‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 51 sur 365 · DISCOURS LXI · texte numérisé non relu

DISCOURS LXI

Li vraye EgliM doit tttte aiilTer*clle en lin

Certes les anciens di soi en (sagement que celuy qui sçavoit observer exaclement la difièrence des temps, avoil en main un bon moyen pour expliquer les Escritures, à faute de quoy les Juifà se irompoient , entendant du premier avènement du Messie, ce qui est souvent prédit du second. Les ministres s'abusent encore plus lourdement, quand ils veulent faire l'Eglise telle, depuis la tempsde sainct Grégoire, qu'elle doit estre au temps de l'Anle-Christ , ils tournent à ce biais ce qui est escrit en l'Apocalypse, que alafemmes'enfuilcnlo solitude, ' d'où ils prennent occasion do dire , que l'Eglise a esté cachée et secretle jusques à ce qu'elle s'est reproduite en Luther et en ses adberens. Mais qui ne void que ce passage ne signilie rien autre chose que la Qn du monde , et la persécution de l'Ante-Giristf Le tem|)s y c<l cxpressementdeterminéde trois ansetdviiiy, et en Daniel aussi : qui voudroit donc par quelque clause confondre la circonstance de ce temps, que l'Escriture a dolerjiiinée, avec d'autres temps, contrcdiroit au lexle, qui dit, qu'il sera plutosi accuurcy pour l'amour de ses élus; comme osi^nt-ils transporter cette Escriture à une intellit^eiicu si contraire à ses propres termes? Certes, l'Egliso est semblable ù la lune, au soleil, ù l'arc- en-ciel , à une reine, è montagne aussi grande que le monde, elle ne peut donc estre ny secreltc ny cachée , mais doit estre universelle en son étendue.

DE S. FRANÇOIS DE SALES

Je me contentera y de mettre en teste deux des plus grands docteurs qui furent dans TEglise de Dieu ; David avoit dit: t Le Seigneur est grand , et trop louable en la cité de nostre Dieu en la haute montagne d*iceluy (1). » «La cité, ditsainct Augustin , est assise sur la montagne qui De se peut cacher, c^est la lampe qui ne peut estre couverte sous un tonneau , elle est connue et célèbre à tous, car il s'en- SDÎt : c Le mont de Sion est fondé avec » grande joye de l'univers. » Et de fait Nostre-Seigneur nous apprend, que «per- I sonne n*allume la lampe pour la couvrir »sous un muid. » Comme eust-il donc caché tant de lumières , qui sont en l'Eglise , pour les couvrir et retirer en des lieux invisibles? Toicy le mont qui a remply le monde, voicy la cité qui ne se peut dérober aux yeux; les donatistes reconnoissent le mont; mais quand on leur dit : Montez , ce n*est pas, disent-ils, une montagne , et ils aiment mieux y choquer du front, que d'y chercher une demeure.

hzie nous lisoit hier, etcrioit à haute voix : cil y aura es derniers jours un mont pre- >paré sur le coupeau des montagnes, » maison du Seigneur, et toutes les gens • s'y rendront à la file (2). » Qu'y a-t-il de si apparent qu'une montagne ? Mais ils se sont faits eux-mesmes inconnus, parce qu'ils sont assis à un coin de la table. Qui d'entre vous connoist le mont Olympe?

Personne , certes, ny plus ny moins que les habitans do ce lieu ne sçavent ce que c'est que nostre mont Chydabbe (3) ; ces monts sont retirez en certains quartiers, mais le mont d'Isaïe n'est pas de mesme ; car il a remply toute la face do la terre ; la pierre taillée de ce mont, sans œuvre maouelle d'homme, n'est-ce pas Jesus-Christ, descendu de la race des Juifs sans opération do mariage ? Cette pierre mystique a traversé tous les royaumes de la terre , c'est-à-dire, qu'elle a détruit toutes les dominations des idoles et des démons , ainsi ce mont a remply tous les lieux du monde; c'est donc ce mont, qui est préparé sur la cime des autres monts ; c'est

(1) Cd cxMltoai dlKoan de S. AofuUn Mi déjà muqpà cy-d«WM ao dise. xiii.

(t) iVofo. On Told qae le nIbci a«tk««r prefcbolt et ilMMwn dortai les adveoto.

