DISCOURS LXVI
Qii« l'aDalogie de la foy ne peut servir de règle asMurée aux iniDistref , pour establir leur doctrine prétendue.
Désabuser-vous s'il vous plaist , messieurs , et pensez que c'est une voix pleine de faste et d*ainbilion entre vos ministres, et qui leur ebt tout ordinaire qu*il a faut interpréter l'Escriturc, et en epreuver
l'exposition par l'analogia d» ta foy. • Le aimple pauple quand il entend parler de l'analogie de In foy , pense que ce soft epielqwe mol de mystère fbrl secret et de vertu cabalistique ; ]\ admire toute IMnterprètation qui se fait , pourvu qu'on y mette ce mot en campagne . ils ont raison certainement, quand ils disent, qu'il faut interpitter rEscriture , et epreuver bob expoaitiea par Tanalogie de la foi ; mais ils ont loft quand ils ne font point ce qu'ils disent. Ce pauvre peuple n*entend parlerde rien plus, que de cotte analogie de la foi , et les ministres n'ont fait autre choee jqsqaes icy , que la corrompre , violer , forcer , et mettre en pièces. Or sus , je vous prie , vous dites que l'Escriturc eat aisée é entendre , pourvu qu*on l'ajuste à la règle de propor» tien ou analogie de la foy ; mais quelle règle de la foy peuvent avoir ceux qui n'ont point d'Escriture , que toute glosée , toute tirée , et contournée d'interp^tation, m^ tapbores , et métonymies? Si la reg^e est sujette au dérèglement, qui la réglera f quelle analogie et proportion de foy y peuU il avoir, si on proportionne les articles de la foy aux oonceptions les plus eloignéea de leur naïfveié? voulez-vous que la proportion des articles de la foy vous serve , pour vous résoudre sur la doctrine de la religion ? laissez donc les articles de la foy on leur naturelle signification; ne leur baillez point d'autre forme, que celle qu'ils ont receue des apostres. Je vous laisse à penser à quoy me pourra servir le sym* bole des apostres pour interpréter l'Escriture , puisque vous la glosez en telle façon, que vous me mettez en autant et plus de difficulté de son sens, que j'en aurois de rEscriture mesme? Si on demande, comme il se peut faire que le mesme corps de Nostre-Seigneur soit en deux lieux? je diray que cela est aisé à Dieu , suivant le dire de Tango : « Non est impossibilo aj)ud Dcum omne verbum. » Et je le confirrïKv ray par la raison de la foy : « Credo In Deuin Patrem omnipotentem. d Mais si voua glosez le sens de TEsoriture , et si vous contournez Tarticle de la foy mosmc, comme oonfirmerez-vous voslre glose ? A ce conte-là il n'y aura point de premier principe , sinon vostre cervelle : si l'iinalogie do la foy est sujette à vos gloses et à vos opinions y il nous le faut dire franche
DE S. FRANÇOIS M SALES
ta
ment , afin qu'au moins on sçaclie vottre intention : ainsi nous vous laisseront interpréter l'Escriture par TEscriture, et par Tanalogie , le tout ajusté à vos inter» pretalions et conceptions. Si on vous laisse interpréter la descente de Nostre-Seigneur aux enfers , ou du sepulchre , ou de la crainte des supplices et peine des damnez, vous direz le dernier , comme vous ezplF* qnez la saincteté de TBglise , d'une Eglise invisible et inconnue : son universalité , d'une Eglise secrète et cachée ; la commu* Dion des saincts , d'une seule bienveillance générale ; la remission des péchez , d*une seule non-imputation. Quand vous aurez ainsi proposé le Symbole à vostre juge» ment , il sera quant et quant bien proportionné au reste de vostre doctrine ; mais qui ne void l'absurdité où vous vous précités? Le Symbole , qui est Tinbtruaion dés plu4 simples , seroit lu plus obscure éoeirine du monde , et devant estre une legie de la foy , il auroit besoin d'estre re- ^ par une autre règle ; ainsi, « In circuitu impii ambulant. » Voicy une règle infaillible de nostre foy : « Dieu est tout puis- Mit. » Qui dit tout , n'eiclud rien { et vous louiez borner cette règle , et la limiter en sorte qu'elle net'etenae pas à la puissance •baoluè , comme est la puissance de pla- Mr un corps en deux lieux , ou de le pla- Mren un lieu sans qu'il y occupe l'espace «teneur. Dites-moy donc , s*il arrive que la règle ait besoin de règlement , qui la nglera ? Le Symbole dit , que Nostre -Seigneur eat deaceodu aux enfers , et Calvin k Tsut régler, et veut qu'il s'entende (Tune descente imaginaire ; l'autre le rapporte au sepulchre. N'esi-ce pas traiter eeite règle à la lesbienne , ot plier le niveau sur la pierre, au lieu de tailler la pierre au niveau? (I) Pour vray ^ comme lainci Clément et sainct Augustin l'appel* lent régie , aussi sainct Ambroise l'appelle clef : mais s'il faut une autre clef pour ouvrir cette clef, où la trouverons-nous?
