DISCOURS LXV
Les étranges absordiles qui se trouTent en la doctrine de l'Eglise prétendue.
Si j*ay remis icy à monstrer les absurdîtez intolérables qui sont en la doctrine des adversaires, et Tay renvoyé au bout de ce Traité des règles de la foy, c*est afin qu'il fust comme une conséquence de ce qa*ii8 croyent sans règle, et leur faire voir qu'ils naviguent sans boussole. A dire vray, 1*00 connoistra icy qu'ils n'ont point Tefficadté de la doctrine orthodoxe ; car nonseulement ils ne sont point vrais catholiques , mais ils ne peuvent Testre en aucun sens , n'ayant , comme nous avons vu , aucune autre puissance que celle de gaster le corps de Nostre-Seigneur, et non celle de luy acquérir de nouveaux membres ; l'on peut dire d'eux sans mentir : a Omnes quserunt qu» sua sunt, non quœ Jesu Christi. > N'est-il pas plus honorable d'accorder à la puissance de Jesus-Christ , de pouvoir faire le sainct sacrifice , comme le croit l'Eglise , et sa bonté de le vouloir faire, que de luy disputer? sans doute cela est de la plus grande gloire à Nostre-Seigoeur, et parce que leurs foibles cerveaux ne le peuvent comprendre , est-ce à dire que cela n'est pas? c Omnes , inter vos , qiiaerunt qus sua suut , non quœ Jesu Cliristi. 9
OBSERVATION DU PREMIER EDITEUR
11 manque quelques pages à ce discours ; car outre que la matière qui suit est sans liaison avec la précédente, le sainct autheur auroit dû I iosiniier, selon sa coutume , dans les points ridicules et atisurdes » qui sont dans la doctrine des hérétiques. Les citations des marges font voir que ee ne sont icy que des projets de matières en racourcy.
Item, quand Latber (4) dit , que c lea enfans au moment du Imptesme , ont l'o» sage parfait de l'entendement et de la rai« son. » Et quand le synode de (2) Vittemberg dit que a les enfans au baptesme ont des mouvemens semblables aux mouvemens de la foy et de la charité , et qu'ils ne se font entendre. «N'est-ce pas se mooquer de Dieu , de la nature , et de l'expérience? Quand (3) Calvin dit, que , c nous péchons, incitez, f)Oussez, et nécessites par la volonté positive , ordonnance , décret et prédestination de Dieu. • N'est-ce pas blaspli^smer contre toute raison , et contre la majesté de la supresme bonté ? Voilà la belle théologie de Zuingle (i) , de Calvin , et de Beze. « At enim , dit Bez$ , dices , non poluerunt resistere Dei volun* tati , id est , decreto ; fateor, sed sicut non potuerunt, ita etiam noluerunt : yerum non poterant aliter velle , fateor, quoad eventum, etenergiam, sed voluntas tamen Adami coacta non fuit. » Bonté dé Dieu I je vous appelle à guarand, vous m'avez poussé à mal faire , yous l'avez ainsi décrété , ordonné , et voulu ; je ne pouvois faire autrement , je ne pouvois le vouloir autrement, où est ma faute ?0 Dieu de mon cœur I chastiez mon vouloir, s'il peut ne vouloir pas le mal , et qu'il le veuille ; mais s*il luy est impossible de ne le vouloir pas , et que vous soyez cause positive de cette impossibilité , qui peut m'accuser de sa faute ? Si cecy n'est contre la raison, je confesse qu'il n'y a point de raison au monde. La foy (5) de Dieu 'est impossible, selon Calvin et autres, que s'ensuit-il de là^ sinon (6) que Nostre- Seigneur est un tyran, qui commande des choses impossibles. Si elle est impossible , pourquoi la commander? Par cette (7) règle , si nous considérons les œuvres, pour bonnes qu*elles soient, elles méritent plus Tenfer que le paradis. La justice de Dieu par conséquent , qui doit donner à un chascun selon ses œuvres, donnera à un chascun l'enfer, n'estrce pas là l'abysme de l'erreur ?
(I) L. s. apad GorL an IBfS. — (1) Au. SS, «pad Gori.^ (8) L. 8, MiMil. tract tiii , o. 1.
(4) Zolnfle, S«rmode Pniden. m tt nr. Cal. 1. 1, a» losUt. xTii et xviii, lib, de aternâ Del pnadMtla. io Inttract. oontra liberllnot. Beia contra CatUlloAta, tft •tarai Del praBdMtio. Io rvrnt. t calomnia.
(I) Ul. in AoUd. ieit. «.-(S) Cooo. Trtd.— (T) LoUmk i. at UbtrCtl* chrlaUanà.
C01ITR0Y£R(W8
Mais rabfturdilé dw abaurditez , el la plus horrible de toiitea tee hérésies , c^eat Aelle-cy ; ils publient , que « l'Eglise toute enUereaerré mille ans durant, en Tintelligence de la parole de Dieu. » Luther, Zuingie et Calvin , pour assurer qu'ils entendoieot clairement TBiicriture , et bien plus qu'un simple ministre , ont presché et •naeignécomme parole de Dieu, quec toute l'Eglise visible avoit erré , et qu'elle pou- Toit errer. » Et moy, je puis assurer que Calvin et tous les hommes peuvent errer , et pour le moins ay-je droit, à son exempic , de choisir les interprelations de l'Esfriture , qui me plairont pour asseurer et maintenir comme parole de Dieu , encor mieux que vous autres, qu'il a erré , puis qu'apprenant de luy que chacun peut errer en (ait de religion , et toute l'Eglise mesme; j*en dis autant de luy, sans vouloir vous en chercher d'autres parmy mille aeotes , qui toutes se vantent de bien entendre la parole de Dieu , et de la bien prescber. Mais croyei-voua si opiniastrement à un ministre qui voua presche, que vous ne deves point ouïr autre chose ? si cliacun peut errer en l'intelligence de l'Escriture , pourquoy non vous , et vostrc miniaire? J'admire que vous n'aiU'z pas tousjours tremblans de crainte : j'admire comme vous pouvez vivre avec autant d'assurance en la doclrine que vous suivez , comme ai vous ne pouviez errer r et que neantmoins vous tenes pour assuré que chacun erre , ou peut errer , et mesme toute l'Eglise en oorpe.
L'£vangile voie bien haut sur toutes les raisons les plus élevées de la nature; neantmoins jamais il ne les contredit , jamais il ne les gaste , ny de fait , ny de paroles : mais ces fantaisies de vos evangelistes ruinent et obscurdssent toute la lumière naturelle , et toute la lumière de la grâce.