(t) Kota. Chydabbe eit aae moatefae de Saroye

un mont élevé sur le sommet des monts , où toutes les nations se doivent attrouper; celuy qui se perd et s'égare de ce mont, se choque et se casse la teste ; celuy qui ignore la cité, assise sur le mont, périt; ne vous émerveillez donc pas si ce mont est inconnu à ceux-ci qui haïssent les frères, et f uy en t l'Eglise, car ils cheminent par les ténèbres et ne sçavent où ils vont ; ils sont malheureusement séparez du reste des fi« délies, ils sont aveuglez de leur passion. » C'est sainct Augustin qui a parlé jusques ici : maintenant oyons sainct Jerosme , parlant à un schismatique converty (4) : a Je me rejouïs avec toy, et je rends grâces à Jesus-Christ mon Dieu, de ce que tu t'es réduit de bon cœur de la nuit de la fausseté au goust de tout le monde, disant plus que quelques-uns ! 0 Seigneur! sauvezmoy, .car le sens a manqué à ceux desquels la voix impie ensevelit la gloire de la croix, assujettit le Fils de Dieu au diable; voilà ton regret, qui a esté proclamé de plusieurs, et que tu veux estre entendu de tous les hommes ; jamais n'advienne que Dieu soit mort pour néant; le puissant est lié et saccagé , la parole du Père est accomplie ; demande-moy, et je te donneray les gens pour héritage , et les bornes de toute la terre pour ta possession : Où sont, je vous prie, ces hommes trop religieux, ains plutost trop prophanes , qui sont plus de la synagogue que de l'Eglise? Comme seront détruites les citez du diable et des idoles ? Comme seront-ils abattus? Si Nostre- Seigneur n'a point eu d'Eglise, ou s'il l'a eue en la seule Sardaigne , certes il est trop appauvry : haï si Satan possède une fois tout le monde , comme auroient esté victorieux les trophées de la croix , ainsi avilis et contraints en un coin de la terre? Que d i roi t, messieurs, ce grand personnage , s'il vivoit maintenant , et si on luy disoit que TEglise est inconnue et invi< sible ? »

N'est-ce pas là bien avilir le trophée de Nostre-Seigneur? LePere céleste, pour recompenser la grande humiliation et anéantissement que son Fils souffrit en l'arbro de la croix , avoit rendu son nom si glorieux, que tous les genoux se dévoient fléchir en révérence ; et parce qu'il avoit

(1) Ce beao dbooan de S. ieroeoie eet ooon xui , tOBi da loag.

reaaditi

ta

CORTROVIOISM

livré sa vie à la mort , eatant mis au rang des mechans et des voleurs , il luy avoit donné en beriUige beaucoup de gens ; mnis vous ne prisez pas tant les passions du Crucifix , levant tout d*un coup de son hon« neur les générations de mille années , si bien qu*à peine , durant ce temps , il a eu quelques serviteurs secrets et invisibles , qui enfin ne seront , ou n*ont esté que des hypocrites et des mechans : car si je m'adresse à nos devanciers, qui porteront autrefois le nom de cbrestiens, et qui ont esté en la vraye Eglise, je leur demande : Pauvres gens 1 ou vous aviez la foy, ou vous ne Paviez pas ? Si vous ne Taviez pas , ô misérables 1 vous estes damnez ; si vous l'aviez, que n'en laissiez- vous des mémoires? Que ne vous opposiez-vous à l'impiété? ne sçaviez-vous pas que Dieu a recommandé l'amour du prochain à un chacun et qu'on a croit de cœur pour la justice ; mais qui veut obtenir le salut éternel , il faut qu'il fasse la confession de sa foy ; » comme pouviez-vous dire : a J'ay cru , et partant j'ay parlé? » Vous estes encor beaucoup misérables , en ce qu'ayant receu de Dieu un si beau talent , vous Tavez caché en terre ; mais si au contraire, ô Calvin 1 ô Luther 1 la vraye foy a tousjours esté publiée par Tantiquilé , vous estes grandement misérables vous-mesmes , qui pour trouver quelque frivole excuse à vos fantaisies, accusez tous les anciens , ou d'impiété s'ils ont mal cru , ou de lascheté s'ils se sont leus et n'ont pas instruit les chrestiens qui vivoient avec eux.