moutrez-la nous au moins : sera-ce le cerveau des ministres? ou quoy ? sera-ce le SainctrEaprit? mais chacun se vantera d'en avoir sa part. Bon Dieu ! en quels labyrinthes tombent ceux qui s'egarentde la tnH)e des anciens. Je ne voudrois pas que vous pensassiez que je fusse d'opinion ,
(1} àà mt. OoalBl. s. Mrno. KL de
que le seul Symbole fuat la totale rs^le et mesure de la foy ; car le grand sainct Au* gustin , et le grand Lirinensis , appelleni encore règle de nostre foy , le sentiment ecclésiastique ; le Symbole seul ne dit rien à découvert de la consubstantialité du sacrement , ny de plusieurs autres artiolea de la foy ; il comprend toute la foy radicalement , et principalement quand il noua enseigne de croire en l'Eglise saincte etc»* tbolique ; car par là , il nous renvoyé à oe qu'elle propose. Mais comme vous mépris sez toute la doctrine ecclésiastique , ausM meprisez-vous cette noble partie et ai si«gnalée , qui est le Symbole , luy refusant créance, sinon après que vous l'avez reduîi au petit pied de vos conceptions ; ainsi vous violez cette saincte mesure et proportion , que sainct Paul propose pour estre suivie, voire par les prophètes mesmes.
DISCOURS LXVIL
GonelatloD de eette ptrUt, p«r un recueil de plugieurt ezcelleocet qui sont eo la dociriue catholique , et qui ne sont point dans l'opiDion des hereUqaes de nostre asge.
Enfin nous vous voyons , messieurs, voguer ainsi sans aiguille, sans boussole et sans timon , sur l'Océan des opinions humaines, où vous ne pouvez attendre autre chose qu'un misérable naufrage. De gracel pendant que ce jourd'hui duro y pendunt qne Dieu vous présente l'occasion, je Itezvous en l'eschif d'une sérieuse pénitence , et venez vous rendre en l'heureuse i)arque, laquelle à pleine voile va surgir au port de la gloire par le chemin battu de nos devanciers. Quand il n'y auroit autre chose , reconnoissez quels avantages, et combien d'excellences possède la doctrine catholique sur vos opmions nouvelles et eloi* gnées du sens commun.
