‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 50 sur 365 · DISCOURS LX · texte numérisé non relu

DISCOURS LX

Lé tnjo EgliH doit ntre ptipelualU.

Noos assurons que quoyquerRglisefust ancienne selon son origine , elle ne seroît pa:t uniTerselIe en temps, si elle avoit manqué en quelque siècle ; l'heresie des ftieolaïtet est très-ancienne, maie elle ne fut pus universelle, car elle n'a dura que bien peu de temps, à la manière d'une bourrasque , qui semble vouloir déplacer la mer , puii tout à coup se perd en elle' meemo ; ou comme un champignon , qui naist de quelque mauvaise vapeur en une nuit , qui parais! un Jour, et se perd tout ausiii-tost. Les iieresies , pour anciennes qu'elles ayentesl^, se sont enSoevanoliics; mais l'Eglise dure en sa consistance per* peluellement , ne sçait-on pas la p:>role de Nostre-Seigneur?SiJesuisuneroisclevÉde terre, j'altircray toutes choses âmoy(1).i N'a-t-iï pas esté élevé en la croix? comme donc auroit-II laissé aller l'Eglise qu'il avolt attirée à soy avant la déroute?

comme auroit-il lasché celte prise si précieuse qui luy avoit couslé si cher? Le diable, ce cruel prince du monde, auroit-il resté chassé avec le baston de la croix, pour un temps seulement de trois ou quatre cents ans , et revenir par après malatriser depuis mille ans? Voulei- vous déraciner de telle manière cette force de la croix? Voulcz-voussi iniquement partager No^tre- Seigneur , et mettre une alternative entre luy et le démon? Certes, < quand un fortct puisant guurricrgarde bravement sa forteresse, tout est en paix, que si un plus fort survient elle met en déroute, il iuj' levé les armes et le dépouille. » Igno-

rez-voustjuele Fil^deDieu se soit acquis l'cgiiïie par l'elTiislen do son sang? qui pourra la luy lever et la luy oster d'entr» les mains? Pcul-cstre. direz-vous qu'il peut la conserver , mais qu'il di^ le vent pas ; c'est donc la Providence que Vous et accusez. Di^u a a donné des dons aux hommes , des apostres , des prophètes, des evnngelistes, des pasteurs et des docteurs, pourla consommation dcssaincts, en l'cetH vre des ministores, pour l'édification dn corps de Christ : s la consommation dei saincts estoilrelle déjà faite ou achevée il y a onze cents ans? l'édification du corpi mystique, qui est l'Evangile, avoit-ells e.'îlé accomplie? On cpsse de nous appeller rditirnlcurs, on dit que nous ne le somnei plus ; mais si rE|;li5e es^loi t achevée et con- Mmméo il y a mille ans, pourquoy faite»vou~! ce tort â la bonté de Dieu , de dire qu'il ait osté et levé aux hommes ce qu'il leur avoitdonné? Les ■ donâ et grâces de Dieu sont sans repentir , n c'efit-à-dir«, qu'il ne les donne pas pour les osier; la divine Providence conserve perpétuellement la génération du plus petit oisillon du monde ; comment, je vous prie, peul-il abandonner l'Eglise qui luy a cousté taul son sang , et tant de peines et de travauxl Dieu tira Israël de l'Egypte, du deserl, de la mer Rouge , des calamitez et des captivitez, et vous nous voulez faire croire qu'il a laissé le christianisme en l'incrédulité: s'il a tant aimé son Agar, comme meprîsera-t-il Sarra? C'est de l'Eglise que U psalmiste chante ; ■ Dieu l'a fondée en soc éternité, son trosne sera permanent. « l parle do ITEgtlse, et dit que ce Irosue dt Messie « sera comme le soleil devant Dieu. et parlait comme une belle lune qui doil tousJDurs durer dans le ciel , comme ur témoin fldele, qu'il mettra sa race aux siècles des siècles. > Daniel l'appelle, c ur royaume qui ne se dissipera point éternellement. 1 L'ange dit A Nostre-Damc , qu( « ce royaume n'aura point de fin. n Isiyt dit de Nostre-Seigneur : < S'il met et expose BO vie pour te péché, il verra uni longue race, i El ailleurs : « Je veux tin( alltande perpétuelle avec eux , et ceux qu les verront les connoistront. >

N'est-ce pasNostre-Seigncur, qui, parlant de TEglisc, a dit, ■ Que hs purleE d'enfer ne prévaudront point contre elle : >

DE S. FRAKÇaiS UË SALES.