DISCOURS LXIl.

L'E(ilifte caiholique doit esire universelle succèsslvenienl en lieui et en personnes ( et la prétendue ne Test point*

Or Puniversalité de l'EgUî^^e ne requiert pas que toutes les provinces ou nationb ayent receu tout à coup la lumière de l'Ëvangilc ; il sudit que cela se soit introduit successivement l'un après l'autre , en telle sorte neantnioins que l'on voye tousjours l'Eglise orthodoxe en quelque lieu , et que l'on reconnoisse que c'est la mesme qui a esté plantée par tout le monde , ou dans la plus grande partie , aOn qu'on puisse dire : «Venite, ascendamusad montem Domini. »

Et en effet . In saincle Eglise devoit esire

comme le soleil, selon le roy psalmiste : tu

le soleil n'éclaire pas tousjours au mesme m ment ny également en toutes les coo» trées, c'est assez qu'au bouf de l'an il fait son cours par tout l'univers : t Nemo est, qui se sibscondat à calore ejus ; » ains il suffira qu'au bout de ce siècle visible , la prédication de Nostre-Scigneur ait esté ve* rifiée en ces paroles : a II falloit que la pénitence et la rémission des péchez fust preschée généralement en toutes nations, commençant par Jérusalem. »

Certes , l'Eglise au temps où les apostres coururent par toute la terre , jetta partout SCS branches , chargées du fruit de î'Evan* gile, témoin sainct Paul; autant en dil ^ainct Irenée de son temps , qui parle de l'Eglise romaine , ou papale , à laquelle il veut que tout le reste de l'église se conforme à raison de sa plus puissante princi|)auté.

Prosper , messieurs , parle de nostra Eglise , et non pas de la vostre , quand il dit, qu'eu égard à l'honneur pastoral, Rome , siège de sainct Pierre , est le chef de l'univers, ce qu'elle n'a pas conquis par les armes est réduit par la foy à sa domination , et lui est acquis par la religion chrestienne. » Vous voyez bien qu'il parle de l'Eglise romaine , et qu'il reconnoissoit le pape de Rome pour son chef. Du temps de sainct Grégoire , il y avoit partout des catholiques, ainsi qu'on le peut voir par les belles epistres qu'il escrit aux evesques et aux fidelles de toutes nations. Au temps des empereurs Gratien , Valentinien et Justinien , il y avoit partout de vrais catholiques romains, comme on le peut remarquer dans les codes de leurs loix : sainct Bernard nous apprend le mesme de son temps ; vous sçavez assez ce qui en e^toit au temps de Godcfroy de Boiiillon, depuis ces premiers siècles la mesme Eglise est venue jusqiiea à nostro asge , toujours romaine, c'est-àdire , papale ; de façon que quand nostre Eglised'aujourd'huyseroit beaucoup moindre ou moins entendue qu'elle n'est , elle ne laisseroit pas d'être catholique , parce que c'est la mesme foy romaine , qui fut autrefois publiée partout, et qui a presque possédé toutes les provinces des nations et peuples innombrables : mais elle est encore î prasent maintenue par toute la terre , en Transilvanie , Pologne, Hongrie, et Boes-

T)E S. titt\NÇOIS M SALES.

mê ; pnr toute rAlIcmagne, Iti Fr*ance, 11lalie, rBsclavonic, Candio, Espagno, Portugal , Sicile , Malte , Corse , Sardaigne , Oreco, Arménie. Syrie ; en un mot, en tout •t partout , quoique le» hérésies luy ayent enlevé quelque partie de son estai.

Metlray-je icy en compte les Indes Orientales et Occîdcnlalçs ? Qui voudroil en avoir un sommaire , il faudroit qu'il se trouvast en un chapitre ou assemblée générale des religieux de sainct François , appelei observantins ; Il y verroit se rendre de tous les coins du monde , vieil et nou* veau , des religieux , ft Tobeïssance d'un dmplo billet ; et cette seule compagnie sftnbleroit suffire pour veriBer cette predictioti de la prophétie de Malachie : « lo ooini loco sacrificatur nomini meo. »

Au contraire, lAessieurs, vostre reforme prétendue ne passe point les Alpes de nos" tre costé , ny les Pyrénées du costé de TEspigne ; la Orece ne vous connoist point ; lia autres trois parties du monde ne sça- Tcnt qui voua estes , et n*ont jamais oUy parler do ces nouveaux chrostlens sans sacrifices, sans autels, sans sucremens; sans chef et sans croix comme vous estes : en Allemagne , vos compagnons mesmes , je Ttttx dir« les luthériens , branciens , ana«bapiistes ^ trinltaires et autres , rognent vostre portion et vous desadvoUent.

