CHAPITRE VIL Description de Tamour generi
La volonté a une si grande cor avec le bien, que tout aussitos l'apperçoit, elle se retourne de se pour se complaire en iccluy , ce son objet tres-agreable , auquel e estroitement alliée, que me^mc peut déclarer sa nature , que par U qu'elle a avec iceluy : non plus sçauroit monstrer la nature du b I par l'alliance qu'il a avec la volo ! je vous prie, Theotime , qu'est-c ' bien , sinon ce que chu^cu^ veut? < I ce que la volonté , sinon la fac î porte et fait tendre au bien , ou à c ! estime tel ?
UYRE I, CHAPITRE TII
olontédoncques appercevantet sen- '■ bien, par Tentrcmise de renlendo- [ui le lui représente, ressent à mesmc une soudaine délectation et comice en ce rencontre , qui Tesmeut ine doucement, mais puissamment, &t object aimable, afm de s'unir à )t pour parvenir à cette union, olie t chercher tous les moyens plus
folonté doncques a une convenance ^troicte avec le bien ; cette conveprodait la complaisance que la vo- *essent à sentir et appercevoir le cette complaisance esmeut et pousse nté au bien ; ce mouvement tend à i; et enûn, la volonté csmeuè'et tenï Tunion , cherche tous les moyens pour y parvenir.
es, à parler généralement, Tamour 9nd tout celaensemblcment, comme arbre , duquel la racine est la con- ^ de la volonté au bien ; le pied en X)mplaisance ; sa tige c*est le mou* es recherches, poursuites et autres > en sont les branches; mais l'union ssance est le fruict. Ainsi l'amour ) esire composé de ces cinq prini parties, sous lesquelles une quan- *autres petites pièces sont contecomme nous verrons à la suite de e.
sidérons de grâce, la practique d*un iofiensible entre Paimanlet le fer:
stiii vraye image de lamour sens!volontaire, duquel nous parlons. Le icques a une telle convenance avec ut, qu'aussilostqu'il enapperçoitla il se retourne devers luy ; puis il mce soudain à se remuer et demerdes petits tressaillcmens, tesmoien cela la complaisance qu*il ressn suite de laquelle il s'avance et se vers l'aimant , cherchant tous les s qu'il peut pour s'unir avec iceluy.
ilà pas toutes les parties d'un vif bien représentées en ces choses lées?
i enfin pourtant , Theotime , la comice, et le mouvement ou escoulement
mouvement ou escoulement du cœur, qui s'en ensuit, soit le vray amour os^nlîol *. si que l'un et l'autre peut csire voiremcnt nommé amour, mais diversomeni : car comme l'aubo du jour peut Oistre appeliée jour , aussi cette première complaisance du cœur en la chose aimée , peut estre nommée amour ; parce que c'est le pre« micr ressentiment de l'amour. Mais comme le vray cœur du jour se prend dès la fin de l'aube jusques au soleil couché ; aussi la vraye essence de l'amour consiste au mou* vement et escoulement du cœur , qui suit immédiatement la complaisance, et se termine à l'union. Bref , la complaisance est le premier ébranlement ou la première esmotion, que le bien fait en la volonté , et cette esmotion est suivie du mouvement et escoulement par lequel la volonté s'avance et s'approche de la chose aimée, qui est le vray et propre amour. Disons ainsi : le bien empoigne, saisit et lie le cœur |)ar la complaisance ; mais par l'amour, il l'attire , coiduit et amené à soy ; f>ar In complaisance il le fait sortir, mais parl'amotjr il lui fait faire le chemin et le voyage ; la complaisance, c'est le réveil du cœur, mais l'omour en est Tactlon : la complaisance le fait lever, mais l'amour le fait marcher : le cceur estend ses oisles par la complaisance , mais l'amour est son vol. L'amour doncques, à parler distinctement et précisément, n'est autre chose que le mouvement , escoulement et avancement du cœur envers le bien.
Plusieurs grands personages ont creu que l'amour n'estoit autre chose que la mesme complaisance ; en quoy ils ont eu beaucoup d'apparence de raison : car nonseulement l9mouvement d'amour prend son origine de la complaisance que le cœur ressent à la première rencontre du bien, et aboutit à une seconde complaisance, qui revient au cœur par l'union à la chose aimée, mais outre cela , il tient sa conservation de la complaisance, et ne peut vivre que par elle, qui est sa mère et sa nourriture ; si que soudain que la complaisance cesse , l'amour cesse : et comme l'abeille
naissant dedans le miel, se nourritdu miel,
olonté en la chose aimable, est, à I et ne vole que pour le miel, ainsi l'amour
(ment parler, l'amour; en sorte j naist de la oomplaisanoe, se maintient par
noins que la complaisance ne soit laoomplaisanco, attend à la complaisance.
commencement de l'amour; et le ; Le poids des choses les esbranle^ les maai
TRAITÉ DE L*AB10UR DE DIEU-
et les arrcste : c'est le poids de la pierre qui lui donne Tosmolion , et le bransle à la (ioscente , soudain que les empesche- i mens luy sont estez ; c*est le mesme poids qui luy fait continuer son mouvement en bas ; et c'est enfin le mesme poids encore qui la fait arrester et s'accoiser , quand elle est arrivée en son lieu. Ainsi est-ce de la complaisance qui esbranle la volonté. C'est elle qui la meut , et c'est elle qui la fait reposer en la chose aimée , quand elle s'est unie à icelle. Ce mouvement d'amour estant doncquesainsi dépendant de la complaisance , en sa naissance, conservation et perfection ; et se trouvant toujours inséparablement conjoinct avec icelle, ce n'est pas merveille si ces grands esprits ont estimé que l'amour et la complaisance fussent une mesme chose; bien qu'en vérité, l'amour estant une vraye passion de l'ame , il ne peut estre la simple complaisance , mais faut qu'il soit le mouvement qui procède d'icelle.