La religion catholique rend plus glorieuse et plus magnifique la miséricorde de Dieu ; vos opinions la ravalent : par exemple, n'y a-t-ii pas plus de miséricorde d'expliquer la realité de son corps pour nostre viande, que de n'en donner rien que la figure, comemoration et manducation fiduciaire? N'est-ce pas plus de justifier l'homme, embellissant son ame par la grâce, que sans l'embellir , le justifier par une simple indulgence ou non-imputation? N'est-ce pas une plus grande faTeor
COlfTROYEHSES
de rendre en Thomme ses œuvres agréables et bonnes f>ar la justice intérieure , que de tenir seulement Thomme pour bon, sans qu'il le soit en realité? n*est-ce pas plus de bien d'avoir laissé sept sacremens pour la justification et sanctification du pécheur, que de n'en avoir laissé que deux, dont l'un ne serve de rien, et l'autre de peu? N*est-ce pas plus d'avoir laissé la puissance d'absoudre en l'Eglise, que de n'en avoir point laissé? N'est-co pas plus d'avoir laissé une Eglise visible , universelle, signalée, remarquable et perpétuelle, que de l'avoir laissée petite, secrette, dissipée et sujette à corruption? N'est-ce pas plus priser les travaux de Nostre-Seigneur, de dire qu'une seule goule de son sang suffisoit à racheter le monde , que de dire que s'il n'eust enduré les peines des damnez, n'yauroit eu rien de parfait? La miséricorde de Dieu n'est-elle pas plus magnifique de donner à ses saincts la connoissancede ce qui se fait icy-bas, que de leur nier le crédit de prier pour nous , et se rendre exorable à leurs intercessions, de les avoir rendus glorieux dès leur mort bienheureuse , que de les faire attendre et tenir en suspens, comme parle Calvin, jusques au jugement? que de les rendre sourds à nos prières? que de se rendre inexorable aux leurs? (1) Cecy se verra plus clair et plus étendu en nos essais. Ainsi , certes , nostre doctrine rend bien plus admirable le pouvoir do Dieu au sacrement de reucharistic , en la justification et justice inhérente, dans les miracles, en la conservation infailliblede TEglise, et en la gloire des saincts, etc.
La doctrine catholique ne peut partir d'aucune passion , puis que personne ne s'y range, sinon avec cette condition , de captiver son intelligence sous l'autborité des vrais pasleurs.
Elle n'est point superbe, puis qu'elle apprend à ne se croire pas soy-mesme; mais à l'Eglise. Que diray-je de plus? Connoissez, s'il vous plaist, la voix de la colombe et la distinguez de celle du corbeau ; ne voyez-vous pas celte espouso, qui n'a autre chose en bouche, que le miel, et le lait sur sa langue? qui ne respire que la plus grande gloire de son espoux? qui ne de-
11) iiota. Ce qoe le S. prrlal promet en ce lien de l'iofOetUoB Uc» MiocU, ne te truure point dint le manuscill*
mande que son honneur et son obeYssancet Sus donc, messieurs, voulez* vous estrc mis comme pierres vivantes aux murailles de la céleste Jérusalem? Tirez- vous des mains de ces bastisseurs de fausses règles , qui n'ajustent pas leurs conceptions à lafoy, mais la foy à leurs conceptions; venez et vous présentez à l'Eglise , qui vous posera de bon coeur en ce céleste bastiment , où la vraye règle et proportion de la foy , car jamais personne n'aura place là-haut, s'il n'a estépoly et mis en œuvre, sous la régie et l'aiquairede l'Eglise d'icy-bas.
OBSERVATION DU PREMIER ÉDITEUR
Nous avoni mis ici quelques fragments qui se sont trouvez à la fia de ce traité; iU appartiennent à la matière des règles de la foy, et il j a de l'apparence qae le S. prélat les avoit préparez pour en former et en remplir quelques autres discours, qu'il n'a poiDtcompo$ez;au moins Ils ne se trouvent point , quoy que nous les ayons curieusement cherch^;z parmy le reste de ses manuscrits.
I. c Accuratè perpendenda est sententia quffî est Jo. VIII, 4, unde manifeste colligitur, peccatores esse in Ecclesiâ. »
II. « Ex inimicis nos oplima quaeqiie cognoscero , et utilitatem espère persuadet. Psal. Super inimicos nostros prudcntem me fecxsii. Deinde , iuper omnes docentes nos intellexi^ aitGeneb. ita inteUigi poiest , super inimicos, id est occasione inimiconim, vel ab , vel ex inimicis ; ilaque , cum prius sit prudentem fîeri super inimicos , quam super senes, eldocentes, recte sequitur, ab inimicorum scholâ nos uberiores scientiae la lices habere , quam a docenlibus. »
III. « Omnia sacrificia antiqua erant velulicondimenta sacrificiorum cruenloruin ; sic eucharistia sacramentum est, veiiiii condimentum sacrœ crucis , eiquo opliini; rationc adjunclum : Ecclesiâ mons est, ha^. resis vallis ; descendunl enim haerelici ab Ecclesiâ non errante, ad errantem, a vori* tate ad umbram. . . Ismael significans j udaï • cam synaijogam. Ad Galalas 4. Tune éjectas est,quando ludercvoluit cuml^aiic ; ab Ecclesiàcatliolicâquandomagisliaerelici?»