Eo Angleterre, les puritains vous fuyent, et en France lea libertains ; comme donc oâez-vous si malheureusement vous opiniastrer et demeurer ainsi à part séparez du reste du monde ^ comme autrefois les luciferiens et les donatistes 1 Vous diray-je oomme disoit sainct Augustin à Tun de vos semblables : c DaigneX) je vous prie , nous inatruire sur ce point , comme se peut-il faire que Nostre-Seigneur ait perdu son Eglise par tout le monde, et qu^il n*ait commenoé de n'en avoir qu'en vous seule* ment? «Certes, vous appauvrissct trop Noaire-Seigneur, dit sainct Jerosme : que si voua dites qUo vostre Eglise a tousjours esté catholique, mesme au temps des apostrès, montrez-nous donc ce qu'elU» estoit en ce temps-là , cnr toutes les sectes en diront de mesme ; comme entez-vous ce petit bourgeon de religion sur celte saincte et ancienne tige? En ce cas il faut pour le moine que vostre Eglise touche par une ligpie de continuation perpétuelle è l'E;i;lise

lis

primitive , car si elle ne la touche points comme tireroit-elle le suc de son tronc i pour se communiquer l'une à l'autre ! Vous ne nous ferez jamais voir cette ligne d'unité; aussi ne serez-vous jamais de vrais chrestlèns , si vous ne vous rangez à l'obeYssance de la catholique communion; vous no serez jamais , dis-je , avec ceux qui chanteront : a Rcdemisli nos in san* guine tuo , cx omni tribu , et linguâ , et populo , et natione , et fecistl nos Deo nostro regnum.

DISCOURS LXnî.

La Traye Effliie doit estre feeonde.

Il peut estre , messieurs , que vous nou direz qu'un jour vostre Eglise prétendue étendra ses ailes et se fera peu à peu catholique dans la succoî^sion des temps ; mais ce seroit parler à l'aventure : car si les Augustin, les Chrysostome, lesAmhroise, les Cyprlen , les Grégoire , et cette grande troupe de tres-i»xcellens pasteurs , n*ont sçeu si bien ftiirc, que l'Eglise, i^elon vostro opinion , n'ait donné du nez en terre, bientost après leur siècle , comme l'assurent Calvin, Luther et les autres reformateurs, quelle apparence que la vostre toute jeu* nette se fortifie maintenant, sous la charge de vos ministres , lesquels ne sont pas si célèbres en saincteté ny en doctrine , ny comparables avec ceux-là ; Ce seroit une grande vanité de le penser, et vous seriez tout seuls de ce sentiment. Si l'Eglise en son printemps , et en son plus beau jour , n'a point fructiné, à ce que vous dites, comme voulez-vous que dans son hyver l'on en cueille des fruits ! Si en son adolescence cllo n*a cheminé que de travers , où voulez-vous maintenant qu'elle coure en sa vieillesse 1 Je dis bien plus , vostre Eglise non-seulement n'est pas catholique , mais encore elle ne le peut estre , n'ayant ni la force ni la vertu de produire des enfans , mais seulement de dérober les enfans égarez , ou des poussins qui n'ont point de more , comme fait la perdrix ; et néant* moins c'eet l'une des proprietez d'estro féconde ; c'est pour Cela que parmy nous elle ^t appellée une colombe. Lorsque Dieu veut bénir une famille , il rend la femme tres-feconde , t sicut vitis abundans in lateribus domûs tuœ. » Il bannit la stérilité ,