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ce qu'il promit à ses apostres pour eux et leurs successeurs. Voicy que a je suis avec TOUS jusques à la consomma lion du siècle. » Si ce conseil , dit IsmucI , ou celte œuvre est des hommes, il se dissipera ; mais il est de Dieu, vous ne sçauriez le dissoudre. L'Eglise est un ouvrage de Dieu , qui donc la dissipera? Seronl-ce les calvinistes?

Laissez là ces aveugles , car toute planle que TEspoux céleste n'a pas plantée, sera arrachée du jardin , mais TÈglise a esté plantée de la main de Dieu , et ne peut estre déracinée. J*adjoute à cela ce que dit sainct Paul , que « tous doivent eslre vivifiez chacun à son tour ; les promesses suivront le Christ, et ceux qui sont de Christ, et puis la fin arrivera. » Il n*y a point d'entre-deux entre ceux qui sont de Christ, •t la fin du monde, d'autant que TEglise doit durer Jusques à la fin. U falloit que Rostre-Seigneur regnast sur ses ennemis , jusques à ce qu'il eust mis sous ses pieds, ei assujetty tous ses adversaires : et quand les assujettira-t-il , sinon au jour du jugement 1 Mais cependant il faut' qu'il règne, panny ses ennemis : où sont ses ennemis, sinon icy-bas? et où est-ce qu'il règne , linon dans les persécutions qu'ils font à son Eglise?

Si cette espouse fust morte aussi -tost , eu peu de temps après qu'elle eut reoeu la vie du costé de son espoux , endonny sur la croix ; si elle fusto morte, dis-je, et puis ressuscitée, la resurrectoin de cetie morte n'eust pas esté un moindre miracle que la création ; et en la création , Dieu dit, et il fut fait; il inspira l'ame vivante , et sitost qu'il l'eut inspirée, l'homme commença de respirer ; mais Dieu voulant reformer l'homme , il employa trente-trois ans , sua le sang et l'eau , et a lu fin mourut dans le travail. Celuy donc qui dit que l'Eglise esloit morte et perdue, accu:^, cerles, la providence du Sauveur , et celuy qui s'appelle son reformateur ou restauruleur (comme Beze appelle Calvin, Lulher et les autres ) s'attribue Thunneur deu à Jesus- Clirist , et se fait plus que les aposlres. Nostre-Seigneur avoit mia le feu de la charilé dans le monde , les aposlres avec te souffle de leurs predicalions Tavoient étendu et .fait courir par ruihvers: maison dit qu'il a esté ce (eu par l'eau de Tignoranco et de b ?'Ji)vM>iiiio'i * qui pourra

donc le rallumer? Le souffle n'y sert do rien \ ils voudroient peut-eslre de nouveau rebattre Icts clous et la lance , le corps de Jesus-Christ, pierre vivante pour en faire sorlir un nouveau feu, sinon qu'ils voulussent meltre Luther et Calvin pour pierre angulaire du bastirnenl ecclésiastique. « 0 voix imprudente ! (dit sainct Auguàlin contre lesdonatistes) que l'Eglise ne soit point, parce que lu n'y es pas ?» a Non , dit sainct Bernard, les torrenssonl venus, les vents ont soufflé et l'ont combattue , mais elle n'est point tombée, parce qu'elle estoit fondée sur la pierre , et la pierre estoit Jesus-Christ. »

Vouiez- vous , messieurs , que tous nos devanciers soient damnez? Ouy pour vray, si l'Eglise estoit perie; car hors de l'Eglise ï\ n'y a point de salut. 0 quel contrechange 1 nos anciens ont tant souffert pour nous conserver l'héritage de l'Evangile, et mainlenant on se mocque d'eux, et les tient-on pour reprouvez et pour des insensez. c Que nous dites-vous de nouveau?