Or ce mouvement causé par la complaisance, dure jusqu'à l'union ou jouyssance. C'est pourquoy , quand il tend à un bien présent , il ne fait autre chose que de pousser le cœur, le serrer, joindre et appliquer à la chose aimée de laquelle par ce moyen iijouyt; et lors on l'appelle amour de complaisance, parce que soudain qu'il est nay de la première complaisance, il se termine à l'autre seconde qu'il reçoit en l'union do son object présent. Mais quand le bien, devers lequel le cœur s'est retourné , incliné etesmeu, se trouve esloigné, absent ou futur, ou que l'union ne se peut pas encore faire si parfaictement qu'on prétend, alors le mouvement d'amour, par lequel le cœur tend, s'avance et aspire à cet object absent, s'appelle proprftnent désir: car le désir n'est autre chose que l'appétit, convoitise ou cupidité des choses que nous n'avons pas , et que neantmoins nous prétendons d'avoir.
Il y a encore certains mouvemens d'amour, par lesquels nous desirons des choses que nous n'attendons, ny prétendons nullement; comme quand nous disons:
Que ne suis-je maintenant en paradis 1 Je voudrois estre roy l Plcust à Dieu que je fusse plus jeune ! À la mienne volonté que je n'eusse jamais péché 1 et semblables chuses. Or ce sont des désirs, mais désirs
imparfaits, lesquels, ce me semble, à proprement parler, s'appellent souhaits: etde fait, telles affections ne s'expriment pas comme les désirs, car quand nous exprimons nos vrays désirs, nous disons: Je désire : mais quand nous exprimons nos désirs imparfaits , nous disons : Je désire* rois , ou je voudrois. Nous pouvons bien dire : Jedesirerois d'estrc jeune, mais nous ne disons pas : Je désire d'estro jeune, puisque cela n'est pas possible, et ce mouvement s'appelle souhait, ou, comme disent les scholastiques , velleïté , qui n'est autre chose qu'un commencement de vouloir, lequel n'a point de suite, d'autant quels volonté voyant qu'elle ne peut atteindre à cet object, à cause de l'impossibilité, ou de l'extresme difficulté, elle arresle son mouvement et le termine en cette simple affection de souhait, comme si elle disoit: Ce bien que je voy , et auquel je ne puis prétendre, m'est à la vérité fort agréable ; et bien que je ne le puis vouloir ny espérer, ■ si est-ce que , si je le pouvois vouloir oo désirer , je le desi rerois et voudrois volontiers.
Bref, ces souhaits , ou velleïtez ne sont autre chose qu'un petit amour, qui se peut appeler amour de simple approbation; parce que sans aucune prétention l'ame agrée le bien qu'elle connoist; et ne le pouvant désirer en effect, elle proteste qu'elle le desireroit volontiers, et que vrayment il est désirable.
Ce n'est pas encore tout, Theotime , car il y a des désirs et souhaits , qui sont encore plus imparfaits que ceux que nous venons dédire, d'autant que leur mouvement n'est pas arrosté par l'impossibilité, ou extresme difficulté , mais par la seule incompatibilité qu'ils onlavec des autres desirs ou vouloirs plus puissans, comme quand un malade désire de manger des potirons , ou melons, et quoy qu'il en ait à son commandement, il ne veut neantmoins pas en manger, parce qu'il craint d'empirer son mal : car qui ne voit deux désirs en cet homme, l'un de manger des polirons et l'autre de guérir? Mais parce que celuy de guérir est plus grand , il cstouflFe et suffoque l'autre, l'empeschant de produire aucun effocl. (4) Jephté souhaitoit de conserver sa fille ; mais parce que cela estoit
(1} Jttdltb. 11.
LITRE I^ CHAPITRE Yin.
lis
itible avec le désir d'observer son I voulut ce qu*il ne souhnitoit pas, oit de sacrifier sa fille ; et souhaita I ne voulut pas, qui estoit de conm fille. (4) Pilate et Herode souhaie délivrer, l'un le Sauveur, l'autre iuraeur : mais purce que ces sou* stoient incompatibles, Tun avec le e complaire aux Juifs et à César, à Herodias e( à sa fille, ce furent iihaits vains et inutiles. Or à me* e les choses incompatibles avec ce i souhaité, sont moins aimables, baits sont plus imparfaits , puis sont arreslez , et comme estouffez si foibles contraires. Ainsi le sou- 'Herode eut de ne point faire mouict Jean, fut plus imparfait que ue Pilate avoit de délivrer Nostreir ; c r celuy -cy craignoit la calom- 'indignation du peuple et de César; f-Ià de contrister une seule femme.
» souhaits qui sont arrestez, non ar rimpossibilité, mais par Tincomté qu'ils ont avec des plus puissans s'appellent voirement souhaits et mais souhaits vains , suffoquez et i. Selon les souhaits des choses imes, nous disons : Je souhai te, mais je , et selon les souhaits des choses po&aous disons : Je souhaite, mais je ne