y a-t-il aucun article où nous ayons différent avec vous, qui n*ait esté plusieurs fois décidé dans les conciles généraux , ou dans les particuliers généralement receus. Néantmoins vos ministres s*en sont bravement relevez sans honte et sans scrupule , non plus que s'ils eussent osté quelques saincts deposts des trésors cachez en Pantiquité , ou que l'antiquité les eust serrez bien curieusement, afin que, par vous, nous en eussions la jouïssance en cet asge. Je sçay bien que dans les conciles il y a des articles pour l'ordre et la police ecclésiastique, qui peuvent estre changez selon les divers temps, ou expliquez selon les rencontres. Mais ce n'est pas aux particuliers à y mettre la main , la mesme aulhorité qui les a dressez les doit abroger ; si quelque autre s'en mesie, c*est pour néant, et ce n'est pas la mesme authorité , si ce n'est un concile , ou le chef gênerai, ou la coutume de toute TEglise. Pour le regard des décrets de la doctrine de la foy , ils sont invariables ; ce qui est une fois vray , Test tousjours, et le sera dans l'éternité ; aussi les eonciles appellent canons, ce qu'ils en déterminent , parce qu'ils sont les règles inviolables de nostre créance , et nous recevons unanimement tous les sentimensdes vrais conciles, ou généraux, ou provinciaux avouez par les généraux , ou par le siège apostolique : tel ne fut pas le concile 4) des 400 prophètes qui furent assemblez par Âcliab , car il ne fut point gênerai , puisque ceux de Juda n'y furent point appeliez, ni bien congrcgé , puisque
(t) Can. »i . XXII. XXII!.
(1) Can. ▼. * (S) Aci. !▼ «t XTI.
(k) m Un-, XXII , 10.
œ ne fut point de Tauthorité sacerdotale ; les prophètes qui le composèrent n'estoient pas légitimes , ny reconnus pour tels par Josaphat, roy de Juda, quand il dit : « Non est hic propheta Domini , ut inlerrogomus per eum ? » comme s'il eust voulu nous faire entendre que les austres n'estoient pas vrais prophètes , ou qu'ils n'estoient pas des prophètes légitimes du Seigneur, non plus que l'assemblée des presires et pharisiens, qui semeslerentde jugorJesu9> Christ , car celte troupe de confusion ne tint aucune forme de concile , ce fut une conspiration tumultuaire , et sans aucune procédure requise , laquelle tant sans faut qu'elle eust aucune assurance en l'Escriture, de l'assistance du Saint-Esprit , aa contraire , elle avoit esté déclarée nulle par la prévision du roy des prophètes ; et de vray, la raison vouloit que Jesus-Christ , le vray pontife, estant présent, leslieutenans perdissent l'authorité, et que le grand preslre présent , la majesté du vicaire fiist ravalée à la condition des autres, sans droit de tenir le supresme chef de l'Eglise, qui estoit Nostre-Seigneur, alors présent d'une présence actuelle visible, et duquel ils estoient obligez de connoistre la vérité et de subir le jugement : et en effet, quand le grand sacrificateur est présent visiblement, le vicaire ne se peutappeler le chef; quand le gouverneur d'une forteresse est présent; c'est à luy de donner le mot , non pas à son lieutenant,sinon de son consentement; outre ce'a toute la (1) synagogue devoit estre changée et transférée en ce temps-là, et cette sienne décision avoit esté (2) prédite. Mais l'Eglise catholique chrestienne ne doit jamais estre transférée peiidantque le monde sera monde , nous n^attendons point un troisiesme législateur , ny aucun autre sacerdoce légitime, le nostre doit estre éternel ; il est vray que Nostre-Seigneur Ht encore cet honneur à la sacriGcature d'Aaron en la personne de Caïphe , en ce que nonobstant toute la mauvaise intention de ceux qui la possedoient , il voulut que ce grand prestre prophetisast et prononçast une (3) sentence très-certaine a ' expedit , ut unus moriatur homo pro populo, ut non tola gens pereat), » ce qu'il ne dit pas do luy-mesme, et par cas for-
(0 Jo. XII , 80. ST. 38. — ri) Jo. xxn, ». i8}Jo. xi.SO. II.
DE S. FRANÇOIS DE SALES
tuit» mais prophétiquement, comme le marque l'evangeliste , parce qu1l estoit pontife do cette année-là : ainsi voulut Nostre-Seig;neur conduire cette synagogue, et Ta uthori té sacerdotale , avec un remarquable honneur , mesme en sa sépulture , pour luy faire succéder l'Eglise catholique, et le sacerdoce evangelique : et là , où la synagogue prit fin qui fut au moment où elle <e résolut de fnire mourir Jesus-Christ), l'élise fut fondée , et entée en son lieu et place , ce qui se void en ces paroles : c Opas consummavi, quod dedisti mihi, ut faciam. » Après la ccne , et en la cène , Nostre-Seigneur avoit institué en son précieux corps et sang le nouveau Testament , si bien que le vieil, avec ^es cérémonies et son sacerdoce , perdit toutes ses forces et ses privilèges , quoique la confirmation du nouveau ne se fist par après que par la mort du test:Ueur, comme parle sainct (4) Paul. Il ne faut donc plus mettre en conte les prérogatives de la synagogue, qui estoient fondées sur un testament ancien , supprimé et abrogé, quand les Juifs dirent ces abominables paroles (Crueifige) , ou ces autres, en blasphémant, quid adhuc egemus testibus? Car ce n'estoit autre chose qu'heurter à la pierre d'achopement , selon les anciennes traditions. J*ny voulu lever icy toute occasion à ces deux objections qu*on nous fait contre Tinfaillibleautborité des conciles et de PEglise ; les autres seront résolues cy-après dans les eclaircissemens particuliers que nous ferons de la doctrine catholique : il n*y a chose si certaine qui ne puisse «souffrir des oppositions , mais la vérité demeure plus ferme et glorieuse, par les assauts mesmes de ses contraires.