IV. a Pulchrè congruit Ecclesiae, adversus haeretjcos, quod dixit Isaias, v, 13.
DE S. nUHÇOIS DE SALES.
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Omiie Tas qood fictum est , in te non dirigebir, etomnem inîquitatem resi8teni4?m Bîbî, in judicio jiidicabis ; hœc est haereditas senrorum Domini , et justitia eorum apud me, dicit Dominus. »
V. m Concilia décréta, de fide, vocantca- Dones quassunt re^ulae. »
VI. Pour l'unité d'un chef, il ne faut pas oublier ce que dit sainct Cyprien, epistre 56 , ad Cornelium. o Nec ignoramus unum Deum esse , unum Chrislum esse Domioom , quem confessi sumus , unum Spiritum sanctum , unum episcopum in catholicé Ecclosià esse dcbere. » Dans Tepistre 45, il appelle l'Eglise de Rome, « radicem eimatricem Ecclesiœ catholicse. »
yil. Oplat. Milevit. I. 2 , contre les dentistes : « Ncgare non potes scire te in orbe Româ Petro primo cathedram principalem osse collatam , in quâ sederit om* nom apostolorum caput Petrus, ut et Gepbas dictussit; in quà unâ cathedra ODitas ab omnibus servaretur, ne oœteri apostolt singulas quisque sibi defendereot, ut jam schismaticus cl pcccator ttset, qui contra singularem cathedram aiteram collocaret ; ergo in cathedra unici, quœ est prima de dotibus, sedit prier Pbtnis. »
VIII. (4) Il faudra commencer le chapitre des conciles par les paroles de sainct Jerosme, epist. 63. « Quamvis enim cerla et irrefragabilis sit sedis apostolicsB de fide deûnitio^attamen cum apostolicae sedis flunisterio décréta vestrse fraternitatis ir-
(I) JVofs. 11 parolst par ces parole* qae ce n'ettolt Icj ^ lU de loiae pour ea foroier des dltcoan.
refractabili firmanlor aasensu » ai totîus christiani^orbis judicio recipiinitur , merito prodiissecreduntur, ipsaque veritas etclariùs renitescit, et fortiùs retinetur« dum quae fuies priùs docuit, hœcpostoà examinatio conGrmat , ut verô impius et sacrilegus sit, qui post tôt saccrdotum se»tentiam, opinioni suae aliquid tractandum reliquit. »
IX. Pour la bénédiction a|)Ostolique,qui se faisoit avec le sij^nc de la croix, je trouve en la vie de sainct Hilarion, fol. 24. c Resalutatis omnibus, manuque eis benedicens : » pour Tintercession des saincts, il ne faut pas obmcttre le mot de Luther, escrit au duc George de Saxe, anno 4526, apud Caizum. a Initie rogabo propterea, etcertissimè impetrabo remis:iionem apud Dominum mcum Jesum Christum, super omnibus, qucBcumque illustrissimaclementia vestra contra verbum ejus, facitac fecit ; » je vous prie si ce moyen , etc.
Mais enc/ore touchant la vénération àeé saincts el du pape , il ne faut pas oublier ce qu'il dit au roy d'Angleterre , en una epistre , Tan 4525 , qui est rapportée chez Goclé aux actes de la 26* question : t His litteris prosterne me pedibus majestatis tuœ , quantum possum humillimô : » pour ce qui regarde la corruption du sens da l'Escriture , il faut y mettre cette observa* tien de Pierre martyr, in suâ defen^iiona de Euch., part. 3, p. 692, où citant la l** aux Cor, 40, t7 dit : Omnes eamdem (nobiscum) escam spiritualem manducaverunt. » Il ajoute ce nobiscum , pour faire valoir son argument