COIfTROYERSES

et Tespoux prend plaisir de voir une mère Joyeuse en la production de plusieurs enfans. Ainsi Nostre-Seigneur devoit avoir luy-mcsme une espouse, qui fust féconde , selon le sens de la saincte parole : c Cette déserte aura plusieurs enfans , cette nouvelle Jérusalem sera tres-peuplée , et portera une grande génération. » Entendez le prophète : a Âmbulabunt gentes in lumine tuo , et reges in splendore ortûs tui : leva in circuitu oculos tuos, et vide, omnes isti congregati sunt, venerunt tibi ; fîlii tui de longé veulent , et GliaB tuae de latere surgent , et pro eo quod laboravii anima ejus : ideô dispertiam ei plurimos. » Geste fécondité de tant de belles nations , sorties du sein de TEglise, se fait principalement par la chaleur de la saincte prédication, comme dit sainct Paul : « Per Evangelium ego vos genui; » car la prédication de TEglise doit estre enflammée : « Ignitum eloquium tuum , Domine. » De fait , il n*y a rien de plusactif , de plus vif, de plus pénétrant, et de plus propre à convertir et à donner forme aux matières, que le feu corporel et le spirituel : voicy , messieurs , où se réduit le point de nostre controverse, je soutiens

QUE L'EGLISE catholique EST TRES -FE- CONDE , QUE LA PRETENDUE EST STERILE.

Certes, la prédication de saint Augustin en Angleterre , de sainct Boniface en Allemagne, de sainct Patrice en Hybernio, de WilJebron en Frise , de Cyrile en Bohême , d'Albert en Pologne , Austriche , et Hongrie, de sainct Vincent Ferrier, Jean Capistran et autres , fut admirablement féconde : la prédication des frères scrvans d*Heurie, d'Antoine Lorier, de François Xavier, et de mille autres, qui ont renversé les idolastries par la saincte parole , a porté de bons fruits ; ils estoient tous catholiques romains.

Au contraire, vos ministres n*ont encore converty aucune province du pagani>mo , ny aucune contrée des inGdcles. Helas 1 bien loin de cela , ils ont divisé le christianisme pour en faire des factions, et mettre on pièces la robbe de Nostre-Seigneur ; ce sont les effets funestes de leurs prédications : la doctrine chreslienne et catholique est une douce pluyc, qui fait germer la terre infructueuse ; mais la leur ressemble

à la gresle, qui rompt et terraflse les mai*

sons ; et met en friche les plus infniétueuses campagnes : prenez garde à ce que dit sainct Jude : a Malheur à ceux qui poussent à la contradiction de Coré (Coré estoit un scbismalique) , ce sont des dissolus en festins, banquetant sans crainte, se repaissant eux-mesmes commodes nuée^ sans eaux , qui sont transportées çà et là selon le vent ; ils ont Texterieur de rEscriture , mais ils n*en ont pas la liqueur intérieure dans Tesprit : arbres infructueux de l'automne, qui n'ont que la feuille de la terre, et n'ont point le fruict de l'intelligence; doublement morts, car ils sont morts quant à la charité par la division, et quant à la foy par l'hérésie ; plantes déracinées, qui ne peuvent plus porter ny fruit, ni fleurs, arbres de mer, qui sont agitez parmy les écumes et les confusions de de* bats ; des disputes et remuèmens : ptanettes erratiques, qui ne peuvent servir de guides à personne , et qui n'ont point de fermeté de foy, mais changent à tous propoo. » Quelle merveille, si vostre prédication est stérile ! vous n'avez que l'ecorce sans le suc , comme voulez-vous qu'elle germe !

vous n'avez que le fourreau sans Tépée, la lettre sans l'intelligence : ce n'est pas chose merveilleuse si vous ne pouvez détruire l'idolastrie. Ainsi sainct Paul parlant de ceux qui se séparent de l'Eglise , proteste qu'ils sont sans bonne semence. Si donc vostre Eglise prétendue' ne se peut et ne s'est pu dire en aucune façon catholique^'usques à présent, encore moins devez -vous espérer qu'elle le soit après vous, puisque sa prédication est si flasque, que ses prescheurs n'ont jamais entrepris la charge ou la commission ethnicos cof^ vertendi , mais seulement nostros evertendi. 0 quelle Eglise I qui n'est ni une , ny saincte , ny catholique , et, qui pis est, qui ne peut avoir aucune espérance m^ sonnable de jamais l'estre, puis qu'elle ne peut produire d'enfans légitimes, mais des engeances de vipères qui la déchirent.

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