‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographesChapitre 67 sur 365 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Qoe l'amoar domine sur toutes les affections et passions, et que mesme il gouverne la volonté, bien que la volonté ayt au«si domination sur luy.

L'amour estant la première complaisance

3oe nous avons au bien , ainsi que nous irons tantost , certes il précède le désir ;

. vn , tl.— (1) L. XIV., de CIvii, ••

et d*effect, qa'esi-ee que Ton désire, sinon ce que Ton aime? Il précède la délectation ; car comme pourroit-on se resjouyr en la jouyssance d'une chose, si l'on ne Taimoit pas! II précède l'espérance; car on n'cspere que le bien qu'on aime. Il précède la haine ; car nous ne haïssons le mal que pour ' Tamour que nous avons envers le bien; ainsi le mal n'est pas mal , sinon par ca qu'il est contraire au bien : et c'en est de mesme, Thcotime, de toutes autres pas* sions ou affections : car elles proviennent toutes de l'amour, comme de leur source et racine.

C'est pourquoy, les autres passions ou affections sont bonnes ou mauvaises , vicieuses ou vertueuses selon que l'amour duquel elles procèdent , est bon ou mauvais. Car il respand tellement ses qualités sur elles, qu'elles ne semblent estre que» le mesme amour. (4) Sainct Augustin , réduisant toutes les passions et affections à quatre, comme ont fait Boè'ce, Ciceron, Virgile, et la pluspart de l'antiquité : « L'amour, dit-il , tendant à posséder ce » qu'il aime , s'appelle convoitise ou désir; » l'ayant et possédant , il s'appelle joye i » fuyant ce qui lui est contraire, 11 s'appelle » crainte : que si cela luy arrive, et qu'il » le sente , il s'appelle tristesse ; et partant » ces passions sont mauvaises, si l'amour » est mauvais ; bonnes , s'il est bon. » Les citoyens de la cité de Dieu craignent, désirent, se doulent, se resjouyssent ; et parco que leur amour est droict, toutes ces affections sont aussi droictes. (2) La doctrine chrestienne assujettit l'esprit à Dieu , aûn qu'il le guide et secoure; et assujettit à l'esprit toutes ces passions, afin qu'il les bride et modère , en sorte qu'elles soyent converties au service de la justice et vertu. « La droicte volonté est l'amour bon, la volonté mauvaise est l'amour mauvais; » c'est-à-dire en un mot, TheotimOi que l'amour domine tellement en la volonté , qu'il la rend toute telle qu'il est.

La femme pour l'ordinaire change sa condition en celle de son mary, et devient noble s'il est noblo, reyne s'il est roy, duchesse s'il est duc. La volonté change aussi de qualité selon l'amour qu'elle espouse; s'il est charnel , elle est charnelle; spiri-

(1) L. XIV, eh. VII «t IX, de Civlt.

(t) Ib.Ub.ix.cê,

TRAITÉ DE rAMOUH M MEU.

bmaël ne fut point héritier STee I$oac son frère plus jeune ; Esali fut destiné au service do son frère puisné; Joseph fut adoré , non-seulement par ses frères , mais aussi par son père , et voire mesme par sa more en la personne de Benjamin , ainsi qu*il Tavoit preveu es songes de sa jeunesse. Ce n*est certes passans mystère que les derniers entre ces frères emportent ainsi des advantages sur leurs aisnez. L'amour divin est voireroent le puisné entre toutes les affections du cœur humain : car, comme dit l*apostre , a (4) ce qui est ani- » mal , est premier , et le spirituel après ; » mais ce puisné hérite toute l'aulhorité , et i^amour propre , comme un autre Esaii , est destiné à son service ; et non-seulement tous les autres mouvemens de Tame, comme ses frères, Tadorent et lui sont soumis, mais aussi l'entendement et la volonté; qui lui tiennent lieu de père et de mère. Tout est subject à ce céleste amour, qui veut toujours estre ou roy ou rien , ne pouvant vivre qu'il ne domine ou règne , ny régner si ce n*est souverainement.

I^aac, Jacob et Joseph furent des enfrns surnaturels : car leurs mères , Sara , Rebecca , et Rachel estant stériles par nature, les concourent par la grâce do la bonté céleste ; c'est pourquoy ils furent establis maistres de leurs frères. Ainsi Tamour sacré est un enfant miraculeux , puis que la volonté humaine ne le peut concevoir , si le Saincl-Esprit ne le répand dans nos cœurs : et comme surnaturel il doit présider , et régner sur toutes les affections, voire mesme sur rentendemcnl et la volonté.

El bien qu'il y ait d'autreâTmouvemens surnaturels en l'ame, la crainte , la pieté , la force , l'espérance , ainsi qu'Esaii et Benjamin furent enfans surnaturels de Rachel et Rebecca ; si est-ce que le divin amour est le maistre, l'héritier, et le supérieur , comme estant fils de la promesse , puis que c'est en sa faveur, que le ciel est promis à l'homme. Le salut est montré à la foy, il est préparé à l'espérance ; mais il n*est donné qu'à la charité. La foy monstre le chemin de la terre promise , comme une colomne de nuée et de feu , c'est-à-dire claire , obscure : l'espérance nous nourrit

(D Cor. iT, 4i.

' de sa manne de suavité ; mais ti nous y introduit , comme Tarche

, liance , qui nous fait le passage dain, c'est-à-dire, au jugement demeurera au milieu du peuph terre céleste , promise aux vrais lî en laquelle , ny la colomne de h sert plus de guide , ny on ne se rej de la manne d'espérance.

Le sainct amour fait son sejoi plus haute et relevée région de l'e il fait ses sacrifices , et holocaus divinité, ainsi qu'Abraham fit le que Noslre-Seigneur s'immola su peau du mont Calvaire , afin que < si relevé , il soitouy , et obey par pie , c'est-à-dire , par toutes les fn affections de l'ame, qu'il gouve une douceur nompareille : car Tai point de forçats , ny d'esclaves, (luit toutes choses à son obeïssai une force si délicieuse , que con n'est si fort que l'amour , aussi r si aimable que sa force.

Les vertus sont en l'ame , pour ses mouvemens : et la charité, con miere de toutes les vertus, les tempère toutes, non-seulement p le premier en chaque espèce de sert de règle et mesure à tout I mais aussi parce que Dieu ay l'homme à son image et semblanc que, comme en luy , tout y soit par l'amour, et pour l'amour.

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