(dit sainct Augustin) faudroit-il encore une fois semer la bonne semence , puique des qu'elle est semée, elle croist tousjours jusques à la moisson? Si vous répondez que celle que les apostres avoient semée e^i toute perdue, nous vous repartirons; Voyez dans lessainctes Escri tares, etvou ne lirez jamais que l'on puisse rendre fau> ce qui est écrit; que a la semence qui fut semée au commencement , croistroit jus ques au lemp> de la moisson ; » la borimt semence sont les enfants du royaume ; la zizanie sont les mauvais ; la moisson c'est la fin du monde. Ne diU^ donc pas que la bonne semence soit abolie et étouffée, car elle croist et croislra juf^qucs à la (in du monde; l'Eglise , cerles, ne fat pas abolie, quand Adam et Eve péchèrent, car re n'estolt pas encore TEglise, mais au commencemeni de l'Eglise , outre qu'ils ne péchèrent pas en la doctrine, ny eu la foy, mala en la discipline ; l'Eglise ne cessa poinl, quand Aaron dressa le veau d'or, car alon Aaron n'esloit pas encore souveram près tre, ny chef du peuple, c'esloit Moyse le quel demeura ferme en la foy, aussi bier quj la race de ceux qui se joiguirenlà luy l'Eglise n'esloit point encore perdue; quand Elic se lamentoit d'(?stre seul, car ii ne parle que d'Israël, mai'* la tribu do

COHTBOTHl'iER

Juda , qui esloit la meîtlenra et [a principale piTtie de l'Eglise, restu fidelle : et ce quedilce prophète n'est qu'une manière de parler avec zèle, pourmieux exprimer la justice de sa plainte ; car au reste , il y Bvoil encore scplmille hommes qui ne s'esloicfll point abandonnez à l'idolastrie ; c« Vint de certaines expressions et demons- Ir.nlions velicmcntes, ordinaires dans les proplietcs qui ne doivent veriGcr sinon en gcneial un grand débordement, comme quand David disoil : ■ Non est qui facial bonum : i et sainct Paul ; i Omnes qusrunt qus sua sunt. ■ Il est escrit que la 6e|>aration et divorce viendra , lorsque le sacririce cessera, et qu'à grand'pcine te Fils de Dieu trouvera la foy sur la terre , mais tout cecy se veriliera en trois ans et dcmy du royaume de l'Ante -Christ, durant lesquels l'Eglise ne périra point entièrement : car elle sera nourrie dans la solitude et dans les déserts, comme dit l'Escriture.

Kostrc Eglise donc est perpétuelle, mais la prétendue ne l'est pas. Je vous diray icy, comme j'ay dit ci-dessus, monlrczmoy unedizainod'annécsdepuisqucNoslr&^i>!neureBt monté au ciel, en laquiHlo noslre Eglise n'ait pas esté; certes, vous De sçiiuriez montrer quand nostre Eglise a commencé, parcequ'ellea tousjoursduré; que s'il viius plaisoit vous instruire à le bonne foydetoutcecy.Sanderus en sa Visible Monarchie , et Gilbert Genebrard en sa Chronologie, vous fourniroienl assez de lumière , et sur tous le docte César Baroniu!<cnses Annales; que si vous ne voulez piisdc premier abord abanilonnerles livres de vos maisircs ; pourvu que vous n'ayez point les yeux Gillez d'une trop excessive passion, regardez de prestes Centuries de Magdcbourg, et vous n'y verrez partout que les actions des catlioliques , car, dit Ires-bien un docte de nojlre iisge , si elles ne Ici eussent (luint rorucillk'» , elles eus- Eient esté mille et cinq ri'hts ans ''uns histoires : mais je diray quelque chose dececy dans les maticrcs suivantes.

Revenons, messieurs, a votre Eglise, supposons ce gros mensonge pour vérité , qu'elle ait esté du temps des aposlres, si ne seru-t-cllc pourtant pas l'élise catholique, qui doit i-stre universelle ea temps, par conséquent qui doit tousjours durer :

maiediles-moy, oùestoitvostrersre^iw il y a deux ou trois cents an«! Vmis ne la sçaurjez faire voir, car elle n'estoit imint, elle n'est donc pas la vr^ye Eglise; elle estoil , me dira peut-e?lre un de vous , mais inconnus. Bonté de Dieu! l'anabaptiste , et tout autre hérétique, ne dira-t-il pas ta mcsme chose , s'il entre en ce di* courii? J'ay déjà montré que l'Eglise est et doit estre universelle en temps, fnisonf voir encore qu'elle ne peut estre incoonut ny invisible.

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